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Full text of "La bijouterie francaise au XIXe siecle (1800-1900). III. La troisieme republique."

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S EH Ë 




4 V 



BIJOUTERIE FRANÇAISE 

AU XIX e SIÈCLE 



(1800-1900) 



LA 

BIJOUTERIE FRANÇAISE 

> 

AU XIX e SIÈCLE 

( I 80O- I C)00) 
PAR 

HENRI VEVER 

BIJOUTIER-JOAILLIER 



111 

La Troisième République 




PA RIS 

H. FLOURY, LIBRAIRE- EDITEUR 

I, BOULEVARD DES CAPUCINES, I 

i g 0 8 

Tous droits de traduction et de reproduction réservés 



LA 



TROISIEME REPUBLIQUE 



Il n'est certainement pas besoin de 
rappeler de quelle tragique façon se ter- 
mina cette période de luxe inouï. Je 
jouissance enfiévrées que fut la fin du 
Second Empire. Le réveil fut brutal 
pour la France, bercée jusqu'alors par 
le joyeux accord des fêtes ininterrom- 
pues, et aussi par les chants de victoire 
qui célébraient le succès de nos armes. 
A la joie, a la vie facile et insouciante, 
« l'a j-oRCJi pîïlme le droit w à ] a f erme confiance dans l'avenir du 

MÉDAILLON ( I S7Î ) T , . , , - 

par Piui ie S nmd pays, succédèrent brusquement les patrio- 
tiques angoisses, les préparatifs inquiets, 
et bientôt, hélas ! les larmes et le dcuiL Ce lut la guerre ! 
guerre préméditée et longuement préparée par un ennemi 
redoutable, guerre sans ami, sans allié, car nos campagnes 
antérieures de Crimée, d'Italie, de Chine, du Mexique, 
avaient successivement éveillé contre nous la méfiance des 
autres nations, quelque peu jalouses aussi de noire gloire 
et de notre richesse. Aucune voix en Europe ne s'éleva 
pour protester ni pour intervenir en notre faveur; et ta 
France terrassée dut subir, saignante encore, la cruelle 
amputation de deux de ses plus belles provinces L 

Mais ses malheurs ne devaient pas s'arrêter lâ et Paris, 
après les souffrances d'un siège rigoureux stoïquement 
supporté, connut les horreurs de la guerre civile et vit 
l'incendie sacrilège détruire, sous les yeux même du vain- 

i, Indépendamment de l'indemnité de guerre de cinq milliards, concédée 
par le traité de Francfort, la France dut abandonner à l'Allemagne le départe- 
ment du Bas-Rhin tout entier, celui du Haut-Rhin moins Belfort et son territoire, 
les trois quarts de celui de la Moselle, un tiers de celui de la Meurthe, deux 
cantons de celui des Vosges; soit une perte de 14.S75 kilomètres carrés, avec 
une population de plus de 1.6*00.000 habitants. 




338 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



queur, les monuments séculaires qui faisaient sa parure et 
son orgueil. 

Dans cette tempête effroyable, il sembla vraiment que la 

patrie allait sombrer. 
C o m me il a r r i v c 
après les grands cata- 
clysmes, il y eut un 
premier moment de 
stupeur et de recueil- 
lement : puis, après 
la répression défini- 
tive de la Commune, 
Paris, accessible de 
nouveau à tous ceux 
qui s'étaient mis ù 
labrien prov ince ou à 
Tétranger, commença 
à se ressaisir. La vie 
industrielle et com- 
merciale du pays re- 
prit ; les salons se 
rouvrirent peu à peu. 
Certes, le tcmp> des 
fêtes était loin, mais 
on était heureux de 
se retrouver après la 
tourmente, de savoir 
coin ni en t s'étaient, 
passés les jours mau- 
vais, de s'entretenir 
aussi des chances possibles de restauration impériale ou 
monarchique, blanche ou tricolore, d'échanger ses espé- 




RROCHE A FILETS D ÉMAIL, 
P ! ■: H L B S i: T BAILLANTS. 



rances alors très justifiées 
l'avenir souhaité 1 . 



0l\ 



de préparer les voies de 



i. La République ne fut proclamée définitivement par l'Assemblée Natio- 
nale., en 187?, qu'il une voix de majorité. 




BIJOUX « ALSACE-LORRAINE », A V F* G K M I> L t H E S K T DEVISliS PATRIOTIQUES* 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



Dans ces réunions mondaines, 
presque intimes, on se contentait 
de porter sans ostentation les pa- 
rures d'autrefois, ou du moins ce 
qu'il en restait, car nombreux 
furent ceux qui, partis précipi- 
tamment à L'étranger, n'avaient 
pu v vivre que grâce à la vente 
de quelques-uns de leurs joyaux. 
Il n'tst peut-être pas hors de pro- 
pos de signaler ici qu'après avoir 
constaté par expérience de quelle 
ressource le bijou peut être dans 
les circonstances difficiles, beau- 
coup s'empressèrent, dès leur 
retour, non seulement de recon- 
stituer leur écrim mais même de 
l'augmenter dans de notables pro- 
portions. 

Rappelons aussi que, pendant 
l'Année terrible, il y eut, à Paris, 
une telle pénurie de numéraire 
qu'on avait la plus grande diffi- 
culté à acheter même les objets 
de première né£e$$i|é qui? d ail- 
leurs, avaient atteint des prix 
excessifs. Il était donc pour ainsi 
dire impossible aux Parisiens de 
réaliser leurs bijoux. A ce moment, 
le malaise était devenu tel. qu'une 
délégation de la Chambre syndi- 
cale: de la Bijouterie lit une dé- 
marche auprès du Ministre des 
Finances pour lui proposer de 
faire fondre et convertir en 

espèces, par la Monnaie, les matières dY>r et d'argent qui 




CHATKLAWK KN OR RKMCItfjK. 

Composition de J. Début; 
éxecution de ChalveL 
{Maison houchtron.) — Haut-, 19 cent. 



3 4 2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 




MEDAILLON 
>VBC ÉMAIL PEINT 

par K. Fonienay. 



se trouvaient sans emploi, par suile 
du chômage absolu, 

La délégation fut, selon Fusage, 
reçue « d'une façon charmante », 
avec promesse de donner suite a sa 
très intéressante proposition, dont, 
selon l'usage aussi, on n'entendit 
jamais plus parler. 

Après la mort de Napoléon III, 
en 1872 l 1 l'Impératrice Eugénie, 
réfugiée en Angleterre et se trou- 
vant dans une genc relative, se 
défit de ses bijoux personnels, désor- 
mais inutiles d'ailleurs. C'est ainsi 
que son grand collier de trois rangs 
de perles, comprenant 121 perles 
pesant 4.260 grains â (plus de 
35 grains de moyenne par perle), 
fut acheté par Lnew. un ancien 
employé de Baugrand, pour le 
compte de la Païva. devenue 



1. Lorsque Napoléon Ml mourut à 
Chislehurst, le 9 janvier 1872, « l'Empe- 
reur portait trois bagues à Panniilâire de 
la main gauche. C'étaient son anneau de 
mariage, celui de sa mère, la reine Hor- 
tense, et celui de son aïeule maternelle, 
rimpératrice Joséphine. On offrit au Prince 
Impérial de les lui remettre, mais, par un 
pieux scrupule, le fils de Napoléon III les 
refusa et émit le désir que son pète fut 
inhumé avec ces précieux souvenirs. » 
[Napoiron II h par Jean Guétary. Paris, 
Librairie Universelle.) 

1. Voici quelle était la composition du 
collier a ce moment ; 

I er rang , t . , 33 perles, 1 . 1 3 o grains. 
2 e — - , . 3g — 1408 — 
3 e - ■ - ■ 47 - 1-7*4 




Ensemble. . 121 perles, 4.262 grains. 



M K D A I L L 0 N OR MAT, 
AVEC ROUTONS D i; R O S i: S 
EN PKRLKS R O S i: S 

par Gay et Morgan. 




MODES DE 

\ Médaillons tout- k- s d'oreilles. 



344 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



par son mariage, Comtesse Hcnckel de DonnersmarcL 
Personne n'ignore le rôle joué vers la fin Je l'Empire 
par cette Juive polonaise qui, partie de rien, mais douée 
d'un esprit d'intrigue remarquable, d'une volonté tenace et 
d'une ambition sans bornes, comme aussi sans scrupules, 
devint successivement la reine des femmes entretenues Je 

Paris, puis Marquise 
Je Païva, enfin Com- 
tesse Hcnckel de Bon- 
nersmarck et cousine 
du Prince de Bismarck ! 
Elle, dont la jeunesse 
s'était passée dans la 
misère, fut invitée aux 
Tuileries et reçut dans 
l'intimité la fleur de la 
brillante société d'alors, 
Les notabilités des let- 
tres, des sciences, des 
arts, Je la finance et du 
monde diplomatique se 
retrouvaient dans le 
somptueux hôtel qu'elle 
s'était fait construire 

par Crouzet. (Maison Bouèfaeron*] allX ChtUTipS - ElyséCS 

par Mauguin et Le fuel, 
et que Baudrv décora Je peintures célèbres. Les attaches Je 
la Païva avec l'ambassade d'Allemagne et avec le Prince de 
Hohenlohe ne sont un secret pour personne ; certains ne se 
gênaient même pas pour l'appeler « l'espionne ». Le Comte 
Henckel de Donnersmark fut. en 1870 — nous nous le 
rappelons trop bien, — le premier gouverneur allemand de 
Metz, après la capitulation. Ce poste et le titre de Prince 
qu'il reçut par la suite récompensèrent les services, plus 
importants que glorieux, rendus à l'Allemagne parle couple 
funeste, pendant son long séjour à Paris. 





P A R L R K ' D ' E M E R A U 0 12 S] E T BUILLANTS 

par Bapst (1872)* 



3 4 6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



On prétend que la Païva, qui avait cherché à circonvenir 
Gambctta après la guerre, fut im itée par le Gouvernement 
français à quitter le territoire, 

N'ya-t-il pas une sorte de fatalité tragique dans les vicis- 
situdes de ce collier qui, après avoir rayonné sur les épaules 

de la Souveraine aux jours 
de sa splendeur, vint parer 
— trophée insolent — la 
femme qui avait été un des 
principaux instruments de 
sa déchéance et de notre 
perte ! 

La Comtesse de Don- 
ne rs marc k mourut quelques 
années plus tard en Alle- 
magne. Son mari, malgré 
les souvenirs qui pouvaient 
s'attacher à un pareil joyau, 
le vendit, en 1889, à ICramer 
qui, nous l'avons dit. avait 
été joaillier deTImpératrice, 
bien que sujet prussien : 
ce dernier le revendit immé- 
diatement 5 00. 000 freines à 
Boucheron , qui dispersa 
cette collection de perles en 
différents colliers. 
Naturellement, dans l'état d'esprit général où chacun se 
trouvait au sortir de la guerre, il n'était pas question, pour 
les bijoutiers, de s'ingénier a découvrir quelque formule 
d'art inédite. Toutes leurs tentatives de nouveauté, nom- 
breuses d'ailleurs, furent à ce moment inspirées beaucoup 
plus par le sentiment patriotique que par une préoccupation 
décorative. On créa beaucoup de bijoux où figuraient des 
éclats d'obus, des débris d'armes, des attributs militaires, 
ou encore, se mêlant au lierre, au myosotis, à des emblèmes 




LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



347 




lî P U ('LE D ORKILLB 
Il M AUX CLOISONNÉS 

pnr Falize. 



de souvenir et d'espérance, les armoiries enlacées et souvent 
enchaînées de l'Alsace et de la Lorraine; le mot « France» 
inscrit dans un écusson dont l'angle 
de droite supprimé rappelait les 
provinces enlevées. Ces bijoux sym- 
boliques étaient, en général, plus 
intéressants par ridée respectable 
et touchante qu'ils cherchaient à 
exprimer, que par la beauté de leur 
composition ou la perfection de leur 
exécution. On en vendit d'innom- 
brables quantités en vieil argent 
estampé, avec les couleurs fran- 
çaises é mai liées : croix, médaillons, 
bracelets, châtelaines, broches, ca- 
chets, bagues, épingles de cravate, etc. 

La maison Piel en avait dix modèles 
différents, et un atelier entier fut 
employé pendant plus de deux ans 
à la fabrication exclusive et ininter- 
rompue de bijoux « Alsace-Lor- 
raine ». Ces bijoux éveillèrent la 
susceptibilité toujours aux aguets de 
l'autorité allemande, qui les interdit 
dans les pays annexés. 

A propos de ces bijoux patrio- 
tiques in>piré> par les tragiques évé- 
nements de 1870. rappelons une 
anecdote qui circulait alors et dont 
le feld-maréchal de Manteuffel fut, 
paraît-il, le héros. 

Dans un repas officiel, le futur 
latthalter d'Alsacc-Lorraine était 
assis auprès d'un de nos [Mus tins 
diplomates. Celui-ci s'évertuait à convaincre son illustre 
voisin de la supériorité française pour tout ce qui récla- 




ÉMAUX CLOISON N É S 

par Fiiîizc. 



348 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE 




niait de la délicatesse et du goût. 
Sous les doigts habiles de nos 
ouvriers, soutenait-il, il n'est rien 
de laid qui ne puisse être trans- 
formé en objet gracieux. Quelque 
peu agacé^ le vieux soldat, arra- 
chant un poil de sa barbe grise, 
le remit à notre compatriote en 
s'écriant. avec une pointe d'ironie : 
« Eh bien ! pour démontrer l'exac- 
titude de ce que vous avance/, 
qu'ils me fassent quelque chose 
de joli avec cela ». 

Acceptant la gageure, le Fran- 
çais envoya «cela» à un joaillier 
parisien, au patriotisme duquel il 
(it un pressant appel, afin que 
le bijou commandé fournit une 
preuve irréfutable de l'habileté et 
du goût dont il s'était porté garant. 
Peu de jours après, le maréchal 
recevait de Paris un petit colis conte- 
nant une magnifique épingle de cravate, 
très finement ciselée. L'aigle de Prusse 
v était représenté, tenant dans ses 
serres le poil germain, aux extrémités 
duquel étaient fixés deux minuscules 
écussons d % or aux armes d'Alsace et de 
Lorraine ; mais sur le roc où se dressait 
fièrement l'héraldique oiseau, on pou- 
vait lire en français ces mots, hélas! 
moins invraisemblables alors qu'au- 
jourd'hui : « Vous ne les tenez que 
par un cheveu ». 

Cependant, le succès prodigieux de 
l'emprunt de guerre de quatre milliards 



I I ; N [1 A N L D'OREILLB £N O It * 

Genre ferrure tourné ;i h\ pince, 
par Chah et. 

iMaiéon liouchtron.) 




MEDAILLON 
ÉMAUX CLOISONNÉS 

pur FatiiSe. 



LA TROISIEME RÉPUBLIQI E 



3 4 o 




et demi couvert quatorze fois, la libé- 
ration anticipée du territoire r , la recon- 
stitution rapide de nos forces militaires 
et de notre armement, la réédification 
des monuments détruits par l'invasion 
et la guerre civile, entreprise au lende- 
main de nos désastres ", donnèrent au 
monde des preuves indiscutables de la 
vitalité extraordinaire de la France. 
Les étrangers revinrent en foule à 
Paris, poussés en partie par la curiosité 
de visiter le théâtre où venait de se 
dérouler un des plus grands drames 
de Thistoire moderne, et de voir les 
ruines, pour ainsi dire encore fumantes, 
amoncelées par le siège et la Commune. 
Ils étaient désireux aussi de se procurer 
à nouveau tous les objets de luxe dont 
ils avaient été privés pendant les longs 
mois où Paris était resté fermé. C'est 
ainsi que notre riche clientèle cosmo- 
polite, celle d'Orient, de Grèce, J" Kgvpte, 
d'Espagne, de Russie, des deux Amé- 
riques, dont nous étions alors les four- 
nisseurs habituels, et presque exclusifs» 
pour les articles d'élégance et de mode, 
nous firent des commandes et des achats 
importants, donnant à notre industrie 
une impulsion aussi heureuse qu'ines- 
pérée. 

1. On fît, à cette occasion, des bijoux avec inscrip- 
tion ir La France libre! », de même que, en 1^74 et 
1875, au moment où il était question d'une restau- 
ration monarchique, on en fit de fleurdelisés avec la 
devise : « La Parole est à la France et l'heure est 

BAILLON à DiCU ^ 

émaux cloisonnés ^ L'emprunt de liquidation de 35o millions, 

par Faitze, émis par la Ville de Paris, fut souscrit quinze fois. 



PENDANT D 3v COU 
JÛAILLERJIi B T OR. 

[Maison Dea)iayes 1 

de îHy 2 ii t v^.j 




356 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE A V XIX* SIECLE 



D'autre part, toutes les parties du pays n avaient pas été 
également éprouvées par les événements; si les départe- 
ments envahis par l'ennemi avaient beaucoup souffert, les 
autres, tout en prenant part aux tristesses ci aux efforts 
communs, avaient profité matériellement de l'émigration 
des Parisiens et des achats d'approvisionnements et d équi- 
pements de toutes sortes nécessités par la formation de nos 
armées improvisées. ïj y eut aussi un certain nombre de 
Français riches qui, rentrés chez eux, se trouvèrent avoir 




MÉDAILLONS TURQUDJSKS C A L I li H É E S t DEMt-PH R L K S ET R tj S I-: S ; 
MÉDAILLON OR MAT AVIvC Œ 1 L-DE-C II A T 

par Paul Ifobin *(t8$$}* 



fait sur leurs revenus, par la force même des choses, des 
économies involontaires et importantes et leurs habitudes 
de dépense étaient trop invétérées pour qu'ils n'eussent 
pas considéré comme anormal de conserver ces ressources 
inattendues. Ce fut un moment de grande prospérité pour 
le commerce de luxe et en particulier pour la bijouterie. 

Une autre circonstance vint encore favoriser cet essor 
inespéré de la joaillerie française ; ce fut, vers 1872, l'appa- 
rition, sur le marché de Paris, des diamants du Cap' 7 dont 

1 . On en avait vu déjà en 1869 quelques échantillons, mais comme on 
en ignorait alors la provenance et l'abondance, les affaires n'en furent pas 
influencées* 




MODES DE 1872. 

Colliers, pendants d'oreilles, bracelet. 



352 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



le premier avait clé découvert en 1867, sur le territoire 
d'une ferme hollandaise, située à 1,200 kilomètres environ 




G 13 A I N K S (f LhOMtNES » A GLANDS ET MÉDAILLONS, 
A Y K C COULANTS, POUR D A M H S ( l 8 7 5*1 i 



au nord du Cap de Bonne-Espérance. L'enfant qui ramassa 
ce caillou aux lueurs voilées ne se doutait pas de la nature 



LA TROISIÈME REPUBLIQUE 



353 



de sa trouvaille. Reconnue un peu plus tard par un docteur 
anglais, la précieuse substance devint rapidement Tobjet de 
recherches actives et donna lieu aussitôt à des spéculations 
effrénées et à des entreprises considérables. Les premiers 




COLLIER 1ÎT DEMl*l>AHUHi-;, AVEC EMAUX TRANSLUCIDES 

par RîilHulr (\Jâis<fti Bvacheron). 

spécimens que Ton trouva étaient en général de grande 
dimension, mais ils avaient malheureusement une teinte 
jaunâtre qui jeta une défaveur sur ces nouveaux diamants, 
tandis que, de leur côté, ceux-ci, en raison de leur grosseur 
inaccoutumée, faisaient du tort aux grandes pierres plus 
blanches des anciennes mines qui devenaient ainsi moins 

23 



35 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 




rares. Il s'ensuivit une baisse géné- 



PENDANT l> li C O U U » M A 
ET GRENAT CAiîOCEÎON 



par Soulcns. 



raie du diamant, dont les joailliers 
eurent à souffrir, mais qui eut pour 
résultat de rendre ta merveilleuse 
gemme plus accessible au public, el 
les acquisitions augmentèrent de 
jour en jour. C'est ce qui hâta la 
t ra n s t o r m a t i o n des m on tu res . Eti 
ellch les pierres étant pins grosses 
et moins chères, on ne chercha plus 
à augmenter leur apparence, leurs 
dimensions réelles étant bien suffi- 
santes. De sorte que révolution com- 
mencée par les maîtres dont nous 
a vons pari é p r é c é d e ni ment , eiH r e 
autres par Massin dès i86ï 3 et à 
laquelle l'Exposition de 1867 avait 
donné une grande impulsion, s'ac- 
centua encore et parvint, pour ainsi 
dire, a un épanouissement complet. 
Les montures plus légères en argent^ 
les chatons à grilles de platine, rem- 
placèrent avantageusement les mon- 
tures loin des et banales qui existaient 
jusqu'alors; de jolis bouquets dans 
lesquels on s'appliquait à imiter la 
nature, des colliers et des bracelets 
souples à emmaillements invisibles, 
sortirent des magasins de la rue Je 
la Paix, du boulevard des Italiens, 
et de ce Palais-Royal, aujourd'hui 
abandonné et désert, et dont la 
vogue avait été si considérable sous 
Napoléon III 1 . 




t. Lorsque la Reine d'Angleterre vint à 
Paris en 1 S 5 5 ? elle fut vivement impressionnée 



MANDANT DH COU COQUlLLli 

Brillants, perles 
cl tatquûîâes calibrées (vers 1*7?). 



LA TROISIKM E RKPT îilJHUE 



335 



Les réceptions qui eurent lieu à TKlysée par les dillcrcnis 
Présidents de la République 1 ne pouvaient évidemment pas 
se comparer à celles que per- 
mettait l'importante liste civile 
impériale ; elles ne furent cepen- 
dant, ni sans utilité, ni même 
sans éclat, sous le Maréchal de 
Mac-Mahon, Les fêtes données 
au profit des Alsaciens-Lorrains 
et, en 1875, l'inauguration du 
nouvel Opéra, furent en quelque 
sorte des événements semi-otïi- 
cicls et semi-mondains, qui 
réunirent momentanément des 
éléments de la société séparés 
d'ordinaire par la politique. Les 
dames tinrent naturellement à y 
figurer dans tous leurs atours, et 
beaucoup d'entre elles, s'aper- 
cevantalors qu'un grand nombre 
de leurs bijoux, restés jusque-là 
dans les eolfres-forts, étaient dé- 
modés, s'empressèrent de les 
faire remonter. Il serait toutefois 
très exagéré d'attribuer a ces 
fêtes les progrès sensibles réa- 
lisés à cette époque par les indus- 
tries de luxe et par la bijouterie. 




CHATELAlNb 

par Fontenay (vers 1874U 



par le Palais-Royal; aussi la Ville de Paris 
en fit-t-eîle faire une exacte réduction en 
relief et le lui offrit en souvenir de sa visite. 

1. Un des joyaux les plus célèbres 
admirés à r Elysée fut le collier de 

M m * Thiers, actuellement au musée du Louvre. En voici la composition : 
i cr rang : 41 perles, ?Cj grains (perle du centre, 3o gr. 1/2). 
2 e — 40 — 690 — | — — 3o — ). 
3° — 5 3 — 840 — ( — 3i — ). 

143 perles, 2,097 grains. 



35ô LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 




îï O tj C l,K S r> OREILLES 
ÉTRUSQUES 

par K. l'onlcnav. 



Suivant nous, ces progrès incontestables sont dus en partie 
aux Expositions de Vienne en i8y3, de Philadelphie en 

1876, qui facilitèrent les comparai- 
sons et stimulèrent les producteurs 
mais aussi, et principalement, aux 
réformes profondes apportées alors, 
sous rinspiration et la direction de 
M. Eugène Guillaume, réminent 
sculpteur, à renseignement des 
Beaux-Arts, ainsi qu'à l'action effi- 
cace et féconde de V Union centrale 
des Arts décoratifs, réorganisée en 
1872 et considérablement dévelop- 
pée en 1877. 

Nous nous excusons d'avoir peut- 
être donné un peu trop de dévelop- 
pement à ces considérations géné- 
rales, cl nous reprenons notre élude 
spéciale en continuant, comme nous l'avons lait jusqu'ici, 
de passer en revue les principales maisons de bijouterie, 
parmi lesquelles la maison Marret a sa place tout indiquée. 
Sa réputation datait déjà de loin: nous avons signalé dans 
notre premier volume qu'en 1810. Bénier et Riondclct avaient 
fondé, cour des Fontaines, n" ï, une fabrique de bijouterie 
q u e I > é n 1 e r l r a r s ! é r a . 
en 1822. 10. rue 
Yivier.nc. Quelques 
années plus tard, en 
1826, Bénier s'asso- 
cia les deux frères 
Hippolyte et Charles 
Alarrct, et la 'maison 
prit alors le nom de 
Bénier et Marret frères, jusqu'en 1829, époque à laquelle 
Bénier se retira complètement. 

Les deux frères Marret restèrent, sous la raison sociale 




I1RACELJJT 

pur limile Fromcnt-Mcurice. Modèle de H. Camcrè 



LA TROISIEME RÉPUBLIQUE 



Marret frères, puis, en i8?4, transportèrent leur maison 
dans l'ancien hôtel deCnlbert. au n (l i(k rue Yivienne. C'est 




HRACBI.BTS S E RPi-NTS 

par Paul Robin. (Grandeur d'éxecution.) 



alors que Charles Marret se sépara de son frère Ilîppnlvte 
qui continua avec Bènier comme commanditaire), pour 



358 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



se rendre acquéreur de la maison Gloria, rue de la Paix, 1 9, 
qui prit le nom de son nouveau propriétaire. 

Un autre frère, Justin Marret, fabricant d'ordres au 
Palais-Royal, étant mort en 1844, Hippolytc, tout en conser- 
vant rétablissement de la rue Viviennc, racheta son fonds et. 
quelques années plus tard, en 1849, s'associa les frères Jarry 

(Fugène et Gustave), dont il avait 
épousé la sœur en 1 83 2 . La rai- 
son sociale devint alors Marret et 
Jarry frères, qui subsista jus- 
qu'en 1 858 !, 

A la suite de la Révolution 
de 1848, une succursale fut fon- 
dée à New-York; mais après des 
débuts assez brillants, elle fut 
liquidée au cours des années 
1 856- s 837 sans avoir eu de suc- 
cesseur. 

L'historique de la maison 
Marret est assez compliqué et 
difficile à établi r v à cause du grand 
nombre de frères, neveux, beaux- 
trères, qui y furent associés. De 
plus, les enfants portaient parfois 
les prénoms de leur père ou de 
leur oncle, ce qui prête à coniu- 

l M aïs on Marret Irercs et Jarry») J 

sion. Aussi, pour l'intelligence de 
ces notes, il nous paraît nécessaire de donner ici, malgré 
leur aridité, des indications généalogiques précises, ainsi que 
les raisons sociales successives de cette importante maison, 
qui tint une si belle place dans la bijouterie et la joaillerie 
du xix c siècle. 

1. Il existait un Jarry aîné, fabricant bijoutier rue des Deux-Portes-Saint- 
Sauveur, dont la spécialité était les face à-main, les boucles de ceinture, les 
pommes de cannes et les articles de fumeurs genre riche et soigné. 11 e&posâ 
avec succès en 1 85 5 et en 1862, mais il n'était pas allié aux frères Jarry de la 
maison Marret, et on l'appelait parfois Jarry-Calle, du nom de son prédécesseur. 




LA TROIS! KM K R K IMT li L I Q [' I 



53Q 



Le chef de la famille, on pourrait presque dire le fondateur 
de la dynastie, fut Pierre Marret (r 764-1857). Il eut cinq en- 
fants, dont quatre fils, qui, tous, furent orfèvres ou joailliers. 

i° L'allié. Auguste Marret. dirigeait une maison d'orfè- 
vrerie quai des Orfèvres ; malheureusement, aucune trace 
n'en subsiste : ni archives, ni tradition, ni documents, ni 




PKNDANTS t> K C O V Ç A M Ê K S Et T \* K R L £S* 

(Maison Marret frères ei Jarry,} 



renseignements d"aucune sorte. Nous savons seulement que 
Auguste Marret eut un fils unique, Paul Marret (j r853), 
qui, après lui avoir succédé comme orfèvre d'abord* entra, 
au moment du décè> de son oncle (Charles Marret. en 1847, 
dans la maison que celui-ci avait reprisé, en 18^4, à Gloria, 
rue de la Paix, ig. Il fut associé avec sa tante, restée veuve, 
et devint ensuite son successeur'. 

i. Cette maison donna lieu plus tard h l'association M arrêt et l'îaugrand. 



36o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



2" Justin Marret (1802-1844), succéda comme bijoutier 
fabricant d'ordres à Peck-Olivier, 1 19, Palais-Royal. 

Il fut le père de MM. Ernest (né en 1 835) et Hippolyte 
(1841) Marret, 2 e du nom. 

M. Ernest Marret eut trois fils dont les deux propriétaires 
actuels de lamaison : MM. Charksf 1 86 1 ) et Paul Marret(i863). 

3 Û C h, -Hippolyte Marret, 1 er du nom (1804-1883.), qui 
épousa M Uc Jarry en i832. 

4 0 Charles Marret (1807-1846), qui eut un fils bijoutier, 
Alfred (1836-1876). Ces deux frères, Hippolyte et Charles 
Marret, furent les associés et successeurs de Renier. 

Par ce qui précède, on voit que de Pierre Marret sont 
issus tous les bijoutiers du nom de Marret. II s'en trouve dix, 
auxquels il convient d'ajouter les deux veuves, qui exercèrent 
aussi la profession ; il y eut^ en outre, divers associés 1 . 

1. Voici les raisons sociales de la maison Mar ret depuis 1810 jusqu'à 1007. 

1810-1826. liénier et Riondelet, cour des Fontaines» t. Lti 1822» rue Viviennc, iô* 

1826-1829. / Bénîer, 

Bénier j Hippolyte J gr Marret, 

et Marret Itères f Charles Marret. 

1829-18^4. j Hippolyte l« r Marret, 

Marret frères i Charles Marret. 

1834-1846. Hippolyie Marret seul. Transfert de la maison au ir 16, rue Vivien ne. 

1846-1850. | Hippolyte I ,r Marret, 

Marret, .lu n'y . Murène Jarry, son beau-frère, 

et Gaime ' Gai me, parent de Pierre Marret, 1 ancêtre. 

1 85 £ - 1 838* / Hippolyte 1" Marret, 

Marret ) Eugène Jarry. > . ■ , B . 

/ , 3 - ■ ; ses deux beauxtreres. 

et Jarry frerès ( Gustave Jarry, \ 

(858-1872. | Hippolyte H Marret, 

Marret, \ Eugène et Gustave Jarry, 

Jarry frères i Ernest Marret, tils aîné de Jusiin, 

et Marret neveux ( Alfred Marret, tils unique de Charles. 

1*7*>1*7* ( fe**^ 1 .ils de Justin. 

Marret frères ) Hippolyte II Marret, \ 

et Jarry / Gustave Jarry, neveu de kugenc et Je Gustave Jarry. precc- 

( demmem associés, de i85t à 187:2. 

1879-1889. \ Ernest Marret, 

Marret frères j Hippolyte H Marret. 

,oo l Charles Marret. / 

1000,-1004. 1 - . t fils u hrnest, gui se retire. 

Marret frères ^ti» Marret, \ 

{ Hippolyte 11 Marret, leur oncle. 

0 t r ,, i 1 leur oncle Hippolyte 11 Marret s'étaut retiré 

1894-10.. Charles Marret, fi, . - , ' . . 

m c x ï .-ri 1 +m ! les deux Ireres continuent seuls, hn mot, le 

Marret treres t Paul Marret, l , . p , r „ . ,f 

sieiie social est ira ci stère jo2. rue bai nt- Honore. 




PKNDANTS D'OREILLKS EN JOAILLERIE 

(Maison Marrct frères et 5jarr,y.) 



362 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 




Les Marre t ont toujours fait de 
la belle joaillerie ; ils ne cherchaient 
pas a innover, mais s'appliquaient 
plutôt a suivre les goûts d'une clien- 
tèle sérieuse et riche, qui n'aurait 
pas admis qu'on changeât ses habi- 
tudes. C'était du bijou essentielle- 
ment classique et soigné. Un grand 
nombre d'élèves habiles se for- 
mèrent dans leur atelier, tels que : 
Baucheron, Menu, Auger, Gran- 
jean, Hippolyte Martel, qui devin- 
rent à leur loin* bijoutiers ou joail- 
liers connus, et Paul EcgranJ. l'ex- 
cellent dessinateur de Boucheron, 
dont 



PENDANT DR COU 

SAPHIRS i;t brillants. 
(Maison Marret frères et Jarry . ) 



nous 
parle- 
rons 
plus 
loin. 

Les frères Marret ont su 
maintenir d'une manière cons- 
tante leur belle réputation. En 
] 85 5 , la maison obtenait une 
médaille d'honneur, la plus haute 
récompense accordée à cette 
époque. Pour des raisons parti- 
culières, elle ne participa pas ù 
l'Exposition de 1S67, mais en 
1878 elle obtenait une médaille 
d'or. En 1889, M. Ernest Marret, 
notre aimable confrère, qui lut 
président de la Chambre syndi- 
cale de la Bijouterie de 1 883 à 
1887, était nommé membre du 



mm 



mm 



B R O Cil R J O A I I. LE RM-;, 

OLiihon Marret frères t-l Jnrry.) 



B II A C K L E T S JOAtLLKRtE K T 

(Maison Marret ir^rcs et Jatry;) 



364 Ï-A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Jury des récompenses et rapporteur de la classe, et recevait 
bientôt la croix de chevalier de la Légion d'honneur. Enfin, 
en 1900, la belle exposition de MM. Charles et Paul M-arret 

leur valut un des grands prix de 
la section. 

Le rapporteur de la classe. 
M* Paul Souffiot 3 s'exprime ainsi 
a leur sujet : « MAL M arrêt frères 
ont exposé une collection de bijoux 
en joaillerie, dont le jury a su 
apprécier les mérites. En 1889. 
l'exposition de la maison M arrêt 
avait été très admirée: niais, de- 
puis celte époque, des progrès très 
importants, que FLx position ac- 
tuelle a permis de constater, ont 
été réalisés. 

h M AL Al arrêt se sont affirmés 
pa r d h e u r e u s e s innovations 
comme genre et forme de bijoux; 
la légèreté de leurs montures, 
1 heureuse présentation des pierres 
au moyen de fils d'acier, qui dis- 
simulent les attaches, sont d'un 
très bon effet. Une collection de 
brillants de taille fantaisie, quel- 
ques colliers de perles et une série 
de bijoux moins importants, en 
art moderne, ciselés et émail lés, 
ont complété cette exposition. 
)> Nous citerons aussi une très 
belle pièce de corsage et de jolis colliers en brillants, qui 
permettent de juger de la recherche apportée par MAL Alar- 
ret dans la composition de leurs mndèle> et des soins donnés 
à leur exécution. » 




CHATELAINE JOAILLE 
A V iù C (i MAUX* 

(Maison Marrcl fK-rus i 



LA TROISIÈME REPUBLIQUE 



365 



Un autre nom, bien connu dans la bijouterie, est celui 
d'Alphonse Fouquct, qui \ it aujourd'hui à l'écart, en philo- 




COL LIS fi DRAl'KttlB OU liT FILIGRANE 
par K. Fontenay u^7?). 



sophe, après avoir fourni une longue et brillante carrière. 

Dans un opuscule très intéressant, Alphonse Fouquet 
a raconté l'histoire de sa vie industrielle. On v voit la 



366 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



différence entre la vie d'autrefois et celle d'aujourd'hui, le tra- 
vail persévérant, opiniâtre, qui était nécessaire pour n'obtenir 
parfois qu'un modeste résultat. Les journées étaient longues 
et dures, lessalaires faibles, et il fallait un réel courage pour 
arrivera sortir de la médiocrité. Nous croyons devoir donner 
quelque développement aux emprunts faits à ce petit livre, non 
seulement parce qu'ils nous renseigneront sur leur auteur, mais 

surtout parce qu'ils nous 
initieront aussi ù l'existence 
que Ton menait dans les ate- 
liers de son temps. Nous 
laissons la parole au narra- 
teur; il nous semble que, 
racontés par lui-même, les 
faits auront encore plus de 
saveu r. 

« Né de petits commer 
çants de cinquième sur sept 
enfants», à Aleneon, le 
22 juin \ H'2H, je vins à Page 
de dix ans à Paris, avec 
toute ma famille. $ L'année 
suivante, ses parents déci- 
dèrent de le placer chez un 
patron, « parce qu'il serait 
une bouche de moins i\ 
nourrir », et le jeune bambin de onze ans fut accepté par 
M. Henri Meusnicr, bijoutier, 119. rue Saint-Martin, dont 
la spécialité était la monture du camée coquille, genre napo- 
litain, et la demi-parure estampée. On y Taisait aussi quelque 
peu le genre liligrane et eannetille. 

« .l'entrai donc chez ce patron le r r juillet i83c>, afin cVy 
faire mon apprentissage, avec la convention de donner cinq 
années et demie de mon temps 1 . 

t. I /apprentissage ,i été réduit, actuellement, a trois ans; mais, en Angle- 
terre, il est encore de sept années. 




ciu:hé ReiHltogàri 
m"* LATO OR, 
PAHÉK DE SUS llîJOUX, 




m o i> i: s d li J H 7 4 . 
Boucles d'oreilles, bracelets. 



368 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 




u Mon patron , homme 
rude, petit, trapu, fort comme 
un lutteur, d'une instruction 
et d'une éducation des plus ru- 
dimentaires, menait ses élèves 
comme les hôtes d\m chenil. 
Les gifles, les taloches , les 
coups de pied ne leur étaient 
pas ménages; les ouvriers imi- 
taient le patron : c'était dans 
les mœurs d'alors. La durée 
de la journée d'un apprenti 
était, l'été, de quatorze à quinze 
heures ; l'hiver, de dix-sept à 
dix-huit heures, et quelquefois 
vingt heures (quand Pou v rage 
abondait), ce qui eut lieu tous 
les deux jours, d'octobre à fin 
décembre i83g, dans les con- 
ditions suivantes : 

» La petite journée était 
de sept heures du matin à une 
heure après minuit; le lende- 
main, la grande était de huit 
heures du matin à quatre 
heures après minuit. Les ou- 
vriers couchaient : les uns avec 
les apprentis dans leur lit de 
sangle, les autres par terre, sur 
des matelas ou des paillasses; 
c'était inouï ! 

» La nourriture consistait : 
i° le matin, à neuf heures, en 
un morceau de pain dur (quel- 
quefois rassis de plusieurs 
jours i et un , deux ou trois 



C II A 1 g L AI N E EN 0 R 

par g. l-'oiitcnay (1S76). 




B R A Q B LE T 8 I> E J Û a i l L i ; R I ] : ANTÉRIEURS a I 8 6 O . 
(Maison Vevcr.) 



24 



3 7 o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



sous, suivant Page, pour acheter du fromage, des pommes 
de terre frites, des confitures, une saucisse, etc., selon le 

pourboire accordé le 
d i m a n oh e ; 2° a u go ù- 
ter de deux heures, 
un morceau de pain 
sec « pour dégraisser 
les dents » , disait le 
patron ; 3° le soir, à 
sept heures, au dîner : 
soupe, viande, légu- 
mes et un peu de vin 
d abondance ; jamais 
de dessert. 

(f Le pourboire 
dominical, qui servait 

BRACliLKTS RIGIDES, OR MAT J1T I 1 K k IU S . à TCndrC lC pcUA filOUTS 

sec, était ainsi distri- 
bué : la première année, l'apprenti touchait o fr. 5o ; la 
seconde année, o fr. y5 ; la troisième, i franc: la quatrième, 
t f r . 5n ; la ci n - 
quième, 2 francs ; 
jamais plus* 

» C'était avec ce 
pourboire qu'il de- 
vait, durant toute la 
semaine , graisser 
le pain du déjeuner 
et du goûter. Mais, 
pour la moindre 
peccadille, il était 
retranché et ce, pen- 
dant UI1C, deUX, bracelets avkc g h e n a t s cabochons. 

trois, quatre semai* 

nés et quelquefois davantage, selon le caprice et le mouve- 
ment de colère du patron. 





LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



» Lorsque, le 3i décembre 1845. mon apprentissage prit 
tin. mon patron me donna 2 fr. 5o par journée de douze 




M "" , 1HLLY, K S 1874, 

Pendant de cou en joaillerie éi pampilles, bouck-s d'oreilles, bracelets. 



heures. Mais comme à ce moment de Tannée (janvier [8461 
on travaillait deux heures Je moins, mon ^ain n'était plus 
que de 2 francs pour dix heures de travail* » 



3 7 2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE 



Après avoir été successivement ouvrier chez différents 
patrons, avec des gains de 3 à 4 francs par journée de douze 
heures, le jeune Fouquct, par suite d'un chômage de deux 
mois, dul, pour vivre, entrer dans une maison de roulage 
où il copiait des lettres de voiture moyennant i fi\ 5o par 




B R O i; 1 1 B E T PKNUANTS D ' Û R \i J L L R S EVENTAIL, 
JOAILLERIE f£ T l'KRLIiS. 

(Maison Ciiillol, Pt^k et (ïuilk min .) 



jour. C'est après ce chômage qu'il se présenta comme ouvrier 
chez AL Pinard, bijoutier, rue Sainte-Avoye, lequel avait la 
spécialité de bracelets-maillons argent enfilés sur des élas- 
tiques de caoutchouc. Ce moment est un des plus impor- 
tants de sa carrière, car le hasard lui suggéra ridée de se 
faire dessinateur. 

Kcoutons-le encore : 

ce Quand je me présentai à M. Pinard, le colloque sui- 



I. A T R O ï S I K M E R E PU BU (} V E 



3-3 




è 



vant Rengagea entre nous : — Jeune 
homme, je n'ai point besoin d'ou- 
vriers, j'ai besoin d'un dessinateur 
ou de quelqu'un qui m'apporte des 
idées ; dessi nez- vous ? — Non, 
répondis^ je. En elléu je n'avais 
jamais touché un crayon de dessi- 
nateur. — Kh bîcn ! reprit-il. je n'ai 
pas de place pour vous. A ce mo- 
ment, il se fit une lueur rapide dans 
mon cerveau et je me demandai, 
dans mon for intérieur, si je ne 
pourrais pas essayer de dessiner 
un peu. Je le questionnai sur le 
genre qu'il 
dés lia yt : 
— Je ne 
sais, me 

PENDANT LU: £ 0 U ? dU-ÎL Je le 

éinaïl à Alfred Meyer. iMâison Vever.) 

quittai et 

me proposai de dessiner quelques 
petits trophées ou attributs pour 
épingles de cravates. Le jour même 
je me rendis aux Musées de marine 
et d artillerie et là, croquant tant 
bien que mal ce que j'y voyais, je 
me lis une provision de documents 
susceptibles de me servir. Je rentrai 
chez moi et dessinai une vingtaine 
de trophées, composés de trois ou 
quatre objets : casque romain ou 
^rec avec bouclier; enseigne romaine 
avec couronne de laurier: casque 
Moven-Age avec armes ad hoc ; tro- 
phées ou attributs tenant aux armes 
de guerre, de chasse, de pèche, de 




PENDANT DE COU 
J O A 1 L L \\ R I B 
ET TURQUOISE 

p;ir Gif. 



>4 I A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SÏÈGLE 




M K I) A I LLON 

K N' 

ÉMAUX CLOISONNAS 

pijf Lucien Fatfase. 



marine, etc. Ces compositions avaient 20 millimètres de 
hauteur. Quand je présentai mes dessins. M, Pinard me dit : 
— Ce n'est pas mal ça, jeune homme; 
mais sauriez-vous les exécuter ? — J'es- 
saierai, dis-jc* J'entraî donc dans son 
atelier, et j'y réussis si bien, qu'au bout 
de trois mois je gagnais 5 francs par 
jour; c'était ou delà de mes espérances. » 

Voilà donc dans quelles conditions 
Fouquet devint dessinateur. Cela se pas- 
sait vers le milieu de 1847. Malheureuse- 
ment, les événements de 1848 survinrent 
et firent de lui un garde mobile. Pendant 
une année, il fut obligé de cesser tout 
travail de bijoutier et toutes études de 
dessin. II les reprit 
en 1849, le soir, chez 
lui, après de longues 
journées passées dans 
une fabrique de doublé où il avait du 
entrer, la fabrication d or chômant beau- 
coup à ce moment-là. 

Apres maints essais dans le modelage 
pour bijoux estampés, restés improduc- 
tifs, pécuniairement parlant, îl entra chez 
M. Charles Murât. Pendant le séjour qu'il 
y fit, il continua à s exercer au modelage 
tous les soirs, et. finalement, parvint à 
acquérir une habileté qui lui permit de 
s'affranchir de l'atelier vers mai i852. 
Dès ce moment il vendit ses modèles en 
cire, cela jusqu'à la fin de 1857, où il 
commença à les présenter sous forme de 
dessin. 

« En 1854, dit-il, je suis entré chez M. Jules Chaise, 
io. rue de Richelieu, qui avait alors une grande réputation 




M K D A I [,LON flNVX 
ET J O A T L L E R I K . 

{Maison Viïver. | 



LA TR OISIK M H RÉPUBLIQUE 



3 7 5 



de fabricant. Duron père y avait été graveur-dessinateur. 
Je succédai dans cette maison à Hector Giacomelli, qui 
devint plus tard le célèbre peintre des oiseaux, et qui a si 
artistement illustré V Insecte et les Oiseaux de Michelet, 
et des œuvres exquises de François Coppée et d'André 
Theuriet. » Mais étant à ce moment-là plus modeleur que 
dessinateur, contrairement a ce que voulait M. Chaise, 
Fouquet entra, en i855, chez M. Léon Rouvenat, afin d'y 
apprendre la joaillerie dont il n'avait alors qu'une faible 




COLLIER D'OR 

pat È, l onicnay. 



connaissance et aussi pour voir exécuter des pièces d'art 
comme il s'en faisait dans cette maison. 

« Jusqu'alors, dit-il, je n'avais jamais modelé de figure 
humaine quand, vers la fin de juillet, l'occasion se présenta 
d'en tenter l'essai. 

v Un samedi, à quatre heures après midi, M. Rouvenat 
me fit monter dans son bureau. Là, je vis assemblés 
MM. Jules Peyre, dessinateur éméritede la manufacture de 
Sevrés; Julienne, célèbre dessinateur-décorateur industriel ; 
Félix Closson, dessinateur et chef d'atelier. 

» Il nous exposa que, appelé il concourir avec ses prin- 
cipaux confrères de la place a la fourniture de la corbeille 
de mariage dMsmaïl-Pacha. il devait présenter, le surlen- 
demain, à neuf heures du matin, des dessins pour pièces de 



l 7 G LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AT XIX* SIÈCLE 



coiffure en joaillerie, comportant une quantité déterminée 
de brillants pour une somme très importante. Il commanda 
ces dessins à ces messieurs sans s'adresser a moi, modeleur, 
pensant sans doute que je n'aurais pas le temps d'exécuter 
en cire un projet présentable en moins de cinq ou six jours. 

» Au moment où il prenait congé de nous pour partir à 
^^^^^^^_ m ^^^^^^_^ sa campagne, qui était à 
mMS^^BBnSÊ^HS^m Saint-iMichel(Scmc-et Oise), 



relie également. Cette gerbe se composait de deux épis de 
blé barbu, de liserons, de marguerites, de boutons d'or et 
d'avoines folles : les Heurs et les feuilles à différents degrés 
d éclosion. Il y avait des guirlandes, des grappes de chatons, 
qui s'enchevêtraient comme des lianes et retombaient dans 
la direction de l'épaule, Ktant à mon premier modelage de 
tête, ainsi que je bai déjà dit, je pris pour modèle, en le 
modifiant, le profil de l'Impératrice Eugénie, dont j'avais un 




» Piqué au vif, je des- 
cendis dans mon cabinet et 
méditai sur ce que je pour- 
rais exécuter. Je conçus 
immédiatement mon projet ; 
le voici : modeler grandeur 
nature un profil de tête de 
femme, haut relief, et grou- 
per d a n s 1 a c h e v e 1 u r e , d e p u i s 
le côté droit de la nuque 
jusqu'au haut du front, en 
le contournant entièrement, 
une gerbe de fleurs des 
champs, de grandeur natu- 



je lui demandai si je devais 
m'en occuper. « Si vous 
voulez », me répondit- il 
d'un ton délibéré, qui vou- 
lait dire qu'il ne faisait pas 
fond sur moi. 



PENDANT DE COU É M E R A U D E S t 
BRILLANTS ET OR É M A I L L É 

par k-s frères Fan nié r« (ï%&j. 



LA TROIS! KM K R \\ IM IU IQI T R 




petit médaillon 
dans mon cabinet. 
Dès quatre heures 
et demie, j'atta- 
quai ma tâche : 
j'allai dîner de six 
à sept heures, et 
travaillai ardem- 
ment jusqu'à mi- 
nuit et demi. Le 
lendemain, di- 
manche, j'étais a 
mon poste a six 
heures du matin ; 
je déjeunai et dînai 
a mon cabinet, 
ayant prié le con- 
cierge de me faire 
a p porter m e s re pas 
du restaurant, afin 
Je ne pas perdre 
de temps, et le 
soir, à minuit et 
demi, je partis, ma 
tâche presque en- 
tièrement ache- 
vée, mais aussi 
courbaturé de par- 
tout : des jambes, 
du dos, de la poi- 
trine et des mains. 
J'avais accompli , 
en vingt-six heures 
de travail, la beso- 
gne de quatre- 
vingt-dix à cent heures de ma production ordinaire; je 



f 1 R A N D B CHAT li LAIS K « BIANCA CAPK|,Ul « 

par Alphonse Fouquet (1878J. 
Émaux de Bé ranger ( de Sevrés)* 
Hauteur, No millimètres; largeur, r8? millimétrés. 



38o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XÏX* SIÈCLE 



n'avais pas perdu une seconde. Cinq minutes après mon 
départ, M. Rouvcnat, rentrant pour son rendez-vous du 
matin, apprit du concierge, qui me le répéta, que je venais 
de partir et dans quelles conditions j'avais travaille le samedi 
soir et toute la journée du dimanche; il en parut étonné, 
n'ayant pas compté sur ma coopération dans le concours en 
question. 

» Le lendemain matin, a six heures, j'arrivai terminer 
mon travail, n'ayant, comme la veille et l 1 a van veille, dormi 
que quatre heures à peine chacun des jours consacres a ma 




BRACELET CÛOUtLLE ET DAUPHINS EN JOAlLLKRIB 

par Alphonse louquet { 1 878 K 



tâche. J'achevai cTemmailler tous mes chatons en cire au 
moyen de petits fils de fer passés au minium, et fixai les 
guirlandes là où elles devaient être placées. Puis, avec un 
blaireau, je fouettai de poudre de bronze la téte et de poudre 
d'argent la gerbe, de manière à bien faire ressortir Tune sur 
l'autre. 

» A huit heures du matin, M. Rouvenat vint rôe voir et 
savoir ce que j'avais bien pu faire depuis son départ, « Eh 
bien, notre artiste, nie dit iL vous ave/. paraît-iL beaucoup 
travaillé hier?... » Puis, jetant un coup d'œil sur mon che- 
valet, qui était recouvert de lustrine, il ajouta : « Voila 
l'œuvre? Peut-on voir? » Je me levai pour lui éviter d'en- 
lever la lustrine qui aurait pu accrocher quelques aspérités, 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



et découvris mon travail. Un rayon de joie illumina son 
visage, et il me dil dans un clan d'enthousiasme : « Nous 
serons Les vainqueurs! II n'y aura rien de comparable à 
cela! » 11 voulut emporter de suite mon modelage pour le 
taire voir au magasin ; mais, ayant encore trois quarts d'heure 
à passer dessus, je le gardai jusqu'au moment du départ, qui 
eut lieu à huit heures quarante-cinq, ['ne heure après, il 




DIA D È llË C 1 1 L M k R i£ S K N J t j A 1 L L li R I L 

p t ir AJplioHsc l onguet 11*7*1. — I Jimvnsioîis : largeur, iGo milliiii.; luiutt-ur, *s milliin. 



était de retour avec la commande de cette pièce et d'autres 
de moins d'importance, formant ensemble un total d'une 
centaine de mille francs, nVa-t-on dit. 

» Mon cher patron, que j'aimais beaucoup, me remercia 
par un sourire, une bonne poignée de main, et ce fut tout. 
Il ne tint pas autrement compte de l'effort suprême que 
j'avais lait pour obtenir ce résultat, ni du temps que j'y avais 
consacré au détriment de mes heures de repos dominical* 

» Cette pièce de coiffure fut exécutée sous la direction 
de mon éminent collègue Janin, chef spécial des joailliers, 



38s LA BIJ0UTKR1E FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



avec tonte l'exactitude de forme et de galbe donnée par la 
nature. Cette exécution lui lit le plus grand honneur. 

» En 1 8 5 7 , la plupart 
de mes travaux pour la 
joaillerie - bijouterie se 
composaient de dessins; 
j'avais presque aban- 
donné le modelage de 
bijoux, comme étant plus 
long d'exécution j moins 
productif, moins rému- 
nérateur que le dessin, et 
ne modelais plus que pour 
mes études de figures. 
Voici comment j'em- 
ployais mon temps : 

» En toutes saisons, je 
me levais avec le jour et 
me couchais tard, ainsi 
que je l'ai dit. Lorsque 
j'avais des dessins de com- 
mande, je les exécutais de 
suite ; quand je n'en avais 
pas, je faisais du mode- 
lage de figure, des médail- 
lons et des bustes d'après 
nature, quelques compo- 
sitions de statuettes et des 
études d'après les écor- 
chés de Michel- Ange et 
de Houdon. Je n'arrêtais 
mes travaux de modelage 
qu'avec la fin du jour. 
Quand les jours étaient 
courts, j'allumais ma lampe et dessinais jusqu'à l'heure du 
dîner, qui avait lieu de sept à huit heures. Puis je rentrais 




GRAND I 
oll CISELÉ 



]ï ]i o t.: el j; K k s .\ i s > a m; E 
PERLES liT BK1LLANTS, 



Composition d'Alphonse Fouquet ( t*"* 1 - 
Email de Grandliommc, sculpturedc Carrier-Bellcuse, 
ciselure de Michaut. 
(Musée dus Arts décoratifs,) 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



383 



et redessinais jusqu'à minuit, une heure ou deux du matin, 
selon que j'étais entraîné par ma besogne de composition 

ou d'exécution. C'était le 

soir enfin que je travaillais 
pour mon stock. Je variais 
le genre de mes dessins, afin 
que Tœil de l'acheteur ne 
fût pas lassé, rassasié par le 
même mode d'exécution. 

» Pendant une saison , je 
faisais de La mine de plomb 
sur papier végétal avec des 
rehauts de gouache blanche. 
Pendant une autre, c'était 
de l'aquarelle seule. D autres 
fois, enfin, de la gouache 
seule ou mêlée à de l'aqua- 
relle. Ce à quoi je m'atta- 
chais, c'était, je le répète, 
de ne pas être uniforme ni 
dans mes compositions, ni 
dans mon papier, ni dans 
mon exécution : « L'ennui 
naquit un jour de l'unifor- 
mité ». a dit Boileau ; c'est 
ce que je voulais éviter. 

» Je faisais présenter 
mes dessins par un placier 
à qui je donnais 20 °/ 0 de 
remise. Leurs prix variaient 
de 3 à 20 francs, selon leur 
importance et leur valeur 
artistique. Les acheteurs du 
quartier du Palais-Royal et dans son rayon, qui en avaient 
la fleur, payaient plus cher que ceux du Marais. Ceux qui 
choisissaient les premiers dans une série de broches, pavaient 




B H K LOQUE. SPHINX KN OR CISK t. g 

par Alphonse Fouquet (187b). 
Ciselure de Brard. 
(Musée des Arts décoratifs.) 



384 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



io, 9, 8 francs; les seconds, 7, 6, 3 francs; les troisièmes, 
4, 3 francs. L'important pour moi était de garder le moins 
possible de mes productions. 

» Pendant les mois de juin et de juillet 1 858, j'ai étudié 
les grands carnassiers au Jardin des Plantes, Voici ù quelle 
occasion : M, Frotnont, boutiquier, rue des Petits-Champs, 
en face du passade Choiseul, nVayant apporté une perle 
baroque qu'il voulait faire monter en épingle, me demanda 
comment on pourrait Pulil iser. Lui trouvant l'aspect d'une 
roche, je lui donnai le conseil de faire modeler dessus un 
lion aux aguets. Il accepta mon idée, mon prix (3o ou 40 
francs), et m'en donna la commande. 

» N'ayant jamais modelé d'animaux et ne voulant pas 
m'en tenir aux documents que j'avais : un lion de Barye, un 
de Mène, un de Roui 1 lard, clans des attitudes différentes de 
celle dont j'avais besoin, je résolus d'étudier d'après la 
nature même; ei pour ce faire, j'allai demander au Jardin 
zoologiquc une carte d'artiste en vue d'étudier le matin, de 
six à onze heures, avant l'arrivée du public, devant les cages, 
quand le temps le permettrait, oll les jours de pluie, au 
Muséum, devant les squelettes, afin de connaître l'ostéologie 
de ces fauves et les mouvements qu'ils pouvaient accomplir. 

» Ces études me permirent de faire un lion et non un 
caniche, voulant toujours me rapprocher autant que possible 
de la nature et de la vérité, dut-il m'en coûter cher. Et ce 
fut mon cas, puisque, pour une commande de 3o ou 40 Iran es, 
j'avais, pendant prés de deux mois, consacré six heures par 
jour (mes courses comprises) pour en faire l'étude, » 

A cette époque, Kouquet était insouciant de la valeur du 
temps, ce n'était pas le lime ts money des Anglais, C'est ainsi 
qu'il modela, sans profit pécuniaire, mais à titre d'étude, des 
statuettes, des médaillons, de grands bustes, entre autres 
celui de Wcbcr, qui a figuré pendant vingt ans à l'ancien 
Théâtre Lyrique ; sculptures dont nous avons vu quelques- 
unes lors d'une visite que nous fîmes à ce vénérable et sym- 
pathique confrère et qui nous laissèrent l'impression qu'il y 



MODES DU 1 «S 7 5 - 

Ornements de eoitïure en joaillerie, colliers, bracelets, pendants d'oreilles. 



38b LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



avait en lui l'étoffe d'un statuaire de valeur. S'il avait suivi 
cette voie, nul doute qu'il n'eut conquis dans cet art la place 
qu'il a occupée dans la bijouterie; c'était aussi l'opinion de 
son ami F^ontenaw 

C'est en 1860, après avoir été ouvrier, puis dessinateur 
et modeleur industriel, que Fouquet s'établit pour son propre 
compte, 176, rue du Temple, et prit pour associé Eugène 
Deshayes, alors commis chez M. Lefebvre aîné, rue des 
Archives. 

« J'avais alors trente-deux ans, écrit-il ; mon associé en 
avait vingt-six. Mon apport social était de 7.000 francs 
espèces et 3. 000 francs de dessins, de modelurcs et de maté- 
riaux divers. Lui n'avait que 3. 000 francs, dont bon francs 
lui étaient prêtés. C'est donc avec 10.000 francs espèces que 
nous commençâmes notre maison. Sur cette somme, nous 
dûmes payer six mois de loyer d'avance, 65o francs environ, 
et. d'autre part, <S5o francs de matériel, plus nos frais de 
contrat et d'installation. Ce fut, en réalité, avec 7.500 francs 
que nous nous présentâmes chez M TÎU ' veine Kvon-Alemand, 
à qui j'avais été recommandé par M. lingot, son préposé 
aux matières précieuses. 

» Nos débuts furent des plus modestes. Nos prélèvements 
mensuels étaient de \ 5o francs, sur lesquels j'en donnais 25 
à ma mère, afin d'augmenter ses petites ressources et en 
attendant que je lisse mieux dans l'avenir. Je n'avais donc 
que 125 francs par mois pour ma nourriture, mon entretien 
et mes autres dépenses, aussi trouvait-on que je n'étais pas 
habillé a la dernière mode. Pendant la durée de l'association, 
je n'eus pas d'autres prélèvements. 

» Le budget mensuel de ma nourriture, que je ne dépas- 
sais jamais, ou dans de très rares exceptions, était de 60 a 
65 francs. Mes repas étaient pris dans le premier établisse- 
ment que Duval avait fondé, boulevard du Temple, à côté 
de l'ancien Théâtre Lyrique. Je dépensais régulièrement, 
pour mon déjeuner o fr. 80, et pour mon dîner 0 fr. g5 ; 
ensemble 1 fr. 75, v compris o fr. 10 de pourboire à chaque 



LA TROISIEME RÉPUBLIQUE 



3S 7 



repas. Le matin, comme premier déjeuner, o fi\ 25 de café 
au lait et de pain, soit 2 francs par jour, sauf les extra s les 
jours d'invitations. 

» Ma condition de dessinateur m'ayant mis en rapport 
d allaires avec quelques commissionnaires en bijouterie et 




D I A I> K M S 

pur AJphoa.se Fooquet (ltf83)« 
Dimensions: largeur, ifiu millim.; luiutctir, i|5 millim. 



quelques bijoutiers de province, ces messieurs devinrent des 
clients de notre maison. Mon associé, lui. étant également 
connu par d'autres commissionnaires, il s'ensuivit que nous 
eûmes de suite des commandes et ce, dans de telles pro- 
portions, qu'après six mois d'établissement nous avions 
cinquante ouvriers; et quelques mois plus tard notre per- 
sonnel s'élevait à soixante-quinze, dont douze graveurs, 
quinze polisseuses et cinq apprentis. Nous avions dù louer 



388 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



d'autres logements dans la maison pour installer tout ee 
monde. Cet énorme succès s'explique ainsi : c'est que nous 
travaillions sans bénéfice; nous ne savions pas établir nos 
prix coûtants. Mon associe, qui en était chargé, ne comptait 
rien pour les déchets de fabrication et rien pour les frais 
généraux. Aussi, après avoir fait un chiffre assez considé- 
rable (250.0OO francs), n'avions-nous gagné chacun que on^e 
cents francs, pendant notre exercice semestriel. 

y) Surpris d'un si mince résultat, des amis nous en firent 
connaître la cause et nous apprirent à établir nos prix. » 

Ensuite, Fouquet alla rue aux Ours, n" 36. 

« C'est dans ce local, occupé de 1862 à i8()<S, où j'avais 
en permanence de trente à trente-cinq ouvriers et apprentis, 
que je fis les genres fantaisie avec remploi des améthystes, 
des grenats, des topa/cs et des lapis incrustés, sur lesquels je 
dessinais personnellement les motifs à graver, afin que le 
caractère en fût bien conservé ; où je fis le genre découpé 
et ramolayé très apparent, quoique léger d'or; puis, enfin, 
le genre Campana. » 

Par suite des exigences excessives de son propriétaire, 
il se transporta au n n 53 de la même rue. 

« C'est en entrant dans ce nouveau local, où j'occupais 
le deuxième et le troisième étage, que je fis, d'une part, des 
fantaisies onyx incrustées et appliquées de roses, et, d'autre 
part, le genre turquoises taillées, avec diamants et perles, 
cl enfin des croix on y \ avec applications, ou tout en joaillerie, 
genres dans lesquels j'eus également a>sex de réussite. C'est 
vers cette époque que j'exécutai le premier, et dans la per- 
fection — sans succès, hélas! — les lézards qui curent plus 
tard tant de succès pour d'autres. 

» La cause de mon insuccès fut que je créai ce genre 
deux ou trois ans trop tôt. Kn dieu voici ce qui >e passa. 
La première demi-parure qtic je fis était en or ciselé. La 
ciselure, une merveille, avait été exécutée par Lachausséc 
(maître de Cosson et de Prévateaui. Llle lut livrée a Hippo- 
lyte Martel, place de l'Opéra, La seconde demi-parure fut 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



3Sq 



livrée à MM. Fabre frères, de Buenos-Avres. Une troisième 
fut exécutée pour mon stock. 

>i Six mois après, Martel, qui l'avait encore, demanda à 
mon commis Descartes de réchanger contre d'autres mar- 
chandises, parce que sa clientèle n'en voulait pas, alléguant 
qu'on ne pouvait se mettre des reptiles sur La poitrine et aux 
oreilles. Quelques mois plus tard, M. Fabre aîné, de retour 
en France, demandait a échanger la sienne pour la même 



cause. De notre coté, nous n'avions pu vendre que très 
difficilement celle du stock. 

» Je repris donc ces lézards, persuadé que j'avais commis 
une erreur, une hérésie, lorsqu'au contraire je n'avais que 
devancé l'heure de l'apparition dé ce bijou* Dix-huit mois 
après, mon commis Descartes me quittait, et le fabricant 
chez lequel il entrait reprenait mon idée et obtenait un 
succès inouï 

» Fors de la réapparition de ces lézards, ne croyant 
pas à leur succès, je n'en relis point: puis après, lorsqu'il 
i. Ce fabriennt était Vaubourzeix, beau-frère du commis qui m'avait quitté* 




B R A r: K t. KT J> I A N K 




3uo LÀ BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XTX« SIÈCLE 



s'accusa, je crus qu'il serait éphémère- Finalement, déçu 
dans mes premières tentatives, j'abandonnai ce genre à son 
heureux sort, sans avoir pu en profiter, quoique j'en eusse 
été le créateur 1 . » 

Alphonse Fouquet prit part avec succès a l'Exposition 
de 1878; sa joaillerie avait un caractère très personnel : les 
formes en étaient généralement découpées de façon nette et 
lisible, soit qu'il s'agît de guipures et de dentelles endia- 
mantées, soit qu'il eût serti en diamants des sphinx, des dra- 
gons, des sirènes, des chimères; sa vitrine offrait de nom- 




URACIÎLKT MANCHETTE, GUIPURE DE V EN ï SE TOUT EN J O A J L L 11 R I Jï 

par Alphonse Fouquet < 1878k 

breux et intéressants spécimens de son art, c< art qui est bien 
à lui, dit Falize; on peut le discuter, mais non le blâmer, car 
l'exécution en est absolument parfaite». D'autres joyaux el 
des bijoux, dans lesquels dominait le style de la Renais- 
sance, furent également remarqués. Le jury attribua à Fou- 
quet.à l'unanimité et par ordre de mérite, une des premières 
médailles cTor de la classe. 

Ajoutons que, avec une générosité qui l'honore, Alphonse 
Fouquet à olfert tout récemment au Musée des Arts déco- 

1. Dans Y Histoire de ma vie industrielle, Fouquet nous apprend aussi qu'il 
est l'inventeur d'un perce-oreille ingénieux, qui permet de percer le lobe de cet 
organe auditif sans répandre de sang. Voici ce qu'il dit : « J'eus ridée de ce 
perce-oreille en lisant une page de Quînte-Curce, où l'auteur relate, dans son 
histoire d'Alexandre, qu'à la suite d'un combat, lorsqu'on retira d'une blessure 
le javelot que le héros avait reçu, une hémorragie se produisit et amena une 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



ratifs quelques-unes de ses plus belles œuvres de celle époque. 
En 1879. Fouquet s'installa avenue de l'Opéra, n° 35. 
continuant sa fabrication de joaillerie et de belle bijouterie 
ciselée avec mélange de camées, d'émaux, de miniatures 
et de pierres de fantaisie. En 1 SS3, ses envois à T Ex posi- 
tion S \mstL-rdam furent très remarqués. Depuis longtemps 
déjà il avait, ainsi que les Fannière, Froment-Meurice et 
quelques autres, utilisé la 
figure humaine dans ses 
bijoux. Certains e< >n frères 
le critiquèrent et. se ran- 
geant à l'opinion vraiment 
trbp exclusive de Charles 
Blanc, déclarèrent que 
c'était là une hérésie et que 
les règles de l'esthétique 
n'admettaient pas qu'une 
femme put porter sur sa 
tête, son cou et sa poitrine, 
la reproduction quelconque 
d'une figure humaine. Et, 
cependant, la Renaissance 
nous a laissé des exemples 
concluants de bijoux où les 
ligures et les têtes sont de 
pures merveilles. Lalique a 
montré victorieusement depuis cette époque qu'on pouvait 
ne pa£ partager cette manière de voir. 

Nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1888, 
Fouquet prit une part des plus honorables à l'Exposition 
de 1 88g. Enfin, dit-il, « en 1891, je m'associai mon fils aîné 
et mon gendre. En i8cp, je prenais définitivement ma 

syncope. D'où je conclus qu'en ne retirant pas Je perforateur (en or ou en pla- 
tine) d'un lobe d'oreille, en IV maintenant comme obturateur jusqu'à cicatri- 
sation, soit vingt-quatre heures, il n y avait aucun saignement possible : ce qui 
est tranquillisant pour l'opéré, l'opérateur et les assistants. » 




3qï LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU X1X« SIKCLK 



retraite à soixante-sept ans d'âge et cinquante-six ans de 
carrière , fatigue par un labeur qui m'avait passionne et pour 
lequel j a\ais consacré chaque jour dix-sept et dix-huit 
heures, sans en excepter les dimanches et les fûtes. » 

Voilà, en omettant bien des détails, quelle a été lu vie 
de travail de notre estimable confrère. Il est absolument 
rhomme de ses œuvres. Mis en apprentissage dans des 
conditions déplorables, tant au point de vue des traitements 




DIADÈME PO M P é I B N Ji N SOA 1 LLBfil B 
par Alphonse Kouquct |ig33). 



physiques qu'à celui de l'enseignement professionnel, il a 
su. par son énergie, son ordre, son économie, sortir de la 
condition infime où le de>tin Taxait placé. Seul, sans guide, 
sans conseil, il s'est fait d'abord excellent ouvrier, puis 
dessinateur, modeleur, sculpteur, et cela sans avoir reçu les 
enseignements de fécole ou ceux d'un professeur, travaillant 
avec la foi, la conviction que, quel que soit le travail entre- 
pris, on le mène à bonne fin, lorsqu'on en a la passion, 
lorsque la volonté guide et que La persévérance soutient... 

Ces trois facteurs font assisté dans toute sa carrière et 
lui ont fait surmonter toutes les difficultés inhérentes à la 



: <H I A BIJOU I KRI É FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



triple condition d'artiste, de fabricant et de marchand. 

Complétons ces notes biographiques en révélant qu'Al- 
phonse Fouquct manie la plume aussi bien que le crayon 
et l'ébauchoir. Aussi amoureux de la Muse que de son 
métier, il a, sous le pseudonyme de Jules Dagron (Tun de 
ses prénoms et le nom de sa mère), et sous celui de Tcuquof 
(son nom renversé i, ciselé de fort jolis vers, dont nous 
sommes heureux de donner ici un spécimen. 

SOUVENIRS n\\ [ P H K N T I S S A G K f I 8 3 Q ) 

LES PRITES 

Joseph, un beau gaillard de Saveme, en Alsace, 
Mon aine de trois ans, plein d'astuce et d'audace. 
Vers la lin de novembre entrait à l'atelier. 
Je n'allais donc plus être, enfin ! le tout dernier, 
C'est-à-dire chargé des plus humbles corvées, 
Des courses, notamment, au dernier réservées. 

Or, le premier matin qu'il sortit avec moi 
(Je devais Le guider dans son nouvel emploi , 
11 m'offrit, 6 bonheur ù délices licites 
11 m'offrit... un sou de pommes de terre frites. 

Sans un denier en poche et me liant à lui. 
J'entrai sans hésiter dans le petit réduit 
Où le marchand dorait, en sa chaude friture, 
Le tubercule blond, béni dans la nature. 

Alors j'en demandai pour deux sous en deux parts... 

Il me servit d'abord, non sans quelques égards 

^Car il faut cajoler la jeune clientèle; 

L'amadouer, afin qu'elle reste fidèle 

Et ne s'en aille pas vers quelques concurrents 

Qui semblent du quartier les nouveaux conquérants;. 

J'avais dans chaque main un cornet de ces frites. 
Je regardais Joseph du fond de mes orbites, 
Anxieux de ne point voir sortir son quibtts, 
Car je le supposais riche comme Crésus. 

11 était demeuré sur le seuil de la porte, 
Prêt à fuir, ce qu'il fit, me laissant de la sorte 
Aux prises avec le friturier berné. 



LA TROISIÈME R K PUBLIQUE 



3g5 



Cet ex-vieux soldat, triplement chevronné, 
Fit un pas à l'écart pour me barrer la route 
Persuadé de ma complicité sans doute) ; 
Prestement de mes mains il reprit les cornets. 
Les vida,... vexé,..* puis, rrfappliquant deux soufflets, 
Deux sou fri et s vigoureux sur ma petite lace : 
« Voilà pour te payer, dit-il 7 de ton audace. » 

Quand je revis Joseph, ironique et «ausseur, 
11 me plaisanta fon sur ma mésaventure. 
Mais sachant pardonner à l'humaine nature, 
Je n'ai point conservé rancune à ce farceur. 



Une des personnalités les plus considérables de la cor- 
poration fut. >ans contredit, iïrédéric Moucheron iicSHo- 
iqo2). A quatorze ans, il fut mis en apprentissage chez Jules 
Chaise, l'excellent bijoutier dont nous avons parlé précé- 
demment 1 et avec lequel son père, marchand drapier, 
était en relations suivies. Ils étaient d'ailleurs cousins* 
Boucheron conserva toute sa vie un souvenir très vivacc de 
son séjour dans cet atelier réputé. Il y apprit son métier 
à fond, car Chaise dessinait bien, avait des connaissances 
professionnelles très complètes et, de plus, était un homme 
de i^out. 

Le petit apprenti, qui devait franchir tous les échelons 
de la fortune et des honneurs à force de travail, de loyauté, 

o Voir tome I=». p, 3©4 et suiv. 




B B A C K L li T EN JOAILLKRIK 



par Alphonse Fouquct (1&S9), 



3gb LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



d'intelligence et Je goût, rappelait souvent, avec une bon- 
homie sous laquelle perçait une nuance d'orgueil, ses débuts 
a râtelier, les courses et les achats qu'il faisait alors pour 
les ouvriers (deux sous de pommes de terre frites ou un peu 
de charcuterie !), Il s'v prêtait d'ailleurs de la meilleure grâce 
du monde, tout en travaillant avec ardeur. 

Mais ses aptitudes le portaient vers une autre direction. 
A vingt-trois ans. Boucheron quitta la cheville pour entrer 




H R A c f; l e t manchette en JOAILLERIE. 
(Maison Boucheron.) 



comme commis chez Tixier-Desehamps au Palais-Rojal, 
où ses qualités furent très appréciées. La maison Tixier 
était fort honorablement connue, sans avoir cependant une 
place prépondérante. Deschamps la reprit et lui donna un 
grand essor. Aidé par ^a lemme, très intelligente, activé, et 
qui avait de grandes capacités pour le commerce, il vit ses 
affaires prospérer, et dut bientôt faire des agrandissements. 
Il fut le premier bijoutier ayant deux arcades 1 et une devan- 
ture en glaces, ce qui lit sensation, car à cette époque on ne 
songeaii guère au luxe déployé depuis dans l'installation Je- 
I. I)au\ à son tour eut deux arcades et fut le second bijoutier dans ce cas. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 




magasins. Les bijoutiers du Palais-Royal avaient des bou- 
tiques généralement très simples, avec un plafond blanc et 
des vitrines inté- 
rieures en bois 
noir : elles ne dé- 
passaient pas une 
arcade et, dans les 
autres professions, 
il était rare qu'on 
en eut plusieurs : 
Y Escalier de cris- 
la! était célèbre 
par ses trois ar- 
cades. 

D e s c h a m p s 
donna beaucoup 
d'extension à sa 
maison , toujours 
connue s o u s 1 e 
nom de Tixier- 
Deschamps, et qui 
devint la plus im- 
portante du Palais- 
Royal. Sa vogue 
fut très grande, 
surtout entre i 850 
et 1 868. On y trou- 
va i t des bijoux 
soignés et de bon 
goût et des pierres 
d'une qualité peu 

commune. Les camées avec tète de négresse, incrustés de 
petites roses, qu'exécutait Pctitot, furent une des spécialités 
à succès de la maison. 

En 1 858, Deschamps céda sa maison à André'; à ce 

i. M. Dus Kontaines succéda à André en 1873. 



BRACliLBT AVEC M B I> A I L L tJ N 
OR HO U G E P O M REPERCÉ 

par Menu» (Maison Boucheron.) 



$9'S LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



moment Boucheron, dont la nature ardente et active s'était 
beaucoup dépensée dans cette maison depuis cinq ans. déçu 

peut-être dans le secret espoir qu'il 
avait nourri de voir son patron la lui 
céder, résolut de s'établir. Mais il lui 
manquait pour cela une chose essen- 




tielle 



Tardent, S'en étant ouvert à sa 



famille et à quelques amis, il plaida si 
éloquemmenl sa cause, qu'il parvînt à 
réunir la somme de cent mille lianes. 
C'était peu; néanmoins, c'est avec ce 
capital relativement restreint , qu'en 
i S5S il fonda, galerie de Valois, la 
maison qu'il devait illustrer plus tard, 
réfutant par ses actes le pronostic pes- 
simiste de M. Deschamps son patron, 
qui avait dit : « M. Frédéric est un 
excellent -commis, mais il n'a pas l'étoffe 
nécessaire pour faire un patron. » 

I h u ic héron commença modeste- 
ment et ne prit d'abord qu'une petite 
boutique d'une seule arcade. Il s'était 
rendu compte qu'avec les fonds piétés 
par sa la m il le. il ne pouvait songer à 
avoir un assortiment de pierres de 
grande valeur, qui absorberait immé- 
diatement ses ressources avec peu de 
pièces; il se limita, au contraire, dans 
un assortiment judicieux d'objets de 
haute fantaisie, puis, comme il était 
plein de confiance dans l'avenir, il se 
mit courageusement à l'œuvre et se 
lança, tète baissée, dans la lutte pour la vie. 

Son intelligence et son activité amenèrent le succès 
qui s'alîïrma, ainsi que nous bavons vu, dès 1 Imposition 
de 1867, où il obtint une médaille d'or. Pourtant, les débuts 



C II A Tii L A I N K « 

O>nipo*il ion 
de Jules Début (i*;?), 
y<>ni S. M. rKmpurvnr^.- U lishl 
(Maison Houcheron.) 



LA TR0IS1KM L K K ]> l lî L I (} l' E 



furent assez dilîicilcs et Ton peut dire que Boucheron fut 
maintes fois favorisé par les circonstances. Il en convenait 
d'ailleurs volontiers et déclarait même que sa réussite, sa 
veine exceptionnelles, étaient un « mauvais exemple > pour 
les autres. Ne nous racontait -il pas que certain jour 
d'échéance, n'ayant en portefeuille que quelques centaines 
de francs et devant payer une traite importante, son caissier. 




ti H A G i: I. K T , JOAILLERIE, PERLES ET PIERRES D K COULEURS. 

Genre de Crouzct. (Maison Moucheron.) 



fort inquiet, ne cessait de le harceler pour avoir les fonds 
nécessaires et levait les bras au ciel en se lamentant, Bou- 
cheron, imperturbable et souriant, lui disait de ne pas se 
tourmenter. Cependant Un gâfçon de banque se présenta au 
guichet pour rencaissement et le malheureux caissier alfolé 
accourut demander ce qu'il fallait faire. « Donnez-lui une 
chaise et qu'il attende ». lut la réponse. Or. au même instant, 
paraît-il, un client entrait dans la boutique et achetait un 
collier de trente mille francs, qu'il payait séance tenante. 
Boucheron, le plus tranquillement du monde, vint poser 



4 oo LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 




sous les yeux ébahis de son caissier les liasses de billets 
bleus en disant d'un air détache : «C/esL je crois, vin^t mille 
qu'il vous faut : En voici trente. » 

On voit, par cet exemple, que Bou- 
cheron était en elfct ne sous une bonne 
étoile, comme il se plaisait à le dire lui- 
même à toute occasion, et ce n est pas 
sans raison qu'on l'appelait souvent « un 
veinard ». 

On affirme d'ailleurs que ce ne lut 
[vis la seule lois que les échéances se 
firent à point par reflet d'un hasard heu- 
reux, et qu'il fallait avoir une solide 
confiance en soi 
pOUi! rester im- 
passible et plein 
d'assurance en 
présence de cer- 
tains cas dont la 
solution parais- 
sait inextri- 
cable, 

De plus, comme il était très 
entreprenant et qif il paraissait bien 
réussir dans ses affaires, les fabri- 
cants venaient de toutes parts lui 
apporter leurs nouveautés. Ils les 
lui confiaient même sans qu'il eût 
besoin de les acheter, et comme il 
les plaçait presque toujours assez 
vite dans sa clientèle, on continuait 
a lui en donner d'autres, avec em- 
pressement. Il ne les réglait que par 
à -comptes très espacés, afin de 
ménager ses capitaux, tout en se procurant le plus possible 
de marchandises. 



BOUC I.Ë D UREILLB 
EN Oft. 

Genre ferrure. 
Travail a la pi net. 1 par Chah cl. 
(Maison Boucheron.) 




MEDAILLON 

par Jules Début. 
[Maison Boucheron, t v ; & 



LA TROIS! È M E U I S I* OBLI Q U E 



40 [ 




Cette confiance absolue des 
fabricants dans « rétoile » de 
Boucheron lui tut, surtout dans 
les premières années, un appoint 
énorme. 

D'ailleurs. Boucheron était, 
comme on dit, un « enfant de 
la balle ». Ayant fréquenté les 
ateliers, il connaissait pour ainsi 
dire tous les fabricants et les 
considéra toute sa vie comme 
d'anciens camarades. Son carac- 
tère gai et bon enfant, ses qua- 
lités d'homme d'affaires aux 
vues larges, sa nature généreuse 
et loyale, sa réussite constante 
dans tout ce qu'il entreprenait, 
lui attiraient toutes les sympa- 
thies, Ses fournisseurs et ses 
collaborateurs ne cherchaient 
qu'à le satisfaire ; toutes les 
demandes qu'il faisait étaient 
réalisées ; il suffisait de faire 
quelque chose de joli, d'original 
et d'inédit, même un peu excen- 
trique ou tapageur, pour être à 
peu près sur que Boucheron te 
vendrait. 

C'est ainsi que M™ V ve Hip- 
polytc Nattan travailla beau- 
coup pour Boucheron lorsqu'il 
tut établi. Nous Y avons vu pré- 
cédemment, son atelier occu- 
pait plus de cent ouvriers. Cette 
maison exécutait toutes les 
commandes qu'il plaisait a Bou- 



chât E [. A I NB OR G t SE LÉ * 
I ïessin J tries DebtjLt< 
Tuijs |o ni(jnogr;nnmt's son) pris sur piewe 
tt ciselés par Giraudon. 
Les uariaiidcs sont dv RauEl, 
Hauteur : 17 t\en& 
1 Mi i •on fïuiJL henni, r-yr^-j v^, if 

*6 



402 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



chcron de donner, d'après les dessins qu'il fournissait, et il 
n Vivait d'autre charge que de prendre ferme de 5o à 80 pour 

cent, selon les modèles, des pièces 
exécutées spécialement pour lui. 

(Tétaient là des conditions extrê- 
mement avantageuses pour un débu- 
tant. 

Nous avons dît que Boucheron 
s'était en quelque sorte spécialisé, tout 
d'abord, dans les articles de riche fan- 
taisie. 11 en avait un choix considé- 
rable et. comme c'était un homme de 
lioùt. ses modèles furent très appré- 
ciés. Il osait faire des bijoux que bien 
peu de ses confrères eussent risqués 
à cette époque, mais, malgré leur prix 
élevé, ces pièces trouvaient alors faci- 
lement des acquéreurs, ce qui était un 
encouragement indiscutable à persé- 
vérer dans cette voie. Une certaine 
clientèle élégante, celle qui lance les 
modes et qui est toujours à l'affût des 
nouveautés, savait qu'un genre parti- 
culier de bijoux ne se trouvait alors 
que chez Boucheron; cette clientèle 
devint très nombreuse et lit la réputa- 
tion du bijoutier qui dut bientôt aug- 
menter son capital et agrandir son 
magasin. Il prit avec lui. en [865. M>n 
neveu Georges lîadius 1 , alors âgé de 
24 ans et, tout en continuant à faire fabriquer au dehors, il 
installa, en 1866. un atelier où furent exécutés en partie les 




P I! N D A P) T t> U C 0 0 
PARLES i: T Bïïl L I \ N 1 S 

par Jules l kefrut 
(Maison Boucheron, 1*7*.} 



t. Georges Radius 1 1 1 vaillamment son devoir pondant le siège do Paris en 
1871. Blessé à Bu/enval en rapportant son capitaine tué h o>té de lui, il reçut 
la médaille militaire. Il fut fait chevalier de la Lésion d'honneur en lêcpi a (a 
suite de l'Exposition de Chicago. 



LA TROISIÈME REPUBLIQUE 



4o3 



objets qui! exposa en 1867 K II ajoutait en même temps 
une deuxième arcade à son magasin, qu il voulut le plus 
beau du « Palais ». et s'adressa à cet effet à Penon, le tapis- 




COLLIER AVEC PAkTlK 11 K T C> M R A f? T E 

pur Jules Début» (Maison Boucheron, 1877O 



sier le plus réputé d'alors, en lui donnant carte blanche. 
lustres et les lampadaires turent faits sur les modèles de 
ceux que le Prince Napoléon avait commandés à Lerolle 

1. Voir au chnpître sur le Second Empire ce que nous disions de cette 
Exposition. 



4o 4 LA BIJOUTERIE I-RANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



pour sa maison pompéiennejÇfaprès les dessins de Ch, Kos- 
signeux ; toute la décoration fut particulièrement soignée 1 . 

Les affaires de Boucheron devinrent de plus en plus 
prospères ; il serait impossible de citer, je ne dirai pas tomes 
les belles pièces qui sortirent de sa maison, mais même 
d'énumérer les principaux types de fabrication, dus souvent 

a son initiative ou à son in- 
fluence : bijoux repercés, 
bijoux faectés, acier incruste, 
émaux lapidés, émaux trans- 
lucides, etc. On peut dire que 
tout a été entrepris et réalisé 
de la façon la plus heureuse 
dans cette maison . 

Les rapports de Bouche- 
ron avec tous ses fabricants, 
fournisseurs , employés ou 
courtiers, étaient des plus 
cordiaux: il ne cessa de les 
regarder comme de vrais col- 
laborateurs ayant contribué 
a sa fortune. Chaque année il 
les réunissait, au nombre 
d'une cinquantaine, dans une 
grande partie de campagne, 
une « ballade » aux environs 
de Paris, où Ton faisait bom- 
bance toute la journée. Tous étaient heureux de se retrouver 
ensemble, « causant manîque » , c'est-à-dire parlant de> 
hommes et des choses du métier, racontant des histoires 
d'atelier, des anecdotes vingt fois répétées, ainsi qu'on le 
faisait au moment du « pâté de veille », dont la tradition 

i. En 1899, lorsque Boucheron fonda une succursale â Moscou, on y 
transporta les boiseries de l'ancien magasin du Palais- Roy al, et elles contri- 
buèrent à la décoration de la nouvelle installation, une des plus belles de la 
ville. 




l'IÎNDANT DR 1 1 0 U 
SCARAHÉK £N (jRENAT. 

(Maison Moucheron,) 



LA TROIS! KM F- RKPKBLIQFF 



s'était conservée chez Boucheron ; ils s'amusaient comme Je 




COL LIER 

par Jules llehut. (Maison Moucheron.) 



grands enfants en vacances. Dans ces réunions, Boucheron 
donnait l'exemple de la gaieté;. Souvent il faisait apporter 



4 o6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 




PENDANT D K COU 
GRENAT CABOCHON. 

(Maison Boucheron.) 



Pavancc ; on en parlait longtemps 
après. 

Nous avons dit que Boucheron 
avait été favorisé par les circon- 
stances. En effet, c'est au moment 
où des fortunes se créaient colos- 
sales et rapides de l'autre côté de 
l'Atlantique, qu'il fit la connaissance 
de M. Rced. représentant a Paris de 
la maison Tiffanv & O, de New- 
\ork. Cette maison, d'une impor- 
tance exceptionnelle 1 , était en rela- 
tions constantes avec les plus riches 
familles américaines, avec les prin- 
cipaux brasseurs d'affaires des États- 
Unis, 

i. Voir le Rapport officiel de V Exposition 
internationale de Chicago en i8§3* Comité 24. 
Bijouterie- Joaillerie, par IL Yever. Paris, Im- 
primerie nationale, 1S04, 



un billard sur l'herbe : on riait, on 
jouait, on chantait, chacun montrait 
ses talents de société. Tout distrayait 
et réjouissait, on s'amusait d'un rien. 
On trouvait tout à fait extraordinaire 
de voir un certain Lhomme, bijou- 
tier, lancer avec son pouce une bou- 
lette de mie de pain par- dessus 
l'aqueduc de Mari y. Bref, la fête 
était complète, grâce à l'entrain et à 
la générosité de Pamphytrion, qui 
pourvoyait a tout. Les liens de cama- 
raderie se resserraient chaque fois 
plus étroitement, tous se sentant unis 
par une amitié presque familiale. 
On s'entretenait de cette journée 
longtemps à 



PENDANT D 8 COU 
J " A I L L E H 1 1: . PERLKS 
kï GRENAT CA HOC H ON 
(Maison Itouchvron.) 




M Q D K 15 D EC I S 7 G . 

Bandes cTordllus. 



40$ LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SI ÈC LE 



En dehors de ses affaires de New- York, elle faisait pour 
sa clientèle américaine, dont les besoins augmentaient de 
jour en jour, des achats considérables d'objets de toute 
nature, en Europe et principalement a Paris; tous se trai- 
taient par l'entremise de M, Reed, qui était un homme 
charmant, sachant faire les honneurs de la capitale à ses 
compatriotes avec une bonne grâce parfaite. Connaissant 




D1ADKM B L 0 T Û S t 

Composition do Dostape*. (Maison Raucheroiï, vers 1K76.) 



i\ fond « la place ». en sa qualité de commissionnaire, il les 
dirigeait pour leurs acquisitions, et, lorsqu'il s'agissait de 
bijoux, il les conduisait invariablement chez. Boucheron. On 
voit 1 appoint que ce fut pour lui. Il dut bientôt s'agrandir 
encore et ajouta une troisième, puis une quatrième arcade à 
sa maison en \Hy3. 

Ces nouveaux millionnaires, fils d'anciens émigrants. de 
ces conquérants du Far-West, au caractère aventureux et 
énergique, éprouvaient le besoin bien naturel de dépenser 
leurs dollars et de jouir de leur fortune. Ils avaient des 
appétits de luxe qu'il eût été impossible de satisfaire dans 



LA TROISIÈME H K 1M T B \ . K M T K 



409 



leur pays, encore trop neuf, trop absorbe par les affaires 
industrielles et qui ne s'intéressait qu'aux choses pratiques. 




rosi: é p a m o U 1 12 
par Lœulliard. (Maison Boucheron.} 

La chose artistique, ou même simplement la chose de 
^oût, n'y existait pas. Lorsque ces parvenus venaient sur 
le continent pour la première fois et qu'ils se trouvaient en 



4 io LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 




contact avec notre vieille civilisation, avec le raffinement 

des races latines, avec notre 
amour et notre admiration 
pour les œuvres d'art ? c'était 
pour eux comme une révéla- 
tion. Si Paris a été nommé, 
avec quelque raison, la Capi- 
tale de l'Art, on lui reconnaît 
aussi la suprématie du luxe, du 
vrai, de celui qui n'est pas fait 
d'extravagances, mais qui, de 
bon aloi. révèle le ^oùt et la 
distinction, et est, en somme, le 
résultat d'un atavisme de plu- 
sieurs siècles. On comprend 
donc que Le réve des citoyens 
du Nouveau-Monde fût de 
connaître la seule chose peut- 
être qui n'existât pas chez eux. 
le pays privilégié où ils pou- 
vaient trouver, sa ils effort, tout 
ce qui était susceptible de ilatter leur vanité et de donner 
s a t i s f a c t i o n aux 
moindres comme 
aux plus extrava- 
gants de leurs capri- 
ces. Les premiers 
qui firent le voyage 
retournèrent chez 
eux pleins d'en- 
thousiasme et pro- 
voquèrent ainsi de 
nouveaux départs ; 
si bien que, la riva- 
lité aidant, les diffé- 
rents « rois » de l'or 



PENDANT DE COU JOÀILLERIB 
K T GRKSATS C A B O G H O N S . 

{Maison Boucheron.) 




R R A I : E L K T EN H M A I L l&OUG Z TRANSLUCID E 
AVEC ORNfîMEKTS 
EN BRILLANTS SERTIS DANS l/ KM AIL 

vers j S - ? - i s S ' . 
(Mftïsorï Moucheron.} 



l'or, de l'acier* des chemins de fer, du blé 




BRANCHES PB CAPILLAIRE EN JOAILLERIK 

par Octave Lœulliard. (Maison Moucheron.) 



4 i2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 



ou des boîtes de conserves, etc., 
vinrent successivement à Paris. 
Certains même s'y fixèrent par 
la suite. Ayant des sommes 
énormes à leur disposition , 
conseilles par un de leurs com- 
patriotes en qui ils avaient toute 
confiance, tous ces Yankees 
firent des achats considérables. 

C'était L'époque où l'emploi 
du diamant trouvé en abon- 
dance dans les mines du Cap, 
récemment découvertes , avait 
donné à la joaillerie un nouvel 
essor. L'utilisation des gros dia- 
mants avait amené la mode des 
parures comportant des pierres 
de grandes dimensions; les 
Américains appréciaient ces 
parures d'une extrême richesse, 
mais comme ils avaient la sa- 
gesse de rechercher en même 
temps la qualité des pierres, ils 
ne pouvaient faire leurs acqui- 
sitions que dans des maisons 
de premier ordre. 

La participation de Bouche- 
ron à l'Kxposition de Phila- 
delphie en 1875, qui lui valut 
la croix de chevalier de la Légion 
d'honneur, ne fit qu'augmenter 
sa clientèle américaine. Les 
grosses commandes affluèrent. 
C'est ainsi que l'on put voira l'Exposition de 1878, à Paris, 
des objets très importants, exécutés pour des Américains, 
entre autres la fameuse parure de M m - Mackay. avec des 




I- H l.' I L L K D i: U A S A N I li H 

par LœulIiartL (Maison Boucheront 




GRAND COLLÏKF SAPHIRS ET BRILLANTS. 

Composition de Juins hcbut. 
Le saphir du cenlrc pèse lôo carats et mesure 3a millimètres de hauUur. 
(Maison Boudiefon, Exposition de rS; 



4 i4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



saphirs énormes 1 de très belle couleur, enchâssés dans des 
rubans et des feuillages de diamant et qui valait plus d un 
million. Toute l'exposition de Boucheron était splendide et 




BRACELET JOAILLERIE ET CRISTAL D li ROCIIIi. 

(Maison IJoucIiltoti.) 



lit sensation ; la vt^uc du joaillier s'en accrut encore. Le 
rapporteur, M. Martial Bernard, en parle en ces ternies : 
« . C'est un véritable ëblouissemenl de diamants étînee- 
lants. de saphirs énormes, de perles et de pierres de couleur 
d'une beauté remarquable, enchâssées dans les montures les 
plus variées, qui toute* se distinguent par l'élégance et la 
grâce du dessin. On se trouve devant l'œuvre d'un homme 
de goût, habile à s'associer des collaborateurs de mérite, 



BRACELET A Al O T 1 PS DK JdAlLLKRlK SUR KMAIL 1M-EU. 

(M ei bon Boucheron.) 

auxquels ils communique ses idées : soigneux des détails, il 
arrive à produire des joyaux, des bijoux, des objets d'art, 
des pièces d'orfèvrerie même, qui, pleins de fantaisie et 
parfois de hardiesse, tendent à attirer au commerce français 
une nouvelle clientèle de riches acheteurs. 

I. Le saphir du centre pesait 159 carats 1/8. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



4^5 



» . L'œil est séduit par la variété des couleurs des 
pierres précieuses d'un juste-au-cou en fleurs des champs, 
et par l'éclat des émaux translucides dans des bijoux d'une 




COLLIER DE SI 1 " S A R A II lïiilîNI! AftDT 
ES JOAILLERIE, KM AUX TRANSLUCIDES, RUHIS EMERAUDES 
ET SAPHIRS CALIIîlïKS, 

Composition de Jules Début. (Maison Moucheron, 1878.) 



grande légèreté L'amateur découvre un travail très fin 
dans une montre en acier damasquiné et ciselé, dans des 
flambeaux en argent avec ornements repercés et ciselés, et 

1. Ce "juste-au-cou » en émaux translucides et pierres précieuses était une 
merveille de fabrication. Jl avait été exécuté pour Sarah Hernhardt. Le dessin 
était de Jules Début. 



4i ô LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



un gmnd effet dans un riche service à bière du genre persan, 
orné d'émaux translucides. » 




URACBLliT EN K M A 1 1. « Q U E U K D E PAON ï) * 

(Maison liouclieron .) 



Le Jury des récompenses lui décerna un des trois 




Il H A C ES L t 

PAVÉ DE DIAMANTS, A Y K C DECOR D ' É M A I f r . 

(Maison Boucheron.) 



grands prix dont il disposait. Les deux autres avaient été 



URACKLLT A P L A fj i U E S A R T t C U L & K S , 
CRISTAL DE ROC il E ET ROSES* 

Les Quatre Saisons, miniatures sur ivoire de P ail Jet* 
{Maison Boucheron, vers iByî-i^Ho.j 

attribués a Massin en première ligne et a Lucien Kalize 1 . 



i. Pour couper court aux réclamations des exposants, ce ne fut pas Tordre 
de mérite qui fut adopté pour Je palmarès, mais Tordre alphabétique. Cette 
mesure regrettable fut continuée par la suite. 




FEUILLES EN JOAILLERIE 

par Lcculljard. (Maison Moucheron.) — Hauteur : 0^2 centimètres 



2 7 



4iS LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



Nous avons déjà parle [p. 166 et suivantes) de ces émaux 
à jour, dénommés depuis émaux translucides. Rappelons 
que, depuis longtemps, on avait essayé de les refaire tels 
qu'ils existaient à l'époque de la Renaissance. Mollard, bijou- 
tier distingué, doublé d'un chercheur, ayant lu dans les 
mémoires de Ccllini les explications que le célèbre orfèvre 
donna à François I er au sujet d'une coupe décorée d'émaux 




HRUC1IE I" A i* V K R li T T K K S JOAILLERIE. 

par Octave Lœulliard. (Maison Huuchcroii.) 



a jour, résolut à son tour d'en faire. 11 y réussit vers i S 5 5 , 
et même avant cette date, si nous en croyons M. L, Houil- 
lon. Témailleur de grand talent de qui nous tenons ces détails 
et qui pratique son art depuis plus de cinquante années. 
Mollard fit le dépôt légal du résultat de ses recherches, dont 
il négligea de tirer parti. Plus tard, Briet, puis RiHauIt. s'oc- 
cupèrent de cette question, et ce dernier exécuta un certain 
nombre de bijoux décorés d'émaux à jour, pour la maison 
Samper, qui n'en rendit d'ailleurs presque pas, Après entente 



LA TROIS! È M E RÉPUBLIQUE 



4i9 



avec Mo]iard,qui réservait sçs droits, RifFauIt prit un brevet 
qu'il céda ensuite à Boucheron. 

Cest à dater de ce moment, vers 1864, que les émaux 
translucides commencèrent à avoir un certain succès; plu- 




BRANCHE D B P L' C H S l A S , f 0 A 1 L L H U I g K T j£ M A LT X T H A N S I. U C I D K S . 

[Maison Uouchcron,) -- Largeur du bijou : o,i6ci-nt. 



sieurs figurèrent dans la vitrine de Boucheron à F Exposition 
de 1867. Leur vogue s'accentua et ne cessa de s'accroître; 
elle fut très grande aux environs de 1878, et, à partir de cette 
époque, les principaux émailleurs en firent couramment, 
sans d'ailleurs se préoccuper de la question de brevet, très 
discutable du reste, puisque ce travail était déjà connu du 
temps de CellinL 



4 2o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 




A l'Exposition de 1889, Boucheron 
remporta un nouveau succès et obtint 
encore un grand prix ; de plus, il reçut 
la rosette d'officier de la Légion d'hon- 
neur. Les gravures qui ornent cette 
étude nous dispenseront de décrire les 
pièces de joaillerie qui furent le plus 
admirées. Signalons toutefois une inno- 
vation : des rondelles enfilées ou, pour 
mieux dire, de petits disques en dia- 
mant, percés d'un trou au centre et 
taillés à facettes sur la tranche, s'in- 
tercalaient dans un merveilleux 
rangée perles et les isolaient entre 
elles. I, éclat discret de ces dia- 
mants, allié à la douceur de la 
perle, produisait un eilel char- 
mant. Cette très jolie fantaisie, 



I! R 0 C H li 
AVEC DIAMANTS lï H A V Ê S 

pur M. Itordinkx» 
[Maison liouchcron.ï 



dont Paul Legrand. le dessinateur 




It ROCHE AVtSC DIAMANTS GRAVES 

pur M . tëordinckx^ 
1 Maison Boucheron») 



de Boucheron, avait eu ridée, 
obtint beaucoup de succès. D'ail- 
leurs, le caprice se donnait libre 

cours dans cette vitrine où se 
trouvaient des diamants qui, en 
dépit des difficultés d'ex étutioa, 
étaient taillés tic toutes façons 
et en toutes formes, pour figurer 
des ailes de mouches, des tor- 
tues, etc. M. Boucheron avait 
encouragé dans cette voie son 
lapidaire-diamantaire M. Bor- 
dinckx, et celui-ci était parvenu 
même à graver quelques-uns de 
ces diamants. Il perfectionna 
encore son travail par la suite 
et. à T Exposition de 1900., on 




URQCIIE AVEC DIAMANTS GRAVÉ! 



par M. Bordinckx. 
(.Maison Moucheron. j 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



vit chez Boucheron des broches, des bagues et d'autres 
bijoux présentant, au centre, un diamant sur lequel des 
ornements ou des fleurs avaient été gravés. S'il ne faut pas 
voir là un emploi très judicieux du diamant, du moins ces 
tentatives montraient-elles une grande ditliculté vaincue. 

L'ambition des joailliers, surtout depuis une vingtaine 
d'années, avait été de faire, en diamants, des fleurs dont la 
forme et le modelé se rapprochassent le plus possible de la 




D I A D fe M ÎS K N J O A I L L K RIE, 

[Maison liouUieron.i 



nature. Ils étaient parvenus, dans cet ordre d'idées, à une 
grande perfection, maison oubliant que Fart du bijoutier et 
du joaillier ne consiste pas à faire des reproductions pure- 
ment botaniques. Il ne faut pas perdre de vue. en effet, que 
la destination d'un joyau étant de servir de parure à la 
femme, il doit par conséquent, une lois porté, conserver un 
caractère décoratif et être d\m dessin facilement lisible. Ce 
n'est pas l'imitation servile de la nature qui est artistique ou 
même simplement intéressante, mais la manière dont elle 
est interprétée. La copie fidèle d'une (Mante ne nécessite 
aucun effort d'imagination ni d'invention: elle ne demande 



4 -22 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



qu'un ouvrier habile, soigneux et patient. On peut obtenir 
ainsi un objet curieux, agréable à voir, mais peu propre 

dans sa forme à l'orne- 
mentation d'un corsage. Il 
y a là un tour de force, un 
« chef-d'œuvre » au sens 
ancien du mot. mais dans 
lequel, a notre avis, le goût 
n'entre pour rien. 

Le maître- joaillier Mas* 
sin , dans sa remarquable 
étude technique sur La 
joaillerie à l'Exposition de 
1889, bien qu'il se fût lui- 
m c m c inspi ré abp 11 d a m - 
ment de la flore, critique 
cette manière de faire et 
signale dans la vitrine de 
Boucheron des pièces 
pleines de qualités, mais 
ayant aussi ces défauts : 
entre autres, un pied de 
cyclamen avec ses feuilles, 
ses fleurs et ses tiges gran- 
deur naturelle ; une très 
jolie branche de mimosa, 
enfin et surtout une œuvre 
i mportante , remarquable 
d'exécution une grappe 
de raisin avec feuille de 
vigne, qui pèchent préci- 
sément par l'excès d imitation de la nature, sans préoccu- 
pation suffisante de 1 emploi et de la destination du joyau. 

1, Cette pièce de joaillerie présentait de grandes dilïïcultés : elle fut exé- 
cutée par Gallois* un des meilleurs ouvriers de Boucheron, v.|ui resta plus de 
trente ans dans ses ateliers. 




HliANCEtK DE MIMOSA. 

(Maison Bouchtron.) 




G R A M' £ D 15 RAISIN K S JOAlLLERl K 

par Gallois. (Maison Boucheron. — Exposition du iHSr^j — Hauteur : o,:3 cent. 



r >4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE A II XIX* SIÈCLE 



« La recherche de l'originalité peut-elle excuser l'excen- 
tricité ? dit Massîn. je ne le crois pus. Dépasser le but, c'est 
manquer la chose et, avant d'étonner le public à la façon 
cTAlcibiadc. il m'a toujours semblé préférable de lui plaire, 
Je n'apprendrai rien aux audacieux qui ont eu l'idée, l'un, 
de faire un amour aux formes rebondies et aux allés dia- 
mantées \ « sujet d'une bien grande effronterie pour se 
poser au corsage d'une femme » ; l'autre, l'idée aussi 
risquée d'une immense feuille de vigne ornée de sa 
grappe, en leur disant comment les visiteurs ont souligné 




DIADÈME BU H ANS. 

(Maison |îoudicron.| 

ces exhibitions. Le publie a bien vu où Ton voulait poser 
l'amour, il en a souri, mais pour la feuille de vigne il s'est 
fâché tout en s'amusant, car les réflexions allaient leur 
train. Le mieux eut été de cacher l'espiègle callipvge derrière 
la feuille, tout le monde aurait ri et eut été désarmé... » 

Mais Massin loue sans réserves les autres oeuvres en 
joaillerie de Boucheron : «... Une autre feuille, de platane 
celle-là. avec ses fruits tombants, admirablement réussie à 
tous les points de vue, est à mes yeux la critique en œuvre 
de la première. Celle-ci a tenu tout ce qu'une belle exécution, 
luxueuse en diamants, pouvait promettre de charme et d'cllet. 

i. Celte œuvre, dont la composition était due à I alkjue, figurait dans la 
vitrine de Th. B ourdi er. 




COLLIER PLATANE KN JOAILLKR1E, AVEC TOUR DE COU A Il |- S SORT. 

(Maison Boucheron, 188?.) 



4 2Ô LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU X1X« SIÈCLE 



a L'expression artistique dans la joaillerie se rencontre 
entière dans deux belles eouronnettes. Si la forme de ces 
beaux joyaux est connue, elle n'a fait que servir de cadre à 
deux genres essentiellement différents , ad mi rablemcnt 
réussis tous les deux. L'une aux ornements enroulés, em- 
pruntés ou tout au moins inspirés de Karl du serrurier, 
terminés par des trèfles qui s'affrontent et se répètent, est 
d\m beau dessin, net, distingué, facile à lire* 




COURONNKTTr: A H K Ç0 ft blî TR^I^S, Il N J<>A ILUvR I K. 

Composition de Basset. (Maison Moucheron, — Imposition de i£Bg:J 



» Minutieusement exécutée dans tous ses détails, cette 
pièce m'offre le double régal de l'appropriation d'un style 
et de l'exécution, dans le genre sérieux K 

» L'autre est composée de rubans brillants et torsades 
perles, d'une légèreté aérienne ; c'est une œuvre de pure 
imagination, d'un tour de main d'une rare adresse; c'est 
l'art et le métier dans la fantaisie. Le contraste de ces 
ouvrages contribue à faire ressortir les mérites particuliers 
qui les distinguent entre eux, et témoignent ainsi d'une 

i. La composition Je cette courormette étaiî de Basset Cest LçclèEC, 
ouvrier chez Boucheron depuis qui l'avait exécutée- 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



42; 



diversité d aptitudes bien remarquable chez le dessinateur 
et les exécutants. C^est très beau et c'est très bien \ » 

La renommée de Boucheron allait toujours grandissant; 
l'extension de ses affaires et le désir qu'il caressait depuis 
longtemps de venir rue de la Paix, ramena, en i8g3, à quitter 
le Palais-Royal pour s'installer somptueusement place Yen- 
dôme. Son départ fut comme un signal pour un grand 
nombre de ses confrères; ils abandonnèrent à leur tour le 




COURONNE TTE EN JOA1LLER1K, RUBANS ET PERTES, 

Composition de Paul Lcgrand. {Maison lîondicron. — Imposition Je i&Sfy) 



vieux « Palais » témoin de leur fortune et qui, autrefois si 
florissant, ne tarda pas à devenir désert comme une nécro- 
pole. Aujourd'hui, on ne peut plus y retrouver les vestiges 
mêmes du magasin de Boucheron ! 

Boucheron, qtrï déjà s'était fait construire un magnifique 
hôtel particulier avenue du Bois-de-Boulogne, installa luxueu- 
sement sa maison de la place Vendôme. Mais il n'était pas 
dans son caractère de jouir en égoïste de la grande fortune 
qu'il avait acquise en cinquante années de travail; toujours, 

1. Cette eouronnette avait èîè dessinée par Paul Legrand, un des meilleurs 
collaborateurs de Boucheron, sur lequel nous reviendrons plus loin. 



4 2S LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



au contraire, il s'était occupé activement des intérêts géné- 
raux de la corporation ; il n'oubliait pas ses anciens cama- 
rades, ses anciens compagnons de cheville, les vieux ouvriers 
pour lesquels il avait une affection sincère et profonde* 

Pendant trente- six ans, il lit partie de la Chambre 
syndicale, dont il fut vice-président et président dix-sept 




lîIJOCT DE cou. 
Composition de J, Début. 



années durant ; il fut nommé à l'unanimité président hono- 
raire, lorsqu'il se retira en iSijo. Là aussi, ses rares qualités 
personnelles, son caractère plein de franchise et de bienveil- 
lance, lui avaient attiré les sympathies de tous. Recherchant 
sans cesse les occasions de faire le bien, d'encourager le 
travail et la solidarité sous toutes ses formes, Boucheron 
fut l'infatigable bienfaiteur de toutes les œuvres philanthro- 
piques de la corporation, 

Président de la caisse de retraites « La Fraternelle » 



4 3o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



pendant vingt-sept ans, c'est -a-dire depuis Tannée même de 

sa fondation, il était l'âme 
de cette société, L'Orphe- 
linat, la Société d'encou- 
ragement, l'Ecole profes- 
sion n elle et bien d 3 autre s 
le comptèrent parmi leurs 
plus généreux souscrip- 
teurs, II fonda une bourse 
an n elle de voyage, desti- 
née à faciliter à un jeune 
ouvrier les moyens d'aller 
à Két ranger étudier les 
langues et les procédés de 
fabrication. Enfin, admi- 
rable couronnement de 
cette carrière entièrement 
consacrée au bien, il fit, 
en igoo ? un don de cent 
mille francs pottr partici- 
per à la fondation d'une 
maison de retraite pour 
les vieux ouvriers ; de 
tout temps, il s'était 
préoccupé des conditions 
parfois pénibles dans les- 
quelles se trouve La vieil- 
lesse laborieuse, et il 
cherchait avec sollicitude 
les moyens de lui venir 
en aide, 

Boucheron prit une 
part brillante à l'Exposi- 
tion de igoo, à la suite de 
laquelle il fut promu au 
grade de commandeur de la Légion d'honneur. Cette haute 




GRAND PENDANT JOAILLERIE ET I* URL ES 

(Maison Boucheron. — Exposition de i<joo.} 



LA TROISIÈME RK PUBLIQUE 



distinction, si rarement accordée a Lin commerçant, reçut 

f > t > 

l'approbation unanime de la corporation ; elle était la 
récompense de toute une vie de travail et de loyauté, 
dont le grand objectif avait été l'incessante recherche du 




PEIGNE EN OR CISELÉ, ÉMAUX ET BRILLANTS. 

(Maison lioudieron. — Exposition du njoo.)\ 



beau dans le bijou français, pour l'extension de son prestige. 

Le rapporteur. M. Paul Sou fil oL s'exprime ainsi à son 
sujet : « \L Boucheron est l'un des v étérans de notre indus- 
trie, et alors qu'il était permis de supposer qu'il avait donne 
son maximum de production, il a exposé une remarquable 
série de bijoux et d'objets d'art. La variété en est telle que 



432 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



l'on peut dire de M. Boucheron qu'il semble avoir voulu 
donner une preuve nouvelle de ce qui peut cire réalisé, 
lorsqu'on a pour objectif le maintien de la suprématie 
dîme industrie aux progrés de laquelle on n'a cessé de 
participer. 

» Sa vitrine charme les yeux, justement en raison de cette 
variété dont nous venons de parler: nous y trouvons des 
joyaux de la plus grande richesse, des pierres d'une valeur 
exceptionnelle, tant en raison de leur qualité que de leur 
importance; des bijoux plus modestes, mais d'un travail 




I N S li C T li A. Al I- Kh D'ÉMAIL T R A N S L U G 1 b E . 

(Maison Boucheron,) 



achevé, pour l'exécution desquels la gravure, la ciselure, 
1 émail, ont été mis à contribution, et tous d'une exécution 
si soignée qu'il semble que Ton ait atteint les limites de la 
perfection. 

» Parmi les objets exposes par la maison Boucheron, en 
dehors de ceux en or et en argent, il en est en acier, en 
ivoire, en marbre, en bols, en diamant même ; tous ont subi 
sa volonté; ils ont dû se prêter à ses exigences, ù ses fantai- 
sies même, et le résultat de cette soumission, due aussi a 
d artistiques collaborations, a été de réunir une série d'objets 
d'art uniques en leur genre et taisant le plus grand honneur 
à la téte qui a dirigé comme aux mains qui ont exécuté... » 

De tout temps, Boucheron avait m s'entourer d'une 



4 3 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX 0 SIÈCLE 



pléïade d'artistes et de praticiens émérites; indépendant 
ment de ceux que nous avons cités ea et là, au cours de ce 
travail, nous nommerons ceux qui axaient exécuté tant de 
belles choses. 

Ce fut pour les ivoires, en [900, Alexandre Garon , 
qui exécuta de charmantes compositions, auxquelles l'or 



et â laquelle une négresse présente un peignoir; une drui- 
desse, une esclave, etc. 

Ce fut Edmond Becker, dont l'élégant ciseau sculpta, 
dans des bois aux essences variées, de ravissants bibelots : 
manches d'ombrelles, cachets, coupe-papier, boites diverses, 
encriers, délicieux objets aussi agréables à la vue qu'au tou- 
cher ; manifestation toute nous elle comme interprétation et 
fort intéressante, montrant que pour faire une oeuvre d'art 
ou même un bijou, il n'est pas absolument indispensable 



La lèle de lion csl !>culpiée da:is une é m cran de, par ]>urdv, 
(MûSsoii Moucheron. — Exposition Je itjju.) 




BOUCLE D li C lit N T U R l£ • 



et Témail donnaient 
u n c o m p 1 é m e n t 
d'harmonie : des lor- 
gnettes, des bonbon- 
nières, des boîtes d'al- 
lumettes, en ivoire 
finement travaillé et 
incrusté d'émaux et 
de pierreries. On se 
souvient d'un Kros en 
embuscade, ayant 
quitté pour un instant 
ses Mèches et son arc, 
pour faire scintiller 
un miroir à alouettes 
endiamanté et attirer 
denouvelles victimes; 
un autre groupe, fort 
gracieux, représentait 
u 11 e j e une et joli c 
aimée sortant du bain 



LA TROISIEME RE P U BLlo i; E 



435 



d'employer une matière précieuse. On en avait d'ailleurs 
lait jadis, au x\Y siè- 
cle, dans un style 
bien différent, et l'on 
peut voir, à Nurem- 
berg et au Louvre 
dans la collection 
Sauvageot, des spé- 
cimens merveilleux 
de bijoux de ce 
yenre, sculptés dans 
du buis; ils sont in- 
spirés des œuvres 
des grands maîtres 
d'alors, tels qu'Al- 
bert Durer. Alde- 
$tm§i Etienne De- 
laune, etc. 

Mais nous nous 
sommes laissé entraî- 
ner; il est juste et 
logique de retourner 
en arrière pour re- 
trouver quelques- 
uns des plus anciens 
coJ laborateurs de 
Boucheron, Parmi 
ceux auxquels on 
doit le plus s'intéres- 
ser, il faut placer en 
première li^ne les 
dessinateurs, qui ont 
créé toutes ces belles 
«uuvres et ont su les 
mettre au point, et 
aussi les chefs d atelier qui en ont assuré la pari ai te exécution. 




C II AT y. L A 1 N Iv fi t I- t 1 E H li K » 

par H, t3fe€k«r< Ciselure d*. \[. KiJmrd. 



LA BtJOUTKRIE 1 " U A N Ç A I S E AU %ÎX« £TÈÇLE 



Parmi les dessinateurs de Boucheron, Jules Début ( 1 838- 
19001 lut un des plus remarquables. Apprenti pendant trois 
ans chez Hippolvie 1 éteri;er. puis commis chez son oncle 
Louis Rouzé, joaillier, boulevard des Italiens, il avait les 
connaissances professionnelles suffisantes pour réussir: mais 
il possédait au plus haut point la passion du dessin, qu'il 
apprit loin jeune et sans maître. (Juidé par son instinct 
naturel, il se perfectionna sans cesse, produisant des œuvres 

dune composition originale et 
d'un goût charmant : son crayon 
alerte traçait chaque jour des mo- 
tifs nouveaux. 

Entré en 1 858 chez Boucheron, 
Jules Début y resta [Mus de vingt 
dos (sauf Tannée j 863 passée chez 
Daux). Pendant ces longuesan nées, 
Boucheron sut apprécier ses qua- 
lités et lui confia le soin d'organi- 
ser son atelier en 1-866. Plusieurs 
des [Mus jolies pièces exposées par 
Boucheron en 1867 étaient dessi- 
nées par Début, qui obtint une 
médaille de coopérateurà la suite 
de cette exposition et contribua 
également aux Expositions de 
Vienne et de Philadelphie. Désirant Panacher à sa maison, 
il lui donna non seulement des appointements fabuleux, mais 
encore une part d intérêt sur les affaires. Lors de l'Exposition 
de 1878, Boucheron, qui était grand admirateur de son talent, 
le présenta en léle de la liste de ses collaborateurs, demanda 
pour lui La croix de la Lésion d'honneur \ disant de lui. 
dans la notice qu'il remit aux membres du Jury : « Bijoutier, 
dessinateur chez moi depuis quinze ans. Il est depuis long- 
temps intéressé dans ma maison ; il y jui^ne 28.000 francs 

î. Ce fut Honoré qui l'obtînt, comme étant plus âgé que Début qui, ffàïî 
leurs, s'était effacé devant lui. 




lli'lTi: I) A I. L I.: M K 3 'M: S 
EN lidIS S CU LPT K HT OH 

par K. BecJkèr» 
(Maison Boucheron. - Ivxp du uiooj 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



43; 



par an. Il doit cette posi- 
tion importante essen- 
tiellement à son goût, à 
ses idées nouvelles, à son 
dessin ; c'est un cher- 
cheur : il est bijoutier 
dans l'âme, il ne pense 
qu'aux bijoux et aux 
pièces d'art. Son genre 
de talent et son goût sont 
des dons naturels; il sait 
se livret résolument a 
la fantaisie sans craindre 
lorigi nalitc\ et son savoir 
l'a toujours mis a l'abri 
de créations hasardées, 
soit au point de vue du 
goût, soit à celui de la 
vente. 

» Pour motiver la 
haute récompense que 
j'ai l'honneur de sollici- 
ter de vous, il me faut 
le sentiment pmt< >n J que 
Jules Début est pour une 
très grande part dans le 
progrès que la bijouterie 
a fait depuis vingt ans. 
11 est l'auteur d'une 
quantité de beaux bijoux 

qui resteront Sans 

vouloir énumérer les 
modèles qu'il a faits 
chez moi, je puis cepen- 
dant dire qu'une grande 
partie de ses idées s'est 




4 38 LA BIjÔUTERÎE FRANÇAISE AU X!X« SÎÙCLE 



répandue, a été et est exploitée actuellement, telle, par 
exemple, que For repercé, lor rouge plat poli, certains 

t y p e s d e c h â t e 1 a i n e s 
d'un genre spécial, 
en dehors de lout 
ce qui s'est fait jus- 
qu'à présent. 

» Nous nous 
complétons, Jules 
Dehut et moi , l un 
par l'autre ; c'est 
mon bras droit dans 
toutes les créations 
de la maison.,. » 

La presque tota- 
lité des pièces qui 
figuraient dan> la 
vitrine de Bouche- 
ron en 1878 étaient 
de Jules Début : 
bijoux, parures, 
pièces de style, ob- 
jets d'art, o rte vie- 
lle, qu'il traitait 
avec un é^al talent. 

Malgré la situa- 
tion enviable que 
Boucheron lui avait 
faite chez lui. Début 
le quitta à la fin de 
1879, pour s'établir 
avec Cou Ion, éga- 
lement commis de 
I moucheron. Mais 

leurs caractères s'accordaient mal et, en 1890, Début ouvrit, 
rue de la Paix, n° i, un magasin de joaillerie alors très 




feftOCHH AVEC D ' A M A S T BLEU DE 22 CARATS t/fi 
ET DEUX J'OJRES «RI LIANTS BLANCS DE b<J CARATS I 2 
VALANT g3G.QOO FRANCS, 

(Maison Boucheron. - Exposition de 1900,) 



440 I . A BÏJOHTERIE FRANÇAISE AU XIX* SJÈCLË 




1> fi N I) A N T DE COU, 

r.RENAT CABOCHON 
KT JOAILLERIE. 

(Marson Marrei frères.) 



remarqué, grâce à sa décoration exté- 
rieure toute en fer forge. Mais, plus 
artiste que commerçant. Début ne 
réussit pas et. ayant du vendre son 
fonds, il entra en 189 3 chez Kro- 
ment-Meurice, où il resta jusqu'à sa 
mort (janvier iqoo). 

Il fut remplacé comme dessinateur 
chez Boucheron par Paul Legrand 
qui, précédemment, avait fait déjà 
un séjour assez long dans la maison. 

Paul Legrand, né en 1840. émit 
un fanatique du métier. Son père, 
Joseph Legrand (181 0- 1 S74K graveur- 
ciseleur et dessinateur de talent, tra- 
vaillait sous Louis-Philippe pour les 
principales maisons de Paris et, entre 
autres, 



pour un 

fabricant de bijoux ciselés, Pape- 
gay ? qui demeurait sur le même 
palier que lui et dont il épousa la 
fille, Paul Legrand vécut, dès sa 
plus tendre enfance, dans un 
milieu essentiellement profession- 
nel (son oncle, Auguste Legrand, 
sculpteur-dessinateur, travaillait 
pour l'armurier Lepage) ; il fré- 
quentait assidûment Roycr, ce 
bijoutier original, propriétaire de 
l'ancien théâtre Séraphin, et qui 
promenait ses marionnettes dans 
les foires: tous les amis de ses 
parents étaient bijoutiers. La belle- 
sœur de Papegav avait épousé 
« le nègre » du boulevard Saînt- 




II i ; U A I L I- 0 N 
0 N V \ K T B r< l I, L A X T S 

(Milieu n Marrel fffcres.) 




-A 



LLTKR fcl VrOLKTTBS EN A M É T II V S T E S K T J < ' A I L L E R I E , 
M Ù NT K si; r tiC i:s I M- X I Itl.ES. 

Omipo*Uioïi de .1. |KlnU 1 Réduit aux deux luis) 



44^ I-A BIJjQUTERTE FRANÇAISE AU XIX» SIÈCLE 



Denis, comme 6ïi appelait couramment alors M. Dutroy, 
d'ailleurs parfaitement hlanc. à qui appai tenait la maison 
où I on peu i voir encore aujourd'hui la fameuse enseigne j le 
petit Paul racontait que son père avait encore vu dans celte 
maison des pierres précieuses provenant vraisemblablement 
des pillages commis par les Cosaques lors de rinvasion 
Je i N j 5 et dont ceux-ci ax aient imposé Tachai par leurs 




exécutés pur Menu, pour Jîouclièrrtn uie 1*70 a rtfSo)* 

menaces; il se rappelait surtout une superbe émeraude qui 
fut vendue plus lard pour orner, paraîl-iL la tiare du Pape. 

I n ami des Legrand, M. Calmus. alors emplové chez 
Lapar, 2 ? rue de la Paix, s'întéressâil au jeune Paul qu"il 
avait vu naître, et le lii entrer comme apprenti . en ]H??. chez 
MM. Marret et Jarry, qui le gardèrent pendant trois ans. 
c'est-a-dire jusqu'à la dissolution de leur Société en 1 858- 
Calmus, qui venait d'acheter la maison L&ff8&& 86. paierie 
de Beaujolais, le prit alors dans >on nouvel établissement 
c < 1 m m e c o m m i s-d e s s i n a t e u i\ 

A cette époque, et depuis longtemps d'ailleurs, lesécrins, 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



recouverts invariablement d'un cuir noir ordinaire, avaient 
des formes tout à tait dépourv ues d élégance. Ceux des 
parures notamment i broches superposées sous le bracelet 




RROr.UKS EN OR CTSKLÉ. 

Sujet-, lires des Fah'es Je La Fontaine du Gustave lïnré- (Miiîso» Mi-mi.j 



avec pendants d'oreilles assortis), ressemblaient véritahle- 
ment à des bottines; lorsqu'on les ouvrait, il semblait qu'un 
crocodile ou qu'un monstre étrange eût ouvert la gueule. 
Le jeune Paul se trouvait un jour chez une cliente de Calniûs 
et là, pendant qu'il attendait, il déballa d'un grand sac de 



H4 '-A IMJOUTKlilK FRANÇAISE A V XIX* SIÈCLE 



lustrine noire une série de longs écrins qu'il posa sur la 
table. Trompée par les apparences, et sans en demander 
davantage, la bonne, qui était novice, alla prévenir sa maî- 
tresse que le « cordonnier » était au salon. Intriguée et 
peu satisfaite, elle vint et trouva le bijoutier qu'elle con- 
naissait d'ailleurs fort bien; le quiproquo finît dans un éclat 
de rire. 

Le jeune homme avait un goût très vif pour le dessin et 




K M N (i I . i: s i> i : G fi A P E A U tN < > R < : i s f: l . il . 
(Maison Menu.) 



le modelage, et voulait absolument être artiste décorateur: 
il suivait les cours du fameux Julienne qui. nous Pavons 
vu, compta tant de bijoutiers parmi se> élèves. M* Charles 
Robin 1 de fabricant de bijoux avec camées, de la rue 

]. Il n'était pas de la famille de Paul Robin; on l'appelait aussi Robin- 
G ueu d et. Il s'est confiné dans la monture des bijoux avec camées à deux ou 
irois couches, qu'il encadrait soît d'un simple jonc en or poii, soit d'un entou- 
rage de demi-perles ou de roses et brillants. Son fils Alfred Robin, dit Robin- 
Chabannais, en raison de la rue où il demeurait, faisait de jolies demi-parures 
fantaisie. Apres la guerre de 1870, il eut un certain succès avec des bijoux en 
onyx rehaussé de quelques brillants : bracelets, croix, médaillons, pendants 
d'oreilles, etc. 




f-MaUoD Menu.? 



LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU X1X« SIÈCLE 



Grqix^des- Petits-Champs, que Ton désignait couramment 
dans la a parti £ » sous le nom de Robin-Camée, pour le 
distinguer de ses homonymes), était persuadé qu'avec dé si 
grandes dispositions le jeune Legrand devait arriver a une 
belle situation; il insista pour le faire entrer dans une 
maison plus importante, chez Daux, d'où il passa en ï 863 
chez Boucheron, pour prendre la place de Début, qui 
venait d'être vacante. Il dessina différents objets qui figu- 
rèrent à l'Exposition de 18^7 : un important service à thé 



pour la durée de Y I Exposition de 1867, Mais comme rien. 
parail-iL n'est plus durable que le provisoire, ce ne lut 
qu'en 1871 que Paul Legrand quitta cette maison pour 
revenir, définitivement cette fois, chez Boucheron, jus- 
qu'en i8():>. époque à laquelle il put prendre enfin un repos 
bien mérité. 

Il serait impossible de rappeler, tant elles sont nom- 
breuses. Les œuvres de joaillerie, d'orfèvrerie, de bijouterie, 
dues à Timagination féconde de Paul Legrand. Nous en 
signalerons quelques-unes seulement. Parmi les pièces 
d'art, la veilleuse japonaise avec émaux transparents, d une 
composition vraiment heureuse et nouvelle, figurant un 




K imm; l B S DE CRAVATI:, 



émail lé, genre étrusque, 
un collier Renaissance 
avec mascarons émaillés, 
etc. Mais, en 1867, Bou- 
cheron ayant repris De- 
but, Paul Legrand ne 
voulut pas rester. Après 
un court passage dans 
plusieurs maisons, entre 
autres chez Baugrànd, 
d'où le mauvais vouloir 
du personnel le lit partir, 
il entra chez Lroment- 
Meurice, où il ne devait 
tout d'abord rester que 



LA TROISIÈME KÉPUBLIQU K 



-147 



groupe de femmes et d éniants attentifs a une représentation 
d'un guignol nippon (Imposition de 1878^ Le grand vase au 
dragon démail (Kxposition de }8Bg) \ l'enfant japonais 
peignant sur un écran; des coHrets. des services d'orfèvrerie 
persans, égyptiens^ japonais, néo-grecs, etc., d'une extrême 




If II 0 C 1 1 U S li IS N A l S S A N C M L M U te £t $ I; L A \ h Ç LUIS N » B U I I -h . 

(Maison .Menu.) 

variété; d'innombrables bijoux et joyaux, des diadèmes, 
des guirlandes, des parures en tous genres, en or, en 
pierreries, somptueuses ou diserètes; bijoux facetés, bijoux 
repercés sur cuir ou étoiles, bracelets et colliers de joaillerie 
sur velours, châtelaines, porte-monnaies, porte-cigarettes 1 
etc.; il employa avec beaucoup de goût les émaux transpa- 
rents et avait souvent des idées ingénieuses : c'est lui qiitî 



.H* LA UlJOtJTERiE FIiAM:AISK Al: \î\c â!Eç:tVtv 



inventa les colliers de joaillerie sans fêfitioirs à ressort, 
dénommés points d^interro^alion, que Boucheron utilisa si 
souvent avec des Heurs, des feuillages ou des plumes de pai>ti 
en joaillerie; il eut aussi l'idée de séparer les perles d'un 
collier par des rondelles de diamant. Enfin, et d une 
manière générale, ce lut un artiste de talent et un produc- 
teur incomparable. 

Nous ne citerons que pour mémoire Gabriel Joly, dessi- 
nateur ardent et fécond, qui quitta Boucheron en 1887, et 




É I» 1 N G L t S A C II A l> K A U X E S JÙ A I L t fe R I S ■ 

• K.Jui: d'un quart,) [Maisof] Durb^c] 



nous arri vous ma i ntenant ù ceux, plus récents, qui. en dehors 
des artistes n'appartenant pas spécialement à la maison Bou- 
cheron, ont fourni les principaux dessins des objets fabri- 
qués dans l'atelier. 

Nous avons déjà parlé de Basset* qui composa de très 
jolis motifs de joaillerie 1 ; Auguste Biignîot (né en 1873), 
entré chez Boucheron en 1890, s'appliqua à chercher des 
formes nouvelles et originales pour les grandes parures de 
joaillerie. On lui doit, ainsi qifà Lucien Hirtz (1864}, les 
pièces les plus importantes de iqoo. qui furent très appré- 

ï« H quitta Boucheron pour s'établir avec M: Mo: eau. 



I 




2 9 



4Sci LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SïÈCLE 



ciées 1 . Les préférences de Lucien Hirtx, entré en i8g3, 
furent d'abord pour la recherche de bijoux de toutes sortes : 
coiffures^ peignes, colliers, broches et bracelets en or, émail 
et pierreries. Il composa aussi de nombreuses pièces d'or- 
fèvrerie et objets d'art : vases, gobelets, pendules, etc. Hirt/ 
est un artiste de valeur et un émailleur de yrand talent. 
Ancien collaborateur de Lucien Falizc, il ne se contente pas 
de créer sur le papier des modèles d'une extrême variété et 




ÉPINGLES DE COll-TURE 
par Déplantes. 



d un goût parfait, il exécute dans une gamme toute person- 
nelle des émaux remarquables, dont il expose chaque année 
de tort beaux spécimens au Salon de la Société Nationale 
des Beaux-Arts, Le musée du Luxembourg le musée de 
Limoges, le musée des Arts décoratifs possèdent de ses 
œuvres. 

Mais la composition n'est pas tout dan> un bijou ou un 
joyau; l'exécution tient une place importante et une part de 

i. M, Bugniot, tout en créant des dessins de joaillerie, s'occupe d'impres- 
sions artistiques et d'applications décoratives nouvelles pour les cuirs, velours, 
étoffes, etc.; c'est un travailleur et un chercheur infatigable. 



LA TROIS! b!Mt; RÉPUBLIQUE 



-Pi 



mérite doit revenir légitimement aux chefs d'atelier qui 
dirigent la fabrication, conseillent les ouvriers, mènent à 
bien jusqu'à leur complet achèvement tant de pièces déli- 
cates, souvent difficiles, et sont ainsi des collaborateurs 
précieux. Boucheron en eut deux, surtout, dont les noms 
doivent être retenus. Le premier, Octave Lœulliart, fut chef 
d'atelier de i S 6 5 à 1875. C'était un joaillier parfait et un 




b_ROCl) E S E H OR. 

{M akoii fjurbec.) 



modeste. Il excellait dans les fleurs, qu'il prenait sur le vif 
d'après nature, et dont il étudiait avec amour et conscience 
les formes, les attitudes, les feuillages, pour les traduire 
ensuite dans le métal avec beaucoup d'habileté. Peut-être 
la reproduction de ces plantes et fleurs était-elle un peu trop 
textuelle, mais toutes, fougères, chardons, graminées, étaient 
exécutées avec une légèreté de main extraordinaire, Chalvet. 
qui était un des meilleurs ouvriers de Boucheron depuis 
1867, devint son chef d'atelier en 1S78. Il ne quitta la cheville 
qu'en 1907. Sachant rechercher les mains les plus habiles. 



4 52 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 




FM) UC L ES 
D'O U li I I. L K 
n R [MH.I u l: V l. U C h 

par Ku\I. 

[Maison Bouc h en m.) 



il conduisait à bien les pièces les plus dif~ 
licilcs et montrait beaucoup d'ingéniosité 
pour combiner et agencer les parties d'un 
même bijou pouvant s'employer dans des 
applications différentes. I Excellent bijou- 
tier, il maniait la pince comme personne. 
Il exécuta un grand nombre de bijoux 
traités de main de maître, des pièces artis- 
tiques et. en particulier, pour l'Imposition 
de 1878, d'après un dessin de Début, le 
bougeoir en ferronnerie d'or poli, qui v 
fut remarqué comme travail de bijouterie 
parlait. 

Quant aux ouvriers qui, successive- 
ment, firent partie de l'atelier Boucheron, 
il nous est bien difficile de tes citer tous. 
Un certain nombre d'entre eux s'établirent et devinrent des 
collaborateurs indépendants dont les 
noms se retrouveront sous notre plume 
au cours de ce travail. 

Kuyl était ouvrier chez Jules Chaise 
lorsque Boucheron y lit son appren- 
tissage : c'est là qu'ils se connurent. 
Devenu patron , Boucheron ? nous 
l'avons dit. n'oublia pas ses anciens 
compagnons d'atelier, il se souvint de 
Kuyb dont il estimait tout particuliè- 
rement le travail et le caractère, et qui 
s était établi rue de TArbre-Sec. C'était 
un très bon fabricant, consciencieux et 
exact, de relations agréables; il réus- 
sissait particulièrement bien le bijou 
très simple, tout en or rouge repercé 
et poli, et savait varier ses modèles, 
toujours de bonne vente. Il exécuta 
dans ce genre spécial de jolies chùte- 




1 1 K N II A N T Û B COU 
Q'B lî l\ V K H C K P O L I 

par K 113 l . 
(Maison Boucheron, 




H 0 r> E s [> e i ^ y 1 1, 
Médaillons, bracekts, bouton* d'oreilles. 



<P4 



LA BIJOUTKRIE FRANÇAISE AU XIX" SIECLE 




laines, des bracelets, des boutons de man- 
chettes, etc. Yacherot et Lotisse!, ainsi que 
Menu, firent aussi lui grand nombre de ces 
bijoux reperces en or rouge poli, de fabri- 
cation très soignée. 

Alfred Menu, ne en 1828, entra comme 
apprenti chez Louis Renoist en 1840. Après 
être resté dix ans dans cet atelier, il passa 
huit ans chez M arrêt et Jarry ; puis, en 1862, 
îl fonda rue du Chaume une maison réputée 
pour son beau travail* Excellent praticien 
lui-même, Menu recevait des commandes 
de Marret, Calmus, Rau- 
cheron,Daux et d'autres 
maisons importantes. 
Roucheron l'employait 
constamment : il lui fit 
faire vers 1870, d'après 
les dessins de Paul Le- 
grand, ces bijoux en or 
rouge poli à facettes lapi- 
dées, broches, pendants 
d'oreilles, châtelaines 
souples et mobiles, qui étaient des pièces 
remarquables comme fini et dont le 
succès de vente fut énorme; aussi s'em- 
pressa-t-on de les copier, mais ces imi- 
tations, obtenues par l'estampage, 
n avaient plus ni intérêt ni caractère. 

Menu a beaucoup produit; son exé- 
cution très soignée a toujours fait recher- 
cher les pièces de sa fabrication : il 
excellait dans le bijou tout or, qu'il a 

1 3 l < U ,". I I [.Al N K 

traité de toutes façons et dans tous les 0* P 0 M A FACETTES 
styles : étrusque, Renaissance, Louis XV, i >Eir Men ^ 

T ■ vTrr f -i [Maison UouiIktot], 

Louis XVI, etc., en reperce, en ciselure, de ^ ?ûkMQt) 



BOUCLA D'ORKILLB 
OR ROUtiE POLI 
A -MAILLONS SOUPLES 

par Menu 
fde 1S70 à t£#01; 





COLLIERS EN JOAILLERIE [ V V. H S I 8 8 0 ) 



456 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



qu'il s'agît de bonbonnières, de broches^ de pendants de cou, 
de bracelets- de peignes et même d'objets d'art importants. 
Lors de l'Exposition de 1889, il travailla pour Boucheron à 
la veilleuse japonaise et aussi au vase avec dragon, pièce 
sur laquelle on avait volontairement accumulé les difficultés 
d'exécution afin d'avoir le mérite de les vaincre; virtuosité 
bien inutile à notre avis, car un objet d'art n'est pas un pro- 
blème à résoudre; seul, le résultat obtenu est intéressant, et 

non les moyens plus ou moins compli- 
qués mis en œuvre pour y parvenir. 
Menu sut diriger ce travail considé- 
rable et donner satisfaction ù ses nom- 
breux collaborateurs ciseleurs, émail- 
leurs, etc., en conciliant leurs exigences 
parfois contradictoires. Pour donner 
une idée du soin avec lequel fui élaboré 
ce vase, nous signalerons que Paul 
Legrand, qui était l'auteur du projet, 
fit sept ou huit maquettes successives. 
\a\ dernière fut fondue en cuivre ci. 
précaution peut-être supertlue, on y 
peignit très exactement toutes les colo- 
rations, toutes les nuances, tous les 
détails que les émailleurs devaient 
obtenir. Cette œuvre, dont Menu père fit la bijouterie, fut 
ciselée par Honoré et émaillée par Tard et Houillon. 

Michel Menu, fils du précédent, né en iS5j, a fait son 
apprentissage dans l'atelier paternel ; entré aux affaires 
à l'âge de dix-huit ans, il s'associa plus tard avec son père 
sous la raison sociale Menu et fils. Bijoutier remarquable 
pour sa bonne fabrication, il a exécuté un grand nombre des 
pièces qui figurèrent en iqoo dans la vitrine de Boucheron; 
il a monté, entre autres, la jolie pendule en bois sculptée 
par Becker. 

Il faut aussi signaler, parmi les artisans les plus particu- 
lièrement habiles de cette époque. Théophile Picot qui, 




MKDAtLLON 
EN PLATINE R E P E II Ç k. 
SUR ÉMAIL, BLEU 

par Tîssot; 




V A S K K N A C ï E R INCRUSTÉ d'or 

par Tissol. (Maison Boudu-ron,} 



4 5S LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XtX* SIÈCLE 



apprenti d'Edouard Meyer en i852, le quitta en 1860 pour 
entrer chez Bàticheron et Gui 1 lai n, fabricants très justement 
réputés. En 1862, il s'établit avec Combler; les nouveaux 
associés eurent dès le début pour principal client Boucheron, 
qui leur faisait exécuter, d'après les dessins de Paul Legrand 
ou d'autres, les objets d'une lin esse extrême, exigeant une 
grande habileté de main. Ces petites merv eilles de précision 
et de fini étaient traitées avec goût et talent : c'étaient des 
épingles de cravate, des casques de tous styles, des insectes 
aux détails microscopiques, et surtout des accessoires de 



l'ouvrier et des employés également attentifs. Mais toujours 
avant de partir, le maître, après avoir froissé ses dessins, 
les mettait dans sa poche au grand désappointement des 
assistants. Picot n'avait pas seulement une très grande 
habileté manuelle, il était aussi un ouvrier ingénieux. Lin 
chercheur patient, un mécanicien adroit: ce qui lui per- 
mettait de réussir admirablement les bijoux à secret, à 
compartiments et fermetures invisibles. 

Dans un autre genre, citons aussi Tissot (1815-1887) 
qui, graveur habile, faisait des incrustations rasées d'or sur 
acier, d'une finesse et d'une sûreté de main remarquables. 
Les armuriers s'adressaient à lui pour les armes de grand 
luxe, mais ses principaux clients étaient les bijoutiers. 




BRACELET EN ACIER INCRUSTÉ D'OR 




harnachement en 
platine : é tri ers, 
mors, très appréciés 
par le peintre Meis- 
sonier, dont les 
explications minu- 
tieuses étaient ap- 
puyées par des cro- 
quis enlevés avec 
une verve incroya- 
ble dans le magasin 
même de Bouche- 
ron, en présence de 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



Ancien combattant de 1848, il vît en 1870 un grand nombre 
de ses amis politiques arriver au pouvoir, et il eût pu alors, 
comme beaucoup d'autres, obtenir quelque situation profi- 
table si. artiste modeste et convaincu, il n'eut préféré rester 
volontairement à l'écart pour se consacrer tout entier au 
travail qu'il aimait. C'est surtout entre r865 et 1880 qu'il 
exécuta, principalement pour la maison Boucheron, un 
grand nombre d'objets en acier incrusté d"oi\ avec motifs 



Y 



C L O W N S E N ACICR C I S E I. K 

y.iv L. Rauhi Maison Boucheron à \A la dimension des originaux,) 

Renaissance ou sujets de chasse : châtelaines, bracelets, 
bonbonnières, liseuses, cadres, coffrets, boutons de man- 
chettes, etc. Le vase dont nous donnons la reproduction est 
peut-être son chef-d'œuvre; l'exécution en est irréprochable, 
le travail délicat : l'ornementation, gravée d'abord assez 
profondément dans l'acier, est ensuite recouverte d'or fin, 
refoulé au marteau dans les creux, puis repris par de la 
gravure en taille-douce qui complète les détails de la com- 
position. 

Ce vase fut dessiné par Paul Legrand, qui en avait trouvé 
la forme, d'ailleurs originale, dans un ancien tableau de 




4 Go LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 




KPI NG LE Ll E C R A V A T K 

par L, lîauït. 

{Maison Boucheront 



Técole hollandaise, tandis que, pour 
^ornementation, il s'était inspire de 
Stephanus et de Michel Blondus. Ces 
sortes de vases servaient, paraît-il, sous 
Louis XIII, à mettre les plumes dont 
les cavaliers ornaient leurs chapeaux. 

Tissot est mort à Saint-Etienne 3 sa 
ville natale, qui conserve dans son 
musée quelques œuvres de l'aniMc 
dont elle a. croyons-nous, donné le 
nom à une de ses rues. 

Un émule de Tissoi lut Boussard, 
qui incrustait aussi sur acier, mais en 
laissant en relief l'or qu'il reprenait en- 
suite par la ciselure. Il décora ainsi de 
très jolis poignards de style oriental. Malheureusement. Cet 
artiste si bien doué, qui aurait pu 
gagner beaucoup d'argent, ne tra- 
vaillait que lorsqu'il lui en prenait 
fantaisie et finit par mourir de mi- 
sère : c'était un bphême, 

Nous avons vu quelle place a 
tenu le camée dans la bijouterie pen- 
dant de longues années: Lechevrel. 
élève de Saimson, Hue, Burdy. gra- 
vaient les pierres dures avec un réel 
talent. Les camées et les intailles de 
Hue étaient exécutés avec une si 
réelle maîtrise qu'on aurait pu le> 
prendre pour des antiques. Quant à 
Burdy, qui, du reste, était second 
prix de Rome, il exécuta de petites 
merveilles; il lit, entre autres, pour 
Boucheron, après la guerre, un 
camée ovale à deux êouches, mesu- 
rant à peine deux centimètres et 





a t< L 1-; Q u I S 

K N ACIER C I S E L K 

par !.. Kuult. r\|;uM r jn Moucheron. 



LÀ TROIS I K M K R K PU B LI Q U E 



461 



demi de long, sur lequel il avait représenté la célèbre chargé 
des cuirassiers de Reischolfen. Telle était la finesse du tra- 
vail, qu'à l aide d une loupe on parvenait à lire le numéro 
du régiment sur le tapis de selle d'un des chevaux. 

Un des plus grands ciseleurs de notre époque, le plus 
grand peut-être, bien qu'il ne soit connu que d'un public 




BIJOUX l\ N OU CISK L 6 

par L If au II. 



restreint, fut Louis Rault (1847-1903). Cet artiste admirable, 
lils d'un cordonnier de Saint-Oalais, avait reçu une édtica- 
tion artistique â peu près nulle, niais il sut se former lui- 
même. Arrivé à Paris à 1 âge de huit ans, il manifestait 
Je> cette époque sa vocation et Min goût, pour les arts en 
exécutant, à l aide d'un vieux tranchet et d'un tronçon 
d alêne, outils de rebut de l'atelier paternel, une naïve 
sculpture en hoi^ représentant une grappe de raisin et deux 
feuilles de vigne. 1] avait quatorze ans lorsqu'il fut mis en 



4 <>2 LA BIJOrTI£RIL FRANÇAISE AC XIX* S1KCI.E 



apprentissage chez un graveur sans talent qui remployait a 
nettoyer l'atelier et à faire des courses et ne lui enseignait 
rien. Le jeune Kault, déçu dans son très vif désir d'apprendre, 
fut bientôt découragé, au point d'abandonner sa profession. 
11 suivit cependant des cours de dessin et de modelage chez 
Lequien père, travaillant avec une ardeur extraordinaire. 
Apres deux années d'études, reprenant le burin et le ciselct, 
il entra en 1868 comme ciseleur dans l'atelier de Boucheron, 
où il resta jusqu'en 1875. L'année suivante, il obtint une 

mention honorable au concours 
Crozatier, Ce premier succès rai 1er- 
mit le cœur de l'artiste et lui redonna 
confiance en lui-même. Kn 1877, il 
remportait le prix Willemsens, en 
1878 le prix Cro/atier. d'une valeur 
de cinq cents francs, et une médaille 
d'argent à l'Exposition de l'Union 
centrale des Arts décoratifs. Enfin, 
en 1884, une mention honorable au 
Salon venait récompenser la persé- 
vérance de ses efforts. La rapidité 
de ses progrès fut telle qu'il se vil 
bientôt hors de pair et considér é par 
ses confrères 1 comme leur maître a 
tous. A une exposition de ses œuvres, organisée en îBgS 
par la Réunion des fabricants de bronzes, les principaux 
ciseleurs vinrent longuement visiter les merveilles sorties 
de ses mains, ne se lassant pas de les admirer et même de 
lès étudie i\ 

C'est que ce maître charmant et délicat., non seulement 
maniait l'outil comme personne, mais aussi composait lui- 
même les motifs délicieux de ses œuvres : c'était un artiste 
complet. Tantôt il caressait le métal avec amour , d'un 
ciselet à la fois savoureux et savant, et faisait naître de 
souples figures féminines dans l'or lin malléable comme si 
1. Rauh travailla souvent pour Honoré, le maître ciseleur. 




tiijUT oNS I> K M A X C IJ H T T tt S 
« LKS QUATRE SAISONS» 

par L. Kuult. 
IMàTson Paul RpÎJÎfï.J 



LA TROISIEME RÉPUBLIQUE 



46 :î 



c'eut été dans une cire vierge. Tantôt, au contraire, satta- 
quant au dur acier, il sculptait à même, en plein bloc, avec 
une sûreté de main extraordinaire, de petites figurines 
hautes de quelques centimètres à peine et qui, malgré leurs 
proportions minuscules, restent des merveilles de savoir et de 
goût. Le clown que Boucheron avait dans sa vitrine en i8g3, 
à l'exposition des Arts de la Femme, en est un spécimen, 




LU. CLOWN A U C A N J C H li f A 0 I K R PRIS SUR JM È C li ) 

par L, Rauît. Maison Boucheron j (A la dimension de ] original.) 



et combien d'œuvres équivalentes et exquises exécutées 
depuis ! 

« Il a l'ait revivre le poinçon », nous a dit Brateau, et, de 
tait, il a >v\ exécuter d'une façon personnelle et avec une 
maîtrise incontestable le travail ingrat et difficile de la 
gravure en matrices. C'est ainsi qu'après avoir mis d'abord 
son talent au service de l'estampeur Louvet, il créa, de 1882 
jusqu'à sa mort, pour la maison JaqueL un grand nombre 
de modèles, des plus simples jusqu'aux plus compliqués, 
parmi lesquels de remarquables séries d'animaux, des 
ornements, des figures, un charmant coffret avec scènes de 
chasse, des médailles, des sujets d'une grande variété. Après 



4 <4 LÀ BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



avoir dcbmc par des journées de deux francs cinquante, il 
gagna par la suite comme ouvrier jusqu'à trente francs 
par jour, et même au-delà, ce qui ne s'était jamais vu. 

Le Musée des Arts décoratifs possède, entre autres œuvres 
de Rault, une branche d'éventail en or repoussé par lui : le 
Musée du Luxembourg lui acheta, eti 1892, au Salon, une 
coquille d Or dans laquelle une sirène lutine un crabe ; nous 

en connaissons une autre analogue, 
sculptée dans un lingot massif d'or 
forgé, où Vénus, nonchalamment cou- 
chée, joue avec un amour. Toutes 
ces pièce* sont de véritables chefs- 
ci œuvre. Plusieurs sont allées enri- 
chir les belles collections de M. Cor- 
royer, membre de l'Institut, qui les 
prisait à l'égal de ses meilleures pièces 
anciennes. M. Corroyer s'intéressait 
d'ailleurs vivement à toutes les mani- 
festations de l'art moderne ; architecte 
éminent,il ne dédaignait pas de mettre 
son talent et mhi expérience à la dis- 
position des orfèvres oû des bijou- 
tiers a qui il fournissait même parfois 
des dessins, et dont il n'accepta de 
construire l'Hôtel syndical, rue de la 
Jussienne, qu'à titre gracieux. Il se plaisait aussi à encou- 
rager, par ses achats et par ses commandes, un grand 
nombre d'artistes contemporains peu connus et peu fortunés. 
Bel exemple d'initiative à donner à tant d'amateurs qui ne 
veulent rien connaître en dehors de l'« ancien ». 

A la suite de F Imposition des Arts de la Femme, les 
meilleurs ciseleurs de Paris, voulant rendre au talent de 
Rault un hommage spontané, adressèrent une pétition au 
ministre de l'Instruction publique pour lui faire décerner la 
croix de la Légion d'honneur. Cette distinction lui lut 
donnée Tannée suivante, après l*Ëxpô$itÎ0n de Chicago. 




« [■- A N I A S I A » 

paï L, EtaulL 
Seu l pli dans l or fin [« s <i 



MODES DE l8$2. 

Bracelet, colliers, médaillons, boucles d'oreilles. 



3o 



466 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE 



La maladie vint frapper l'artiste en plein succès, au 
moment où il voyait arriver la célébrité, et peut-être aussi la 
fortune. Il se retira à Marlotte et continua à travailler avec 
la même ardeur et la même modestie, vivant dans son atelier, 
au milieu de ses œuvres qu'il aimait et ne parvenait à vendre 
que difficilement. C'est là qu'il mourut, dédaigneux de la célé- 
brité tapageuse et de la réclame bruyante. qui aident quelque- 
fois à la gloire, niais n'accompagnent pas toujours le talent. 




imACKLBT M A N C II lv T T E , OK R E P G U S S E HT Cl SEL B 
par J. Itrulciiu (Maison HoudKTort. - imposition d< i v t^.i 



Un autre ciseleur de grand talent, ami intime de Raulu 
mérite également une mention toute spéciale. C'est Jules 
B râteau, né a Bourges en 1844, Son père voulait qu'il fût 
boulanger, comme il Tétait lui-même, comme l'avaient été 
ses parents, ses frères, ses oncles et tous les membres de sa 
famille : mais le jeune homme, ayant pu voir de près com- 
bien ce métier était pénible, manifesta le désir de suivre 
une autre voie. Aussi, lorsqu'il eut 14 ans, ses parents, qui 
s'étaient fixés à Paris, décidèrent-ils de lui faire apprendre 
un état. Il entra chez. Honoré, le maître ciseleur, un peu au 



LA TROISIEME RÉPUBLIQUE 



467 



hasard, « aussi bien, dit-il. qu'il lut entre chez un cordon- 
nier ou chez un tailleur ». 

Après ses trois années d'apprentissage. B râteau cisela 
successivement dans différents ateliers réputés, entre autres 
chez Diomède K qui travaillait beaucoup pour Odiot. 11 
retourna ensuite chez Honoré, dont il devint l'ami et en 
quelque sorte l'associe. 

Brateaiu qui avait suivi avec succès les cours de Tlicole 




BilACBLEÏ «ANCIIKTTIÎ, OR REPOUSSÉ ET CISELÉ 

par J. lirateau. {Maison Boucheron. — Kxposilion de 1878.) 



des Arts décoratifs et fréquenté l'atelier du sculpteur Na- 
daud, second prix de Rome, exécuta en 1 86g le buste en 
bronze, très ressemblant, de son patron Honoré Bourdonclc. 
Établi en 1874, il ne tarda pas à voir affluer chez lui les 
commandes que lui confiaient les principales maisons de 
Paris. Son talent .souple et délicat a toujours été fort apprécié. 
Artiste consciencieux et modeste, Jules Hrateau aime 
passionnément son métier. Durant sa carrière déjà longue^ 
entièrement consacrée à l'art, il a exécuté d'innombrables 

[, Cet excellent ciseleur se nommait Dîomède Guillemim 



468 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE 



bijoux et objets artistiques, non seulement d'après des 
dessins qui lui ont été fournis, mais ordinairement d'après 
ses propres compositions. Bien qu'il se soit inspiré souvent 
des maîtres de la Renaissance, il a su cependant conserver 
une grande liberté d'interprétation et produire des œuvres 
personnelles et d'une distinction parfaite, qui Font fait 




1' |,AT DATAIS, AVEC DKCOR DE NOISETTES 

par .lules Bnitcau, 



rechercher comme un collaborateur précieux. Aujourd'hui 
encore, il continue, avec une ferveur recueillie, à créer des 
pièces charmantes qu'il caresse d'un ciselet savant et adroit. 

Bien que l'orfèvrerie ne soit pas du domaine de cette 
étude, rappelons cependant que Brateau fut le rénovateur 
de l'orfèvrerie d'étain. Cest vers 1878 ou 1879 qu'il tenta de 
reprendre la tradition de François Briot, dont il admirait 
depuis longtemps les œuvres et étudiait patiemment les 



LA TROISIÈME REPUBLIQUE 



460 




ÉVENTAIL 
EN OR RE POUSSÉ 

par Jules Brateau. 
(Maison Yever. 1889.) 
Haut,, b*3o. 



procédés. Sa première pièce 
d'étain fut une assiette Re- 
naissance, d'après une gra- 
vure de Théodore de Bry, 
qui tut exposée a l'occasion 
d'un concours organisé par 
TUnion centrale des Arts 
décoratifs, en iS8i ou 1882. 
Dès lors, perfectionnant sans 
cesse sa fabrication, il parvint 
à une maîtrise absolue- Son 
succès à l'Exposition de 1889 
fut considérable et très légi- 
time; une foule d'objets char- 
mants, aiguières, gobelets, 
plateaux, salières, etc., sor- 
tirent de ses mains et conqui- 
rent immédiatement les 
suffrages des artistes et des 
amateurs. 

Brateau, chevalier de la 
Légion d'honneur en 1894, à 
la suite de l'Exposition de 
Chicago, fut membre du Jury 
pour l'orfèvrerie en 1900. 

Son poinçon de maître 
représente un gibet, façon 
plaisante de rappeler ses deux 
initiales : J. B. 

A côté de Rault et de 
Brateau, artistes hors pair, 
d'autres noms intéressants 
seraient à ajouter à ceux qui 
se rencontrent au cours de ce 
travail; les principaux sont : 
Mi chaut, Giraudon, Brard, 



K VE NT A t ti 

par Jules Brateau, 

(MâTSOJO VlylT, 

Haut., o' n 3o. 



470 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



virtuoses du ciselet ; Deraisme; Claudius Marioton, sculpteur 
de talent en même temps que ciseleur habile, puisqu'on ï 876 
if était lauréat du concours Willemscns. et en 1879 du con- 
cours Crozatier; il forma des élèves remarquables, tels que : 




ÉTUI A CIGARETTES 

par i 4 llratcau, (Maison Vcver. — Exposition de iâ8g,) 



Dupré, ciseleur et médailleur, qui remporta le Prix de 
Rome; Herlemont et KerleL Citons encore Jean (îarnicr; 
Peureux; Cosson, collaborateur de Louis Wièse; Nodiot, qui 
excellait dans le repoussé sur acier et les bracelets à sujets 
de chasse Renaissance: Lantéron, Joe Deseomps, Vernier, 
à qui fut décerné. Tan dernier, la médaille d'honneur du 
Salon, et bien d'autres encore. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



Nous avons parlé à plusieurs reprises de O. Massin et de 
la place prépondérante qu'il tint dans la joaillerie et nous y 
revenons, puisque Tordre chronologique, que nous désirons 




BRACELET EN JOAILLERIE SOUPLE 

dans, îç çniH des broderies anglaises, par Mnssin (1878). 



respecter autant que possible, nous oblige à scinder l'examen 
de sa longue et brillante carrière. Apres avoir vu de quelle 
façon magistrale et féconde il rénova l'art du joaillier sous 
le Second Empire., ûotls le retrouvons, sous la troisième 
République, toujours au travail, toujours soucieux de 



HRACKLKT ARTICULÉ A PALMES, GENRE PERSAN 

travail lili^runt-, y-w O. Massin (i*7 k ). 

perfectionner son métier, ne cessant de créer des œuvres 
bien personnelles pour lesquelles il n'avait d'autres collabo- 
rateurs que ses ouvriers, et présentant a l'Exposition de 
1S78 un ensemble de pièces remarquables, dont un certain 
nombre sont reproduites par nos gravures. Rien qu'il eût 



472 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



encore beaucoup travaillé pour plusieurs de ses confrères, 
tant parisiens qu'étrangers, Massin avait réalisé de nouveaux 
progrès, notamment dans la légèreté visible et matérielle des 




CROISSANTS ET ARC, DlADÈMli EN JOAl LLER I li 

par O. Massin. 

montures Déjà, en 1SG7, il était arrivé à en abaisser le poids 
bien au-dessous de celui des pierres employées, parvenant 
parfois à une moyenne de trois milligrammes de métal par 
pierre, en comptant toutes celles, petites ou grosses, qui 
entraient dans la composition dîme pièce de joaillerie. Ce 




BROCHE SERPENT ET PERLE GRISE DE I4J (» R 4 J N S 

par O, Massin (1878), — Longueur, 0"m5. 



tour de force fut réalisé, notamment dans un groupe de 
deux plumes; il était vraiment imposable de faire mieux au 
point de vue technique, aussi Massin consacra-t-il tous ses 



474 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



efforts à la recherche de l'élégance des formes et de lorne- 
m en talion. 




K O S E TU K E N JOAILLERIE 

par O. Mnssin (187Ô). 



C'est à cette même Exposition de 1 8 78 que figurait une 
très belle rose en rondc-hossc , entièrement pavée en dia- 
mants. Certes, on avait bien essayé avant lui de faire des 
roses en joaillerie, mais avec plus ou moins de succès : 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



47 ; 



généralement, on voulait y mettre un trop grand nombre 
de pétales, ce qui rendait l'objet lourd et confus. Massin, au 
contraire, après avoir choisi comme point de départ une 
rose thé, variété déjà simple en elle-même, l'observa, l'étudia 
ires attentivement et imagina de supprimer les pétales qui 




N *i: U D l> K DSNTËLLB S U & TULLE EN J O A 1 1* L K R 1 S 

par O. Massin (fS/H). 

restaient invisibles lorsqu'on regardait la rose dans un cer- 
tain sens. Il parvint ainsi à produire une véritable mer- 
veille, irréprochable d'exécution, d'un dessin net, facilement 
lisible et d'une grande légèreté. Ce beau travail de joaillerie 
employait i5o carats de brillants. Ce fut M m * Boucicaut qui 
l'acheta pour la somme d'environ 3o.ooo francs; c'était, à 
peu de chose près, le prix coûtant. Elle eut l'attention déli- 
cate d'inviter Massin à la première soirée qu'elle donna au 



47^ LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Bon Marché après son acquisition, afin que l'artiste pût 
Fad mirer sur elle. 

C'est également pour T Exposition de 1878 que Massin 
tenta de faire participer directement la joaillerie à l'orne- 
mentation du costume, 
en exécutant des den- 
telles souples avec 
motifs en diamants ap- 
pliqués sur un tulle 
d'or ; elles revenaient de 
10.000 à 20.000 francs 
le mètre courant. Kn 
raison peut-être de 
l'exagération que cette 
nouveauté apportait 
dans le luxe du costume 
féminin, elle n'eut pas 
tout le succès qu'elle 
méritait, bien que le 
Shah de Perse, Nasser 
ed Dine, eût voulu 
en emporter, séance 
tenante, lors de sa visite 
au Salon de la Bijou- 
terie. Massin refusa 
cette proposition, afin 
de pouvoir soumettre 
au Jury sa nouvelle et 
heureuse tentative. 
Indépendamment de ces dentelles souples et de belles 
pièces de joaillerie, fleurs, serpents, bouquets, etc.. d'un pur 
dessin et d'une main-d'œuvre parfaite, dont quelques-unes 
avaient été exécutées par lui personnellement, il avait pré- 
senté, dans sa vitrine, nombre de pièces dont les motifs 
étaient cernés ou bordés de filigrane. C'est dans cet ordre 
d'idées que Ton vit toute une corbeille de fleurs, un narcisse 




FXEUB DE NARCISSE, JOAILLERIE FILIGRANES 

par O. Massin (18781. 




H Q DBS t> E I 8 S 4 . 



47* LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



fort élevant, la branche de chêne que nous reproduisons, 
ainsi qu'une riche ceinture indienne, tout en or liligrané, 
qui employa 822 carats de diamants. La dirïîculté d'une 
pièce aussi considérable était très grande; elle se trouva 
augmentée, en ce qui concerne la composition, par ce fait 




FEUILLUS DK CMÙNi: KT GLANDS PBRLliS 
A i' l 1 L I C A T L Q N DU l j " M. I (i R A \ E A L A «ONTUB K D U l> t AMANT 
pur O. Massin {i s 7 s ;. — Longueur, u ,n i.\ 

qu'on apporta à Massin une sébille pleine de ^ro> brillants, 
la plupart taillés en poires, en lui disant : « Voici des 
pierres, arrangez-vous pour les employer toutes, sans en 
laisser ni en ajouter une seule et faites-en une belle pièce 
de joaillerie a destination de 1 Inde. » Cette ceinture de rajah 
fut entièrement faite par le même ouvrier, qui avait été 
auparavant ouvrier orfèvre et dont Massin avait fait un par- 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



479 



fait joaillier'. Il avait mis sept ou huit mois pour mener à 
bien ce travail et y avait apporté autant d'attention et de 




BOUQUET DE PRIMEVÈRES 

Joaillerie en préparation Travail en bhinc, par O. Masûn [tbjhi. 



soin le dernier jour que le premier. Indépendamment d'un 
Grand Prix, décerné en première ligne dans Tordre de 

i. 11 se nommait Ostcrbcrg et obtint une médaille d'argent comme colla- 
borateur. 



4 Ko LA BIJOUTERIE FRANÇAISE A U XIXe SIÈCLE 



mérite, Massin reçut, en 1878, la croix de la Légion d'hon- 
neur. 

Bien qu'il eût pris deux brevets d'invention pour les 
dentelles en diamants et L'application du filigrane à la 
monture des pierres, Massin ne s'en servit jamais contre les 

imitateurs de ses ou- 
vrages, s'estimant plus 
heureux d'être copié que 
d'en être réduit à copier 
les autres. 11 donna 
même toute liberté à ses 
confrères de continuer 
leurs efforts dans cette 
nouvelle manifestation 
de fart du joaillier. 

En 188g, Massin n'ex- 
posa pas personnelle- 
ment, mais son talent 
fut encore utilisé par 
plusieurs de ses confrères 
pour leurs expositions. 
Un grand nombre de 
pièces importantes, 
branches fleuries ou pa- 
rures dans le goût plus 
classique, bien que ne 
figurant pas officielle- 
ment sous son nom, 
montrèrent que, pendant trente ans, cet artiste infatigable 
n'avait pas cessé de progresser. Il avait repris, en particu- 
lier, son idée de f ornementation du costume et exécuté une 
pièce de joaillerie de très grande dimension, inspirée d'une 
passementerie ancienne, dont le dessin, très élégant, se 
composait de grandes palmes souples, les unes serties en 
brillants blancs, les autres en brillants bruns et jaunes. Cette 
parure, destinée à être appliquée en bordure d'un corsage 




bROCHK HIBOU 

par O. Massin (1878). 
( Perle noire de 1 1 ; grains. 



DENTELLES ' ' ^ \ 
Q GUIPURES .BRODERIES ^ V 

. EM BIAMÀKTS 

CarnUai-e^Kobîs.Maatcaux Cour Coiffuxes t eïc- * 



lrivejtrigtc Breveté S.GD.û 




BRO DEKl E (TomT vémitei*) 1^000 Fà. tu MÈTRE »îl 




1. bS DKNTELLES DE Çr, M A 5 S I N A 



l ' i; x v o s i r i o S de i H 7 ! 



1. Collier jpoint génois). 

2. Galon bradé de trèfles fpojnt vénitien). 

3 et h Tours dt bras, point d application sur tulle souple* 
(Aux trois quarts dti lext:cution,j 



LA BJJOUTERIK FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



décolleté, avait près de cinquante centimètres de dévelop- 
pement. 

Massin avait réuni dans son atelier les meilleurs ouvriers 
joailliers, qui se perfectionnaient d'ailleurs sous sa direction, 
et considéraient comme un honneur de travailler chez un 
tel maître. Il serait su perdu de citer les principaux d'entre 
eux ; nommons seulement ses chefs d'atelier : Hippolytc 
Touet, excellente main, ancien compagnon de Massin chez 
Tottis qui, vers 1869, s'établit et prit la suite des affaires 




D 1 A U h M K H S î 0 A I L L Z R IL A V K C BRILLANTS P 0 I R E 5 W 0 U I L K S . 

pur O. Miiss'm. (Exposition de 1878.) 

de Janim Ensuite, Wolk, de i865 à 1876; enfin. Osterberg. 
celui qui exécuta la grande ceinture orientale et resta chez 
Massin jusqu'au licenciement de son atelier, en 1S91. 

Nous avons dit que Massin se retira des affaires en 1892; 
cet excellent maître joaillier, qui, selon sa propre expres- 
sion, « trouvait plus de joie dans son métier que dans son 
commerce », ne cessa pas pour cela d'étudier les principales 
questions intéressant la corporation et pour lesquelles il est 
d'une compétence absolue. Il rendit de grands services à la 
Chambre syndicale, dont il avait été nommé vice-président 
honoraire en 1 884, s'occupa de L'École de Dessin, des concours 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



4 83 



professionnels, ainsi que de tout ce qui avait rapport à l'amé- 
lioration du sort des ouvriers. Rappeler ses états de service, 
dans cet ordre d'idée, nous entraînerait en dehors de noire 
programme. Il est le président très actif et très dévoué de la 
Société d'Encouragement de la Bijouterie 1 . Si nous nous 
sommes arrêté spécialement sur la personnalité de Massim 




COL IJI-: Yi S K H [• BN'T, ]' i; Il I . K S r< ii K T H LA N Cil Ji 

par O, Mîifisln (1889} < 



ce n'est pas seulement parce qu'il est un des plus illustres 
joailliers du xix e siècle, mais surtout parce qu'il a créé un 
genre spécial, en empruntant à la nature tout ce qui présen- 
tait une forme, un motif quelconque pouvant se traduire 

it Mâssin avait été, en un des membres fondateurs de TKcole de 

Dessin, Nommé secrétaire de la Commission, qui fut alors instituée à cet effet, 
il en devint quelques années après le président et conserva ces fonctions 
jusqu'en 1884. Il fut aussi chargé d'organiser, à In Chambre syndicale, les 
concours professionnels d'apprentis, en 18H7; puis, en ($$&, ceux, plus 



4S4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



et se cristalliser en diamants, pourvu que cet emprunt fut 
Fait avec le sentiment du beau et que cette forme, ce motif, 
fussent agréables avoir et d'un heureux effet dans la parure. 
Par la sûreté de son goût et les perfectionnements successifs 
qu'il apporta à la main-d'œuvre, il peut être considéré 
comme le principal réformateur de la joaillerie contempo- 
raine, dont il résume l'histoire. 




ORN E J1KM DE COI ! I U R K 

pur O Massin (1889). -* Longueur : 18 cent, 



Un des compatriotes de Massin, qui fut aussi son a m î , 
Lucien Falizc (1839-1897) a tenu comme lui une place 
considérable dans l'histoire de la bijouterie et de l'orfèvrerie 

intéressants, des ouvriers, dont il fut le promoteur à la Société d'JCncourage- 
ment de la Bijouterie, lorsque M. Kmile Fromcnt-Meurice fonda un prix de 
400 francs à la mémoire de son père, prix que Massin proposa de consacrer 
ci ces concours d'ouvriers, qu'il organisa et lit réussir. 

A l'Exposition de 1S89, Massin reçut une médaille d'or à titre exception- 
nel, décernée par le jury, classe V du groupe I er ( Beaux-Arts), pour application 
de l'art à l'industrie. 




BRANCHE LUI M SERONS 
par Q, Massin. — l'rvparsrtiun d'une pitrce de ioailkrie. 



486 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



contemporaines. Fils J Alexis Falize quu nous l'avons vu*, 
était un dessinateur hors ligne et un fabricant Je premier 
ordre, îl eut la noble ambition de taire mieux encore que 
son père. 

Les événements politiques qui agitèrent la France, de 
1848 à 1832, eurent leur contre-coup sur les études des 
jeunes collégiens d'alors; Lucien Falize dut interrompre et 




1.1 [i ( ) C 1 1 j; C <> '.> I : J 1 . I . K K l A L. < ; U I- iv N JOAl I. L K 1U H , A V H C 1» K U LE N 0 1 R K 

parO, Mussin (18*9}.— Longueur: cent. 

reprendre bien des fois le cours des siennes; élève studieux 
cependant, désireux de s'instruire. îl compléta lui-même ses 
connaissances et s adonna avec passion à la littérature et à 
l'histoire. Il voulait aussi se présenter à I FcoIc (Centrale, 
mais son père, fidèle aux traditions en honneur a cette 
époque et voyant en lui un futur associé et successeur, lui 
fit abandonner ses études dès 1 856 et le prit avec lui. pour 
Tinitier aux affaires. 

Le jeune Falize commença par un apprentissage à 

i . Voir chapitre I tr ? p, Go et suiv. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



4*7 



l'atelier, ce qui fut pour lui une excellente école, mais il n'en 
resta pas moins assidu aux cours de dessin et de modelage 
si nécessaires à tout homme de notre profession. Peu à peu, 




DEVANT U F ; CORSAGE, PERLES ET BRILLANTS 

pur 0. Massin. — Hauteur: 26 cent. 



aidé des précieux conseils et de l'expérience de son père, 
il s'initia a tous les détails de la maison, surveillant 
râtelier, dessinant, s'occupant de la comptabilité, de la 
fabrication et de la clientèle, « Mes parents étaient gens de 
bon sens et d'ordre, écrit-il dans une lettre, et nous formions 



4 SK LA HÏJOl TKRIK IRÀNCAISE AI' \ I X 1 S I I . ( 1 I K 



la famille la plus étroitement unie, pensant de même, 
travaillant du même effort, et allant sans grande ambition 
vers un avenir qu'on espérait plus heureux, mais dont les 
coups de fortune ne s'annonçaient guère. Mon père était très 
estimé, on avait recours à lui pour les choses difficiles, 




ORNEMENT D k COR 5 A CE 
par 0. M as si n fiSSg 1 . — Largeur : 3r cent. 



mais son genre d'affaires ne donnait que de minces profits et 
les satisfactions d'amour-propre étaient infimes. Bien des 
années se passèrent ainsi, de 1 8 56 à 1870, pendant lesquelles 
nous fîmes, mon père et moi, l'ordinaire et monotone 
besogne du fabricant-bijoutier qui cherche des commandes, 
invente des modèles, exécute des travaux ingénieux et 
difficiles, et a peine à recevoir son argent et ù réaliser un 
bénéfice. » 



MODES DU f S S 5 . 

Boucles d oreilles, broche, châtelaine, bracelets* 



4<<o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 



En 1867, le jeune orfèvre fit ses premiers efforts d'inven- 
tion et sentit naître en lui des aspirations vers un art plus 
élevé. 

Ses idées s^étaient formées, avaient pris une orientation 
nouvelle. C'était le temps où commençait cette passion pour 
«■ la curiosité » qui, depuis, prit une telle extension. I n 
voyage que Lucien Falize lit à Londres, lors de l'Exposition 
de 1862, avait préparé cette évolution de son esprit, et il en 
était revenu impressionné, non seulement par les œuvres 




P lî A C K L R I* is S 0 Ù P L K S C S JUAI I. t. E U I B 



d'orfèvrerie et de bijouterie qu'il avait étudiées au Crvstal 
Palace, mais surtout par les visites révélatrices qu'il 
avait faites au musée de Kensington où nos trè> pratiques 
voisins appliquaient déjà les théories du Comte Léon de 
] .aborde. 

De retour en France, il éprouva une autre émotion en 
présence des bijoux antiques de la collection Campana, que 
Napoléon III venait d'acheter et de taire installer au Louvre. 
Lnfin, les publications successives et rapprochées de trois 
ouvrages importants : la Grammaire de l'ornement* de Owen 
Jones; tes Arts Industriels, de Labarte ; le Dictionnaire 
d'Architecture, de Viollet-le-Duc, continuèrent ce qu'avaient 



LA TROISIÈME REPUBLIQUE 



49 1 



commencé les visites fréquentes que Falize. toujours avide 
d'augmenter ses connaissances, Taisait dans les musées et les 
bibliothèques, (Tétait le début d'une ère nouvelle pour 
l'éducation artistique, et nos jeunes dessinateurs d'aujour- 
d'hui, qui ont à leur disposition un enseignement si bien 
fait et tant de documents si bien choisis et classés, ne 
peuvent s'imaginer au prix de quels tâtonnements et de 
quels efforts on parvenait à acquérir quelques notions un 




ill-DAILLONS BN K M AUX fc L O I S Û H N B S b'OR, GtiNRB JAPONAIS, 

pWt Lucien FaJize ( tBtjG), cmaillcs par Tard, 



peu précises sur l'histoire ou les règles de 1 art, aux environs 
de i8G5. 

1/ Union centrale des Beaux- Art?* appliqués à l'Industrie 
avait commencé en 1 863 des expositions périodiques; elle 
lit, en 1 865 et en ï86g., deux séries rétrospectives qui mon- 
trèrent aux artistes et aux ouvriers les trésors ignorés des 
collections particulières. Lucien Falize y apprit beaucoup et. 
en 1867, à I mposition du Travail, le très savant M. Alfred 
Dareel devint son ami : s'il rte fit pas de l'orfèvre un archéo- 
logue au sens strict du mot, il lui communiqua du moins son 
goût des choses du passé et sa grande science du discernement. 



49? LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Vers la même époque aussi, a la suite de la révolution 
du Japon et de l'ouverture de ses ports aux étrangers, 
arrivèrent en Kurope des spécimens jusqu'alors inconnus 
de Part nippon, qui produisirent une impression profonde 
et eurent par la suite une influence très considérable sur 
révolution de l'ornementation décorative. 

Lucien Falize, séduit par les merveilles de cet art à ia 
fois si délicat et si puissant, voulut partir pour étudier les 
procédés techniques de l'émoi .1, de la ciselure et des alliages 
si variés de ces « Grecs de 1" Extrême-Orient w; il projetait 




H î J 0 U X KN K M A U X CLOISONNÉS D*OR, GLSR E JAPONAIS 

par Lucien Falize (1*74!. 



même de ramener des ouvriers japonais ! Mais ses parents 
s'opposèrent à un si lointain voyage, cl. respectueux de leur 
volonté, il renonça à la réalisation de son rève. malgré la 
déception qu'il en put avoir. 

Il se mit néanmoins a étudier avec passion les émaux 
cloisonnés, dont il lit. avec le concours de l'cmailleiir Tard, 
un très judicieux emploi dans le bijou : il traduisit en cloi- 
sonné d'or, et avec beaucoup de yoût. les ornementations m 
variées des artistes japonais, pour en décorer dès médail- 
lons, des flacons, des bonbonnières, des châtelaines. Ce fut 
pour lui une belle année de travail et d'enthousiasme. 
Christofle et Barbedienne, également saisis par le charme 
élégant et imprévu de la décoration japonaise, en firent, 



C 0 L L I B S A DOUBLE F A C E , BJUUX CLOISONNÉS SUR l'.ULLONS 

par Lucien T alizé 11880), 



4 'j4 LA H J J 0 V T 11 H I E FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



chacun de leur coté, de très intéressantes applications sur 
des meubles, des vases, etc. Ils obtinrent des patines remar- 
quables. 

En 18551 j après la guerre et la Commune, qui avaient 
vidé tous les ateliers et amené un chômage complet, Lucien 
Falize se maria et, peu après, quittant la vieille maison 



conférences très écoutées sur le bijou, sur l'émail et sur 
l'orfèvrerie, 

L "Exposition de 0S78 lut ta première à laquelle Falize 
prit une part importante et personnelle. Il y présenta un 
grand nombre d'objets d'art, de bijoux et de joyaux, disposés 
avec goût dans une vitrine dont l'ensemble artistique fut 
une véritable révélation. On y admirait les quatre cadres 
d'orfèvrerie exécutés pour le Prince de Bcarn. tableaux 
dans lesquels se mêlaient harmonieusement l'or, l'argent, le 




paternelle de la rue Montes- 
quieu, où il était né, il 
s'installa avenue de t'Opéra. 
Mettant en pratique les con- 
naissances qu'il n'avait cesse 
d'acquérir, il conquit rapide- 
ment un des premiers rangs, 
s'efîorçant sans cesse à pro- 
duire des œuvres d'un art 
plus complet et plus raffiné. 



6 11 ATBLAI N i: , 
KJIAUX CLOISONNÉS D ' Q tt , 




Son érudition était consi- 
dérable: il publia des études 
critiques qui furent très 
remarquées et écrivit sou- 
vent, d'une plume élégante et 
alerte, tantôt sous son propre 
nom, tantôt sous le pseudo- 
nyme de « Monsieur Josse », 
de> articles appréciés parus 
dans différents journaux et 
revues. Il lit aussi plusieurs 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



bronze, le fer damasquiné, l'ivoire et l'email, et qui figuraient 
Marguerite de Navarre. Gaston de Foix, Marguerite de Foix 




D I A [J \: M K AVEC FËRKONNlh li 

par Lucien Pallie (i&8o)> 



et Gaston de Béarn, monuments remarquables par leur 
belle conception, la diversité des matières étroitement 
mariées et l'irréprochable exécution. Puis YUranic, somp- 
tueuse horloge dans le goût du xvT siècle, en or, argent, 
émaux, lapis, cristal de roche, dont Carrier-Belleuse avait 



49*3 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XI X* SIÈCLE 



sculpté la figuré en ivoire ; une autre petite pendule porta- 
tive, en ivoire, genre xili c siècle, dénommée VAngfi.lu$ f était 
une œuvre véritablement exquise; des statues d'argent et 
des pièces intéressantes et nombreuses, dont on trouvera la 
description dans les rapports de l'époque. Pour ces œuvres 
importantes, Fali/e s'était entouré de collaborateurs et de 
sculpteurs éminents : Frémiet, Delaplanehe, Aime Millet, 




MONTRE KS <>R CISELÉ : 
«LES TROIS PARQUES M, «APOLLON ET DIANE » 

par Lucien Falize (1882), ciselure de Oms. 



Claudius Popelin, que la Princesse Mathilde honorait de 
son amitié, Joindy, Chédeville, artistes réputés; Honoré, 
B râteau, Hubert, Ver nier, H raid, Mercier. Richard Désandre. 
Pye, Michaut, Barré, Point, ciseleurs remarquables; les 
émailleurs Meyer, Houillon, Gàgneré, Tard, etc., sans 
compter Tannée des bijoutiers, des graveurs, des lapidaires, 
des orfèvres- des joailliers : Glachant, Emile Carlier, Olive, 
Chardon, Auxenfants, Orseni, Le Saché, etc. Des bijoux 
complétaient cet ensemble de pièces d'art, bracelets avec 



49$ LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



noms, dates ou devises en émail cloisonne sur paillon ; 
châtelaines d'or ciselé, telle la châtelaine aux Trois Parques; 
coiffures Henri II, pendants de col dans la manière d'Etienne 
Delaune ou de Hans Collaërt, « enseignes » et diadèmes, 
bonbonnières et cachets, tous ces bijoux révélaient un goût 
impeccable et une grande personnalité, malgré rinspiration 
volontairement cherchée aux sources classiques et parti- 
culièrement dans les belles œuvres de la Renaissance, que 
Falize connaissait et préférait entre toutes. 

Cette exposition, absolument remarquable, eut un succès 




BRACbLHT O 11 C i S li L É AVEU M Û, 1> A 1 L L 1£ S A N T I Q 0 K S 
[W Lucien l ali/.e. 



très vif et très mérité, et obtint à Falize un grand prix et la 
croix de la Légion d'honneur. « Cela dépassait ce que pavais 
rêvé! y> s'écria-t-il tout heureux, et il se remit à l'ouvrage, 
ne songeant qu'à faire encore mieux. A celte époque, une 
circonstance imprévue amena la transformation de sa mai- 
son et lui permit de l'agrandir. 

M. Alfred Bapst occupait alors une très belle situation 
dans la joaillerie et portait un nom célèbre et estimé dans la 
corporation; il avait apprécié Lucien Falize pendant les 
travaux du Jury dont il était président et. l'ayant pris en 
amitié, l'avait mis en rapport avec son iils aîné, Germain. 
Celui-ci. après la mort de son père, survenue presque subi- 
tement à la fin de 1879, proposa à Lucien Falize de réunir 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



499 



leurs deux maisons. C'est alors qu'ils firent construire, avec 
un £oùt parfait, leur hôtel de la rue d'Antin où, dans un 






cadre archaïque propice au recueillement et à l'étude, se 
trouvaient réunis ateliers, magasins et bureaux. 



5oq LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



Il y avait là une association qui s'indiquait excellente : 
Bapst, descendant des joailliers de la Couronne de France, 
à la tête d'une des plus riches et de h: plus ancienne maison 
de bijouterie de Paris, pouvait compter sur une aristocra- 
tique et iidèle clientèle qui comprenait l'élite de La noblesse, 
de la finance et de la haute bourgeoisie, tandis que Falize, 




PENDANTS DE C (J L R K N A J S S A N* C K , OR, K AT A I : X li T (' 1 K itRKftIES 

par Lucien l'iiliKc (i886)« 

dans tout l 'éclat de sa jeune réputation, apportait sa connais- 
sance profonde ,de l'histoire de son art et des ressources de 
son métier, ainsi que sa science de composition, son imagi- 
nation et son goût, 

Bien qu'ils fussent de tempérament très différent et de 
tendances souvent opposées, ils vécurent tous deux en par- 
faite intelligence, et l'accord entre eux ne se démentit jamais 
pendant toute la durée de leur association, ce qui, en pareil 
cas, est moins fréquent qu'on ne pourrait le supposer. 




PENDANTS UÊ COL, OR, K MAUX ET PIERRERIES 

par Lucien Falize. (Exposition de iS8(>.| 



5o-2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 



A l'Exposition de 1889, Lucien Falize montra dans ses 
vitrines de nombreuses pièces d'orfèvrerie, des bijoux ci des 
objets d art. Nous citerons, parmi les plus remarqués, la 
GalUci) figure svmbolique sculptée dans l'ivoire par Moreau- 
Vauthier, et dont la beauté fièrc s'habillait d une magnifique 




URACELETS K N OR G l S ! •: | , Y 

par Lucien l'alizé (189P). 



armure en orfèvrerie. Cette figure, dont on parla beaucoup 
alors, est maintenant au Musée du Luxembourg: ce l'ut la 
première acquisition faite par l'État pour les collections 
nationales, en dehors des œuvres de peinture et de sculpture. 

Près de la Gallia figurait le Vase Sassanidt\ reconstitution 
savante de l'art des orfèvres au temps dc> Scythes^ deux 
cents ans après le Christ. Il c>i sculpté de main de maître 




m -r 
- / 



5c>4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX° SIÈCLE 



par V&fangoz dans un bloc de cristal de roche et décoré 
d'émaux de toutes sortes. I /exécution de cette pièce avait 
demandé près de trois années de travail. Dans la même 
vitrine voisinaient des objets de sculpture, de ciselure et de 
grande orfèvrerie, pour lesquels Bapst et Fàlize axaient 
demandé la collaboration d'artistes et d'amis, comme Bar- 
rias.Chapu, Cordonnier. Delaplanche. Levasseur, Quinton, 
Hirtz et d'autres. Longue serait renumération des bijoux les 
plus variés qui s'olTraient à l'admiration, et a l'exécution 
desquels avaient coopéré toute une pléiade d'excellents art i- 




HltACKLKT OR CISKLÎâ 

pur Lucien l jilize, cnuuix de GrandlionniK 1 [l%û , 



sans : Routhicr, Houillon, Tourrclte, < iarnier, (îrandhomme, 
émailleurs; (îlacbant, Cartier, Bin»cn, Gautruche, etc.. et 
le chef d'atelier Bouchon, Quant au triptyque représentant 
les Trois Couronnements, c'est une merveille dans laquelle, 
pour la première fois, Fali/e réalisa en émaux de basse- 
taille sur or fin d'une extrême richesse de tons, l'har mo- 
nteuse symphonie de couleurs d'une des plus étonnantes 
tapisseries du xv e siècle conservées dans le trésor de Sens 1 . 

Lucien Fali/e n'aimait pas la joaillerie modelée telle que 
l'avaient comprise Massin, Boucheron, Vever et d'autres 
joailliers réputés; il préférait le diamant seul ou accompagné 

î. On a revu cette belle œuvre à l'Exposition Centennale de 1900, à coté 
de la tapisserie qui avait servi de modèle. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



5o5 



seulement de quelques ornements à plat, selon la mode 
ancienne. 

« La pierre n'a pas besoin d'un dessin savant, disait-il ; 
elle trompe toutes les combinaisons du modèle. Ses feux 




PENDANT DE COL, « SAINT GEORGES TERRASSANT LE DRAGON », 
OR, É MAIL BT PI E R R B R l E S 

par Lucien Falize (1890!, 



dérangent les ornementations; c'est une pyrotechnie qui se 
compose de dessins géométriques et de silhouettes, mais où 
les douceurs de la forme, les ciselures des détails, les modu- 
lations des plans, sont perdues comme en un gigantesque 
feu d'artifice, où disparaissent les dessins de l'architecture, 
pour ne plus laisser qu'un éblouissement et une >urprise. » 
î Mâssin riposta du tac au tac ù son ami dans le remar- 



5ô6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



quable rapport technique sur la joaillerie qu'il écrivit la 
même année, et remit les choses au point. 

« La joaillerie, dit-il, n'a rien perdu des mentes qui lui 
furent reconnus ; mais tout d'abord, et à propos du caractère 

de la joaillerie mo- 
derne, qui est le 
genre modelé, une 
sentence technique 
et esthétique ayant 
été prononcée, il y 
a lieu d'essaver de 
la discuter. Voici 
les faits : dans un 
très remarquable 
article paru sur la 
joaillerie à l'Impo- 
sition, l'auteur, que 
tout le monde re- 
connaît comme le 
maître es- arts et 
es-lettres le plus 
autorisé de notre 
corporation, et dont 
l'œuvre comprend 
des orfèvreries, des 
bijoux, des émaux, 
qui contribue ni à 
faire l'honneur de 
notre temp>. émet 
en principe que le diamant n"a pas besoin d'un des>in savant, 
et que quelques chatons disséminés dans la coifiïire parent 
mieux une femme que les plus lins morceaux de joaillerie. 

« L'arrêt est excessif, mais n'est pas sans appel. Venant 
d'un artiste passionné pour l'art ancien, qu'il a fait revivre 
dans ce qu'il nous offre de plus pur et de plus noble ? on 
n'en regrette pas moins de L'y voir si exclusivement consacré: 




IlOUCLB DE CErNTlRB 
DÉCOR DE LIS 1ÎM AlLLlU 

par Falize fre-res (1900), 



5o8 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XtX* SIÈCLE 



mais on comprend pourquoi il apporte le même goût domi- 
nant dans les choses de la joaillerie, goût qu'il partage avec 
son ami et associé. 

a Cependant, ni l'un ni l'autre ne peuvent ignorer que 
c'est jeu d'enfant pour les joailliers modernes de refaire tout 
ce que le passé nous a légué. 



77 




PLAQUE Di: COU JOAlLLhHIK ET KM AU, BLEU, 

(Maison Falizc frètes, \uo'\) 



(( Ils savent aussi que ta recherche J un travail délicat 
n'a jamais nui au prestige et à 1 éclat du diamant, et m j'avais 
à les en convaincre, il me suffirait de les conduire devant 
leur propre vitrine, remplie de chefs-d'œuvre d'or, d'argent, 
d'émaux, mais qui n'éclipsent pas si complètement leurs 
montures en diamants qu"on ne puisse y admirer toute une 
série de bracelets des plus finement exécutés, un collier aux 
découpures savamment dessinées et beaucoup d'autres 




MODES DE f 886. 

Aigrettes, collR-r*, bracelets. 



5io LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE 



pièces : concession si Ton veut au goût moderne, mais qui 
ont plus de mérite a mes yeux que les réminiscences de 
Ci il les 1, égaré du xvn' 1 siècle. Ces derniers objets, reproduc- 
tions de chosesanciennes. 
ne sa 1 1 r a Lent r e m p I a e e r 
les Meurs presque vi- 
vantes, les rubans noués 
comme par la main d'une 
modiste, les colliers et 
bracelets souples comme 
des galons. Mais en lin 
si tout cela ne suffit pas à 
nus confrères, qu'ils nous 
donnent autre chose : ils 
en sont bien capables et 
nous roçevroils aveç plai 
sir le nouveau-né. En 
attendant, je ne nierai pas 
l'effet d'un beau diamant : 
mais s'il n'avait pour lui 
que son éclat, on s'en lati- 
guêraît assez vite. Art et 
effet sont deux choses 
nécessaires en joaillerie, 
une seule ne saurait suf- 
fire, et j'estime davantage 
l'accent décoratif d'une 
simple marguerite piquée 
dans les cheveux que les 
feux aveuglants du plus beau diamant. 

« Souvenons-nous aussi que tous ceux qui sont épris de 
leur art cherchent à le glorifier, les uns en lui rendant tout 
ce qu'il avait pu perdre de ses belles traditions, les autres 
en l'enrichissant d'une expression qu'il n'avait pas, ce qui 
est le plus grand mérite des joailliers modernes. » 

Fidèle aux principes un peu trop absolus qu'il détendait, 




p H N lï E N T J K « D A P H N Ê U ♦ 
i Maison I Ji u v-, iooo.) 




! 



I 



S±2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 



Falixe exposa dans sa vitrine des joyaux de tradition clas- 
sique, la reconsti- 
tution de nœuds en 
forme de papillon, 
d'après Gilles Lé- 
i;aré. des ornements 
de corsages copiés 
sur des tableaux an- 
ciens, et le Sancy, 
suspendu dans un 
collier, tel qu'il est 
représenté dans le 
portrait de Marie 
Leczinska. femme de 
Louis XV. par Van 
Loo ? et que la Reine 
portai t <i dans les 
grandes cérémonies 
où elle était obligée 
de paraître ». 

Lucien Falize 
reçut la croix d'of- 
ficier de la Légion 
d'honneur lors de 
TLx position de 1889, 
Mis hors concours 
comme membre du 
Jury pour la classe 
de l'orfèvrerie, sa 
compétence indiscu- 
table le désigna pour 
être rapporteur; il 
écrivit à cette occa- 

TOUR »R COU, FIGURE VOILÉE. - - i 

sion une étude rc- 

rMaîsoti Fiilize Irères, tBtjçi.) 

m a r q uable, vé ri table 
monument de critique et d'histoire, qu'on ne saurait trop 





CHAINE A FLEUftS Il ' A N C O I- 1 K 

par Lucien \ , 



M4 I A ! > I I O l 1 K U 1 K Ik.WCAISK AT XIX* SIKCLK 



consulter : c'est une œuvre d'érudit, de penseur et d'artiste. 

t rois ans plus tard, à l'expiration de son traité d'asso- 
ciation avec Falize, Germain Bapst se retirait des alla ires 
afin de se consacrer tout spécialement à des travaux litté- 
raires et à des recherches diverses d'archéologie et d'histoire. 

Fali/e resta par conséquent l'unique chef de la maison 
et le continuateur qualifié des anciens joailliers de la COU- 




PS 1 G N li & MAIL RT OP A L Iv S . 

[Maî^otl Fôlîze frferes, Salon de 1902.) 



ronne de France, Lourd fardeau pour les épaules d'un seul ; 
l'orfèvre l'accepta cependant avec vaillance, en songeant à 
ses trois iils qui grandissaient et allaient venir, dans peu 
de temps, s'instruire auprès de lui et le seconder jusqu'au 
jour où ils seraient en mesure de le remplacer a leur tour. 
Mais Falize était très artiste et par conséquent peu fait pour 
les soucis d'affaires: îl n'en continua pas inoins à se vouer 
à la tache ardue qu'il avait assumée; peut-être y laissa-t-il 
une partie de ses forces et de sa santé. 

En dehors de ses travaux, Fali/e donna une grande part 
de son temps et de ses peines à l'Union Centrale des Arts 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



5 1 5 



décoratifs, qif il aimait et qu'il voulait voir pn ispèreet féconde 
comme le South Kensington de Londres. Il avait été de la 
période de transformation et s'était depuis lors consacré a 
l'œuvre de propagande, d'enseignement, de l'Union. L'estime 
et la confiance de ses collègues Pavaient fait entrer très 




PfilG N E GXÏÎ « 

(Maison FaUze frères. Salon de IgciàJ 



vite dans le Conseil. Il s'y occupa activement des expositions 
technologiques réalisées avec tant de succès de 1880 à 1 886, 
et soumit au Conseil, en 1893, le programme d'une Expo- 
sition de la Plante et de ses applications décoratives. Nous 
croyons que l'exécution de ce programme aurait eu une très 
appréciable influence sur les industries d'art, mais ce magni- 
fique projet ne put malheureusement pas être réalisé. 



5i6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AL* XIX' SIÈCLE 



A celle époque, PUnion Centrale fournit à Fali/e le 
thème d'un de ses plus beaux ouvrages : le Hanap, d'ôr et 
d'émail, de la Vigne et des Métiers. « Un gobelet de tète, 
disait le programme, qui sortirait de sa vitrine les soirs de 
grand banquet et que le président lèverait, empli de Cham- 
pagne, à la santé des maî- 
tres de l'art, » 

Falî/e se mit a Fn'Livrc 
avec joie, et produisit un 
vase à boire ciselé, revêtu 
de somptueux émaux de 
basse-taille, dont il avait 
demandé les cartons a 
Luc-Olivier M erson . 
Nous ne pouvons en 
entreprendre ici la des- 
cription qui a été faite 
ailleurs ; disons seulement 
que cette pièce admirable 
résume parfaitement tout 
1 art, un peu rétrospectif 
peut-être, mais toujours 
élégant et distingué, de 
Falize. File figure dans 
le salon du Musée des 
Arts décoratifs consacré 
i> b s ù b n t 1 1 ^svi.niiu h » . aux œuvres conte m po- 

\mm Wfa* km*, i-sk&i raines. Le peintre Merson 

y a introduit un excellent 
portrait de l'orfèvre, représente sous la robe et le bonnet 
de ces vieux maîtres à qui il ressemblait tant par son 
visage d'une souriante gravité, et aussi par son caractère, 
ses idéesel ses goûts. Combien il eut aimé vivre comme eux 
au temps des Médicis. délivré des lourds soucis commer- 
ciaux et préoccupé seulement des belles œuvres à créer! 
La coupe d'or de bUnion Centrale fut exposée au Salon 




LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



5i; 



des Artistes Français, en 1896, en même temps qu'une col- 
lection de trente verreries de Galle, montées par Falize avec 
une ingéniosité et un goût parfaits. Hélas! Lucien Falize 
était à cette époque peu 
éloigné de sa fin. 

Le grand rapproche- 
ment de la France et de 
la Russie lui fournit F oc- 
casion d'exécuter une 
œuvre, qui fut sa der- 
n ière création. M avait fait 
déjà quelques belles or- 
fèvreries officielles dans 
le cours de la précédente 
année : le surtout du 
couronnement de Ni- 
colas II, noble compo- 
sition, ou le Ciel était 
figuré apportant la cou- 
ronne de la Paix à la 
Terre et à la Mer ; puis 
le marteau et la truelle 
qui avaient inauguré le 
pont Alexandre III. à 
Paris ; les vases que la 
Ville avait offerts à l'Im- 
pératrice et la couronne 
que Nicolas II avait dé- 
posée au Panthéon sur 
la tombe de AL Carnot. 

Cette fois, ce fut la palme d'olivier d'or, offerte a la 
Russie, et que le Président Félix Faure emporta en août 1897 
à Saint-Pétersbourg, où se proclama pour la première fois 
devant l'Europe l'alliance avec la nation amie. 

Bien que très las et déjà malade, Falize préparait de 
grands travaux en vue de l'Exposition de 1900; de plus, il 




I* E NDtJNTIf K M A 1 L L É . 

par Lucien ['alizé {iHgb). 



5ï8 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



était désigné pour occuper aux Arts et Métiers la chaire 
d'enseignement d'art industriel qui allait y être instituée. 

La mort arrêta ses derniers élans et ne lui permit pas 
même d'apparaître ù cette place où il eût certainement fait 
œuvre intéressante et utile. 

Lucien Falize, noble figure d'artiste, mourut le 4 sep- 
tembre 1897 sans avoir accompli ce qu'il souhaitait, ce 
qu'on attendait encore de lui, et sans avoir ^oùté le repos 




PLAQUK DE i: G U Kil AI I. ] 5 T J 0 A I L L E RIE. 

(.Maison r;i]ize frères, 190!?.) 



que savourent à la fin de la vie ceux qui voient perpétuer 
parles leurs les traditions auxquelles ils étaient attachés. 

Il sétait complu à donner à ses fils une éducation artis- 
tique très complète, il en avait fait ses élèves; ils étaient 
donc aptes à suivre la voie tracée, ce qu'ils firent d'ailleurs, 
mais, malheureusement, sans que leur père ait eu la joie de 
se voir continuer par eux ! 

L'aîné, André Falize, né en 1872, après avoir terminé 
ses études classiques, fit un apprentissage de deux années 
à Lucerne, chez l'orfèvre Bossard, qui lui enseigna tes diffé- 
rentes spécialités concernant l'orfèvrerie et la bijouterie. 
Entré en 1894 dans la maison paternelle, il y mena de Iront 



LA TROISIÈME R K PUBLIQUE 



l'étude des maîtres anciens, celle de la nature et de ta 
composition d'après la plante. Comme son père, il a le goût 




MODES DE 1887. 

l'rucUcts, boucles, lorgnon, broche, 

des lettres et fait avec succès des conférences relatives à 
sa profession et des études critiques pour les revues d'art. 



5"2fl LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE 



Jean Falize, né en 1874, élève d'Edme Couty pour la 
composition décorative, s'occupa quelque temps de chimie 
industrielle et de recherches d'alliages nouveaux au Comptoir 
de matières précieuses Lyon-Àlemand. 




D 1 A D K M B K N J Û A I L L E & 1 E 1 

(Maison Mdkrio dits Melkr,; 



Pierre Falize, né en 1 *S 7 f> . s'adonna d'abord à lu peinture, 
Elève de l'École des Beaux-Arts, il eut pour professeurs 
Jules Lefebvre et O, Merson ; s'étant pris de passion pour 
l'émail, il Tétudia chez Grandhomme et éniaille lui-même, 
depuis, les pièces qu'il compose. 

À la mort de Lucien Falize, les trois frères s'associèrent 




DIADÈME SOUPLE EN J O A I L 1. K R l E . 

(Maison Mdk'Ho dits Mdler.) 



et se consacrèrent entièrement à l'orfèvrerie cl au bijou. 
Unissant leurs aptitudes spéciales et s'entourant, comme 
avait tait leur père, de collaborateurs choisis, ils ont montré 
parles deux grands prix qu'ils obtinrent a l'Exposition de 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



521 



1900, que la maison Bapst et Falize est en bonnes mains. 
C'est à eux qu'est due Tépée d'or et d'ivoire enlacée d'un 




BIJOUX EN OR C1SELK ET K M A I T. L , GENRE RENAISSANCE 

pur Louis Wièse. 



rameau d'olivier, que le Président Kmile Loubct déposa en 
1902 sur la tombe d'Alexandre III. 

Au cours de notre étude sur Falize. nous avons cité un 



522 LA BJJOUTERÏR FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE 




n&OOHE L K Z A Jl U 

par Paul JRobîn. 



grand nombre de ses collaborateurs ; il ne nous paraît pas 
inutile de donner quelques détails sur quelques-uns de ces 

intéressants artistes. 

Charles Glaehant, ne en 1826^ 
entra en apprentissage en 1842, chez 
Lenglet et Turquet; associé de Cros- 
ville en l86i^ il resta seul en 1867. 
Ce fut un orfèvre remarquable, un 
marteau de premier ordre, colla- 
borateur très apprécié des princi- 
pales maisons d'orfèvrerie, ou son 
talent était requis lorsqu'il s'agissait 
dVeuvrcs artistiques importantes et 
difficiles. Fromeni- M eu ri ce rem- 
ploya beaucoup pour son exposition de 1S67 et pour le 
service qu'il exécuta dans ses ateliers, pour le Sultan, de 
186S à 1869. A la même époque, Glaehant faisait pour 
Mellerio des aiguières, des coupes, des bénitiers, des prix 
de courses, des encriers, etc., et pour Philippe, pour Dupon- 
cheb pour Rouzé-Janin, pour Kray, des pièces d'orfèvrerie 
parfaites. Il collabora, de 1874 
à 1880, à la plupart des pièces 
d'art de Falîze, entre autres aux 
cadres du Prince Je Béarm 
dont nous avons parlé, et à la 
fameuse pendule Uranie, pour 
laquelle le Jury de 1878 lui 
accorda une médaille dOr de 
collaborateur; enlin, de 1872 
à 1889, il lit pour Boucheron 
quantité de pièces remar- 
quables. C/cst Glaehant qui 
exécuta, d'après le modèle du 

sculpteur Sa 1 m son, le cadre offert en 1874, par souscription 
nationale à Thiers, « Libérateur du territoire ». 

l< Glaehant est mort il y a quelques années, 




ISROCUK III» Oi; 

par Paul Robin. 




Hi.ui i:x iiivnHs. 
{Maison Paul Robin. ) 



5i4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Le Sache fut pour Falîze un précieux collaborateur 
bijoutier, dessinateur de goût à l'imagination féconde, 

Georges Le Sache, fils et petit-fils d'artistes peintres et 
graveurs, montra de bonne heure les aptitudes quil tenait 
de ses ascendants. 

Son grand-père était graveur en médailles à la monnaie 
de Paris 1 ; son père, Emile Le Saché, né en 1817, élève du 
Baron Gros, dessinait bien , faisait de jolies aquarelles et 
avait un réel talent de graveur en taille-douce, avec un 
tempérament de véritable artiste. Son aversion pour le 




AGRAFES DE C E [ N 1 1 ; r e: , 
(Maison Paul îîobîn.) 



commerce était telle qu'il ne voulut jamais s'occuper des 
affaires de sa femme, qui était établie au Palais-Royal à 

1. Jean-Jacques Le Saché, né à Caen en 1789, exerçait la profession de 
graveur, lorsqu'il fut incorporé, en 1808, au 22* régiment de chasseurs à cheval. 
Il prit part aux campagnes d'Allemagne en 1S09, d'Espagne de îSm à 1812, 
d'Allemagne en i$%3 et de France en 1814, au cours desquelles il reçut de 
nombreuses blessures : coups de feu, coups de lance, coups de sabre, coups 
de baïonnette, pieds gelés, etc. 11 se lit remarquer dans Jitférents combats et 
fut proposé pour la croix « pour s'être distingué par des traits de courage et 
de bravoure » (voir le Carnet de la Sabreiachc, n° 177, sept. 1907, p. 568), 

Rentré dans la vie civile, J. Le Saché reprit sa profession de graveur* Mais 
en iSio, pendant qu'il était en garnison à Gîtnd, ville faisant alors partie de 
T Empire français, le maire l'avait chargé d'exécuter une médaille comme mo- 
rative d'une exposition de dessin. «. Ce jeune militaire qui embellit ses loisirs 
par la culture des arts, s'est acquitté de cette tache honorable d'une maniéré 
qui ne laisse rien à désirer, dit l Oracle de Bruxelles, quant a l'invention du 
sujet, à l'élégance et au fini de l'exécution. » 



LA TRQI&! Ê M E R É P U BLIQU E 



523 



l'enseigne de la Belle Ferronnièrt\ où elle vendait de menue 
bijouterie. Leur fils, Georges Le Sache, ne en i*Sqo, se desti- 
nait aux Bcau\-Ai ts. Il passa les premières années de son 
adolescence dans les ateliers 
de peinture, entre autres 
dans celui de Bouguereau, 
et ses débuts dans une car- 
rière qui lui plaisait faisaient 
déjà concevoir les plus légi- 
times espérances, quand ses 
parents, désirant pour lui un 
avenir plus assuré que ne 
semblait le promettre l'art 
du peintre a cette époque, 
renvoyèrent en Allemagne 
en tS(")(5. Il entra en qualité 
de dessinateur dans l'im- 
portante maison de bijou- 
terie de Friedman, bien 
connue des producteurs 
français de ce temps, ôù il 
fit ses premières armes dans 
nos industries. 

Revenu d'Allemagne, le 
jeune homme, curieux de 
voir et d'apprendre, passa en 
Angleterre où il utilisa avec 
succès sescon naissances déjà 
sérieuses du dessin, du mo- 
delage et de la composition, 

exerçant la souplesse de son talent dans les branches 1res 
diverses de l'art décoratif. C'est à Londres que vint le sur- 
prendre la déclaration de guerre de 1870. A cette nouvelle. Le 
Sache rentre en France où son patriotisme rappelle et, incor- 
poré au i" bataillon des mobiles delà Seine, fait bravement 
son devoir de soldat, du 9 septembre 1S70 au 7 mars 1871* 




ClUTi: LAINK S N OR CISELE 

par G, ïi« Sache, 



526 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



La guerre est finie, mais fuyant la Commune, Le Saché 
retourna en Angleterre chercher à nouveau du travail que 
Paris ne pouvait lui offrir dans ces moments si profondé- 
ment troublés. 

C'est lors de son retour à Paris, en 1872, qu'il entra 
comme dessinateur chez Lucien Falize, dont il devint le 
collaborateur et Paroi. 

Il y passa cinq années — heureuses, dit Le Saché lui- 
même, — dans Fintîmité 
profitable et laborieuse 
de ce grand artiste, qui 
était aussi le meilleur des 
hommes, s'initia m avec 
lui au métier d'orfèvre- 
joaillier par l'étude des 
plus belles œuvres d'or- 
fèvrerie anciennes et 
modernes. Grâce à cette 
direction affectueuse du 
maître qu'il aimait aussi, 
Le Sache devint lui- 
même, non seulement un 
artiste de goût, mais en- 
par Le sacfoé. corc un savant praticien, 

connaissant à fond la 

technique de nos arts et métiers. 

En 1877, il épousa la fille de Baucheron qui, associé 
avec Guillain 1 , avait alors une des fabriques de bijouterie 
\c> plus réputées de 1 époque, et il entra dans cette maison 
qu'il était destiné à reprendre. 

À partir de ce moment, on ne compte plus les ouvrages 

1. Baucheron et Guillain ont travaillé pour les principales maisons de la 
capitale, entre autres pour Boucheron, C'étaient d'excellents joailliers, qui 
formèrent un grand nombre de bons ouvriers. Louis Baucheron (iSaô-iejoS) 
entra en apprentissage vers 1840, chez Marret et Jarry, et ne tarda pas, sous 
la direction de son père, qui y était chef d'atelier, à devenir très habile. Il s'éia- 
blit en 1SO0 et s'associa à Guillain, qui sortait de la maison Deschamps, C'est 




LA TROISIÈME RKPlïBUniK 



52 7 



remarquables qui sortent de ses mains. Il est Tun des fabri- 
cants favoris des grands bijoutiers parisiens, qui lui deman- 
dent ses meilleures inspirations, ses efforts les plus artis- 
tiques à l'occasion des Exposi- 
tions de Paris, de Chicago, de 
Moscou, ete M et ses œuvres ano- 
nymes, reconnues seulement par 
les personnes du métier, contri- 
buent partout à assurer le juste 
triomphe de nos industries d'art 
sur nos rivaux de l'étranger. 
Aujourd'hui encore, après trente 
années d'établissement, Le Sache 
reste Tun des maîtres les plus 
justement appréciés. Son atelier 
est une école du beau savoir 
technique, au grand avantage des 
nombreux apprentis et ouvriers 
qu'il a formés, et les parures 
somptueuses qui en sortent 
s'adressent encore, par intermé- 
diaires, aux plus hautes person- 
nalités d'Europe et d'Amérique, 
alors que lui-même, volontaire- 
ment , obstinément , veut en 
demeurer ignoré, s'estimant heu- 
reux de sa vie d'artiste, consacrée 
au grand commerce et au profit 
du beau renom français. C'est 

ainsi que s'exprimait Massin à la distribution des prix de 
la Chambre syndicale de la Bijouterie en 1 90 £ - 

Baucheron, qui inventa le système, si employé aujourd'hui, pour le montage 
des boutons d'oreilles « à clous » appliqués sur l'oreille et dans lequel la tige, 
après avoir traversé l'oreille, est introduite au centre d'un petit disque creux, 
où elle est maintenue par un cliquet ou ressort intérieur. 11 prit, en 1868, un 
brevet pour ce système, que son chef d'atelier, nommé Traus, tenta de modi- 
fier pour prendre lui-même un autre brevet. 



m. 

m 



CHATELATNB 
par ht Sache, ciselure de Bratâau. 



i . a hmoi't r: u 1 1 1-: i \< a n c a i sk a i x i \- s i ï;<: i . i: 



Pour reconnaître les rares mérites et l'honorabilité par- 
faite de L'excellent artiste-praticien qu'est M* Georges Le 
Sache, la Chambre syndicale de la Bijouterie et la Société 

d'Encouragement, à la 
suite d'un vote una- 
nime, et voulant « qu* il 
soit lait a chacun selon 
ses œuvres », lui ont 
décerné en séance pu- 
blique, le j-j juillet i 901 , 
la grande plaquette 
d'honneur en vermeil. 
Cette plaquette, dont 
M . I ,e Sache est le pre- 
mier titulaire, est des- 
tinée à rendre un hom- 
mage exceptionnel et 
public, au nom de la 
corporation, à ceux de 
ses membres qui. au 
cours île leur carrière. 
m se seront distingués 
par des cU'ons servant 
la cause du progrès », 
>()'][ par leur mérite 
professionnel, soit au- 
trement. 

Cette distinction, la 
plus haute dont dispose 
la corporation, est la 
plus en v iable q u 1 u n 
confrère puisse souhaiter, puisqu'elle lui est décernée par 
se- pairs. 

M. Georges Ce Sache en est digne en tôtïs points 
Le dessinateur qui succéda à Le Sache chez Kali/.e tut 
Emile Olive (1853-1902. Artiste d'infiniment de goût, d'une 




HROCllË HRIM.ANTS 
ÉllE B A UD E S CABOCHONS 

par G. Le Sâclié. 





34 



53o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



intelligence très vive, il mit pcndanl Ire nie ans sa main et 
son cerveau au service de Part que nous aimons. 

Olive, dès son enfance, témoignait 
pour la géométrie des aptitudes spéciales 
que son père, comptable, était loin d'ap- 
précier, car il le plaça comme employé 
chez un marchand de fromages et de 
légumes secs de la rue de la Verrerie. 
Bien qu'un tel milieu ne semble pas 
propice au développement d'une voca- 
tion artistique, le jeune homme éprou- 
vait un tel besoin de dessiner et avait 
le sens décoratif si développé < qu'il 
trouvait des motifs de décoration fort 
curieux en observant les taches et les 
fissures des vieux murs du magasin, et 
même les moisissures des fromages de 
son patron, ce qui prouve que tout peut 
être un sujet d'inspiration pour un 
artiste bien doué. 

Ces dispositions précoces lui per- 
mirent de devenir plus tard un des 
élèves les plus distingués de l'Ecole des 
Arts décoratifs, dirigée par M. Louvrier 
de Lajollais, qui ratïectionnait tout par- 
ticulièrement et dont il resta l'ami. 

Le commerce alimentaire ne lui 
ayant pas convenu davantage que les 
opérations de banque vers lesquelles 
son père avait voulu le pousser, son 
oncle Larchcvèque, fabricant de joail- 
lerie, le prit dans sa maison, où il resta jusqu'en 1873. A cette 
époque, il entra chez Otterbourg, pour préparer spéciale- 
ment les objets que cette maison destinait à l'Exposition de 
Vienne, et que le goût et l'originalité de ses compositions 
contribuèrent à faire remarquer, si bien que lorsqu'il se 



FACE A MAIN J:N JOAILLERIE 

par G. Le Sudic, 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



présenta chez Falizc pour la place de dessinateur laissée 
vacante par Le Saché, il fut immédiatement agréé. 




Cliché K&ur.liriy*i\ 

L I A N K DE P U V G V ( I 8 C| 2 ) . 



Dans cette maison, ou 1 art tenait une si grande place, 
Olive put donner un libre essor à son talent, qui se développa 



02 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



encore avec les conseils d'un maître tel que Lucien Falize. 
11 prit une part des plus actives à l'exposition si justement 
admirée du célèbre orfèvre, en ifS-N. Pendant les dix ans 
qu'il resta avec lui, il composa un grand nombre d'objets 
Tort intéressants, où toutefois le diamant et les pierres pré- 
eieuses n'occupaient qu'une place secondaire, car ses ten- 
dances personnelles le portaient de préférence vers l'émail 
et la ciselure. Olive quitta la maison Fali/c en 1 885 3 pour 



Olive créa la plupart des modèles qui ont contribué à la 
prospérité de la maison Fonsèque et Olive, tels que les 
broches t< grain de café », en 1 885 . dont récrin, complétant 
le bijou, représentait une balle de café et. en 1889, « le 
raisin », présenté dans une petite caisse de chasselas de 
Fontainebleau, qui eurent une si grande vogue pendant 
plusieurs années. 11 fut également l'initiateur, en 1886, du 
bijou-médaille, dont la Diane de Vernier est le prototype, 
genre si largement exploité depuis et auquel est due en 
grande partie la renaissance de Fart du médailleuren France. 
On lui doit aussi un grand nombre de jolis modèles de joail- 




s'associer avec A F Fonsèque, 
son ami de longue date et 
excellent fabricant joaillier- 
bijoutier ; mais Falize appré- 
ciait à un si haut degré les 
qualités de son ancien colla- 
borateur, qu'il lui lit épouser, 
en 1887, une amie de sa 
famille. 



li H O C II K G R A F N S DE CAFÉ ( J 8 S ? ■ 
BROCHE RAISIN f ï v> 8 9 ) . 

(Maison Fûnsèqtte est Olive.) 



A celte époque, il colla- 
bora à certaines œuvres pré- 
parées par MM- Vever pour 
leur exposition de 1889, en 
particulier à une pendule 
Renaissance, a un missel avec 
émaux de basse-taille, et i\ 
diverses pièces de ciselure. 



53 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE 



lefie : broches, bracelets, colliers, conçus dans une note 
nouvelle et qui furent très apprécies. 

Olive était épris de Tort dans toutes ses manifestations; 




BRACELET AUX CRABES 
par Lefort u888). 

il aimait les livres, les gravures, Les bibelots, qu'il collec- 
tionnait dans la mesure de ses moyens. Il écrivait et causait 
avec esprit, et ses réparties, vives et originales, faisaient 
rechercher sa conversation. Artiste des mieux Joués, confrère 
affable et spirituel, sa mort prématurée provoqua d'una- 
nimes regrets dans la corporation. 

M. Douv-Pascault. aujourd'hui professeur de compo- 
sition à l'Ecole Je dessin de la Chambre syndicale de la 
Bijouterie, est un élève d'Emile Olive. 




BRACELET SOUPLE « ^ANSf-Hli: « 

par Édouard Cacn (1882). 

Un excellent ouvrier, qui devint un fabricant parfait, fut 
Eugène Soulens (1829-1906). Entré en apprentissage à dix 
ans et demi chez Alexis Fali/e. il apprit, dans cet atelier 
réputé et sous la direction de ce maître, tout ce que le 
meilleur bijoutier doit connaître. Dans ce temps-là. l'appren- 
tissage était dur : il ne ressemblait guère a ce qu'il est aujour- 



LA TROISIÈME RKPl'BLin! I 



d'hui : a On avait, nous a raconté Soulens. le pain à discré- 
tion — et l'eau — et deux sous par jour. Nous étions trois 
apprentis chez le père 
Falize ; nous prenions la 
semaine à tour de rôle, 
et ce n'était pas une petite 
affaire que de comman- 
der et de rapporter le 
déjeuner de dix-huit ou- 
vriers, car les repas se 
prenaient alors à l'ate- 
lier. Gare au « clampin s 
qui s'attardait, on lui 
appliquait immédiate- 
ment un sou d'amende 
— la moitié de son sa- 
laire ! — Même les ap- 
prentis étaient astreints 
a nn/e heures de travail 
par jour ; il est vrai qu'ils 
avaient les courses pour 
prendrel'uiretaller juiier 
aux bille-. ; e'etait L'usage 
et personne ne songeait 
à s'en plaindre: même, 
dans certains ateliers, 
les journées étaient en- 
core plus longues, mais 
dans la journée n'était 
pas compris le temps 
nécessaire au nettoyage 
de râtelier et des lampes. 

lampes à huile à cette époque, minutieuses a faire et bien 
malpropres. Mais on était jeune — et Parisien, — c'est- 
à-dire dégourdi et de bonne humeur quand même, et de 
plu- on aimait son métier. 




PENDANT Q E C O ri K N & C I E R BLEUI 
JiT BRILLANTS 

< Maison Arfvidson 



536 LA BIJOUTERIK FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE 



Soulens devint un des bons ouvriers de Fali/,e. chez qui 
il resta jusqu'en 1848, Se trouvant pris du désir de voyager, 
il pensa judicieusement que le meilleur moyen de voit du 
pays a peu de trais était de s'engager dans la marine, ce 
qu'il s'empressa de faire* Mais l'ambition de ses vingt ans 
fut vite déçue ! Kn effet, la Révolution qui éclata a ce 




GltU^PK DE TRETZR FETICHES, AVEC CHAINETTES 



moment maintint le jeune marin à Paris, et. comme il nous 
le répétait encore avec sa honne humeur coutunnere quel- 
ques mois avant sa mort, la seule traversée qu'il ait jamais 
faite est celle de Vincennesù Saint-Cloud. On ne lui ménageait 
pas les plaisanteries à ce sujet, mais il en riait toujours. Le 
corps de marins auquel il appartenait ayant été licencié en 
1849, Soulens voulut reprendre du service dans la bijou- 
terie; mais les ateliers étant désorganisés partout, il dut 
entier dans une fabrique de boutons à armoiries pour tous 




COLLfEIt S ET BHACKLETS 

par Auguste Lion. 

r. Bracelet frisette, 5 rangs (1K75L — 2. Collier guirlandes or vert, marguerites (1886). 
3. Bracelet ballon, croix (i$85fe — 4, Collier {iH-j3\. 
5. Collier palmes (i&83). — 6. Ôracelct (iS*5}. - 7, Bracelet lr*83). 



538 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



pays. Ce genre de travail ne lui plaisait guère, aussi, dès 
que les affaires semblèrent reprendre, retourna-t-il chez 
Kalize. Malheureusement la clientèle manquait d'entrain, 
la pénurie de commandes lit que Ton dut congédier succes- 
sivement tout Je personnel. Soulens partit donc, ainsi que 




BROCHE BRILLANTS ET SAPHIRS 

par Georse* HleJ. 



Rey, le chef d'atelier, homme très intelligent, « véritable 
encyclopédie universelle », disait Soulens, et tous deux 
entrèrent chez J.-P. Robin, maison de premier ordre pont 
la belle bijouterie et la bague. Soulens y resta quatorze ans* 
Il y était souvent chargé d aller à la Bibliothèque Impériale, 
au Cabinet des Antiques, pour y découvrir de q nouveaux » 
modèles ; et il en rapportait en effet des choses inédites ou 
très peu connues* et réussissait parfois a prendre avec de 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



53o 



la cire des empreintes de camées, d intailles et même de 
montures. 

En [864, Soulcns quitta Robin pour s'établir. Il reprit, rue 
du Temple, 79. la maison de Gralf, ancien chef d'atelier Je 
Duplessis qui faisait, comme Robin, du beau bijou d'or et 
aussi des bracelets jonc et demi-jonc, bien soignés, pour les- 




D 1 A D K M K J »> A ! L L E H t 1 5 K T NiRltS 

par E Llvii> { i ^v,>. 



quels il fallait des mains habiles, car, à cette époque, on ne 
se servait pas encore d'outillage. 

Les affaires de Soulens prospérèrent rapidement puis- 
qu'il occupa jusqu'à dix-huit ouvriers. Fournisseur des 
principaux magasins du Palais-Royal, de la rue de la Paix et 
des grands boulevards, il chercha à se rapprocher de sa 
clientèle et se transporta, en 1 866. rue Yivienne, 7, à côté 
de la Bibliothèque; mais, dix-sept ans plus tard, lorsque 
furent décidés l'agrandissement et l'isolement de ce grand 
établissement national, il lut exproprié, le voisinage d'un 



54© LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 



atelier de bijouterie semblant constituer un danger perma- 
nent d'incendie. 

Soulens s'installa alors 26, avenue de TOpéra, où il 
resta dix ans; il se transporta ensuite rue d'Antin, 1 4^ qu'il 
quitta en 1894, époque à laquelle il se retira définitivement 
des affaires. 

Élève de Fali/e père et de Paul Robin père, Soulens 




D 1 A D K M K RUUANS E N J O A I L L li R l tt 

par Edmond Lccas. 



avait bien profité des leçons et des conseils de ces deu\ 
maîtres, car il lut un fabricant de valeur et de goût, dont 
les œuvres de bijouterie et de joaillerie lurent toujours 
irréprochables. Il avait la passion de son métier, si for t que, 
devenu rentier, il fît installer chez lui un petit établi à une 
place, qu'il garnit de tous les outils et accessoires dont il 
s'était servi pendant de si longues années : limes, pinces, 
bouterolles, marteaux, etc. Il fallait voir avec quel m, in 
méticuleux cet alerte vieillard entretenait dan* un état de 
propreté reluisante les Jidcles instrument* de travail de toute 




JJ 0 d i; S DE I £> f) 2 . 

Aigrettes, colliers, bracelets. 



542 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



sa vie, et comme il aimait à s'en servir encore souvent, 
uniquement pour le plaisir de les manier. 

Nous avons encore à parler d'un grand nombre de nos 
confrères contemporains, tous intéressants à des titres divers. 
11 est très difficile de trouver un classement qui donne toute 
satisfaction. Celui que nous adoptons iV implique aucune 
préoccupation de supériorité ou de préférence; nous nous 




D I A l> ii M K I N J O A J L L B B I li 

par K* Lccas ;ibs<>}. — Largeur : uSi miJlim. 



sommes simplement efforcé de conserver, dans la présenta- 
tion des gravures, l'ordre chronologique, autant du moins 
que cela nous était possible. 

Une des maisons auxquelles on s'adrc>saii pour les bijoux 
distingués fut la maison Jacta. fondée par Kugcne Jacla 
(i 8 i5-i8g3). Fils d'un avocat champenois \ mort subitement 
en laissant quatorze enfants. Jacta, qui était le plus jeune, 
fit son apprentissage chez Crouzet père, le fabricant bijoutier 

i. Le grand-père était vigneron aux environs d'Épernay, 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



543 



réputé dont nous avons déjà parlé. Vers 1 834, désireux de 
se perfectionner, il partit à pied, sac au dos, suivant l'usage 
d'alors, et travailla en Allemagne, en Italie, et surtout en 
Suisse, à Genève, qui était un centre important de fabri- 
cation. 

Revenu en France en 1 8.36, il passa quelque temps chez 




BAGUES « M U D E k N STYLE » i£ N J O A 1 t, t. E l< I Ji . 
iMiiis^J] l Gentil id, à I^OO.} 



Jacquet, fabricant bijoutier perc du peintre actuel Gustave 
Jacquet), qui, l'ayant pris en grande amitié et lui ayant 
reconnu des aptitudes spéciales pour la vente, lui conseilla 
d'abandonner l'atelier où il ne pouvait avoir qu'un avenir 
limité. C'est ainsi qu'il le lit entrer comme commis chez Le 
Cointe', joaillier de la famille d'Orléans; Kugène Jacta ne 
quitta cette honorable maison que sur les instances très vives 

1. Voir tome t er , p. 3jû et 3n, * 



5 4 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SLÈCLE 



de Janissct 1 qui lui offrait, indépendamment de certains 
avantages matériels, la place de premier employé. Le Cointe 
Tayant engagé à accepter d'aussi belles conditions, Jacta 
resta chez Janisset comme directeur gérant jusqu'en 1846. 

A cette époque, très encouragé parla haute société pro- 
testante, il s'établit en appartement, boulevard des Italiens, 
au n° 17 (devenu aujourd'hui le n M l>5), et épousa M He Achard, 
tille et petite-fille de négociants en diamants. Ayant pris, 
en 1848, un petit magasin rue de la Paix, 17, il dut l'échanger 




IM » M II K S DE CANNES CISELEES E I É M A I L L É E S . 

(Maison G. .lacta.) 



en 1-862 pour un plus grand, dans la même maison. C'esl 
que. depuis ses débuts très modestes. ^>a maison avait pros- 
péré graduellement ; déjà, en iS55. il avait participé à l'Expo- 
sition du Palais de l'Industrie, où il est signalé pour « un 
diadème d'étoiles en brillants avec résille », (jràce à la 
recommandation du Comte de Nieuw erkerke. il était devenu 
fournisseur de la Princesse Mathilde, puis de l'Impératrice 
Eugénie et de l'Impératrice de Russie. Des personnalités 
influentes s'étaient intéressées à lui, entre autres l'émincnt 
avocat Berryer, ancien collègue et ami de son père, et le 
1. Voir tome I er , p. 2y5 et suiv. 



AGRAFES DE MANTEAU EN ARGENT CISELE 

par Erhart (1899). — Réduction d un tiers. 



35 



5 4 6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX 6 SIÈCLE 



marquis H. de la Rochejacqueleiïi, qui avait gardé un sou- 
venir reconnaissant des services rendus à >>a famille pendant 
la grande Révolution par l'avocat Louis Jacta. 

Eugène Jacta avait de jolis modèles dont il était ires 
jaloux. Connaissant sa grande susceptibilité sur ce point, les 
ouvriers du quartier et même certains fabricants se taisaient 
un malin plaisir, pour le taquiner, de s'arrêter ostensible- 



En 1862, Jacta exposa à Londres et y obtint une récom- 
pensé pour sa joaillerie el pour des bijoux de genre étrusque 
à filigrane J'or\ alors tout nouveaux* La fortune semblait 
lui sourire, lorsque divers événements fâcheux vinrent le 
surprendre, notamment la mort imprévue, en 1867, de son 
protecteur, le marquis de la Rochejacquelein, Il dut céder 
sa maison Tannée suivante à Léon Bassot, auquel succéda à 
son tour M* Edgar Morgan en 1886. (I /aménagement intérieur 
du magasin est resté tel que Jacta l'avait installé en 1862.) 



PETITE T R 0 U S is i; DE DAME 




(Maison G, Jacta.] 



ment, ù l'heure du 
déjeuner > devant la 
devanture de son ma- 
gasin, rue de la Paix, 
Jacta, qui faisait sen- 
tinelle, mobilisait aus- 
sitôt ses employés et 
tous, m un isde grandes 
feuilles de papier de 
soie préparées à 
l'avance, se précipi- 
taient pour cacher 
l'étalage aux indis- 
crets, dont la joie ne 
connaissait plus de 
bornes lorsqu'ils 
étaient parvenus a lui 
taire recommencer ce 
manège plusieurs fois 
de suite. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



547 



Jacta termina sâ carrière commerciale en appartement, 
rue Basse-du-Rempart. 26, non sans sans avoir rempli son 
devoir de Français 
en 1 870 , s'enga- 
geant, malgré ses 
55 ans, dans l'artil- 
lerie volontaire. Il 
suivait e n c e 1 a 
l'exemple de son 
père qui, bien que 
r o y a 1 i s t e e o n - 
vaincu, avait pris 
part, comme soldat 
de la République, 
à la bataille de Jcm- 
mapes, en 1792. Eu- 
gène Jacta, envoyé 
au fort de la B riche, 
se comporta brave- 
ment sous le feu 
de Fenne mi et fut 
blesse à la jambe. 

Son fils, Georges 
Jacta, né en 1848, 
fut mis en appren- 
tissage à 1 5 ans, chez 
Lepage. rue Mon- 
conseil, qui fabri- 
quait le bijou et la 
j( taillerie d'or. 1 1 en 
& n tit en 1 $68 pour 

entrer dans la maison paternelle. Pendant la guerre de 1870, 
il prit part, comme garde mobile, aux opérations du siège 
de Pari-, a--i.-ti.inl aux combats de Chutillon, du plateau 
d'Àvrom de Montietout. du Bourgct, ou il fut blessé à la 
main et proposé pour la médaille militaire. 




NECESSAIRE I> K D A M I! . M N OR CISELÉ) 
GRAVI-; ET É M A I L L É , 



548 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE 



Apres la guerre, il partit pour Londres, et y séjourna 
quatre ans; Il acquit de nouvelles connaissances profession- 
nelles^ tant chez un bijoutier italien très habile, nommé 
Rinzij que par la fréquentation assidue de l'atelier de 
Al. Prégnot, dessinateur français pour ameublement, très 
apprécié, et aussi par ses visites au Kensington Muséum, où il 
dessinait, le soir, en compagnie de Galland* lui 1873, G. .lac ta 
revint a Paris pour être chef d'atelier chez Auguste Lefebvre, 




Û T U l a £ I C A R H î TE S EN OR C L s H i. É , 1. 1< a v j': KT à M A 1 L L & 
iM,iibon G. taçtfl ) 

rue du Grand-Chantier, qui fabriquait surtout de la joail- 
lerie pour 1 exportation ; enfin, il entra comme dessinateur 
cl employé chez Gabriel Jarry ainé, dont il reprit la maison 
en 187g. Il continua le genre de cette maison, qui exécutait 
de la belle bijouterie d'or : boucles de ceinture, châtelaines, 
trousses, étuis, miroirs de poche, face à main, pommeaux 
de cannes, etc. I n peu plus tard, vers 1 89 1 ? il fit des bijoux 
importants, entre autres des colliers et des collerettes, tissées 
en dentelles de til d'or avec applications de joaillerie: mais 
le grand travail que nécessitait leur exécution n'était pas en 
proportion avec le résultat obtenu, Venu en 1887 rue du 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



Quatre-Septembrc, puis en 1 899 rue des Pyramides, Georges 
Jacta perfectionna continuellement sa fabrication de petite 
orfèvrerie d'or et de bijouterie de fantaisie, qui a un cachet 
de distinction et de fini très apprécie. 

Il n'est peut-être pas inutile de dire ici quelques mots 
sur la maison de Jarry aine Gabriel}. lequel n'avait aucun 




L> 1 A D K M E . 

(Maison Paul Hamclin ) 



lien de parenté avec son homonyme, associé de Marreî. 
Cette maison avait été fondée en 1826 par Monthiers. fabri- 
cant de pommeaux de cannes, de tabatières, de lorgnons 
et autres objets cToptiquç, exécutés principalement en 
argent et dans le genre assez ordinaire répandu à cette 
époque. Vers 1846. Monthiers la céda à Galle qui, pris de 
peur au moment de la Révolution de 1848, la vendit à 
Gabriel Jarry et s'adonna à l'agriculture, 

Jarry aîné était alors premier commis chez Caillot et 



55t) LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



connaissait bien « la place ». Secondé par un contre-maître 
capable, nommé Devitte, il éleva le niveau de fabrication 
delà maison, entrant même en concurrence avec Froment- 
Meurice. 11 lit, à l'occasion de l'Exposition de 1 855, un 
grand effort qui lui valut une médaille d'argent, ce qui 
était très beau pour un début, et lui acquit une certaine 
notoriété. Le rapport officie] signale : « un guéridon en 
argent, avec dessus de mosaïque en lapis, pièce composée 

de trois enfants à mi-corps, soute- 
nant un cornet d'abondance. Char- 
mant aspect ; ciselure et main- 
d'œuvre d'une grande perfection, 
bandeau en double d'or, d'une 
admirable pureté de lignes. Un 
porte-cigares très ingénieux. » 

A l'Exposition de Londres, en 
1862, il obtint de nouveaux succès 
et quelques grosses commandes 
d'orfèvrerie d'or pour l'Orient Mais 
Jarry ne s'en tint pas à l'orfèvrerie 
artistique, il apporta tous ses soins 
à la petite orfèvrerie d'or : bon- 
bonnières, flacons, étuis, glaces à 
main, pommes de cannes et d'om- 
brelles, dont il fournissait les prin- 
cipales maisons de Paris, entre autres Verdict", boulevard 
de la Madeleine, et Laurent, au Palais-Royal. Nous venons 
de voir comment la maison Jarry aîné passa aux mains de 
Georges Jacta. 

Un excellent fabricant que nous ne saurions oublier est 
Louis Desbazeille. En 1872, associé avec Derouen, 27, rue 
des Petits-Champs, il s'était adjoint la maison Bourgeois, 
fondée en 1860: puis, en 1877. il la laissa à Derouen, qui la 
conserva jusque vers 1889 et en fonda de son côté une 
distincte, rue Monsigny, 6. 




LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



55i 



\a\ maison Desbazeille adopta trois genres succe>sifs de 




C E r A I N K S D'il OMJISS DITES « RKGKNCB ». 

{Maison G, I teshnadllu.) 



à 1889, les bijoux divers; a partir de 1889. les bijoux avec 
médailles et ceux obtenus par la frappe, comme les médailles. 
Après la guerre, sa spécialité était le bijou d'homme 



3b2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE 



avec camées, întailles et sardoines unies : boutons de 
manchettes, médaillons et cachets tournants, bagues, [épin- 
gles de cravate, etc. Dans ces bijoux, généralement en or 
rouge poli, les pierres étaient retenues par des griffes ou 
par des sertissures en or ou en platine* En 1880, elle monta 
des grenats gravés en bas-relief sur fond çhevé, c'est-a-dirc 
creusé en forme de cuvette. M. Vaudet, lapidaire, graveur 
sur pierres fines, avait un tour de main spécial pour ce 
genre de travail. 

A la même époque, elle fit des bagues ù tète cintrée, 
dont la pierre - - sardoine unie ou intaille — suivait la 




h \ g 1; es d'iiomui ■;•>, 
(Maison G. Desba;:eil]e.) 



courbure du doigt au lieu d'être plate, puis d'autres bagues 
dont la tête, montée sur pivots, permettait d'obtenir a 
volonté des empreintes de Tune ou l'autre des gravures creu- 
sées sur les deux faces de la pierre. 

En 1881 3 Louis Desbazeillc prit comme associé son fils 
Germain, alors âgé de 29 ans. et tous deux, sans cesse à 
la recherche de l'inédit, créèrent un genre de bijoux 
d'homme (boutons, médaillons, épingles), dans lesquels les 
sardoines gravées ou unies étaient serties avec des grilles 
massives d'or rouge, incrustées dans la pierre, puis lapidée-, 
de manière à supprimer toute saillie de métal, l'or et la 
pierre étant au même niveau. 

Plus tard, Desba/eille employa pour des bijoux de 
dames (bracelets et boulons d'oreilles*, des grilles de même 





BIJOUX DIVERS, 

(Maison G, Desbazeilli:.) 



554 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



genre , mais en argent incrusté dans des grenats cabochons 
et serties de roses. 

Vers le milieu de 1882, on vit paraître à Paris une pierre 
nouvelle, dénommée œil-de-chat du Cap, puis œil-de-iigre. 
Cette pierre, que les minéralogistes appellent crocydolite, est 

une sorte de bois pétrifié à cha- 
toiements jaune brun. D'abord 
présentée par petites quantités, 
elle se vendait au carat et assez 
cher; puis, brusquement répan- 
due à profusion, elle descendit 
à des prix très minimes, ce qui 
permit de la substituer à la 
sardoine. Peu après, apparut 
une variété de cette pierre, dont 
les reflets étaient bleus ou ver ts 
et quelquefois mélangés de vert 
et de jaune. 

De 1882 à 1 885, Dcsbazcille 
et fils exécutèrent une série de 
bijoux d'émail translucide d'un 
joli effet. Repercés dans une 
lame de plané à'<n\ ils repré- 
sentaient généralement des or- 
nements empruntés a f art arabe 
ou persan, ou tirés d'écrans 

PENDENTIF DRt'IDSSSK 

par je hescomp*. japonais. Ce furent d'abord des 

cpinglcsdccoiffure,des liseuses, 
puis des épingles de chapeau dans lesquelles l'émail accom- 
pagnait parfois nn cabochon de « pierre de lune » (variété 
d\>rthose) entouré de roses. 

Louis Desbazeille se retira en 1886; son fils continua 
quelque temps encore à employer le camée dans ses bijoux, 
mais, pour le rajeunir, il le lit repercer à jour. Ce fut le 
dernier effort tenté pour maintenir au camée une vogue 
qui allait décroissant depuis plusieurs années. 




LA TROISIÈME REPUBLIQUE 



555 



A partir de ce moment, Desbazeille s'adonna avec ardeur 
et succès an bi jou-médaille et aux objets fabriqués en utili- 
sant le tour à réduire dont nous parlerons plus loin, exécu- 




B A G U K S i; N OU CISELÉ POUR HO M MES. 



tant ainsi des broches et de charmants boutons de manchettes 
de modèles très variés et d'une grande linesse d'exécution, 
soit tout en or de patines diverses, soit rehaussés d'émail. 
Il fit aussi d heureux essais dans la joaillerie ; par exemple, 
certaines épingles de coilTure en écaille, ou encore ces bou- 



556 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX» SIÈCLE 



quets de violettes naturelles (ou artificielles) dans lesquels 
étaient mélangées fort agréablement des violettes en diamants, 
et qui plurent beaucoup* 

Nous venons de signaler la défaveur croissante où se trou- 




&R(iCTlK [>|ANK BHOCHK PARISIENNE BROCH K PRINTEMPS 

pyr Vcrnicr llSSlï); par Jules Chérct. par Wriiicr. 



vèreni le camée et les intailles vers 1880. Beaucoup de fabri- 
cants en éprouvèrent un préjudice considérable et durent 
chercher à les remplacer. C'est alors qu'ils songèrent aux 
médailles antiques, grecques ou romaines, sortes de camées 
admirables, dont la chaude couleur d'or fin devait rcm- 




B R 0 C H E I1ROCHE RONCE H R O C M E 

par Victor MrouvO. par hampl et If i vau d par Victor Prouve 1 1 ^^i. 



placer avantageusement l'aspect un peu froid de la pierre 
dure. Ils utilisèrent aussi les monnaies d'or françaises allant 
depuis Charles Y jusqu'à Louis XY1. Non seulement il était 
assez facile de s'en procurer de bons exemplaires chez les 
antiquaires, mais on pouvait faire frapper les plus récentes par 
la Monnaie de Paris, qui en possédait encore les coins. Puis, 



LA TROIStÈMK RÉPUBLIQUE 



35 7 



l'ancien lit place au moderne, et cette évolution naturelle 
amena pour les graveurs en médailles une ère 
particulièrement prospère et des commandes 
importantes auxquelles ils n'étaient guère habi- 
tués. 

En même temps, le perfectionnement du 
tour à réduire permit d'obtenir des résultats 
bien supérieurs, au moins comme finesse 
sinon comme stvle, à ceux donnés par la 
matrice gravée directement à la main. Dès lors, 
tout artiste sachant modeler put composer et 
établir des médailles sans avoir besoin d'un 
apprentissage spécial. En iSSb. Fonsèque et 
Olive axaient demandé a Yernier un modèle 
de « Diane » qui n'obtint d'abord aucun succès; 
mais on y revint un peu plus lard et ce fut là 
le point de départ des innombrables bijoux 
avec médailles dont la mode s'affirma ensuite 
et dura longtemps. Cette vogue était du reste 
justifiée, car ce genre permettait de donner au 
public une véritable œuvre d'art pour un prix 
peu élevé. Les mêmes bijoutiers éditèrent en- 
core d'autres modèles très réussis et s'adres- 
sèrent aussi à Jules Chéret; il traduisit dans 
le métal les plus fantaisistes et les plus « pari- 
siennes » de ses compositions, qui sous la forme 
d'affiches multicolores et éclatantes, métamor- 
phosaient, illuminaient alors tous les murs de 
la capitale* 

G. Desbazeille, qui avait été un des pre- 
miers a entrer dans cette voie nouvelle, avait 
commandé en 1889 à Vernier une médaille 
« Cléopâtre », puis les modèles des c< Quatre 
Saisons », des « Arts », des « Femmes aux 
fleurs», du « Saint Georges», etc. A partir de i8q5, Des- 
bazeille demanda à Rotv diverses plaquettes et médailles à 



558 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



sujets religieux : la Vierge, l'Ange Gardien, etc.. suivis un 
peu plus tard de sujets profanes : la Vestale, l'aune et 




LES Q 11 A T li K A R T S . 

Composition de Vvrnicr. (Maison G, DesbazfillïM 

Nymphe, etc. D'ailleurs, Rotv auquel sadi ressaient plu- 
sieurs fabricants, se servait depuis longtemps du procédé 
delà réduction et exécuta ainsi, a l'occasion de l'Exposition 
de i88() destinée à fêter le centième anniversaire de la 
Révolution Française, un bijou, un bracelet dit du Cente- 
naire, que Charles Rivaud édita, comme il édita dans de 
charmantes montures de sa composition, des médailles de 
Dampt, la broche du ce Souvenir » de Victor Prouve et 
bien d'autres. Charles Rivaud est du reste un artiste, doublé 
d'un artisan, dont les productions sont pleines de recherche 
et d'originalité. 




LA NUIT (ï*<j<j). f*A L L I A (Jttl)7). L T AMOLJi iS^S). 

Médaille* par Vtefiiôn. [J. Diival, è4it»ar«-] 

Dès iSgï, Duval et Le Turcq, tous deux élèves de 
l'École des Arts décoratifs où ils s'étaient liés, et qui 



LÀ TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



55 g 



s'étaient établis bijoutiers en iS85, firent 
une médaille qu'ils intitulèrent « la Vierge 
des Catacombes », Cette médaille, très 
épaisse, contrastait absolument avec celles 
très minces que fabriquaient alors les spé- 
cialistes des médailles religieuses ; elle 
obtint un succès complet, et fut vendue en 
quantité énorme en France et à l'étranger. 
Duval et Le Turcq, bons dessinateurs, et 
ayant du goût, s'étaient donné pour pro- 
gramme de créer du nouveau. Ils le réali- 
sèrent en fabricant un nombre considérable 
de bijoux d'une exécution très soignée. 
Sans les rappeler en détail, nous citerons 
seulement, comme se rattachant au genre 
médaille dont nous parlons, un bracelet 
« Gaulois », obtenu par l'estampage, qu ils 
tirent en 1890, et dont nous donnons la 
reproduction. Des orchidées et des papil- 
lons, avec des émaux mats et des émaux 
sur paillons, eurent beaucoup de succès 
vers 188g. 

Les deux associés se séparèrent en 1894 
et continuèrent chacun à produire de jolies 
choses, A l'occasion de la millième repré- 
sentation du Faust de Gûïioo.d, à l'Opéra, 
en 1895, Le Tureq eut l'idée de faire, avec 
la collaboration de Vernier, un bracelet 
(( Faust » j obtenu par la f rappe et qui 
reproduit les ligures de Marguerite, de 
Faust, de Méphistophélès et de Valentin. 

Georges Le Turcq (1 85g) exécuta aussi, 
vers 1900, de belle joaillerie et des bijoux 
avec émaux très intéressants. De son côté, 
Julien Duval fi856), s'étant adressé à son 
camarade Vernon (de son vrai nom Frédéric 



-a 



Mi 





56o (.A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 

> 



de Yernon, 1 858)^ qu'il avait connu à l'école des Arts déco- 
ratifs, lui demanda une série de médailles admirables dont 




DK^ KLÛPPI^ MENT AGRANDI DU D K DE LA KKINE W I [.H K L M I N E , 

Composai on in K. Vernon • 1900 . (Maison .1. huvaL) 



nous rappellerons les principales : la « Sainte Cécile », en 
i S 96 : la d Gallia en 1S97 ; « l'Amour », la « Vierge », en 
1 ÎStjfS : le « Jour «, la « Nuit », «. l'Aurore », le « Crépus- 
cule », en ï 899 et en 1900, le fameux dé que le Président 




D L D E LA H Û 1 N E W J L El K LSI Ifl K • 

Composition de E* V r ërnon (r,gou}« (Maison J. Duval.) 



Kriïger offrit, dit-on, à la jeune Heine Wilhelmine, lors de 
son mariage. Ce dé. qui représente de charmantes coutu- 
rières parisiennes gracieusement groupées, n'avait jamais 
eu d'analogue, aussi son succès fut-il encore plus grand que 



a h g c i e i; s ls joaillbrik: i-amehs kt attributs louis xvi, 



36 



562 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 




LA V I 1£ Jt G të 
DES CATACOMliKS 

par Julien Duvul (1891). 
(Maison ^^Ll^i^^ et Le Tu ru]. 



celui des autres «ouvres que Vernon continuait de faire pour 
Du val. 

Avant de terminer ces lignes consacrées à remploi des 
médailles dans le bijou, citons encore 
une « Parisienne», que Foisil exécuta 
en 1 899 pour NL Ë. Mari incourt et 
dont la vogue très accentuée s'adressa 
beaucoup moins à la médaille elle- 
même, cependant jolie, qu'à l'idée 
qu'avait eue le fabricant de sertir en 
roses le collier de cette Parisienne, 
ainsi que les fleurs de sa coiffure. 
Pour une certaine clientèle, cette 
addition de diamants faisait préférer 
ce modèle et les autres similaires qu'on 
fit depuis, à des productions d'un 
mérite artistique parfois supérieur. 
L'examen des œuvres des différents maîtres graveurs en 
médailles n'entre pas dans le cadre de notre travail; nom- 
breux turent ceux qui fournirent 
aux bijoutiers des créations très jus- 
tement appréciées des amateurs : 
nous nous bornerons à ajouter aux 
noms que nous avons cités, ceux de 
Legastelois, de Yencesse, de Rivet, 
de loindy : enfin, celui de Louis 
P>ottée, artiste de grande valeur, 
qui a composé des pièces d'orfè- 
vrerie et des objets remarquables, 
sans parler de nombreuses et inté- 
ressantes plaquettes et médailles, 
en particulier celles de « Bellone » 

et «Cvbèle», qu'il exécuta au commencement de 1891 pour 
Vever, 

C'est par une pente toute naturelle qu'on fut conduit à 
utiliser le tour à réduire, non plus seulement pour fabriquer 




BROCHE 
A VKC B À $- R E L 1 E F b 1 1 V 0 1 R lî 
par Vernon, 



LA TROISIEME RÉPUBLIQUE 



563 



des médailles nu des plaquettes, niais même pour exécuter 
des bijoux entiers, aux contours mouve- 
mentés et aux reliefs assez accentués parfois 
pour nécessiter une retouche de ciselure. 

Il s'est toujours fait d'excellente bijou- 
terie dans l'importante maison dirigée par 
MM. Bottentuit et Plisson de [872 à 18S6, 
puis par M, Plisson seul jusqu'en 1898: à 
cette date, celui-ci s'adjoignit M. Hartz. son 
collaborateur depuis de longues années, et 
qui devenait son associé lorsque, en 1004. la 
mort emporta M. Plisson, après 32 années 
bien employées à la recherche de la nou- 
veauté et au souci d'une fabrication irrépro- 
chable. 

Le nombre des jolis bijoux et des mo- 
dèles à succès exécutés dans cet atelier 
réputé est considérable. M. Hartz en fut 
presque toujours le créateur ou l'inspirateur 
ingénieux. Tous les genres furent traités 
avec une égale réussite : ciselure, émail, 
petite joaillerie, etc. C'est de là que sortirent 
pour la première fois les chimères en or 
ciselé, si froidement accueillies au début 
de leur apparition et qui par la suite 
firent véritablement fureur. Le succès fut 
également complet pour ces animaux en 
ronde bosse , entièrement pavés de dia- 
mants 1 , que rehaussaient des lignes de 
rubis, de saphirs ou d'olivines : lapins, chats, 
lézards, tortues, crabes, insectes de toutes 
sortes, ainsi que pour les charmantes 
petites corbeilles fleuries et tant d'autres 
jolies tantaisies d'un goût bien parisien 
que M, Hartz continue à exécuter avec un goût parlait. 



m 





V, 4 LA niJOï'TKRIK FRANÇAISE A IJ XIX e SIÈCLE 



La maison Fontana est une des plus connues de Paris. 
Elle fut fondée par Thomas Fontana (i8i3-i86i) qui, venu 
de Suisse, avait débuté très modestement galerie Beaujolais 
au Palais-Royal en 1840 et dut, en raison de la prospérité 




H iî 0 C ! I IL S A N I M A U X li N J O A ILL ]•: H I I : H T I' I K H B I- S [) K <; U l L K U R S , 

Chats, lnpins + lorlues, grenouilles, Cfttbcs, lé^Lird, lK ( 
(Maison Plisson m\ H art 2») 



de ses affaires, agrandir successivement SCS magasins d'un 
nombre croissant d' « arcades » : il finit même par acquérir 
plus tard l'immeuble dans lequel il était installé, 

A la mort de Thomas Fontana. son (ils aîné t Charles 
11849; étant trop jeune pour pouvoir lui succéder, ce furent 
j. Henri lontana, le second tîls de Thomas, est notaire à Paris. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



.V,5 



MM. Joseph Kontana, son neveu, Alexandre Templier, son 




CIUINKS u H il f, i: s C K » - 

•M ii i sun ! 'lit-son c-t Hurtz.) 



neveu par alliance, et ses autres héritiers qui, sous la raison 
sociale T. Kontana et C ic , assurèrent la bonne marche de 



566 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



la maison. Charles Fontana y entra en 1867 et en prit la 
direction en 1 871 ; il conserva toutefois comme associés les 
anciens collaborateurs de son père. 

Lorsque le Palais-Royal eût perdu complètement la 
laveur du public. Charles Fontana, suivant l'exemple de la 
plupart de ses confrères, se résigna à l'abandonner et. en 
1896, s'installa rue Royale dans un spacieux emplacement 
où il continue, en association avec son neveu André Baudrier 
et son cousin Jules Templier, à soutenir le renom de son 
importante maison. 

Les Fontand ont toujours été réputés pour leur joaillerie 




DKO C H E£ S CHIMÈRES EN U R CISELÉ. 

(Maison Plisson et Hartz.) 



classique et riche: ils ont une grosse clientèle dans la bour- 
geoisie parisienne. 

Nous venons de dire qu'au décès de Thomas Fontana 
sa maison avait été en partie dirigée par un de ses neveux, 
Joseph : son oncle l'avait fait venir à Paris en [855 pour lui 
taire compléter ses études, puis l'avait pris avec lui comme 
collaborateur. Devenu associé des héritiers en 1861. Joseph 
Fontana 1 1840-1897) conserva cette situation dans la société 
Ch. Fontana et 0\ formée en 1871. A l'expiration de cette 
société^ en 1881. il partit et fonda en 1882 une nouvelle 
maison avec sôn frère Giâcomo Fontana (1847-1899) qui. 
après avoir été plusieurs années employé dans la maison 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



56; 



Charles Fontana et C ie , s'était établi en 1877, galerie de 
Valois, au Palais-Royal. Sous la raison sociale Fontana 
frères, ils restèrent au Palais-Royal jusque vers la lin de 
lîScp. époque à laquelle ils transférèrent leur maison, 7. rue 
de la Paix, où M. Pierre Fontana (1870L fils de Joseph, leur 
a succédé. 




U _ ' ____ 

ORNEMENT DE C O R 5 A (; K . 

(Maison Fontana frères, iqooj 

Joseph Fontana était depuis membre honoraire 

du Conseil de la Chambre Syndicale dont il a lait partie 
pendant de longues années et où il s'était acquis l'estime et 
la sympathie de tous ses collègues. 

Le nom de Linzelef est estimé depuis longtemps dans la 
corporation et, coïncidence curieuse, il se trouva trois frères 
exerçant la même profession. Nous trouvons le premier ainsi 



568 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



désigné dans l'A{ur de 1 833 : « Linzeler aîné, rue Sainte 
Honoré, 3g6, orfèvre-jpainîer-bijoutier, tient le change des 




Cliché Reutlingtf. 

L A itELLE OTKRO PARÉE D 13 SES BIJOUX. 



monnaies » ; le second. Charles Linzeler, rue de rAnciennc- 
Comédie, 5, « joaillier-bijoutier, tient la curiosité » ; enfin, 
le troisième, Eugène Linzeler père, avait fondé en 1840, avec 
Laurent, rue C<.K]-Héron. n" <), une fabrîc|iic de « hijoutier- 
garnisseur » (flacons, nécessaires, etc.). 




DEVANT D E CORSAGE 



EN JOAILLERIE, DE LA H E L L E OTERO, 

Hauteur : 2 3 cent. 



5 7 o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XÏX* SIÈCLE 



Eugène Linzeler père (1808- 1888) était un graveur-cise- 
leur, avant ira\ aillé anicncu renient chez Joseph LegranJ. 
Il était en relations d'affaires suivies avec un bijoutier nommé 
Chabrolli qui avait une petite boutique, boulevard de la 
Madeleine, n. Ce dernier n'ayant pas réussi* Eugène Lin- 
zeler, pour rentrer dans l'argent qui lui était dû, reprit, 
en 1845. la boutique de son débiteur et y transporta sa 
maison: il ne tarda pas à lui donner plus d'importance en y 
adjoignant aussi la bijouterie et la joaillerie. Eugène Linzeler 




B U 0 U , t M E B A U D B S L T BRILLANTS DR LA B H L L E O T £ Il O . 

Lârgùîjr : 27 cenl, 

père avait épousé la fille d'un M. Laurent, qui n'avait aucun 
lien de parenté avec son ex-associé* et qui tenait un magasin 
de cannes et parapluies connu sous le nom de Yerdier. Très 
fréquenté par les élégants, ce magasin, situé d'abord 102. 
rue Richelieu, fut transféré, vers 1862, boulevard de la 
Madeleine, à quelques pas de celui de Linzeler. 

En 1864, Eugène Linzeler père s'associa ses deux fils 
aînés : Eugène 1 1834-18981 et Frédéric [836), puis, un peu 
plus tard, son troisième lils. Albert m 844-19071. I^e dernier, 
Georges « i853l dirigea quelque temps la maison avec son 
frère aîné Eugène, dont il prit ensuite le lil>. Ernest 1 1 Sfô . 



LA TROISIÈME REPUBLIQUE 



5/i 



qui devint son associé. Tous deux sont encore aujourd'hui à la 
tête de cette maison de joaillerie d'une excellente réputation. 
Eugène Linzelcr père, ainsi du reste que tous les membres 




DEVANT DE CORSAGE, PLUMES DE PAON EN JOAILLERIE* 

(Maison André Aucoc, içooj 



de sa famille, fut très apprécié de ses confrères. Trésorier 
très dévoué de la Chambre syndicale pendant de nombreuses 
années, il reçut Fhonorariat en i883, au moment où il quitta 
les affaires; ses fils y remplirent aussi, à plusieurs reprises, 
les fonctions de secrétaires et de membres du conseil. Fré- 



=72 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



déric Linzeler, le sympathique vice- président de la Fra- 
ternelle, est le père de Robert Linzeler, l'orfèvre érudit, 
au goût très sur, dont les productions sont appréciées par 
une clientèle d'élite. 

Nous avons dit précédemment 1 qu'en 1881, Marc (iuev- 
ton, neveu d'Alexandre Gueyton. fondateur de la maison, 
s'était vu contraint par la maladie de laissera sa femme le 
soin de diriger ses affaires* C'était, pour cette dernière, une 
tache rendue plus lourde encore par son inexpérience. Elle 




H R A CELET O F I K R I l'AH I. A \ 1 |. L I DU M A V R B A M ■ 1 K Y. L IX l'AIR %\ 

Exécuté par Camille Gueyton (i8gâ), 

dut y renoncer : malgré tous ses efforts, la maison péri- 
clitait lorsqu'un î 883 Marc mourut. Ce furent ces tristes 
circonstances qui amenèrent un lils d'Alexandre, Camille 
(îueyton.à reprendre La maison créée par son père. Camille 
Gueyton avait alors 33 ans: ingénieur des Arts et Manufac- 
tures, ignorant tout de son nouveau métier, il se mit coura- 
geusement à l'œuvre. Un travail assidu, son goût naturel, 
lui permirent cependant de devenir bientôt un bijoutier 
habile, sachant donner à ses œuvres un cachet artistique. 

Ce sont généralement des objets de dimension moyenne, 
pour l'ornementation desquels il utilise fréquemment, et 
avec élégance, les feuilles de latanier et de palmier qui 
i. Voir p. j55. 



LA TROISIÈME REPUBLIQUE 



573 



constituent en quelque sorte la note caractéristique Je re- 
composition >. 

En 1895, lorsque Félix Faurc lut nommé Président de la 
République, ce lut à Camille Guevton que la Ville du Havre 
commanda le bracelet qu'elle offrit à la nouvelle Prési- 
dente. Ce bijou, exécuté en huit jours, est décoré des armes 
du Havre, accompagnées de branehes de chêne et de laurier, 
ainsi que de roseaux svmbolisant la Seine: des saphirs, des 
brillants et des rubis figurent les couleurs nationales. Des 
ancres s'enlacent avec le monogramme de Félix Faure, rap- 




AVEC SAPHIRS, KBILLANTS K T RUBIS, 

OilcH pur la ville du Havre a M"« l t aure (i*^). — Exécuté par Camille Gueytou. 

pelant ainsi que le député du Havre était ministre de la 
marine au moment de son élection. 

Le premier Salon auquel li^ura Camille Gueyton fut 
celui de 1896. Depuis cette époque, il y participe fidèlement 
chaque année, ainsi qu'à la plupart des Impositions, où ses 
bijoux, ciselés avec goût et parfois décorés d'émaux, tien- 
nent une bonne place. 

La maison Auger est aussi parmi les plus connues. Son 
fondateur, Alphonse Augeï (1837-1904), avait commencé 
par être sertisseur; en 1862, il s'établit joaillier. Il fut pen- 
dant de longues années le fabricant attitré de maisons 
importantes^ telles que Lemoine et Mellerio-Borynis : il eut 



5 7 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE 



M. Falguières comme associé de 1864 a 1870, puis, demeure 

seul pendant huit années 
qui virent ses affaires 
prendre un essor considé- 
rable, il s'associa en 187S 
M. GuércU qui le quitta 
en 1889, 

Son iils aîné, Georges 
Auger (18641, son collabo- 
rateur depuis 1893, prit 
définitivement sa maison 
en igoo. 

En dehors de la joail- 
lerie, la maison Auger exé- 
cute de nombreuses pièces 
d'art : épées d'honneur, 
reliures d'albums, coupes 
sportives, etc., qui sont 
très appréciées. 

La maison Lefcbvrc 
fut fondée par François 
Lefebvre (1820- 1890) qui, 
en 1845, s'établit comme 
horloger dans une petite 
boutique de la rue Saint- 
Antoine; il la quitta plus 
tard pour s'installer 106, 
rue de Rivoli, où il conti- 
nua à s'occuper exclusive- 
ment d'horlogerie. 

François Lefebvre eut 
deux tils. Eugène et Ed- 
mond, qui tous deux surent 
conquérir dans la corporation une situation des plus esti- 
mées. L'aîné, Eugène (1848- 1907) reprit en 1874 la maison 




SAUTOIR AUX SI N G fi S 

par Camille Gueyton, 




BIJOUX DIVERS î BOUCLES D B CEINTURE, 

par Camille Gueyton. 



BAGUES, ÉPINGLES 



5$6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



paternelle et se risqua alors timidement à faire un peu de 
joaillerie, à la grande inquiétude de son père que tant d'au- 
dace effrayait, mais qui ne tarda pas à être rassure par la 
réussite Je son fils. Celui-ci. en ellet. par son intelligence et 
son activité, lit rapidement prospérer ses affaires dans les- 
quelles la joaillerie tenait une lar ge place et participa brillam- 
ment a l'Exposition de 1 889 où il obtint une médaille d'or. 
En iSc)5, Eugène Lefebvre acheta le tonds de Rabanit. 




BROC H K C 11 A U V E - S O V R F S 

par Camille (ïueyton. 



rue des Minimes, puis celui de (ilachant, quai des Orfèvres. 
L'extension que prit sa fabrication d'orfèvrerie et de bijou- 
terie d'argent : articles de fumeurs, pommes de cannes, 
boucles Je ceinture, etc.. le détermina à établir, vers 
un atelier spécial, rue du Temple. 118, dont il confia la 
direction à M. DesmarqueL son associé, créant ainsi une 
maison distincte pour son plus jeune fils. 

Président de l'Orphelinat delà Bijouterie de 1 8S5 à 0)o3, 
Eugène Lefebvre aîné se consacra avec ardeur au dévelop- 
pement de cette belle œuvre cl lut un des principaux auteurs 
de sa prospérité actuelle. En i8g3, toute la corporation fut 
heureuse d'applaudir à sa nomination de chevalier de la 




D I a n É II Ê , 



BOUCLES, BROCHES, BRACELET 

par Camille Gueytoo, 



57* LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Légion d'honneur, récompense de son zèle infatigable et de 
son dévouement. Il recul aussi en k)(o la grande médaille 
d'or de la Société d'Encouragement de la Bijouterie. 

Son fils aine, Charles Lefebvre (1874). entré dès l'âge de 
14 an s comme apprenti dans l'atelier de son père^ lui a succédé 
de[mis 1904, rue de Rivoli. Son autre fils, Eugène Lefebvre 
fils (1876), dirige la maison de la rue du Temple avec \L Des- 
marquet, l'ancien associé de son père; il a joint a Forlex reric 
et à la bijouterie d'argent la fabrication du bijou d or estampé. 




&ROCH 6S t:oikuNNiiS iù s bkil lants i S () O ) . 

KARRJiTTIi 1> L COLLII1R U B CUIKN f I S <J -\ ► 

[Maison Cli. Marie.) 



Le second fils de François Lefebvre. Kdmond (i856u 
fit un court séjour dans la maison de son père et s'installa 
au Palais Royal en 1881. Il forma plus tard une association 
avec Gabriel, successeur de Du pu y et C h au dé et adjoignit 
sa maison à la sienne. 

Gomme tous ses voisins, il dut quitter le vieux Palais 
délaissé du public ; il vint alors rue Royale, 8, où lui 
succèdent maintenant MM. Henri Templier et Hallingre. 

Grâce a son intelligence, à la rectitude de son jugement. 
M. Edmond Lefebvre a rendu de grands services à la corpo- 
ration comme membre du Conseil de la Chambre Syndicale. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



?79 



dont îl est secrétaire honoraire, ei comme juge au Tribunal 
de Commerce, où ses ëminentes qualités lui valurent l'estime 
générale et la croix de la Légion d'honneur. 




COLLIERS A F K R R E T S , DIAMANTS ET RUIHS CALlUklU. 



Nous avons vu que Auguste Marie (1821-1898), ancien 
chef d'atelier de Alexis Falize père, l'avait quitté pour 
s'établir en î 858 . Très bon fabricant, sachant dessiner, il 
prit comme associé, de 1869 à 1877, son gendre Lamargot, 



58o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



employé d'Auguste Halphen. La maison travaillait pour les 
principaux marchands et fabriquait du bijou soigné 1 entre 
autres des boucles de ceinture en argent niellé, du « Cam- 
pa n a » jusqu'en 1N70, des parures camées jusqu'en iNy."). A 




BRACELET 

pût Paul Frey hfcg?). 



ce moment, le camée notant plus très en faveur, Marie 
cl Lamargot s'adonnèrent plus spécialement à la fabrication 
des bagues riches dont ils avaient toujours eu un assorti- 
ment important. 

Kn 1N77, lors du dépari de Lamargot, (Charles Marie fils 
(i858 3 qui a vait lait son apprentissage dans batelier paternel, 
entra dans la maison qu'il reprit définitivement en 1887. 

Il donna alors plus d'extension à ses affaires, ne se con- 




1! H A L L L h I hiillLI- K S [> K M li H 11 h. n U I 1 11 E< I L L A N 1 S» 

par J'*uil r rL j y i i , 



tentant pas d'ajouter a sa fabrication de bagues en joaillerie 
celle des bagues d'hommes, des épingles de cravate , mais 
s'adonnant aussi à la joaillerie de fantaisie : libellules, 
insectes, grenouilles, écrevisses. Un peu plus tard, il fît de 
très jolies pièces de dimensions restreintes, mais extrêmement 
bien traitées, entre autres des broches avec fleurettes en 
pierres de cuuleur. 



LA TROISIÈME REPUBLIQUE 



A la fin de 1894, il fit des barrettes en joaillerie légère, 
qui se portaient sur un large ruban de velours ajusté au 




MODES DE [ 8 g 4 . 
AJgrette, Heurs en joaillerie dans les cheveux, bracelets. 



cou: ces barrette* accompagnèrent les plaques de cou dont 
la mode vint peu de îemp> après et qui finirent par les 
supplanter. Ces plaques, après s'être portées sur un ruban 
de velours, devinrent ensuite le centre de a collier-, de 



582 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



chien », composés cTabord de six ou sept rangs, puis de 
douze à quinze rangs de petites perles. Vers 1890, Ch. Ma- 
rie employa dans sa joaillerie une très grande quantité de 
pierres de couleurs calibrées, il en faisait tailler plus de 
mille chaque mois. 11 exécuta ainsi des pièces de joaillerie 
d'aspect particulier qui eurent, et ont encore beaucoup 

de succès. Tout en aug- 
mentant sa production 
comme joaillier il n'a 
pas abandonné la fabri- 
cation des bagues qui 
avaient tant contribué à 
la prospértié de sa mai- 
son. 




Un excellent fabri- 
cant, très bon dessina- 
teur, dont les composi- 
tions ingénieuses sont 
fort appréciées, est Paul 
Krey < i855 j. Il fut exercé 
dès sa jeunesse aux tra- 
vaux de bijouterie, puis, 
après s"ètrc mis au cou- 
rant de La vente des 
belles pierres chez Ha- 
melin, il entra comme 
associé chez Antoine T< >uvon précédemment maison Bellcau, 
puis Touvon et Stensmaght). Cette maison fabriquait des 
petits nécessaires de dames, des médaillons, des bouton- de 
manchettes, des bracelets, enfin des bijoux de toutes sortes 
en or mat, simples et soignés, du genre anglais, très en 
vogue a cette époque. 

Resté seul a la tète de la maison depuis 1800, Paul Frev 
lui imprima une nouvelle impulsion et devint le collabora- 
teur des principales maisons de Paris. Constamment à la 



A CIGARETTES EN OR 

par Paul Frey. 



LA TROISIEME RÉPUBLIQUE 



5S3 



recherche de la nouveauté, il a créé un grand nombre de 




AUMONIÏRK HIBOU, CUIR C ÏS lv L É H T OR 

par Paul IVcv, (Réjfotolîou J Un tiers,) 



bijoux d'une exécution irréprochable et dans lesquels l'ori- 
ginalité s'allie à la distinction 

fv Médaille d'argent de collaborateur à l'Exposition universelle de iqoo; 
médaille d 'or de collaborateur à l'Exposition de Milan, iyo€. 



5S4 l-A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE 



Son fils aîné. André Frey. a remporté en 1907 le premier 
prix du concours de dessinateurs organisé par la Chambre 
syndicale. Ardent au travail, il seconde avec succès son 

père depuis quelques années et permet 
de bien augurer de son avenir. 

Déjà, à plusieurs reprises, nous 
avons longuement parlé de la maison 
Fromenl-Meuriec\ de son ancienne et 
légitime réputation, ainsi que du suc- 
cès et des récompenses qu'elle obtint 
sous le Second Empire : médaille d'or 
en jNoy. croix de la Légion d'honneur 

B RO Cil R I' tl EN IX 

en 1869, à la suite de l'Exposition de 
put r. 1 imiKni-Mcnrk-c, l'Union Centrale des Beaux-Arts appli- 

qués à Y Industrie. Il nous reste à la 
suivre pendant la Troisième République, 

Nous retrouvons Emile Froment-Meurice prenant une 
part brillante à l'Exposition de 1878. avec des bijoux, des 
joyaux, et surtout de l'orfèvrerie 
artistique. En 1889. même succès, 
constaté en ces termes par le rap- 
porteur Lucien Falize : « Il serait 
superflu de nous étendre sur les 
qualités de goût de ML Froment- 
Meurice: la clientèle la plus aris- 
tocratique lui est restée fidèle; il a 
su garder et agrandir encore la 
réputation de son père: il a réalisé 

ce difficile problème d'être habile pr i. Jr ,„i-.\u 

dans un art où son père avait été 

des plus habiles, et son jeune fils s'essaye à des travaux 
d'orfèvrerie déjà : en sorte qu'on verra trois générations 
de Froment-Meurice, comme on a vu trois générations de 
Germain t , » 

Cet espoir ne s'est malheureusement pas réalise. Les tils de M, Ë. Kro- 





LA TROISIEME RÉPUBLIQUE 



585 



Peu de temps avant, Froment-Meurice eut à exécuter 
une pièce importante, d'un caractère spécial, au sujet de 




bbacelet argent ciselé 

par K, Froment-Meurice. 
Composition de Samuel Vtfafrôt, ÊséCuliptl d'Auguste Ferni (vers 1900}. 



laquelle il nous adressa pour la présente étude la note sui- 
vante : 

« C'était en décembre 1887, La catholicité se prépa- 
rait à célébrer le jubilé sacerdotal de Léon X 1 1 1 ; chaque 




G 0 L L T K R JOAILLERIE K T KJUIL. 

• Mn (m Fniile Fronn-nt-Meunce — Kxposition d e Hjoo.) 



nation saisissait l'occasion d'apporter au Pape conciliateur, 
enfermé, mais si puissant dans son Vatican, l'hommage de 
sa vénération, 

ment-Meurice sont : François, conseiller municipal de Paris ; Jacques, sculp- 
teur de talent: Marc, rompu aux longs voyages. 



586 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



* Les diocèses de France ne se laissaient pas attarder : 
celui de Paris, sur l'avis de réminent et très regretté 
M 9r dTIulsL se disposait a offrir, en volumes somptueuse- 
ment reliés, les chefs-d'œuvre des orateurs et des écrivains 
chrétiens du xvif 1 siècle, présent bien fait pour plaire au 
lettré que fut Léon XIII. 

» Mais quelques esprits pénétrés, alors surtout que 
Berlin annonçait l'envoi d'une mitre, de l'opportunité d'im- 
primer à l'hommage de Paris un caractère plus symbolique. 




OBNEMKNT DE CEINTURA K N OR. 

Composition et ciselure de Qninton. — Camée en jaspe sanguin, par David. (Réduction de moitié ) 
(Maison Froment-Meurice, 1889.) 

mirent en avant ridée d'offrir une tiare. MS r l'archevêque 
de Paris craignait qu'on ne trouvât point les tonds néces- 
saires pour composer une tiare digne de sa destination. 
« Essayons ». proposa l'abbé Le Rebours : il essaya et, en 
quelques semaines, il récoltait plias que la somme nécessaire. 

» Là ne se borna point l'intervention du très intelligent 
curé de la Madeleine; îl suivit pas à pas l'élaboration du 
plan de l'ouvrage. Devant les quatorze dessins qui turent 
patiemment étudiés par \L Henri Caméré, pendant que les 
habiles mains d'Auguste et de Léon Férin travaillaient déjà 
les parties arrêtées, sous l'inspiration de M. Le Rebours, 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



5S 7 



des éliminations successives turent pratiquées : d'un pro- 
gramme compliqué, nous arrivâmes ù un plan très simple, 

» Sur une coitle de soie Manche brodée, des petites 
perles blanches formant un fond damasse, se superposent 
les trois couronnes d'or 
dont les bandeaux et les 
fleurons sont enrichis 
de diamants, d'éme- 
raudes, de rubis et de 
saphirs; au sommet, 
une croix d'or dont un 
gros brillant fait le 
centre et dont les bran- 
ches supérieures se ter- 
minent chacune par un 
rubis cabochon, 

> La Mlhoueucélan- 
cée a été empruntée à 
une fresque de Ghir- 
landa jo et l'auguste 
destinataire a approuvé 
ce retour à l'antique 
forme, qu'avaient fait 
oublier les formes 
ballonnées des tiares 
offertes par Napoléon F* 
et parla Reine Isabelle. 

;> Nombre de dames 
avaient oilcrtdes bijoux 
ornés de pierres de 

toute sorte : améthystes, opales, topazes, turquoises, aiguës- 
marines, péridots. Sur la tiare même, nous ne voulions 
admettre que les pierres très précieuses et, cependant, on 
ne pouvait contrister ces âmes pieuses en leur rendant leurs 
dons plus modestes: on imagina donc, et l'effet en fut heu- 
reux, de broder d'un semé d'or pailleté de toutes ces pierres, 




PENDANT DE CDL. 

(Maison Emile Ffomeru-Mturice, igoo.j 



5SS LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



le velours blanc qui tapisse le grand coffre revêtu a bexté- 

rieur de maroquin blanc, où est 
enfermée la tiare et, de cette 
façon, les offrandes les plus hum- 
bles, mais non les moins tou- 
chantes, enveloppent pour ainsi 
dire les plus précieuses, et toutes 
ont ensemble concouru a glorifier 
le Pontife suprême de l'Eglise 
Catholique. » 

Signalons.: aussi qu'en 1892, 
ta Société d'encouragement pour 
l'industrie nationale avait décerné 
à Froment- Meurice sa grande 
médaille d*Qf, dite de Jean Gou- 
jon. 

Knfm, lors de l'Exposition 
de 1900, la plus haute récom- 
pense, un grand prix, lui fut 
décernée ; et dans le rapport qu'il 
fut chargé de terminer, par suite 
de la mort de M . Armand ('alliai. 
M. Henri Bottilhet, après avoir 
déclaré que l'exposition de 
M. Kroment-Meurice avait sa 
marque bien spéciale et bien 
personnelle, ajoute : « Nous 
crovnns avoir assez dit sur les 
qualités des ouvrages qui sortent 
des mains de M. 1-Yoment-Meu- 
rice pour en faire comprendre la 
valeur et. malgré le reproche 
dl m mobilité qu'on lui a adressé, 
nous devons lui savoir gré de 
cette fidélité aux traditions pater- 
nelles ; et ce iVest pas un faible mérite d'avoir su être habile 




OR S E M H NT DE CORS AGE. 

(Maison Marrct frètes,) 
(Exposition de r tjoo.} — Hauteur : o«"r<i 



LA TROISIÈME REPUBLIQUE 



et lnuj<>ur> ciud à lui-même, dans un art où son perc avait 




PENDANT DE COU. 

iMiiison Marret frères, — Exposition de t$ô&>) — Lur^i nr : $ ccnî. i 2. 



laisse une trace assez profonde pour que la renommée l'ait 
baptisé de son vivant du nom retentissant de l'orfèvre 
florentin du xvi c siècle. » 



Sgo LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Ces noies seraient incomplètes si nous ne rappellions en 
terminant que M. Emile Froment-Meurice, non seulement 
a été un orfèvre-joaillier d'un rare talent, mais qu'il possède 
un cœur excellent, rempli d une affectueuse sollicitude poul- 
ies apprentis, pour 
les ouvriers, pour 



fi . I H 



à 



PENDANT DE COU EN JOAILLERIE. 

i Maison M a fret frères. — Imposition de kjoo.ï 



toutes les œuvres de 
notre corporation. 
A vee un dévouement 
inlassable, il s'est 
toujours appliqué à 
soulager les infortu- 
nes professionnelles, 
à encourager le mé- 
rite et la vertu, à 
stimuler le zèle de 
tous, au moyen de 
concours, de récom- 
penses de toutes 
sortes. Il n est resté 
étranger à aucune 
de> œuvres philan- 
thropiques qui, de- 
puis trente ans, ont 
été organisées et se 
sont développées à 
l'ombre de notre 
Chambre syndicale : 
il serait difficile de 
décider ce qu'il faut 
le plus apprécier en lui, de son goût pour le beau ou de son 
amour pour le bien. 

Apres toute une vie de travail, d'honneur et de désinté- 
ressement. M. Fmile Froment-Meurice s'est retiré a l'écart. 
11 vit en solitaire, non sans jeter peut-être en arrière un 
regard voilé de mélancolie, mais supportant noblement, avec 




LA TR0IS1KMK R I ; IM'K 1 . I n t I 



591 



ki conscience du devoir accompli, les épreuves qu'il avait 
si peu méritées. 

Lu maison Cartier a pris, dans ces dernières années, une 




ORNJiM KST D K CO [FFL'Rli M N BRILLANTS» 

(Maison Marrct IfLics. PlxpQSÎtim) de 1900;) 



extension considérable. Ce (ut Louis-Ffançois Cartier qui la 
fonda, en 1847. rue M< mtoryucï 1 . 29 : il la transféra houle- 
vard des Italiens, a 0 9. en 1 85g, lorsqu'il s'adjoignit le tonds 
de Gil lion . 

Alfred Cartier succéda en 1874 à son père, dont il était 
l'associé depuis deux ans; il s'associa à son tour son fils 



502 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX» SIÈCLE 



aîné Louis, en 1898, et transféra sa maison, en 1899, rue 
de la Paix, if i3. Bien que notre travail s'arrête, à peu de 
choses près, à l'année mjoo, nous devons mentionner que 




ISr<MÇ|IK ftfg J <-> M LL l: H I K. 

i.Mji s r 1 1 1 Miun i Iïl-ic>. — I ■: x |ios i l rntrj ck j n*o*0 



les deux frères, Louis et Pierre Cartier, succédèrent à leur 
père en 1906 et continuèrent à faire la belle joaillerie qui 
avait lait la réputation de la maison. 




COlIi IK j B r> K c; e 1 11 : \ . souplk, plu m r s d B j ■ \ ■ < \ , 
[Maison Coulon, — Exposition de njoc). 



Nous avons dit précédemment que MM. J. Début et 
P. Coulon, tous deux employés chez Boucheron, s'étaient 
établis en 1S79, rue de la Paix, 12, succédant à Samper. 
Pendant la durée de cette association qui prit fin en 1S90. la 



5t)4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



maison se fil remarquer par le nombre et l'importance de 
ses productions. Le succès fut très vif à L'Exposition de 1889 
et leur valut une médaille d'or pour des bijoux et des parures 
d'une grande recherche et d'une parfaite élégance : des ailes 
de colombes formant un diadème de joaillerie; un nœud 




a • . ■ . 

BROGli K R06K NoiltK 

(Million L. Coulon* — Exposition de igoo») 

de diamants chiffonné avec un goût exquis, furent particu- 
lièrement admirés. 

Le départ de .1. Début laissa M. Coulon diriger seul la 
maison pendant cinq années. En i<Sq5, il s'adjoignit M. De- 
verdun comme associé, sous la raison sociale L, (Toulon 
et C" . Tous deux très actifs, ayant beaucoup de goût, aimant 
la fabrication impeccable, les belles pierres, la line ciselure, 
ils ne pouvaient manquer de réussir auprès de la clientèle 
élégante qui s'adressait à eux; aussi avaient-ils réuni, à 
l'Exposition de 1900, « des bijoux et des pièces remarquables, 



LA TROISIEME 



K E IM," H Lin E E 



dit le rapporteur, qui auraient mérité une haute récom- 
pense » ; mais la qualité de membre du Jury de M. Coulon 
les empêcha Je concourir. M. Souitlot continue ainsi : 

4 




a I li kS l&'N J m A 1 L LE IM i; . 

i Maison Début ci Coulr.ti. J-xpcsition de t$#tj*) — Houkui * >5 cent. 



« Une exécution parfaite est la caractéristique des objets de 
genre très varié exposés dans cette vitrine, qu'il s'agisse de 
joaillerie ou de bijouterie d'or, ou qu'il soit question d'objets 

d'art Comme joaillerie, nous citerons notamment une 

plume en brillants, sorte de marabout d'une délicatesse 
extrême, exécutée en aluminium, métal jusqu'ici peu employé 



S$g LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



et que 



sa légèreté rcnJ précieux pour les pièces destinées à 

être portées dans les cheveux. 
L'aluminium ne se soudant pas, 
chacun des éléments qui com- 
posent cette plume demande un 
rapport spécial. Kn menant à 
honne lin ce travail, ils ont 
vaincu une grosse difficulté. 
Mais, à côté de ces ohjets en 
joaillerie, nous trouvons une 
note artistique très accentuée 
dans d'autres pièces exposées- 
Qull ^agisse de bijoux, tels que 
ces eollicT s, ces broches, en or 
ciselé et très délicatement pati- 
nes, qu'il s'agisse de ce eolfret 
de style si pur et si linement 
travaillé, on voit que MM . (Ion- 
Ion cl Dcvcrdun peuvent abor- 
der tous les genres et que tous 
leur sont familiers ». 

A la suite de cette brillante 
ex portion, M. L. Coulon tut 
nommé chevalier de ta Légion 
d'honneur. 



1 .cuis Aucoe ( i<S5o-, lils et 
hère des orfèvres bien connus, 
acquit en 1877 la maison Lofe** 
jois, fondée en i85o, et ne tarda 
pas à conquérir dans la corpo- 
ration une situation des plus en 
vue, grâce à ses hautes qualités 
personnelles. Aussi bon joaillier que bijoutier, il a produit 
des œuvres pleines de goût et parfois aussi d'une heureuse 
originalité. Dan- cet ordre d'idées, nous citerons ces bijoux 




OHNi; M K S T [> B G 0 H S a G B . 
(Miiison K. Coulon, iyuu.1 




PLUMK A TUiE FLKX1BLK H N DIAMANTS SERTIS SIR ALUMINIUM 

(Maison L. Coulon, — Exposition de 1900, j 



598 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 




B U O tillB *<■ K St'ANTS » * 

lias- relief put \ . Becker tiBggf)» 
(Maison Louis Aucoc;) 



composés de pépttês artificielles en or, retenant enchâssées 
des pierres variées, qui eurent beaucoup de vogue en 1S8IÎ 
et i88q. 1 -oui s Aucoc fit à 
presque toutes les Expo- 
sitions des envois très 
appréciés. Malgré toute 
son importance, la situa- 
tion de Louis Aucoc 
comme fabricant passe au 
second plan, si on la com- 
pare ii celle qu'il s'est 
acquise dans la corpora- 
tion par ses longs et signa- 
lés services. Membre du 

Conseil de la Chambre syndicale en 1880, il en devint secré- 
taire Tannée 
suivante, pu is 
vice-président et 
enfin, en i8c>5, 
président. Réélu 
c h a que année 
jusqu'en 1907, 
époque à laquelle 
il voulut se reti- 
rer, il accomplii 
sa lourde lâche 
avec tant de gèle 
que sa santé en 
fut un instant 
compromise. Il 
s'occupa avec ar- 
deur des ques- 
tions intéressant 
la Chambre syn- 
dicale et les œuvres philantrophiques de la corporation, et 
organisa la participation de nos industries ù Toutes le> Kxpo- 




m u l: c i. k de l k : s i u u t - a b t ni'ii v e \ li fr« 
Composition de Landais, j Maison Louis Aucoc, t&qç}<) 



LÀ TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



5gg 




H R O C iî E JASMIN - 

(Maison Louis Aucoc, iKi>q.} 



sitions. presque toujours en qualité de président des Comités 

d'admission ou du Jurv des 
récompenses. Son activité 
sans égale lui permit encore 
de remplir brillamment, de 
t888 à 1894, les fonctions si 
absorbantes de juge au tri- 
bunal de Commerce. 

Un tel dévouement, de 
si éminents services, ont 
acquis à Louis Aucoc rés- 
ume et La vive sympathie de 
toute la corporation; il était 
chevalier de la Légion d'hon- 
neur depuis iSNq. une péti- 
tion spontanée demanda et 
obtint pour lui, en igoo. la 
rosette d'officier. La Chambre syndicale, après lui avoir 
conféré le titre de président 
honoraire, a ouvert une 
souscri ption c< >rporat i ve , 
dont le montant était fixé 
uniformément à dix francs, 
pour lui offrir en souvenir 
un objet d art inédit et lui 
faire hommage d'un livre 
cPor, destinés à lui expri- 
mer son affectueuse recon- 
naissance. 

Ce souvenir, œuvre du 
sculpteur René Rozet, exé- 
cuté par ta maison Chris- 
lotie, est un groupe en 
orfèvrerie polych reniée , 

représentant la Bijouterie, la Joaillerie et l'Orfèvrerie réunies 
pour donner un témoignage de gratitude à leur Président. 




BROCHE RM a I L 1. 1: R . 
(Maison Louis Auc<x\ (£99.) 



§QQ LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 




BROCHE fe L U J ; T S . 

(Maison Louis Aucoc, rBi)çj.) 



Au cours de l'étude faite dans notre premier volume, 
nous avons eu déjà l'occasion de citer M. Chaumet, lorsque 

nous nous sommes occupé 
de la maison Morel K 

( lollahorateur assidu de 
M. Morel depuis 1875, 
M. J. Chaumet ( j 8 5 2) 
épousa sa tille. Il devint le 
directeur officiel de la mai- 
son en iSS5 et, quatre ans 
plus tard, elle lui appartint 
entièrement. 

D'un tempérament très 
actif, Mt. Chaumet sut don- 
ner une grande impulsion 
i\ ses affaires. Non seulement il fabrique d'importantes pièces 
de joaillerie, mais il a installé chez lui des ateliers subsi- 
diaires de lapida ire rie, 
d'émail, de gainerie, 
etc., et un laboratoire 
dans lequel il s'occupe 
avec succès de recher- 
ches concernant les 
pierres précieuses et 
les moyens de les dis- 
tinguer aussi bien les 
unes des autres que 
de leurs imitations ou 
reproductions scienti- 
îiq ues, 

Kn j 900, M. Chau- 
met, qui prenait part 
pour la première fois 
à une Kxposition uni- 
verselle, présenta un choix considérable de bijoux, de joyaux 

1 ♦ Voir p t 276. 




RROC El B J flA ] I. I. K U ] i. 
ET P1GR h K S i> K C O V L K l : H t: A L 1 H R K K S , 

[Maison LOUIS Aueoc r tqqo.) 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



601 



et d'objets d'art qui lui valurent une médaille d'or. Le 
rapporteur s'exprime ainsi à son sujet ; « Nous parlerons 




m o d i: s de i 8 C) 5 . 



de la maison Chaumet, dont les origines remontent à 1780. 
Son propriétaire actuel a réuni dans sa vitrine de très belles 
collections de pierres et de perles Jines, notamment un 



6o2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



magnifique collier composé d'émcraudes et de brillants, et 
un autre collier de perles d'une grosseur remarquable et du 
plus grand prix. D'autres pièces de joaillerie, aussi intéres- 
santes par leur importance que par la qualité des pierres, 
y figuraient également et méritent d'être rappelées : un 
devant de corsage et un diadème <* chute d'eau », d'une assez 




Ul Ail H M E k l! H A N S H N JUA! LL H U IK . 

iVnison Chaumet. — Kxpùhition do iyoo*f 



grande difficulté d'exécution, un autre diadème rubmi^ un 
collier serre-cou, rubis et brillants, d'une souplesse surpre- 
nante, souplesse obtenue â l'aide de multiples emmaille- 
ments... » Bref, sa joaillerie, légère et bien disposée pour 
mettre en valeur des pierres importantes, tut trè^ remar- 
quée. 

Des ateliers de M. Chaumet sont aussi sortis des objets 
d'art très curieux, véritables monuments par leur impor- 
tance (tels le « Via Xïuv » et le « Christus Vincit »), mais 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



6o3 



dont l'analyse ne rentre pas dans une étude sur le bijou. La 
maison, qui se trouvait depuis 1814 rue Richelieu, n°78, et 




COLLIER RUBIS ET H Ft T L I. A S T S . 

(Maison Clnmmti, — Kxpo^iiion de tyoo. » 

au n° 62 de la même rue depuis 1 83 1 (Fossi-n, successeur de 
Nitot). vient d'être transférée par M. Chaumêt dans un hôtel 
élégant et spacieux, au n° 12 de la place Vendôme. 



6o4 LA BIJOUTERIE: FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Gustave Sandoz (1836-1891), fils d'un horloger suisse, 
ne voulut pas embrasser d'autre profession que celle qui 
était en honneur dans sa famille depuis plusieurs généra- 
tions, H fut guidé dans ses premiers débuts par son père, 
praticien émérite, qui sut vite reconnaître et développer ses 
dons naturel cî le conîui. à lïige de treize ans, à un horlo- 




Dl A t) K MB HAVBT TES BRILLANTS E T P E BLES. 

r Maison ChuumeT. — Imposition Je 1900,) 



ger de premier ordre, PérusseU qui acheva son instruction 
chronométrique ; il f ut aussi plus tard Télex e de Bréguet. 

Dès qu'il put travailler pour son compte, Gustave San- 
doz s'installa dans une modeste chambre au quatrième, rue 
de la Monnaie, puis, en 18Ô1. année de son mariage, dans 
un petit appartement du passage Saint-Anne. 

Mais le désir de se faire une situation et d'éviter à ses 
enfants les heures dures qu'il avait connues dans sa jeunesse. 



BOUCLB DE CEINTURE- 

(Maison Murât, 19OQ,) 




UOUCLE ÛL 0 K I S T U R E 

(Maison Chanibin.) 



Gob LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIECLE 



le poussa à s'établir au Palais-Royal, en 1 865 , malgré son 
père et ses maîtres qui, imbus des \ îei lies traditions, regret- 
taient de le voir quit- 
ter la pratique de 
F horlogerie pure. 

1 On cou ragé par la 
réussite de ses affai- 
res, il entreprit éga- 
lement la bijouterie 
et la joaillerie, res- 
tant toujours lldèle 
à l'horlogerie, à la- 
quelle il ne cessa de 
s'intéresser particu- 
lièrement; il fit partie 
de la Chambre syn- 
dicale de l'horlogerie 
et contribua avec 
Rodanetâ la création 
de FEcole d'Horlo- 
gerie. C'est comme 
horloger qu'il s'oc- 
cupa avec ardeur 
de l'organisation des 
grandes Expositions, 
comme membre des 
c< uni tés d'admission, 
ou du jury; il y par- 
licipa aussi très 
honorablement en 
qualité d'exposant. 

Le soin des inté- 
rêts de sa maison ne 
suffisait pas à son activité infatigable ; il fonda de nombreuses 
sociétés d'intérêt général dont il fut le Président : la Société 
d 3 encouragement à l'Art et à l'Industrie; la Société d'économie 



~ • : ;SîSRRR5 



(Maison Moche. Jydft.j 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE- 



industrielle et commerciale; le Comité français des Exposi- 
tions à Véiranger, etc. Les commerçants du Palais-Royal 




BOU(J[,F, D K C K I N T Lf P E l « JBUNK I- I L L K AIX I B [ S » ♦ 

Maison Savard, tquo,) 



s'étant groupés en Syndicat pour essayer de conjurer la crise 
qui les menaçait, choisirent Gustave Sandoz comme prési- 




l; !-.•• ■. n H K N J Q A 1 L h K R I fc . 

<MEii*on Gustave-Roger Sartdoz, iyoo.) 



dent, et celui-ci réussit, pendant quelque temps, à retarder 
la déchéance de cet emplacement autrefois si favorisé. 

En 1889, il avait élaboré le projet d'une Foire de Paris, 
destinée à faire de notre capitale un vaste marché occidental 



6g8 la BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 




l' li N 0 BN TI P . 

[Maison Rambonr, unn>.) 



de matières premières, analogue 
à la Foire de Nijni-Novogorod 
et à celle de Leipzig. 

Gustave Sandoz était un 
homme aimable, d'une intelli- 
gence remarquable cl d'une 
grande puissance de travail. Na- 
turalisé français quelques années 
avant sa mort, il avait reçu la 
rosette d'otiieier de la Légion 
d'honneur en raison des nom- 
breux services rendus pendant 
sa trop courte carrière. 

Son fils, Gustave-Roger San- 
doz 11867), est le digne héritier 
des éminentes qualités de son 
père: il lui a succédé en 1891. 
Ln [ 8 9 5 ^ il transféra rue Royale 
ses magasins, désormais plus spé- 
cialement consacrés à la joail- 
lerie. Il ne quitta pas le vieux 
Palais auquel s'était tant inté- 
ressé son père sans avoir écrit, 
en collaboration avec Victor 
Champier. un ouvrage apprécié, 
te Palais - Royal , édité par la 
Société de propagation des Livres 
d art. 

Membre du jury à F Imposi- 
tion de 1900. (L-Roger Sandoz a 
brillamment soutenu la réputa- 
tion de sa maison en exposant 
des pièces de joaillerie et de 
bijouterie très remarquées, ainsi 

que des objets d'art très intéres- W . ;NDAST ^ cou «i.yri 
sants : Y Écueil vaincu, de Bottée ; (Maison g. Roger-Sandoz, içoM 




LA TROISIÈME REPUBLIQUE 609 



un buste en ivoire : Yseult, de Caron ; un coHïet en 
ftéphrit£, etc. 




Cliché I*. Nodar, 

Al ll * D K M A R S Y ( I 8 tj / ) * 

Collier de chien en perles, avec plaque en diamants, broche en joailleiie, savoir de perles. 



Secrétaire général du Comité français des Expositions à 
l'étranger, il y dépense un zèle sans égal. 



6io LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Gustave-Roger Sandoz. qui était chevalier de la Légion 
d'honneur depuis 1902 (Exposition de Glasgow), vient 




11 r 01: 11 e \:s ,10 a 1 1- L 1-; » ni . 



d'être promu officier, à l'occasion de KEx position de Milan. 

Nous avons parlé à plusieurs re- 
prises dans cette étude de la maison 
Rouvenat. 

C'est aujour- 
d'hui, et depuis de 
longues années, un 
confrère très estimé 
et t rès s y m pathique, 
M. Félix Des près, 
qui est a la tète de 
cette importante 
fabrique de joail- 
lerie 1 ; nous com- 
pléterons ce que 
nous avons déjà dit 
de lui par les emprunts suivants, faits au rapport officiel 
de l'Exposition de 1900 : « En sa qualité de membre du 

i. M + André Brasseur, son gendre et collaborateur depuis plusieurs années, 
est devenu son associé le i er janvier i<)oj. 




l'ENBANT DE COU. 

(Maison Desprcs, igoo. 



P ES N l > A N T . 

I Maison Des près, kjoo.j 



6iz LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Jury, M. Desprès ne pouvait prétendre à aucune récom- 
pense ; il a tenu néanmoins, par son exposition, à établir 
que sa maison était toujours à la hauteur de sa réputation. 




li R O G 11 li • 



Les bijoux exposés par M* Després ont été remarqués en 
raison de leur simplicité. L'objectif qui parait avoir été pour- 
suivi dans la composition de ces bijoux a été de présenter 
des pierres de belle qualité dans des montures aussi réduites 




HROCHK, BRUCMli 

[Maison Piel, 1900.1 par Maurice Du frl- ne» 



que possible, pour laisser aux pierres toute leur valeur. 
Nous rappellerons un collier, composé de quelques pierres 
seulement, réunies par un lien en chaîne très fine entourant 
te cou, un collier franges en brillants qui a été très admiré, 
de jolis pendentifs, un choix de bagues montées avec des 



LÀ TROISI KM K I? 1 PI RI MM K 



6i3 



pierres de première qualité. Le tout d'une heureuse compo- 
sition et d une très bonne exécution ». 




COLL. I K H A V K C A M K i H TESTES 

(Maison HoiKiseron, f jwj.) 



Félix Desprès tut nommé chevalier de la Légion d'honneur 
en 1897. Pour fêter cet heureux événement, ses confrères 



6i 4 I.A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX» SIÈCLE 



lui offrirent un dîner chez Ledoven. Au dessert, l'un des 
convives, orfèvre distingué, se leva et donna lecture au 
nouveau chevalier de l'amusante lettre d'excuses suivante, 
manière de toast fantaisiste dans lequel se retrouvent la plu- 
part des noms de ceux qui étaient présents. 

« Mon cher ami. 

« Empêché d'éle-Vever vous l'hommage de Massin- 
pathie, pour le confrère éminent et Labour iau que vous êtes. 




I» I, A Q t K l> K COU LOUIS XVI, JOAII.LKKIK SUR Pfc ATINB 

par G. Falguièreê, 

je pense avec regret aux nombreuses bouteilles que dé-Boii* 
cheron en votre honneur des collègues plus favorisés, aux 
félicitations qui de Jacta-b\c, seront adressées Aucoc de la 
joaillerie, comme il convient de VOUS appeler. 

« Mais je tiens à vous assurer que, Desprcs OU de loin, 
aujourd'hui comme De bain ^ Bénin-porte en quelle circons- 
tance, mon dévouement vous est acquis, et si quelque esprit 
jaloux jetait. Chambin savoir pourquoi, une note discordante 
dans ce concert amical, eh Boin ! qu'il Chaveton qu'on se 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



6x5 



Moche des manifestations d'une basse envie qu'il ne saurait 
pro-Paget dans nos cœurs. 

« On le lui prouvera au besoin en Langoulant comme il 




lï ROCHE LlBELLILi: 

par G, Falguières (u^oo). 

convient, c'est le plus sur moyen d'avoir raison Du fat. qui 
restera aussi Coulon qu'un renard qu'une poule aurait pris. 

« Je Marvel et Lefebi>re-aur\ant sans réclamer Marest, je 
boucle ma Faille et, sans Rambour ni trompette, je Jile a la 
campagne attendre que le Fromenl-Meurice », 

Inutile d'ajouter par quelles salves de joyeux applaudisse- 



616 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



ments cette communication fut accueillie. La vieille gaieté 
française a conservé ses droits dans la corporation et nous 
pourrions citer à l'appui de nombreuses anecdotes. 

Notre corporation a aussi ses poètes, et, dans un ordre 
dldées tout différent, nous rappellerons les poésies char- 
mantes d'un vieil ouvrier bijoutier, correspondant de la 
Revue de la Bijouterie [ : qui, sous le pseudonyme de Pierre 




RRAi'.RLST DANS F, U S g S , 

(Maison Henri [Ourler. — Exposition de moa.) 



Velpauvre, a écrit des pièces exquises se rapportant à notre 
métier. Nous donnons ici de lui un sonnet inédit. 

LA PIERRE DE TOUCHE 

Regarde les ducats rangés sur cette table : 
On dirait chacun d'eux à ses voisins pareil ; 
D'un aussi vif éclat tous brillent au soleil ; 
Leur grandeur est égale et leur décor semblable. 

Mais pour apprécier leur titre véritable, 

D'un acide brûlant le changeur prend conseil ; 

Sur la pierre il les frotte, et marque un trait vermeil 

Que Tapre goutte efface ou laisse inaltérable. 

Par l'humaine apparence on est aussi trompé : 
Tel, qu'on croyait d'or pur loyalement frappé. 
N'est qu'en laiton couver! d'une mince dunire. 

Si tu veux estimer à leur juste valeur 

Le vrai sage et le faux, vois comment du malheur 

Ils supportent tous deux l'infaillible morsure. 

U Voir i' e année, p. 192; 2 e année, p. 279: 3* année, p. 99 et 162. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



617 



Léon Garind est un excellent bijoutier d'un goût délicat, 
qui exécute avec une perfection rare de charmantes œu- 




p k N r» f: s t 1 F û G v 1* t [ e $ , or <: 1 s r l k rt kmailli;, 
| Maison fini ind, ipûf*) 



vres, dans lesquelles la ciselure et L'émail jouent un rôle 
important. 

Sa maison fut fondée en 18D9 par Gaucher et Tonne- 
lier. En 1869, Gaucher resta seul à sa tête; il s'associa Gariod 
en 1875, et Le laissa chef unique dès 1X84. Pendant un cer- 
tain temps il se spécialisa dans la fabrication des bracelets 



ôiS LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



souples, chaînes d'or mat rehaussées de pierres ; ces bijoux 
simples et riches à la fois, d'une excellente exécution, avaient 
un grand succès. Depuis, Gariod s'est fait remarquer par ses 




PENDANT DE CHU I 
IVOIRE, ÉMAIL, PERLES KT H R T 1, E A N T S . 

{Maison Ggjûod, mon.) 

jolies broches, ses pendants de cou d'inspiration moderne 
ou classique, mais toujours d'une réelle recherche et d'une 
distinction parfaite, que modèle et cisèle avec infiniment de 
talent M. Gautrait, son fidèle collaborateur. 

La maison Templier, fondée à la tin de 1848. rue de 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



619 



Rivoli. 66 prit rapidement une place importante parmi les 
fabriques de joaillerie de cette époque. Son fondateur, 
Charles Templier 11821-1884). actif, laborieux et d'une 
grande urbanité, se créa des relations très étendues dans la 
clientèle des marchands de Paris, de province, et des com- 




J1AGURS EN OR. 

Composition Je Th. Lnmlvrt. (Salon de 1901. — Maison Paul Templi«r.j 



missionnaires pour l'exportation. Pendant les trente-six 
années qu'il exerça notre profession, il forma plus de 
soixante apprentis, arrivés en grande partie â des situations 
très honorables, comme chefs de maison, dessinateurs ou 
chefs d ateliers. 

Il laissa deux lils : Hippolyte Templier, l'év entailliste 

1, Ella se transféra successivement 0% rue Sainte-Avoye, en [S5o, et rue 
MicheMe-Comte, en c8;52. 



02o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



connu, et Paul Templier 1 1860), joaillier, place des Victoires, 
qui succéda à son père en i<X85. Ses qualités, son caractère 
svmpalhiquc, le font estimer de tous SCS confrères. Prési- 
dent de l'Orphelinat de la Bijouterie depuis le départ de 
M. Eugène Lefebvre, en ïgo3\ il tut choisi, en 1907, pour 
remplacer, comme Président de la Chambre syndicale, 

M. Louis AUCOC qui, après 
de longues années de ser- 
vices rendus, désirait se 
retirer. Joaillier réputé , 
Paul Templier continue 
avec succès les traditions 
paternelles \ 

Charles Templier avait 
deux cousins germains, 
bijoutiers comme lui. l'un. 
Louis Templieri lSSô-iqoô), 
établi en magasin, faubourg 
Montmartre, de 1 858 à 1 8(38, 
eut lui-même trois lils appar- 
tenant à la corporation : 
l'aîné. Henri Templier, mar- 
chand joaillier (aujourd'hui 
en société avec M. Hallin^re. 
a réuni rue Royale les nui 
sons Edmond l.eieb\ re. 

Composition de Th. Lâmhert. <S:ilon de jtgôi, 

Maison pmi Templier.) Dupuv et Gabriel à la 

sienne ) ; Joseph Templier 
est fabricant joaillier rue Saint-Honoré. enfin Eugène Tem- 
plier est bijoutier en doré, rue Aumaire. 

Le second cousin de Charles. Alexandre Templier 1 1 83 1 - 
t9i05) 3 a longtemps lait partie, comme associé et directeur, 
de la maison Charles Fontana, rue Royale; depuis sa mort, 
son (ils Jules lui a succédé. 

1. M. Pau] templier \ientde recevoir la crois delà Légion d'honneur a 
L'occasion de l'Kxposition de Milan. 




LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



Kn 1S43. François Soufflet (1B21-1902) reprit la maison 
de son- patron d apprentissage Henri Martincouru joaillier 
rue des Areis (lequel gavait aucun lien de parenté avec le 
bijoutier du même nom) et qui s'adonnait principalement à 
la petite bijouterie aux « parures » et â la joaillerie à cil et. 
pour laquelle on employait les chatons à arcades très appâ- 




ts i< 0 G M SS t 

CojiijM^itioji de Th. Lambert. [Salon de 1901, — Maison raul Templier.) 



rentes dénommés « dahlia », en raison de leur similitude 
avec la fleur de ce nom. 

Grâce à son intelligence, à ses qualités d'ordre et de 
travail et aux ellorts de sa femme, qui appartenait aussi à 
la professsion comme polisseuse et le secondait très bien, 
SouîHot parvint à faire de ce modeste atelier une importante 
maison de bijouterie et de joaillerie, qu'il transporta succes- 
sivement, au fur et à mesure des agrandissements néces- 
saires : en 1846, rue Quincampoix, puis rue Notre-Dame- 
des-Victoires et enfin, en 1871, rue du Quatrc-Septembre. 



022 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 




11 se retira des allai res en 1873, 
après avoir fait partie pendant 
quelque temps du Tribunal de 
Commerce. 

Il avait deux îiR : laine, 
Paul So u îllo t . joaillier, lui 
associé avec son beau -frère. 
M. Henri Robert 1 de 1872 a 
[892, et ensuite conserva seul 
la maison. Paul Soutllot rem- 
plit aussi les fonctions de juge 
au Tribunal de Commerce, de 
membre de la Chambre de 
Commerce, dont il esl secré- 
taire, de vice-président de la 
Chambre syndicale, de membre 
du Jury à Y Ex position de 1889 
et de rapporteur à celle de 1900. 

Avant d'être nommé cheva- 
lier de la Légion d'honneur, 
Paul Soutflot avait gagné vaillamment la médaille militaire 
pendant le siège de Paris, 
en allant porter lui ordre à 
Epinay, sous le feti de Ten- 
ue mi. 

A l'Exposition de 1878, 
MM. Soutflot et Robert 
obtinrent une médaille d'or 
pour leur belle joaillerie : le 
rapporteur signale et une tige 
de noisetier d'une curieuse 
souplesse, dont les fruits, 
modelés en or diversement 
coloré, ressortent en bou- 
quets sur les feuilles en dia- avbc BAS „ ftELIb , lv0UiE 
mant finement ajourées ». pirJoefcwcomffe. 



PKNIHST D £ COU JOAILLLHIK 

pjr Paul Templier (i gui). 




LA TROISIÈME RKPÏ'BLIQUK 



023 



A l'Imposition de 1889, 
on remarqua principale- 
ment « une magnifique 
branche Je bégonia en 
diamant , chet d Veu\ re 
d'exécution, copie ires 
fidèle de la nature. » Ln- 
îin. en iqoo, M. Paul 
Soutllot avait exposé des 
bi joux et des joyaux d'une 
fabrication très soignée, 
dignes en mus points de 
la réputation de la mai- 
son. Se retirant des affai- 
res, en iqoi , il céda son 
fonds à M. René Bai vin-. 

Le second Jil s, M, Henri 
Soutllot est un orfèvre 
très apprécié. 




11 0 u a s e « h ii révk » 
par Vernon. (Ma^on J. DuvaLj 




BRiMilIE k N J O A I L I. K R I K 

par !'<miI Souillot ( i y0<i)ï 



Nous avons retracé (p. 365 
et suiv.i la belle carrière dV\l- 
phonse Fouquel comme la h ri - 
cant joaillier-bijoutier; son fils 
ainé, Georges Fouquet r 1 S62 j 
sut à son tour se distinguer dans 
la profession que, depuis 1880. 
il avait appris à connaître et à 
aimer chez son père, dont il 
reprit la maison en i8<p. 

Mais son tempérament le 
poussait vers un autre idéal que 
les genres classique et Renais- 
sance qui avaient tant contribué 
à la réputation paternelle. Le 
style moderne l'attira ; i! s'y 
adonna résolument et, des 1 898. 



LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 




CHAINE A V\H: *' Kit RETS u ÉMAUX 
BTC Ul'ALES. 



i Maison Georges Fouquet, t8$p 
droits, on les désigna sous l'appellation de « macaroni 



on voyait de lui, au Salon, 
des pièces intéressantes où 
se manifestait sa volonté 
de suivre une voie alors 
peu fréquentée. 

Travai Heur a m vaincu , 
épris de l'inédit, il le re- 
chercha avec ardeur ; il fit 
appel à différents collabo- 
rateurs aux idées neuves, 
entre autres à Desroziers et 
à Alphonse Mucha (1860), 
dont les compositions 
pleines d'originalité pour 
t'affiche, le livre, etc., obte- 
naient alors une grande 
vogue 1 . 

A l'Exposition de iyoo, 
(ieoriïe- bouquet présenta 
un grand nombre de bi- 
jqu^de joyaux aux formes 
imprévues; des parures 
coin plé ics très importan- 
tes, destinées à faire partie 



i. Sarah Bernhardt était une 
grande admiratrice du talent de 
Mucha, et lui commanda, en 1894, 
l'affiche de Gismonda, qui com- 
mença la réputation du jeune ar- 
tiste, dont le succès lut bientôt 
très grand. On lui reprocha plus 
tard, avec quelque raison, d'abuser 
3e la formule, ou du procédé carac- 
téristique qu'il avait adopté, et qui 
consistait à diviser une chevelure 
eu une infinité de mèches qui 
s'éparpillaient en sinueuses volutes 
— l'ironie ne perdant jamais ses 



026 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XÏX« SIECLE 



intégrante du costume féminin, auxquelles on trouvait bien 
en général un peu d'excentricité, mais qui n'en turent pas 
moins très justement remarquées. 

En i go i, Georges Fouquet 
demanda à Mucha de réaliser 
une idée qu'il caressait de- 
puis longtemps : créer un 
magasin dont la décoration 
fût en harmonie avec les 
bijoux d'art qu'il devait 
contenir. I/artiste hongrois 
s'acquitta fort bien de cette 
lâche et, dès la fin de Tannée. 
G. Fouquet put transférer sa 
maison rue Royale, dans une 
installation somptueuse et 
d'une élégance inédite et raf- 
finée. 

Le joaillier est resté fidèle 
a ses tendances premières et 
ses compositions, maintenant 
moins fougueuses, d'un gout 
parfait et toujours d'une tona- 
lité charmante, tiennent une 
excellente place aux Salons 
et aux Expositions ; elles lui 
méritent chaque année de 
nouveaux succès. 

OPALES, MAUX, PIKRfUSRlKS. 
(Maison Georges Fbttquét, i^Mt.f 

C'est en i N40 qu" Amédëe 
Gaillard, dont le père, Auguste Gaillard, avait ele hïjoutier 
en or, rue Mandar, de 181 1 à 1821. fonda, rue du Temple, 
10 1, une fabrique de bijoux en cuivre doré, puis aussi, 
mais plus tard, de bijoux en argent. Vingt ans après, il céda 
sa maison à son fils Ernest Gaillard ( i836h Ce dernier aban- 
donna la bijouterie en cuivre pour se consacrer complètement 




m LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 



à celle d'arpent, créant des modèles intéressants, des 
broches parfois émaillccs représentant des Heurs, des mar- 
guerites, des églantines, des pensées, etc. Vers 1869, il ajouta 
à sa fabrication les bijoux en argent niellé : boutons de 
manchettes, bracelets, broches, etc., qui jusqu'alors étaient 
fabriqués à peu près exclusivement en Russie, en Allemagne 

et en Autriche, et par- 
vint ii les établir à un 
prix très avantageux 
pour le commerce fran- 
çais. Après la guerre, il 
donna beaucoup d'ex- 
tension à la petite orfè- 
vrerie : flacons, bon- 
bonnières, porte-cartes, 
porte -cigarettes , pom- 
mes de cannes, briquets, 
etc. Kn même temps, il 
se mit à faire des pièces 
d'orfèvrerie de style 
japonais, avec incrus- 
tation de métaux divers, 
ou avec dorures et pati- 
nes variées. Les qualités 
de sa labri cation lui 
valurent une médaille 
d'argent à l'Exposition 
de 1878. 

A l'Exposition de 1S89, la maison fut très remarquée 
pour ses bijoux d'hommes en argent, son oi tèvrerie et ses 
articles de bureau et de fumeurs. Ernest Gaillard, qui était 
membre du Jury, reçut la croix de la Légion d'honneur. 

Ernest Gaillard, membre du Tribunal de Commerce, est 
un homme d'initiative; il s'occupa activement de l'Ecole 
professionnelle de dessin et de modelage de la Chambre 
syndicale, à la fondation de laquelle il avait puissamment 




PENDANT DJi COU. 

(MaÏMm Georges Fouquet, 1900.} 




f j R N K M B N T lu . : n \i * ,\ f ; K .| r> \ j j. L ]•: fi I J? , K MAIL I : T P K R I. K S * 

(Salon de 1901. — Maison Georges Fouquct ) 



f 




BROCHE F R Ji LON 

Composition de Desroziers, {«Maison Georges Fouqtiet.J 



63o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIKCLE 



contribué. Il en fut pendant plusieurs années le très dévoué 
Président et, depuis \Hg5, il en est le Président honoraire. 
C'est lui qui, en 1S70, fut le promoteur et l'organisateur du 
bal annuel donné par la Chambre Syndicale au profit de son 




P O M M K S Ù K (] AS N B S B t P ' Q M B U R L L K S 

(Maison Lucien Gaillard, ft^oo.) 

Ecole qui en tire des ressources sans lesquelles il lui serait 
impossible de subsister. 

Ce bal, supprimé en 1871. en raison des tragiques événe- 
ments du siè^e et de la Commune, fut rétabli en 1873 ; son 
succès fut très vil et ne s'est pas amoindri depuis. C'est une 
des têtes de bienfaisance les plus réussies de la saison d'hiver. 



LA TROISIÈME REPUBLIQUE 



C'est également pendant qu'Ernest Gaillard en était pré- 
sident, que la Chambre Syndicale, dont lesièpe était rue des 




modes ni; I 898- 
Plaçjueâ do colliers, Ixiudt: de ceinture. 



l-Vancs-lîourneois. 3g, depuis de longues années, lut trans- 
férée rue de la Jussienne, 2 bi±\ et installée dans l'ancien 
hôtel de la Du Bàrry* où tous les services lurent réunis : 



63* LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



salle du conseil ? secrétariat ? classes d'enseignement de 
dessin et de modelage, ateliers de concours, bibliothèque. 




PLAQUE DE COU E N CORNE, À V B C Û M AUX, il I S E L U R Ë , K T C . 

(Maison Lucien Gaillard.) 

archives, etc. La Chambre Syndicale, dans ce nouvel im- 
meuble, put offrir l'hospitalité aux sociétés corporatives, 
telles que l'Orphelinat, la Fraternelle, etc. 

Ernest Gaillard se retira des affaires en 1892, mais, dans 




sa retraite de Taverny, il n'a pas cessé de s'intéresser aux 
questions concernant la Corporation et l'Enseignement pro~ 



6Î4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 



fessionnel, La Chambre de Commerce de Paris lui demanda, 
pour sa bibliothèque, une méthode complète d'enseignement 
professionnel technique, théorique et pratique; ce travail 




BOUCLE DE CEINTU RE «ART NOUVEAU » 

par G. Le Turcq. 



figura à l'Exposition de 1900 et valut un grand prix à son 
auteur qui s'était vu décerner en même temps une médaille 
d'or, dans la section d'Economie politique, pour une étude 
sur les organisations syndicales et la participation aux 
bénéfices. 



636 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE 



Son fils, Lucien Gaillard (i86i) T entra en 1878 dans 
l'atelier paternel pour y faire son apprentissage. Désireux de 
connaître toutes les branches pouvant se rattachera sa pro- 




I' li NU A M D li COU 

\m\v Ch. Houiei de Monvd. iSnlon de rgoBj 



fession par des applications industrielles ou décoratives, il 
compléta son instruction d'orfèvre par une série d appren- 
tissages successifs chez différents spécialistes. Aimant pas- 
sionnément son métier, chercheur infatigable, il étudia avec 
ardeur toutes les questions techniques : alliages, dorures, 
patines, etc., et obtint des résultats du plus grand intérêt. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



63 7 



À l'Exposition de 1889, Tune des quatre médailles dY>r 




PENDANT DE COU ËMAtlJ.E 

pur L. Houillon: 



décernées aux collaborateurs de la classe lui fut attribuée, 
pour ses compositions et ses applications de gravures hélio- 




PLAQUE DE COU SIRÈNE 

par Henri Dubren 



graphiques sur diverses pièces d'orfèvrerie d or et d'argent. 



638 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Lucien Gaillard transporta en 1900 sa fabrique rue La 




BOUCLE DE CEINTURE VIOLETTES, 

Composition de Landois (1899). (Maison Brictcux.) 

Boëtie, 107, dans un vaste immeuble où ateliers et services 




PLAQUE D H COU S E PORTANT SUR V H VELOURS. 

(Maison Cfu Marie, de tÔQ2 à tgvv.) 



annexes furent organisés avec les derniers perfectionne- 
ments modernes. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 63g 



Séduit, des 1878, par le charme des ouvrages japonais, 




Cliché Reullmger, 

M U * LLTCV IjÉRARD (i8<j8)« 

Plaque du tou cil joaillerie sur velour*, colliers de perles, bague*. 



il avait résolu de pénétrer les secrets de leur fabrication et 
delà composition de leurs alliages; il commença en 1S81 



tf 4 o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



des recherches et des essais 1res sérieux 1 . Les objets exécutés 
par les ouvriers français, peu préparés a ce genre de tra- 
vaux, ne lui ayant pas donné complète satisfaction, il fit 
venir de Tôkio, après igoo, quelques artisans ciseleurs. 




■ i 



PENDANT DE COU 
par E. Feu il litre. 

laqueurs, bijoutiers, qu'il installa dans ses ateliers, où ils 
exécutent sous sa direction non seulement des objets d'or- 
fèvrerie, des bijoux fabriqués avec les métaux aux tonalités 

i. Nous signalons les pièces exposées au Musée des Arts décoratifs et 
exécutées par Lucien Gaillard en iSSi et en 1900, avant qu'il ait employé 
des ouvriers japonais. 



642 LÀ B I J O U T E R 1 1 1 F K A N Ç A I S E Al XIX* SI EG L Ë 



particulières et fort intéressantes , qui étaient demeurés 
l'apanage des Japonais, mais encore de ces merveilleuses 
pièces de laque dont, jusqu'à présent, était ignorée la tech- 
nique en Occident. 

Lucien Gaillard, d'abord associé de son père, continua 
seul à diriger la maison lorsque celui-ci se retira A l'Expo- 




BOUCLE DE CEINT U R E , OR CISELK 

iMabon George* Brunct.) 



lion de 1900, sa vitrifie fut très remarquée; elle contenu il 
peu de bijouterie , mais un choix important de petits 
vases et de bibelots en argent, aux patines nouvelles et 
dîme note séduisante. A partir dè cette époque, enthou- 
siasmé par les œuvres de Lalique. Lucien Gaillard entreprit 
les bijoux artistiques et en lit d'un goût délicieux. Il exposa 
pour la première fois, au Salon de 1901. des vases et des 
objets en métaux patines; à celui de 1902, des bijoux d'une 
fantaisie élégante et ratlmee : peignes, pendentils. plaque- 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



r, 4 3 



de cnu, etc., qui eurent un grand succès. Ce succès s'est 
continué à tous les Salons où Lucien (iaillard s'est vu 
décerner une troisième médaille en ïqoi, puis une deuxième 
en iqo3 et enfin une première médaille en 1904, [I est 
chevalier de la Lésion d'honneur depuis io<>2. 




M o b 1: S 1> li i M . 
Collier de dififl en perles, avec plaque; diadème. 



Que d'anciennes ou nouvelles maisons honorablement 
connues seraient encore à citer ! La Gerbe d'or, fondée en 
17(17. didgée actuellement par M"" : Chapus et son fils: 
Noury 1 Mauboussin successeur}; Alekan frères, les inven- 
teurs du patin a hélice pour boutons ; Debacq, Deshayes, 
Hagneaux, Renn, Labouriau, joailliers réputés. Les fabri- 
cants de chaînes : Rometin et Ancelot ; Bellette, Kamper, 



044 l-A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Rcfauvclet, Angenot, Clément ; Moche, justement apprécié 
pour ses bourses cotte de mailles ; Froideïon, successeur de 
Lion; Mantoux cl Rottemhourg ; (ïross et Lan^oulant, qui 
fabriquent chaque année plus de vingt kilomètres de chaincs 




lïIÏOCHE JOAILLERIE. 

(Maison Lcon Vaguer.) 



en or de toutes dimensions et de tous modèles; Chavetun, 
Pelletier et Pource, successeurs de Filard, spécialistes 
réputés pour les bagues en joaillerie; Mollard, bijoutier- 
joaillier et émailleur; Arfvidson, auteur de jolis bijoux en 
acier ciselé et bleui rehausses de joaillerie ; Bricteux, Henri 
Dôbret, Maurice Du Irène. Ferdinand Fhrard, <i. Familières. 
Hersant (ancienne maison Duché;, Patout, Louchct et 



LÀ TROISIKM K R i 1M' B L ï (.) V h 



Louis Chalon, Solié, Henri Tétenjer iils et élève 

d'Hippolyte Téterger ; Saint-Yves, Maurice Robin, Obiols, 




COL L[ER EN I V O I R E T (j R K T K M A U X , «PLAISIR CHAMPETRE » 

p;ir René Koy. (Exposition de frjQO.) 



Laffitte. Joe Descomps. Marcel Bini^ Kdouard Colonna, 
Henry Noeq, Deber^he, Paul I -iénarj. etc., qui ont réalisé 




BAGUES 

pur Paul Ménard (itjcô). 



des bijoux charmants dans une note très moderne; Basset 
et Moreau; Bensé, successeur de Audiannc; Lemeunîer 



r> 4 6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



et Cauvin, Chanibin, Rambour, Gif, Kdmond Lecas, 
Lefort, Léon Vaguer, etc., et tant d'autres joailliers ou 




par ii, I ";ili;iiuTf<. 



bijoutiers pleins de fantaisie , parfois hardis dans leurs 
compositions, poursuivant toujours la recherche dYem res 
nouvelles excellemment exécutées. 




bac u t: s 
|M;iison G. I.o Turc^i, 1900,) 

Nous devons une mention spéciale à Georges Brunet 
(1847-19041, bijoutier habile. Ancien cuirassier de Reichs- 
hoffen, il fut choisi par ses anciens compagnons d'armes 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



047 



pour être le président de la Société amicale qu'ils avaient 
fondée en souvenir de leurs anciens exploits; il avait fait 




PLAQKK Dï$ COU, VIOLRTTfiS ÉMAIL 

ptir Gaston LofliUe* 



toute la campagne de 1870 et s'était battu à Sedan, où il fut 
fait prisonnier. Kvadé des prisons de l'ennemi, il revînt en 
France pour endosser de nouveau la cuirasse et prit part à 
toutes les opérations de l'armée de la Loire, puis à celles de 




Iî a r, U B s 
iM;ii£on G» Le Turvv], 1 4 r 



l'armée de Versailles au moment de la Commune. Nous ne 
saunons oublier non plus Paul Hamelin, joaillier, grand 



648 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU X1X« SIÈCLE 



amateur de belles pierres qui, à sa mort (1902), légua à 
diverses œuvres de bienfaisance des sommes i importantes, 
et en particulier trente-deux mille francs à la Maison de 
Retraite des vieux ouvriers bijoutiers. 




G O H S A C, H HOLku IC N J < I A I I . I- K R [ \i : 
K M t: RAID B S y R 0 u I S , p B U L B S , I U I* V 1 j n i s B S ET I) l a ai a \ r S , 
KxlvuIc pu li r M'" F 3 g u el l e (lyo.l). 

Les noms de quelques dessinateurs de talent sont à 
ajouter à ceux que nous avons déjà signalés : Henry YolleU 
Jules Cbadel, Douy-Pascaull, Landois. mort prématuré- 
ment; Georges de Feure; Provost-BlondeL graveur émérite, 
auteur d'un recueil de monogrammes très apprécié ; 



LA TROT. SI KM K R K PU Bl.l Q U il 



Voyelles et Consonnes; Bonvallet, le collaborateur apprécie 
de la maison Cardeilhac ; Cossart, Bcllery-Desfontaines, 




Collier de chien, rivière, boulons d oreille*, bracelet, 

A. Giraldon, Eugène Bel vi lie, M. -P. Verneuil, Lucien 
Magne. Chardon, Edme Conty, etc. 



65o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE 




Un chapitre spécial serait a con- 
sacrer à des émailleurs tels que : 
Grand homme \H5 4 >) et (iarnier. 
deCourcy. Corplet,dont la maison 
remonte à 1820; Thesmar. Charles 
Jean, Chariot, Soyer, L, llouillon, 
technicien parfait, et Tourette qui 
fut son élève : Uiquet. lùi^ène 
Feuillâtre (1870), qui a composé et 
exécuté des pièces émaillées im- 
portantes et de fort jolis bijoux 
très admirés aux Salons annuels. 

De même que nous avons dû 
nous 



f> ti N H A NT li K COU 0 fi 
E T & M i : R A Lî t) I -: S 

par E. Colon 11 ii (iyoo). 



bor- 
ner à 
citer 

ces noms sans commentaires, 
nous devons nous priver de par- 
ler de plusieurs de nos contem- 
porains qui. bien qu'avant pro- 
duit de belles œuvres, n'ont pas 
encore donné toute la mesure 
de leur talent, car nous crain- 
drions de ne pas leur rendre 
pleine justice en formulant sur 
eux une appréciation préma- 
turée. 

D'autre part, fort heureuse- 
ment pour la Corporation, leur 
nombre est assez considérable 
Comment faire une sélection 
parmi eux, sans risquer de 
froisser ceux que nous passe- 
rions sous silence ? Nous espé- 
rons que, dans un délai plus ou 




mjnoant ru; en Lr 
(Mai son B ri deux, i - •. , 



[.A TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



moins rapproché, il se trouvera un 
de nos confrères pour continuer 
cette étude, en la reprenant au point 
où nous nous sommes arrêté, c'est- 
à-direaucommencement du xx e siè- 
cle. C'est à lui qu'incombera la 
tache de parler, avec le développe- 
ment que comportent leurs œuvres, 
de ceux que nous n'avons pu citer, 
de combler les lacunes de ce travail 
et de réparer les omissions invo- 
lontaires, qu'il v découvrira vrai- 
semblablement. Il sera alors en 
mesure de juger à sa vé ri table 
valeur, la jeune et brillante géné- 





PENDANT D li i '(t i . 

(Maison Soîié ., 



fM: ND A NT 1>K COU EN OR, 
ÉMAIL ROUGE ET Œït-D K-CH AT 

pur \\ . Colon ita j hkkj i . 

ration actuellede bijoutiers, 
dont notre profession est en 
droit de s enorgueillir. Déjà 
plusieurs se sont classés 
parmi le^ maîtres, d Vu très 
sont en passe de le deveniir ; 
le présent est plein .de pro- 
messes. Nous sommes per- 
suadé que ces jeunes con- 
frères sauront sauvegarder 
l'honneur de la Corpora- 
tif >n,aujourcTh ui entre leurs 
mains, et non seulement 
maintenir, mais augmenter 
encore l'éclat et la renom- 
mée de la Bijouterie Kran- 
caise. 



65a LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE 




A ce point de notre travail, nous nous sommes senti 
particulièrement embarrassé. Kn effet, si au moment d'étu- 
dier l'œuvre de confrères actuellement en exercice, nous 
avons déjà éprouvé une légitime appréhension, craignant de 
ne pas le taire comme il convient, à plus forte raison nous 
a-t-il semblé plus ardu encore de parler de notre propre 
maison ; nous avions donc pris le parti d'y renoncer. 

Avons-nous eu raison de céder aux aimables instances 
de plusieurs confrères qui. forts de l'autorité qui leur esl 
reconnue, nous affirmaient que. nos travaux de bijouterie 

faisant partie de l'œuvre 
commune . nous n'avions 
pas le droit en nous abste- 
nant de les mentionner, de 
laisser une lacune, à leur 
point de vue regrettable, 
dans cette étude sur la Cor- 
poration ? 

Nous n'avons pas su 
rési st e r à ces ra (son il e m e n t s 
beaucoup trop bienveil- 
lants; mais nous nous 
contenterons d'exposer brièvement, par de simples notes 
biographiques, l'historique de la maison Yever. et nous 
éviterons tout commentaire personnel sur les œuvres qu'elle 
a produites, nous bornant à citer à leur sujet les apprécia- 
tions des principaux critiques compétents. 

En 1(821, Pierre Vever (1795-1 853) lit construire à Met/, 
au centre de la ville, rue Fabert. un immeuble où magasin 
et ateliers de bijouterie avaient été aménagés avec un soin 
tout particulier. ( irace ù sa connaissance du métier, à son tact, 
a sa loyauté, il obtint rapidement la clientèle des meilleures 
familles non seulement de la vieille cité française et des 
régions voisines, mais encore du Luxembourg et des pro- 
vinces rhénanes, d'où lui vinrent aussi, attires par sa répu- 
tation, des apprentis devenus plus tard, dans leur pays 



lîR K L 0 Q U ES. 

I's\vl>é, lampe Ç&fCel, huilier, par K. Vevcr 
iavaut is^). 




B R i: L O Q U E S EN OR ET ARGENT . 

Canons, mortiers, caissons, fusils, gabions, etc., par VtYcr {i8fioj. 
(Grandeur d'exéculîon.) 



65 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



d'origine, des artisans habiles et des maîtres appréciés. 

Pierre Yever eut deux lils, qui tous deux montrèrent des 
leur jeune âge des dispositions spéciales pour le dessin, mais 
c'est à l'aîné, Ernest, qu'était réservée la maison paternelle, 
Le plus jeune, Félix suivit la carrière des armes, à laquelle 
le prédisposaient ses goûts, sa vive intelligence et ses excep- 
tionnelles aptitudes physiques. Sorti de Saint-Cyr, il continua 
à étudier avec passion les questions militaires, mais sans 
négliger la peinture qui lui réservait de vrais succès; plusieurs 




C 0 L L JJE R s 0 U i» L i: , kr AStiiiS P K it L i; $ et h k j l l a HT S, 
(Maison Vever. — Exposition Je 1*7*.) 



tableaux de lui figurent encore dans la salle d'honneur de 
son régiment, dont ils représentent les hauts faits. Félix 
Yever était lieutenant aux grenadiers de la (larde Impériale 
et officier d'ordonnance du général de Sabram lorsqu'il tut 
tué devant Sébastopol. 

Ernest Vever (1823-1884) fut préparé, dès sa sortie du 
lycée, ù devenir bijoutier. 

Son apprentissage terminé, et après être revenu taire 
un stage très profitable auprès de son père, il résolut d'aller 
se perfectionner en Allemagne et en Autriche, pays dont 
la joaillerie avait alors une grande réputation. Plein d'ar- 
deur, il partit à pied, sac au dos. comme on le pratiquait 



LA TROISIEME REPUBLIQUE 



65 S 



souvent à cctlc époque où les chemins de 1er étaient encore 
bien rares. Avant ainsi visite les eentres de fabrication les 




C O 1,1, [ j : u À S S V RIEN EN OR mat. 
(Maison Yevtr. Exposition du t&JfS.J Réduction du moitié» 



plus importante et séjourné principalement a Hanau et à 
Vienne pendant le- années 1S42 et 1843, il revint à Metz, 
où il s'occupa très activement des alTaires avec son père et, 
en 1848, au moment de >on mariage 1 , il reprit la maison 

1. Il ëpousit Iri Jillc a "un htbi icaiU d'urfevreric d'ctiiin l'urt 1i;iImIg dans su 



$S6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU X I X« SIÈCLE 



a laquelle il donna beaucoup d'extension, créant lui-même 
les modèles des bijoux dont il dirigeait en personne Texé- 




MONOGRAMME OU C ] S K L K . 

(Maison Vcvçr, 1891») 



cution, A cette époque, les moyens de communication avec 
la capitale étaient moins faciles qu'aujourd hui et, à Paris 




COLLIER SOUPLE, PERLES ET BRILLANTS, 

(Maison Vcvur.) Réduction du tiers. 



même, la spécialisation n existait pour ainsi dire pas dans 
la bijouterie. Les bons ateliers de province étaient donc 

profession, dont Jules Brateau utilisa les conseils et la vieille expérience, 
lorsqu'il entreprit, avec un si grand et si légitime succès, de faire renaître l'orfè- 
vrerie artistique d'étain, vers 1880, 



LA TROrSIKME REPUBLIQUE 



organises de manière à pouvoir entreprendre les différents 
travaux qui se présentaient. 




lift ANCHE DE MUGUKT EN J 0 A I L L E R L J S . 

(Maison Vcver, — Exposition de 1889.) 



Tel était le cas de l'atelier Vever, où se trouvaient réunis 
le matériel et les outils nécessaires, non seulement pour 
fabriquer la bijouterie et la joaillerie, niais pour graver. 

42 



0B LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



ciseler, mouler, fondre, estamper, tourner, émailler, dorer, 
etc. Tous ces appareils, plus ou moins patines par le temps 
et l'usage, éyoquaient le décor pittoresque des anciennes 
gravures d'Iîticnne Delaune ou autres maîtres du Moyen^ 
Age. Là, se conservaient et se transmettaient les vieilles 

traditions, les tours de 
main du métier; là, 
chacun savait « faire 
de tout a, bijouterie, 
joaillerie, orfèvrerie de 
table ou d'église, etc., 
sans parler des raccom- 
modages si délicats à 
bien exécuter. Les ou- 
vriers, presque tous 
anciens apprentis de là 
maison, faisaient pour 
ainsi dire partie de la 
famille et se montraient 
affectueusement indul- 
gents pour les jeunes 
fils de leur patron qui, 
aussi souvent qu'ils le 
pouvaient , délaissant 
les devoirs du collège, 
venaient les regarder 
travailler, non sans les 
déranger quelque peu. 
M;ns au^si que de connaissances nous avons acquises ainsi 
tous deux, par la seule ambiance, par les leçons de choses 
toujours renouvelées, qui exposaient à nos yeux d entants 
attentifs et émerveillés, toutes les phases d'exécution des 
bijoux les plus variés, depuis la composition du dessin et le 
modelage de la cire par notre père, jusqu'au parachèvement 
des derniers détails! Que Ton veuille bien nous excuser de 
nous être arrêté à ces souvenirs lointains, mais si vivaces ! 




BOUCLE t> B CEINTURK. 

Glycine eo àriictliysttsaculptèÉs Ht or èmaillè. 
(Maison Vever, 



LA TROISIÈME RËPUBLIQtJK 65g 



Une importante exposition internationale, organisée à 
Met2 en 1861, donna à Ernest Vever l'occasion d'augmenter 
eneore la réputation qu i 1 s'était acquise dans la région de 




BOUQUET DE JOAILLBRIR, 

(Maison VcvftfM — Exposition do 18*9.1 



L'Est* Toutes les œuvres, tics variées, réunies dans sa 
vitrine, avaient été composées et dessinées par lui et exé- 
cutées exclusivement dans son atelier; aussi obtint-il la plus 
haute récompense attribuée à sa classe. 



66ô LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX» SIECLE 



La population messine, qui fournit à la France un 
nombre si considérable d'officiers distingues, aimait pas- 
sionnément tout ce qui touchait à l'armée. Kilo ne manquait 
aucunedes nombreusesrevues^ manœuvres. « petites guerres >j 
de la garnison ; exercices de mines, de ponts, de sape du 
régiment du génie; tirs variés des artilleurs, non [Mus que 




lîOUCLIÎ D Ji G E 1 N T V U E . 

Iris, cmaux translucides et émaux dépolis, {Maison Vever, 1897,) 



les « triomphes » décernes par eux aux adroits pointeurs 
qui avaient abattu le « tonneau »\ Ces continuelles mani- 
festations militaires entretenaient chez les habitants l'esprit 
« cocardier », hélas ! trop démodé aujourd'hui, et qui n'est 
au tond qu'une très légère exagération du patriotisme, excu- 

1. C'était un tonneau place en haut d'une longue perche et éclairé la nuit 
par une lanterne qui servait de but pour le tir des mortiers. 11 fallait beaucoup 
d'adresse et un peu de chance, ou inversement, pour envoyer une bombe sur 
un but aussi exigu. Aussi ce haut fait était-il joyeusement et bruyamment 
célébré; de plus, son auteur rentrait en ville au son de la musique et à la 
lueur des torches, dans un char orné de drapeaux et de feuillages. 



LA TROIS! KM F- RKPIBLIQUK 



sable d'ailleurs dans cette ville frontière jusqu'alors inviolée. 
Krnest Vcvcr possédait au plus haut point ce sentiment; 




P E I O N K IRIS EN EMAUX TRANSLUCIDES 

(Maison Vever, 1897. 



nn le verni plus loin. D'une très grande habileté profession- 
nelle, il avait exécuté personnellement, avec un soin extrême, 
avec amour pourrait-on dire, des breloques en or et en 



662 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 



argent^ représentant de petits canons de campagne, des 
pièces de siège, des caissons, des mortiers, des fusils, des 
gabions, etc., qui obtinrent un succès des plus vifs. Ces chefs- 
d'œuvre de patience et d'adresse étaient la reproduction, à 
une échelle minuscule et avec tous ses détails, du matériel 

d'artillerie alors en 
usage; bien qu'ayant à 
peine trois centimètres de 
longueur, affût compris, 
ces canons Lilliputiens 
pouvaient tirer ; leurs 
roues ton ma ient . les 
coffres à munitions des 
avant-trains s'ouvraient, 
etc. 1 .es olïiciers-élèves 
de l'Ecole d'Application ! , 
artilleurs ou sapeurs, 
séduits par ces petites 
merveilles, non seule- 
ment les acquéraient pour 
eux- m é m es, mais c n 
axaient offert des spéci- 
mens au musée des mo- 
dèles de leur Heole. 

Grâce aux connais- 
sances techniques de son 
chef, à son août très sûr, 

F li N D A N T D K COU KMAILLK« ' w 

Composition 4e Henri VoHet, (Maison Vcvcr. i^kjJ ^ aiJSSl UUX CXCCptinn- 

nelles qualités d'intelli- 
gence et de cœur de M ll,L Yever qui secondait admirablement 

i. I/Kcole d'application du Génk et de l'Artillerie, couramment appelée 
École de Metz, recevait pour deux: ans les élevés sortant de l'école Poly- 
technique avec le grade de sous-lieutenant. Cette école a ete transférée à 
Fontainebleau depuis 1870. 

Metz possédait aussi avant la guerre l'Kcole de Pyrothechnie, aujourd'hui 
a Bourges, ce qui procurait à ses habitants l'occasion d'assister à des feux 
d'artifice merveilleux, 




LA TROISIÈME REPUBLIQUE 



son mari, la maison Vever voyait sa prospérité s'accroître 
de jour en jour, lorsque survinrent les tragiques événements 
de 1870, si particulièrement douloureux pour la ville de 

Metz. 

Ernest Vever montra alors qu'il était aussi bon patriote 
qu'habile joaillier. Dès 
1 868* l'élite de la jeu- 
nesse m ess i n e , p roiî tant 
des dispositions de la 
loi sur la Garde mobile, 
s'était constituée enune 
compagnie de francs- 
tireurs et avait nommé 
pour capitaine Krnest 
Vèyet , depuis long- 
temps adonné avec suc- 
cès à la pratique du tir. 
Aussitôt ce choix offi- 
ciellement ratifié par le 
maréchal N ici , alors 
Ministre de la Guerre, 
le nouveau comman- 
dant mena si bien Fin- 
struction militaire de 
sa compagnie, qu'en 
1870 elle fut à même 
de prendre part aux 
d i f i é rentes o pé r a t i o n s 
du siège et d accomplir 

utilement son devoir. Cette troupe, composée d'environ 
deux cents jeunes gens appartenant aux meilleures familles 
de Metz, resta aux avant-postes sans discontinuité, depuis 
le début des opérations jusqu'au moment de la capitulation, 
et se distingua particulièrement au combat livré le 9 sep- 
tembre, autour du village de Vasnv, dont elle délogea a la 
baïonnette, et malgré des pertes sensibles, les Allemands 




lî O U <; L E D K CEINTURE. 
Jasmin ci 'Espagne en éimiux m;its, (Mai>on Vever, ittyH.) 



664 M BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX» SIÈCLE 



très supérieurs en nombre 1 . Le lendemain même, Ernest 
Vever, qui avait fait preuve d'autant de coup-d'œil que 
d'intrépidité, reçut pour lui la croix de la Légion d'honneur 
et, pour ses blessés et les plus remarqués de ses francs- 




DIADKMF, « MONNAIE-DU-l'APE », OPALES ET DIAMANTS. 

'Maison Vcvcr. — Imposition de n»oo.) - Hauteur : 10 cent. 



tireurs, des médailles militaires vaillamment gagnées. Le 
maire de la ville vint de son côte, âsstsfé d'une délégation 
du conseil municipal, le féliciter de sa conduite et de celle 
de sa compagnie. 

i. Le père d'Ernest Membre, rémaillcur bien connu, s'était enrôlé dans 
cette compagnie en qualité de Messin et de patriote et prit part à ce combat. 
Il en fut de même de Paul Vever, qui avait alors à peine rg ans. 




R R O <; H K S ET PENDANT -S l> R C O U , A V R C Ê M AUX MATS. 
M K [ j A I L L E S L> J v L . HOTTK B . 

(Maison Vever, iS<jHj , 



666 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE 




EPINGLE A CHAPEAU, 

(Maison Vever, 1900.) 



Pendant ce temps, est- il besoin de le 
dire, la bijouterie chômait; les ouvriers 
avaient rejoint leurs régiments. Seul, 
restait à l'atelier un vétéran, inutilisable 
pour Tannée, avec qui, pendant les rares 
moments que notre service aux ambu- 
lances nous laissait libres* nous fabri- 
quâmes, tant bien que mal, les étoiles 
d argent que les généraux nouvellement 
promus gagnaient sur les champs de 
bataille. Tels lurent nos débuts personnels 
dans la profession ! 

Apres Tentrée des vainqueurs dans 
Metz, les francs-tireurs furent activement 
recherchés par eux, et quelques-uns même 
durent expier rudement leur patriotisme 
dans les forte- 



resses alle- 
mandes. Er- 
nest Vever, averti secrètement 
la veille du jour où il devait être 
arrêté, ainsi que son fils aîné 
Paul, put s'échapper à temps 
avec tous les siens et quelques 
officiers français pourvus par lui 
de vêtements civils et de livrets 
d'ouvriers. Le petit groupe, dont 
notre mère et nous-meme fai- 
sions partie, parvint à gagner 
Luxembourg en suivant à pied, 
dans une neige épaisse, la voie 
du chemin de fer. Elle était 
cependant gardée par des postes 
ennemis échelonnés, mais nous 
réussîmes heureusement à leur 
donner le change, non sans 




PENDANT DE COU « Lli PARFUM »■ 

Composition de Jïenc Rozeï- 
(Maison Vcvcr t 19004 



LA TROISIEME RÉPUBLIQUE 



66? 



éprouver quelques appréhensions assez compréhensibles. 

En t S 7 r , aussitôt que l'annexion de la Lorraine à l'Alle- 
magne fut devenue irrévocable. F. Vever, réalisant ou 
abandonnant ceux de ses biens qu'il ne pouvait emporter, 




P K H D A S T D JE£ COU JOAILLERIE ET EMAUX I R A N S P A R H N T S 
SUR OR CISELÉ, 

(Maison Vever, — Exposition de 1900.) 

quitta définitivement Met/ 1 et vint a Paris où il acheta le 
fonds de Raugrand* mort pendant le siège, réunissant ainsi, 
19, rtie de la Paix, sa vieille fabrique de province à celle du 
célèbre joaillier parisien. 

L La sépulture de famille elle-même fut ouverte et les morts, eux aussi, 
ramenés en France- Le caveau vide fut donné plus tard pour y inhumer les 
officiers français morts pendant le siège. 



668 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Vever rencontra un accueil des plus sympathiques à son 
arrivée dans la capitale qui, toute palpitante encore des 
patriotiques émotions du siège, prenait une part très vive 

au deuil des Alsaciens- 
Lorrains forcés de renon- 
cer à vivre sur le sol natal 
pour rester Français. Le 
bijoutier messin, dont le 
caractère élevé et le bon 
sens axaient été grande- 
ment appréciés dès 
l'abord - 9 fut bientôt 
nommé juge au Tribunal 
de Commerce de la Seine 
où il siégea plusieurs an- 
nées, y laissant les meil- 
leurs souvenirs. En 1875, 
ses contrôles de la Lham- 
bre Syndicale lui firent 
rhonneur de le choisir 
pour leur président, 
manifestation spontanée 
d'affectueuse estime, dont 
il fut extrêmement touché. 

Lors de l'Exposition 
de 1878, E. Vever, nom tué 
membre du Jury, fut 
comme tel placé hors 
concours, 11 avait tenu 
cependant à présenter une 
vitrine remarquable, et le rapporteur de la classe, M. Martial 
Bernard père, signale parmi les œuvres principales « un 
grand bandeau dont toutes les pièces sont ajustées sans 
soudure ; un type parfait de collier, du grec le plus pur, 
frangé de brillants et de perles, d'une souplesse admirable 
D'élégants bouquets en joaillerie, un collier assyrien en or 




PENDANT DR COU 

Or, ivoire et émaux ; compo 
(Maison Vever, — Musée d 



POESIE w . 

lion de E. Grasset 
Arts décoratifs.) 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



669 



ciselé, d'un beau caractère, une parure de style classique 
composée cTémeraudes magnifiques, aussi rares comme 




BROCHE «■ APPARITIONS », 

Or, ivoire, émaux, pierres cabochons. - Composition de E. Grasset. 
(Maison Vcver. — .Musée du Luxembourg,) 

qualité que comme grosseur, attiraient particulièrement 
l'attention au milieu d'un ensemble important et très étudie. 
D'une activité sans égale, E. Vever ne cessa de s'inté- 




ii u o c H 1; m a r g u k r< l t ]"-: . 
Composition de K. Grasset. (Maison Ycver. — Musée de Tokîo,| 



resser à toutes les questions professionnelles et corporatives: 
il prit une part très grande à la fondation et aux travaux de 



6;o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE 



la Société d 1 Encouragement dont il était vicè-présidëht et 
déploya beaucoup de zèle pour l'Ecole de la Chambre 
Syndicale; il composa môme, spécialement à l'usage des 
apprentis, une méthode élémentaire de dessin pour laquelle 
il eut la surprise de recevoir du Ministre de l'Instruction 




BOUCLE DE CEINTURE PAON. OR ET ÉMAIL, CORNALINES. 

Composition de \i. Grasset. (Maison E« Yever, igoo.) 

publique, M. Bardoux, le ruban d'officier d'Académie, dis- 
tinction rare à cette époque. 

Son intelligence, son autorité, son dévouement, son 
caractère franc et loyal, lui avaient acquis sans réserve 
l'estime et l'amitié de ses confrères qui le nommèrent à 
l'unanimité président honoraire, en iNNi. lorsque, réalisant 
son désir déjà plusieurs fois exprimé, il renonça à la pré- 
sidence effective de la Chambre syndicale qu'il occupait 
depuis sept années. A la même époque il quitta définitive- 



P E 1 (i N É CVCLAM Ë N . 

Feuilles d ivoire â#ec tâches d'Opales, (leurs en émail Lran&Iudde* 
(Maison Vevcr. — Exposition de jr>oo*| 



672 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



ment les allai res. cédant sa maison à ses deux (ils, Paul et 
Henri. 

Ces derniers étaient du reste ses collaborateurs depuis 

1874, A cette date, en effet, Paul 
Vever (i85i) sortait de l'Ecole 
Polytechnique et avait renoncé 
aux carrières de L'Etat pour em- 
brasser la profession paternelle; 
de son côté, Henri Vever ( 1 S 5 4 > 
avait terminé son année de 
volontariat et son éducation 
^mÊ A technique et artistique. Pendant 

S^^^M L l ue son a ' n ^ se '' vra ^ ^ l I étude 
*Jm des sciences, il avait été mis en 

apprentissage dans 1 atelier de 
bijouterie des frères Loquet. 9.4, 
rue du Temple 1 , où Barberel, 
aujourd'hui chef d^ateljer ehe/ 
Louis Àucoc, fut son « moni- 
teur». Plus tard, bien que chez 
Loguet il eût obtenu la « patie 
de lièvre 0, insigne de son élé- 
vation au rang d'ouvrier \ il lit 
chez Hallet, <p, rue des Petits- 
Champs, un nouvel apprenm- 

i, Loguet frères, fabricants de bijou- 
terie, joaillerie, parures, demi-parures et 
pendeloques en genre fantaisie nouvelle 




PKNDANT DE COU. 

Femme cil ivoire; émaux et h ri liante. 
{ M ai son Vever, 1000.1 



2. Autrefois, on avait coutume, dans 
La plupart des ateliers de bijouterie, de 
passer autour du cou de l'apprenti qui 
devenait ouvrier un ruban auquel était suspendue une belle patte de lièvre, 
toute neuve et bien fournie. La patte de lièvre, emblème spécial au bijou- 
tier, s'utilisait pour balayer doucement les limailles d'or qui restaient sur la 
cheville; elle est aujourd'hui remplacée par une prosaïque brasse, Il est à 
peine besoin d'ajouter que la cérémonie de la réception se terminait ordinai- 
rement par une « tournée » ou par un déjeuner offert par le nouveau dignitaire 
dans quelque restaurant réputé du voisinage, 



LA T R 01 SI JE .M E RÉPUBLIQUE 



^3 



sage d'ouvrier joaillier et de sertisseur: il s'initia aussi au 
dessin professionnel chez Dufoug, spécialiste apprécié pour 




devant u e Corsa g e 1: n j 0 a i l 1. 1: i< 1 e . 
Maison Vever, — Exposition de 1900. j — Largeur : o^iy. 



son tour de main, et qui ne manquait ni d'invention, ni de 
goût. 

Tout en employant ses journées à la pratique du métier, 

4? 



674 UA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Henri Vever suivait chaque soir les cours de dessin, de 
modelage et de composition d'ornement ù l'Ecole des Arts 
décoratifs où professaient alors Cabasson, Etcx, Rouillard, 

Aimé Mil let. Ru prie h Robert, 
Admis après concours à 
PEcole nationale des Beaux- 
Arts, que dirigeait alors 
M. Guillaume, il y entra dans 
l'atelier de Gcromc et obtint, 
comme précédemment à la 
« petite école » , de nom- 
breuses récompenses. 

Ainsi prépare, il fut mis 
aux allai res en même temps 
que son frère, et tous deux 
s'initièrent aux détails de la 
maison qu'ils étaient destinés 
à reprendre. Ils participèrent 
tout particulièrement à la 
préparation des mm Tes qui 
figurèrent à l'Exposition de 
1878 et dont nous avons parlé 
plus haut. En 1880, lors de 
son mariage, Paul Vever de- 
vint l'associe de son père: 
Tannée suivante, Henri se 
mariant à son tour, Ernest 
Vevcr associa ses (ils et se 
retira, prenant un repos bien 
mérité. 

Les deux frères s'ellbr- 
cèrent de donner une nouvelle impulsion à leur maison ; ils 
y parvinrent, grâce à leurs aptitudes qui se complétaient très 
heureusement. La première Exposition à laquelle ils prirent 
part, après leur association, fut celle de 1889. De l'aveu 
unanime, leur vitrine eut un succès sensationnel, du à 




PENDANT D li COU K BRETONNE ». 

Joaillerie, émaux, ivoire, corail, 
(Maison Vever, 1900,) 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



l'importance et à la variété des pièces qui y étaient réunies. 

Klle leur valut un des deux Grands Prix attribués à la 
joaillerie 1 . Desobjets 
d'art en grand nom- 
bre, de la joaillerie 
aux formes inédites, 
des perles et des pier- 
reries de grande 
rareté formaient un 
ensemble au sujet 
duquel le rappor- 
teur. M. Krnest Mar- 
ret, s'exprime ainsi : 
« L'art du joaillier 
se révèle encore dans 
les contrastes de 
pierres qu'il sait réu- 
nir : telle collection 
de diamants i aussi 
rares par la variété 
de leurs couleurs que 
par leur perfection . 
lui commande une 
sobriété complète 
dans rornementa- 
tion de leur mon- 
ture : la vitrine de 
MM. Ycvcr. qui ont 
obtenu un grand 
prix, nous en offre 
un superbe exemple. 
Au milieu des plus 
belles collections de perles, se détache un collier de dia- 
mants de toutes couleurs, plus rares et plus beaux les uns 
que les autres, un diadème soleil-, dont le centre est un 

l. L'autre grand prix fut attribué à la maison Boucheron, 




PENDANT DE COU « iiftETONNJi ». 

Opales sculptées, émaux, diamants. 
(Maison Vever, — Ex position de irjioo.) 



676 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



diamant jaune d'or de 54 carats, une coquille avec un 
brillant de teinte rose, dont la rareté est plus grande encore. 
On ne sait si Ton doit préférer aux diamants les perles 

noires, et quand on ad- 
mire celle de 1 65 grains 
qui lait le milieu de ce 
joli nœud Louis XVI ? 
si calme de mouve- 
ment* retenu par une 
simple épingle d or ter- 
minée par cette superbe 
perle, l'on s'étonne que 
la nature ait pu la pro- 
duire si grosse el si 
parfaite. 

« Les branches de 
fleurs sont d'une très 
belle exécution et nom- 
breuses dans cette 
vitrine; un rameau 
fleuri d'amandier, dont 
les feuilles sont encore 
en boutons, est d'une 
grâce parfaite et pris 
sur nature ; les bois, 
gonflés de sève et un 
peu forts comme au 
printemps, sont sertis 
en or. Un ornement 
d'épaule en perles et 
diamants, d'une grande légèreté de dessin, est une jolie 
nouveauté. Nous aurons à compléter l'examen de cette 
vitrine lorsque nous visiterons les bijoux d'or en ciselure et 
les objets d*art. » 

Deux années plus tard, en 1S91. fut organisée à Moscou 
cette Exposition française qui devait avoir des résultats 




PENDENTIF « SYLVJA », 

Agate sculptcOp diamants et email. 
(Réduction d'un tiers. — Maison Vever, iqoo.j 



LA TROISIÈME REPUBLIQUE 



politiques si importants, et que Ton peut considérer à bon 




BOUCLE DC CEINTURE fl SYRACUSK J>, OH É SI AILLÉ. 

(Maison Vever. — Imposition de ujoo.] 



droit comme le prélude de l'alliance franco-russe. 
MM. Vever répondirent avec empressement à l'appel qui 




DIADÈME PLUME D B PAON, DIAMANTS KT OPALES, 

(Maison Vever. — Exposition de 1900). Largeur : 0™i5. 



fut fait alors au patriotisme des industriels français, et 



678 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE 



envoyèrent dans la vieille ville des Tzars une vitrine plus 
riche encore que celle exposée par eux en 1889. Délégué par 
le Comité, Paul Veyer alla procéder à l'installation de la 
classe, et les deux frères profitèrent successivement de 
cette occasion pour étudier, non seulement les chefs- 




PKNDANT D li COU, K MAUX B T P B R 1- B S L O N V, U K S . 
i Maison VeVêf, K)oo.) 



d'œuvre de la bijouterie et de L'orfèvrerie russes réunis au 
Kremlin et dans les « sobors » et les « lavras » des prin- 
cipales villes de Russie, mais aussi les richesses d'art oriental 
qui composent le trésor impérial de Constantinopîe. Henri 
Vever. après avoir visité le Caucase, poussa même jusqu'à 
Boukhara et Samarkand, d'où il rapporta des documents 
professionnels intéressants. Paul Vever reçut la croix de la 
Légion d'honneur à la suite de cette Exposition de Moscou. 



PBIGNB l-HUILLKS DK C H A P I) O N , K MAUX TRANSLUCIDES DEPOLIS. 

(Miii-jori Vtvi-r, Mu^ol- de* Arts dc-L'orut ils de Hreslaii ■) 



S8o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX< SIÈCLE 




PENDANT Di: COU OR BM Alt. t Û • 

(Maison Vever, moo) 



commissaire rapporteur. Se 
trouvant au delà de l'Atlan- 
tique, il fit, en compagnie de 
son ami André Bouilhet, 
l'orfèvre cousin et collabo- 
rateur de Christofle , une 
tournée d'étude aux Ktals- 
Unis, en Californie, au 
Canada, visitant partout les 
maisons de joaillerie et les 
principales fabriques de bi- 
jouterie et d'orfèvrerie 

Ce fut ensuite TKx posi- 
tion de Bordeaux, en i8g5; 

t. Les observations recueillies au 
cours de ce voyage ont été consignées 
dans les rapports publiés sous la 
direction de M. Camille Krantz, com- 
missaire général du Gouvernement 



à l'organisation de laquelle il 
avait collaboré très active- 
ment. 

L'Exposition de Chicago, 
qui eut lieu en 1898, fournit ù 
la joaillerie française une nou- 
velle occasion d'affirmer sa 
suprématie a l'étranger. La 
maison Yever montra à la 
« World's Fair » une collection 
de joyaux et d'objets d'art qui 
furent des plus remarqués. 
Henri Vcver avait été nommé 




I 1 M îs" DANT U H COU. 
Pyon, émaux cl op£ile>. (Maison Ycvcr. nym.) 




if 




682 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX» SIÈCLE 



Henri Yever étant président du Jury, la maison, malgré 
une participation importante^ ne pouvait recevoir aucune 
récompense. En 1897, a l'Exposition de Bruxelles, elle se vit 
décerner un Grand Prix, eu même temps que Henri Vever 




PENDANT ETE C 0 U « h A S I R P. N K K T J. A V A (i I. H » , 
ÉMAUX MÂTS HT TRANSLUCIDES. 

(Maison Wvlt, Lgoo,) 

était nommé chevalier de la Légion d'honneur, Enfin. Iprs 
de la grandiose manifestation industrielle de 1900, la maison 
Vever eut pour principale préoccupation de ne produire que 
des objets présentant un caractère spécial de nouveauté, 
mais restant soumis cependant aux lois immuables d'équi- 
libre et d'harmonie nécessaires à toute bonne composition. 

français à l'Exposition de Chicago (Comité 24). Paris, Imprimerie Natio- 
nale, 1894. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



683 



Ses efforts dans cette voie turent heureux, puisqu'ils lui 
valurent un nouveau Grand Prix et que les œuvres exposées 




PENDANT D K COU 8 A H Ç O L I E S Ô JOAILLERIE KT ÉMAIL ,+ 

(Maison Vever, --Exposition de rgoo. 

furent l'objet d'appréciations louangeuses de la part des 
personnes les mieux qualifiées pour les juger. 

Dans le rapport officiel de M, Paul Soufflet, joaillier, 
nous lisons : et MM. Vever sont entrés résolument dans la 



6S 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 



voie nouvelle; ils ont voulu rompre avec les anciens erre- 
ments en la matière, et se faire les protagonistes d'une 
nouvelle conception de la joaillerie. Leurs compositions 
hardies, dans un genre encore ignoré du public, leur font 

le plus grand honneur Comment ne pas s'intéresser a 

ces heureuses compositions, dans lesquelles se retrouvent le 




PENDANT DE COU OPALE, EMAUX li T JOAILLERIE. 

(Maison Vever, tg&l . i 



souci incessant du nouveau, la volonté bien arrêtée de 
s'écarter des sentiers battus, et comment, en présence de 
celte réussite, ne pas s'associer aux sentiments unanimes 
du public, sentiments qui se sont manifestés devant cette 
exposition ». 

M .Léonce Bénédite, réminent critique d'art, Conserva- 
teur du Musée du Luxembourg, s'exprime ainsi : « Il n'y a 
pas, derrière les glaces de ces meubles, comme c'est le cas à 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



685 



peu près général, quelques pièces de combat limitées, émer- 
geant d'un Ilot Je morceaux de production courante. J.cs 




PLAQUE DE COU POMMES DE PIN, OR C I S & h K ET É M A I I. L K . 

(Maison Vcver, igo2.) 



sujets significatifs sur lesquels le bijoutier a voulu affirmer 
sa personnalité ne sont pas à compter. Chaque objet marque 




PLAQUE Dr-i COU EN JOAILLERIE, 

(Muîson Vever, l'yoï.) 

une recherche, offre un intérêt particulier; tous ont été 
conçus en vue d'une manifestation qui avait pour but de 



686 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE 



mettre la France hors de pair dans un art qui lui appartient 
pour ainsi dire de droit par ses qualités essentielles. Et Ton 
doit ajouter que, dans ce vaste et imposant ensemble, les 
trouvailles de premier ordre ne sont pas isolées. 

» C'est une vraie joie pour les yeux de contempler ces 

vitrines. Diadèmes, 
devants de corsage . 



et de clarté, par une grâce distinguée, bien française, où la 
nouveauté et la variété sont toujours maintenues par une 
forte discipline. 

» Vever a eu aussi l'ambition de faire dans la joaillerie 
œuvre de vrai artiste et, pour mériter cette gloire, il n'a 
ménagé ni la peine, ni le temps, ni les sacrifices. 

» Ce qui caractérise la forme de son art, c'est d'abord qu il 




pe n d e 1 oq u e s , b r< >c h e s , 
peignes, boucles, vous 
retiennent longuement 
et vous rappellent en- 
core. On n'y est pas 
seulement attiré par la 
Splendeur d'une prodi- 
gieuse joaillerie, par 
battrait tout matériel, 
la beauté minéralogi- 
que de ces diamants 
blancs, jaunes et bleus, 
de ces rubis, de ces 
émeraudes et de ces 
saphirs qui mêlent en 
un vâste éblouissement 
les éclats vifs et mou- 
vants de leurs feux 
multicolores ; on y est 
retenu par le charme 
dïinart tout d'élégance 
et de goût, de mesure 



PENDANT DE COU LOUIS XVI 



DIAMANTS E T SAPHIRS. 



(Maison Vever.) 



LA TROISIÈME RKPUBIJ Q V E 



$87 



continue à n employer que le 
jeu des pierres précieuses ; 
c'est ensuite, qu'il est parvenu 
à créer un style bien personnel, 
remarquable par récriture du 
dessin, nette, franche, bien dé- 
terminée Je sentiment des justes 
proportions entre les divers 
éléments du sujet, le rythme 
toujours sensible et sans confu- 
sion, le travail sobre et peu 
chargé. 11 faut que le bijou se 





PENDANT DK COU, 
ÉMAUX TR.ANSl'ARËNTS, 

(Maison Vever ) 



PENDANT COU f( OXAL1S », 

1Î MAI X TRANSITENT S- 

(Maison Vever-j 



lise facile ment sur les fronts, sur les 
gorges et sur les poitrines, 

» La science mélodique des cour- 
bes, le sentiment des volumes, des 
reliefs et des valeurs, de la dispo- 
sition des masses et des vides, des 
pleins et des déliés, en somme ce 
qui constitue la logique des formes 
et des harmonies, toutes ces règles 
qui découlent de la plus simple de 
toutes : la méthode, cest-a-dire le 
jugement et la réflexion, il n"est pas 
d'imagination, si elle veut faire 
œuvre durable, qui s'en puisse pas- 
ser. C'est ce que s'est répété constam- 
ment M. Vever, et c'est pour avoir 
suivi ces enseignements qu'il a pro- 
duit un si bel ensemble de distinc- 



688 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 



tion, de mesure et de goût, Lalique d'une part, Yever de 
l'autre, ces deux noms pourraient nous suffire pour repré- 
senter tout l'effort proclamé par l'Exposition universelle 
dans Part du bijou K a 

Tout en travaillant activement à donner à leurs créa- 
tions un caractère artistique, à la fois inédit et personnel. 




l'iiNDANT DE COU, 
É m aux diîc 0 L 1 S E T J' B Ri-K LONG UÈ* 

(Maison Vever*] 



MM. \'cver s'intéressent vivement aussi à toutes les ques- 
tions professionnelles et aux associations philanthropiques 
de la corporation; tous deux ont été, à plusieurs reprises, 
vice-présidents de la Chambre syndicale, et membres du 
Conseil de la Société d'Encouragement, Il y a de longues 
années déjà que Paul Yever préside le groupe des marchands 

i. Le Bijou à l'Exposition Universelle, article paru dans Art et Décoration. 
septembre 1900. 



LA T R O I S I K M K fvKIM \\\ \ nr I 



et commissionnaires. Depuis le décès de Boucheron, en 1902, 
Henri Vever est président de la Fraternelle. Collectionneur 
passionné, membre du Conseil de l'Union Centrale des 
Beaux-Ans appliqués à l'industrie, il s'occupe avec beaucoup 
d'ardeur, en cette qualité, du Musée des Arts décoratifs. 
Récemment. MM. Vever onl transféré leur maison de 




El R O <: 1 1 K BMERAUDB ET BRILLANTS. 
Réduction d un dixième. fMaisoti Vever.» 



commerce dans un immeuble construit spécialement par 
eu.x et pour eux. au n° 14 de la rue de la Paix, où sont 
réunis, comme a Met/, magasins cl ateliers, 

(Test là que prochainement deux des lils de Paul Vever, 
André et Pierre, quatrième génération de bijoutiers fournie 
par la famille, s'inspirant de ses traditions et soucieux de 
maintenir son renom, viendront à leur tour continuer son 
effort et, nous l'espérons , avec succès. 

44 



690 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 




BROCHBS OH MAT Kl J O A 1 L L li ft 1 E 



Nous niions aborder main- 
tenant Fanal y se des œuvres de 
i'hôrnme qui , incontestable- 
ment, a le plus contribué à la 
rénovation du bijou dans la 
période qui nous occupe. Si 
nous l'avons réservée jusqu'ici, 
ce n'est pas seulement par 
coquetterie d'au leur, a lin d'as- 
surer à la fin de noire travail 
le plus d'intérêt et d'éclat pos- 
sible, c'est atissi parce que l'im- 
pulsion donnée par Laliquc 
dans les dernières années du 
xix e siècle se continue toujours 
active au siècle actuel et que 
nous ne pouvions mieux ratta- 
cher le Passé au Présent et à 
PA venir qu'en consacrant nos 
dernières pages à fart i sic dont 
le nom est universellement 
connu et dont faction tut si 
prépondérante et si efficace 
pour nos industries. 

Laliquc i René-Jules i , lils 
d'un commissionnaire en mar- 
chandises parisien, établi rue 
Chapon, naquit en [860 à A y 
Marne!, pavs d'origine de -a 
mère. Ramené à Paris quelques 
mois après sa naissance, il ne 
retourna dans son pays natal 
que pour passer de paisibles 
vacances dans cette campagne 
champenoise qu'il aimait pas- 

PENDANT DE COU KN JOAILLERIE 

sionnémenL II demeurait de D^s?ïa4èL«jique(i88^, 




LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



longues heures à révcr devant les plantes, les arbres, les 
fleurs, dont il admirait les formes élégantes, les colorations 
variées et l'exquise harmonie, absorbé et profondément ému 
parla contemplation de ce spectacle toujours renouvelé de 
la Nature qui a tant contribué à la formation et au dévelop- 
pement de son tempérament artistique. 




ït k o <; 1 1 1; s u \: y antaisik, o h a a t kt joaillerie» 
Ijessin de Lalique ( i883|, 



Il resta jusqu'à l'âge de quatorze ans au collège Turgot. 
puis continua ses études à Fontenay-sous-Bois. Son plus 
grand plaisir, dans ces deux établissements, était de crayon- 
ner tout ce que lui suggérait déjà son imagination ; ses cahiers 
et ses livres étaient remplis de croquis, et ses petits cama- 
rades d'alors lui demandaient souvent des « bonshommes » 
que Lalique leur donnait de la meilleure grâce du monde. 



6g2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



C'est à Turgot qu'il commença l'étude du dessin avec 
Lequicn père, et, aujourd'hui encore, Lalique se plaît à 

reconnaître qu'il lui incul- 
qua d'excellents principes. 
Les grandes dispositions na- 
turelles de l'élève, d'ailleurs 
très attentif, lui valurent 
de rapides progrès; à douze 
ans il obtint le premier prix 
de dessin. 

Lalique avait a peine 
quinze ans qu'il cherchait 
déjà a utiliser son jeune 
talent d une façon pratique, 
car il avait le vif désir d'ar- 
river bientôt à se suffire à 
lui-même. Pendant une pé- 
ril >de de vacances, il s essaya 
à faire de la miniature, pei- 
gnant à la youache sur des 
cartes d'ivoire mince 
bouquets de Heurs qu'il 
réussit à vendre à de petits 
marchands d'Epcrnav ; il 
était très heureux et fier 
lorsque le travail de sa ma- 
tinée lui avait rapporté cent 
sous. Stimulé par ces résul- 
tats et par le plaisir de trou- 
verdesacquéreurs,il prenait 
confiance en lui-même pour 
l'avenir. « A cet âge, disait-il 
en nous donnant ces détails, on est content quand on sent 
qu'on est quelqu'un ». Cette fierté d'enfant était pour le pré- 
coce artiste le prélude de cette joie si forte qu'il devait plu> 
tard éprouver dans toute sa plénitude et sans interruption : 




It R A N C H t P KGLANTIKR. 

Dcssif] original de Lalique [tiî83j< 
HiiuU-ur : 2 2 CèJtt. 



[VA f RGiSIÈMË REPUBLIQUE 



celle de pouvoir préciser ses rêves, d'innover, de créer. Mais 
l'enfant, en dehors de son goût pour le dessin, n'avait pas de 
vocation déterminée et il 
fallait pourtant qu'il choisît 
un état. A sa mère, devenue 
veuve en i on avait dit 
que le métier de bijoutier 
n "était pas fatigant et per- 
mettait de gagner largement 
sa vie. Elle mit donc son 
fils, alors âge de seize ans, 
en apprentissage chez 
M. Louis AueûC. Pendant 
deux ans, il s'initia à la 
partie technique de sa pro- 
fession, mais continua néan- 
moins à se livrer à sa pas- 
sion du dessin en s'exerç&nt 
à composer des modèles de 
bijoux, dont quelques-uns, 
exécutés dans l'atelier de 
son patron, constituent en 
quelque sorte ses premières 
œuvres anonymes en bijou- 
terie, « mais, dit Lalique 
en riant, elles n'étaient pas 
fameuses ! » 

Vers cette époque, il sui- 
vit les cours de l'Ecole des 
Arts décoratifs; il dut les 
abandonner au bout de 
quelques mois, ne pouvant y aller d'une façon régulière, 

Lalique quitta l'atelier Aucoc pour se rendre en Angle- 
terre. Il y resta deux ans, au collège de Svdenham.où il 
travailla avec une nouvelle ardeur, ne négligeant aucune 
occasion de se perfectionner dans l'étude du dessin qu'il 




M A K fr i; l: J< J L K E N ht A T 1. I. R R t K 



0g 4 I A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



préférait à tout. (Test ainsi qu il prit part à presque tous les 
concours de composition d'art décoratif que les revues et les 
journaux anglais organisaient déjà, devançant de beaucoup 

notre pays sur ce point. 

A son retour ù Paris, 
Lalique entra , comme 
dessinateur chez, un de 
se s pa ren ts , M , Y u i 1 1 e ret , 
rue de Saintonge, qui 
lui man il estait sa sur- 
prise de le voir se lancer 
dans cette voie : « Tu 
veux faire des dessins de 
bijoux, lui disait-il, mais 
cela ne mène à rien ! Tu 
verras que dans deux ou 
trois mois tu ne sauras 
plus qu'inventer et. ar- 
rivé au bout de ton rou- 
leau, tu seras bien obligé 
de t'arreter ». Il passa 
ensuite une année ( 1 88 1 ) 
chez M. Petit fils .Au- 
guste), rue de Chabanais 
et le quitta afin de pou- 
voir suivre d une façon 
[Mus indépendante la fan- 
taisie de son caprice; il 
se mit alors dessinateur 
en chambre. 

Tout en continuant à 
fournir de dessins ses anciens patrons, il agrandit le cercle de 
sa clientèle et composa des modèles pour un grand nombre 
de fabricants et de marchands bijoutiers, tels que Jacta. 
Aucoc, Cartier, Renn, Gariod, Hamclin, Destape, etc. 1 Kn 

i, Lalique dit aujourd'hui que ces dessins étaient à des horreurs ». 




BRANCHE DE GERANIUM 

Dessin de Laliquv (1884I. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 




A R A I G N g R ES JOAILLERIE. 

Dessin Je Lui que 1 18S4L 



outre, il faisait de temps en temps des gouaches, des éven- 
tails, des dessins pour papiers peints, étoffes, etc. 11 profita 
de sa liberté pour apprendre 
la sculpture et suivit les 
cours du statuaire Lequien, 
le fils de son ancien profes- 
seur de Turgot, qui ensei- 
gnait le modelage dans une 
école de la ville devenue 
depuis Fécole Bernard Pa- 
lissy, 

A la même époque, Lali- 
que s'essaya aussi dans la gravure à Peau-forte, mais, 
malgré nos recherches, nous n'avons pu retrouver aucun 
spécimen de ses œuvres pendant celte période. La gravure 

le séduisait beau- 
coup : en [ 883, il 
songea à utiliser ce 
procédé pour une 
publication d'an in • 
dustriel qu'il vou- 
lait créer et dont il 
aurait été a la fois 
le directeur, le gra- 
veur, l'imprimeur 
et l'éditeur, et dans 
laquelle les gra- 
vures, sans texte, 
auraient été accom- 
pagnées de légendes 
sommaires, gravées 
également à l'eau- 

forte ; quanta la vente, il suffisait, pensait-il. d'avoir des 
abonnés à qui devaient être expédiés les numéros par la 
poste. Cette juvénile ardeur eut certes mérité sa récom- 
pense, Lalîque était d'ailleurs très encouragé dans cette 



r* r* • m m $ % >.* 9 & & $ $ <$> 

mm&mmrmmmmm. 

è é % ■*> * h é & é » & 




HIUCKLKT SOUf'LK 11 N JOAILLERIE, 
BROCHE SAUTER K L J- E - 

Dessin Je Laliqiie | iâg 



orjti LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



voie par notre regretté confrère Charles Arfvidson à qui il 
fournissait des dessins cl avec lequel il était en très bons 
termes, Arfvidson pensait qu'il y avait là un excellent moyen 
de répandre des modèles nouveaux chez un grand nombre 

de fabricants; déjà plusieurs 
d'entre eux. persuadés par lui, 
s'étaient inscrits comme abonnés 
de la future publication sans en 
avoir rien vu. Mais ce beau projet 
ne se réalisa pas, et on ne peut 
que le regret tel' pour nos indus- 
tries. Entre temps Arfvidson avait 
parlé de son artiste à l'éditeur 
Rothschild qui de son coté s'oc- 
cupait précisément d une revue 
analogue également destinée aux 
fabricants . mais principalement 
aux fabricants étrangers ; il fallait 
donc traiter Particte d'exportation* 
L'éditeur s'était adressé à des or- 
nemanistes peu versés dans le 
des>in de bijouterie et par consé- 
quent incapables de fournir des 
modèles intéressants ou pratiques : 
aussi, saisit-il avec empressement 
l'occasion qui lui fut offerte de 
s'entendre avec Lalique, dessina- 
teur parfaitement inconnu d'ail- 
leurs, mais déjà spécialisé dans le 
bijou* I /accord se lit facilement, à raison de deux plancher 
i aquarelles i à livrer par mois, au prix de 5o irancs Tune. 
Lalique collabora à cette publication pendant un an environ, 
puis, la trouvant dénuée d'intérêt pour lui et ayant d'autres 
travaux, il passa la main a un dessinateur nommé Banne- 
ville qui travaillait pour Le Saché. 

i. Le Bijou j publication mensuelle fondée en 1^74. 




EPI DE fi L K K N M j A I L I, E R I K . 

Ilessin de Lalique []$&). 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 697 



A ce moment. Laliquc contracta une association, Ju 
reste peu connue, dans les circonstances suivantes. I n vieil 




B R (H! il 1: s EN ÛK i: I S EL K 
par Laliqiu: (|8â3|. 

ami de sa famille, nommé Yarenne, très brave homme, 
possédant une certaine instruction et quelques notions de 




BROCHE NŒUD DE TULLE OR HAT, BORDÉ DE JOAILLERIE 
pn r I .aligne i SS^j. 



dessin^ perdit alors la fortune qu'il avait acquise à Saint- 
Etienne comme metteur en carte pour les rubans. De son 



6 9 S LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE 



côté, Lalique composait déjà avec facilité et désirait consa- 
crer tout son temps au dessin ; aussi, sur La recommandation 




OISEAUX CHANTI l H S 
par Lalique 1 i*sq . 



de sa mère, et très heureux de pouvoir ainsi venir en aide 
à son ami, s"associa-t-il avec lui. 

Yarenne fut chargé de placer chez les fabricants bijou- 
tiers les dessins du jeune artiste, qui lui remettait géné- 
reusement comme rétribution la moitié du prix de vente. 




1 1 K S S I N Dfl B R ACEL1 I 

pur Lalique 



Nous avons eu la bonne îortune de retrouver quelques-uns 
de ces dessin- portant au dos la griffe commerciale : La- 
lique et Varenne, rue de Vaugirard, 84. Suivant le procédé 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



69g 



alors généralement adopté, ils sont sur fond noir, pour mieux 
taire ressortir le motif, et, pour bien imiter Tor. exécutés avec 
de la gouache d'un jaune vifet cru. Lalique nous demanda de 
lui remettre ces dessins a afin de les brûler aussitôt, ainsi 




BOUQUHT I> E JOAILLERIE 



qu'il avait fait de beaucoup d'autres », ce à quoi nous nous 
sommes refusé, bien entendu, estimant qu'ils constituent 
pour les jeunes gens un excellent encouragement, et qu'ils 
ne font qu'accentuer le mérite de Lalique lui-même, car ils 
montrent tout le chemin qu'il eut à parcourir pour arriver 
où il est aujourd'hui. D'ailleurs, si parmi ces dessins il en 
est d'insignifiants — et se sont ceux qui devaient se vendre 



7 oo LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX» SIÈCLE 




HR ri C II E 

par Lalîqufc(t8ij$). 



le mieux — il s'en trouve d'autres, tels 
que le pantin, le ballon, le moulin à 
vent, reproduits page 691, dans les- 
quels on reconnaît déjà la fantaisie nais- 
sante et l'originalité qui se développeront 
plu> tard pour arriver à l'éclatante mani- 
festation que l'on sait. 

I /associât ion I clique et Y a renne, 
peu f ructueuse, dura environ deux ans. 
A cette époque (1884), on commençait 
à parler de l'aliénation des dia- 
mants de la Couronne; le Sénat 
s'occupait même de la question. 
Les précieuses gemmes étaient 
exposées au Louvre, dans cette 
même Salle des Etats, où elles 
furent vendues en 1887, Pour 
justifier le droit d'entrée perçu à 
ta porte, on y adjoignit une Impo- 
sition nationale des Arts indus- 
triels, organisée par M. Mu/et. 
au profhdcs Ecoles d'art industriel- 




H U f 1 0 H H 

pat Laïque i iBt>3), 




h R o<: 11 k 

pat Lahque (iÔq3J< 



À cette Exposition avait 
pris part, a cote de fabri- 
cants de bijouterie-imitation 
et de fabricants de perlés 
fausses, quelques joailliers, 
parmi lesquels M . Alphonse 
FOuquet, qui avait tait tïgu- 
fer sa a collerette médicis», 
le « diadème aux deux chi- 
mères le « diadème pom- 
péien » et d'autres œuvres 
de joaillerie et de bijouterie. 
Dans un coin de la salle émii 
modestement accrochée au 




& R O G U t& - C M A U lu i S . 0 tî K I H M K R A I l> t; S C t A H 0 Ç HONS 

pur Lsilivjuc < 




BROCHE MIMOSA EN JOAILLERIE 
par I,Eiliqui: (1*92). — Largeur : o"i j. 



7 o-î LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIECLE 



mur l'exposition de Lâliqtie, composée uniquement de 
dessins de bijouterie, parmi lesquels un projet de cadre, 
un éventail de (leurs avec sa monture, eie. Ces dessins 
n'avaient rien de particulièrement remarquable et n'atti- 
raient pas beaucoup le publie; cependant ils ne passèrent 
pas inaperçus pour tout le monde. Laliquc se rappelle 
encore, et avec plaisir, qu'un confrère s'avançant vers lui 




COLLIER «KCLÀBOUSSURESD EN JOAILLERIE 

par Làligue (1*91)- 



le félicita en ajoutant : « Je ne connaissais pas actuelle- 
ment de dessinateur en bijou, enlin. en voïei un! » be 
confrère qu'il n'avait encore jamais vu n était autre qu Al- 
phonse Fouquet avec qui, depuis, il entretint d'excellentes 
relations. 

Parmi ceux qui s'adressaient régulièrement à Lalique 
pour les dessins dont ils avaient besoin et qui appréciaient la 
nouveauté de ses idées, se trouvait Jules Destape 1 qui. après 

t. J- Destape avait un frère, Alexandre, qui, d'abord établi graveur, entra 
plus tard dans la maison Ravaut, rue de la Paix, i?. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQl'K 



avoir été ouvrier, puis chef d atelier chez Baugrand, dirigeait, 
place Gaillon,un atelier de joaillerie où la fabrication était très 
soignée. Il avait aussi acheté en Algérie des terres qu'il vou- 
lait transformer en vignobles \ mais dont l'exploitation ne lui 
était pas facilitée par la distance: aussi, vers la fin de t 885 . 




BROCHE renais à a N C k 
^ar LaJiqtie. 
Joaillerie, améthystes, opaks. 
(Salon de ify5 \ Largeur : o m i5, 

J. Destape, aspirant au repos 
et désireux, comme le sage, 
de cultiver lui-même sa vigne, 
proposa-t-il à Lalique de lui 
céder sa maison à des condi- 
tions avantageuses. 

Lalique fut d'abord très 
surprix de cette proposition 

aussi flatteuse qu'inattendue, car Destape insistait, en faisant 
valoir qu'un homme de sa valeur pouvait tirer un excel- 
lent parti de son établissement : « .Pétais ému, troublé, nôtls 
dit Lalique, d'entrer dans une voie nouvelle, et j'hésitais 
beaucoup à me lier, me demandant avec anxiété si cette 




t. Depuis la destruction des vignes françaises par le phylloxéra, on créait 
beaucoup de vignobles en Algérie* où ils semblaient réussir. 



7 o 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XÏX' SIÈCLE 



situation de chef de maison aliénerait ma liberté ou au 
contraire m'en donnerait davantage. Enfin, toutes réflexions 
faites, je me décidai et. ujouta-t-il, ce tut la conversion 
définitive ». 

A partir de ce moment (i8S6k affranchi de toute 




PENDANT I> H V 0 U K N J 0 A I L 1„ li U I 13 , lï E N RE k K N A I S S A N B 

par Lali^uc ( i*rp}. 

entrave, n'ayant plus à se sou mettre aux désir- ou aux 
exigences de ceux pour qui il faisait des dessins ou de leurs 
clients. Lalique put se consacrer librement et entièrement à 
des créations personnelles dégagées de la moindre influence 
étrangère. Ce ne fut pas encore le grand essor qui devait, 
quelques années plus tard, le conduire à rénover Tart de la 
bijouterie, mais il commençait à voler de ses propres ailes 




P £ 1 G N Jfi RN COIîNK, PAONS SUR ROSACK D'OPALES 

par Lalique (189&), (Musée des Arts décoratifs,) 



job LA BIJOUTERIE FRANÇAISE À 13 XIX e SIÈCLE 



et, pour l'observateur attentif, il faisait déjà naître de belles 
espérances. 

Pendant plusieurs années, il s'adonna exclusivement à la 
joaillerie pure, aux brillantes et blanches parures tout en 
diamants. Destape lui avait laissé un atelier bien organisé 




& OU CL 8 IRIS £m AlULÙS 
par Lalique, Salon de iSy7.f 



avec matériel complet, des ouvriers habiles et disciplines, 
et enfin un contremaître de grande valeur nommé Brianeom 
homme ingénieux, adroit, aimant son métier, dont Lalique 
sut apprécier les qualités, et qui est resté son collaborateur 
depui> plus de vingt ans. Progressivement, Lalique intro- 
duisait plus de liberté et de fantaisie dans ses compositions. 
C'est ainsi qu'en 1887, il eut ridée d'une grande parure de 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



joaillerie représentant tout un vol d'hirondelles, dont il 
voulait faire sentir la perspective par la dimension décrois- 




BRACELET 1 ft I S . 

Émaux mauves et viokls nuance* t-ur fond* d'opales, par L£lîque. 
(Salon âc 18g-.)— largeur : (i»m:. 



santé des oiseaux. Il en fit une maquette et. comme elle 
lui donnait satisfaction, il la présenta chez Boucheron pour 
lequel, d'ailleurs, il travaillait régulièrement depuis ses 
débuts. 

Mais on ne sait pourquoi celui-ci, qui cependant en avait 




PLAQUE DE COLLIER ÉMAIL ET JOAILLERIE 

par Lalique (iKf^i. (Musée du Luxembourg.) 



risqué bien d'autres, la trouvant d'une fantaisie excessive, 
ne la commanda pas. Néanmoins. Laliquc qui avait foi dans 



jô$ LÀ BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX? SIÈCLE 




PENDANT D li C O U 

par Lui L] ne. (Salon de iSyS.j 



la réussite de ce bijou, l'exécuta à ses risques et périls et. 

aussitôt terminé, le représentât! Bou- 
cheron qui l acheta im médiateinen i 
et félicita l'artiste de son originalité 
et de son goût. 11 n'eut d'ailleurs 
pas a le regretter, car. dans la suite, 
il vendit UH grand nombre de ces 
parures d'un très joli effet et dont les 
oiseaux pouvaient a volonté se por- 
ter seuls ou groupés, dans la coiffure 
ou au corsage. 

Les affaires de Kaliquc prospé- 
raient ; des commandes lui venaient 
des principaux joailliers de Paris, de 
sorte que, voulant agrandir son éta- 
blissement, il le transporta, en 1887, 
de la place Gaillon au n° 24 de (a 
rue du ( )uau -e-Septembre. (Test la qu'il exécuta la plupart 
des pièces qui figurè- 
rent à l'Exposition de 
1889 dans les vitrines 
de plusieurs des expo- 
sants les plus en vue, 
pour qui il fut un col- 
laborateur anonyme 
et très précieux.* 

Entre temps, son 
goût de coloriste le 
portait vers l email. 
11 lit des fleurs et des 
papillons charmants, 
d'une forme parfaite 
et d une fraîcheur de 
ton tout à fait sédui- 
sante; il fabriqua dans 

le même genre, des broches représentant un nueud de satin 




PENDANT DE COU* 

l\um> email bt&ftC et énieraudes, par LuEuiuc 
<Salon de ï8</8*) 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



en émail dépoli de couleur claire qui eurent beaucoup de 
vogue. Peu à peu, se consacrant moins exclusivement à la 
joaillerie, il se laissa aller à composer de très jolis bijoux dans 
lesquels 1 or. L'émail et les pierres se mariaient agréablement, 
I/extension qu'il donnait à sa fabrication au moyen de 
recherches incessantes et de procédés nouveaux, ramena 






DEVANT D i: I Q B S A G B 
par Laitue. (Exposition de 1900- 

encore à augmenter son atelier, qui com- 
portait une trentaine d'ouvriers, et en 
1890 il le transporta rue Thérèse, n fJ 20. 
au coin de l'avenue de l'Opéra, au troi- 
sième étage. Le local était clair, gai. très 
bien situé; il s'y installa en artiste, créant 
ù cette occasion des modèles de meubles, 
de tables, pour son Usage personnel, 
décorant les murs et les plafonds de sculptures curieuses : 
chevaucher de femmes aux formes harmonieuses, d'un 
effet très original, et utilisant le concours de son beau-père 
et de son beau-frère, Auguste Ledru père et Auguste Ledru 
tils, tous deux sculpteurs de talent, qui furent souvent ses 
collaborateurs pour traduire en relief ses compositions. 
Lalique passait ses journées assis a sa table de travail, le 
pinceau ou 1 ébauchoir à la main, avant constamment autour 
de lui en abondance sur les meubles, dans tous les coins. 




7 io LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



des fleurs dont il était amoureux depuis sa plus tendre 
enfance et qui offraient en permanence à sa vue la délica- 
tesse Je leur coloration et l'élégance de leurs formes qu'il 
savait analyser avec le goût le plus ratïiné. (Test dans ce 
milieu de rêve qu'il créa tant de jolies choses, ou plutôt 
de belles œuvres; c'est de là que sortirent les premiers 

bijoux qui lurent vérita- 
blement <f du I ,alique 

Mais avant J'en arri- 
\ er à ce point. ] ,alique 
dut fournir une somme 
de travail énorme. <* Des 
1887, nous dit-il, il me 
l'ai lut entreprendre un 
labeur considérable pour 
trouver de la joaillerie 
qui fut différente de celle 
exécutée jusqu'alors ; en 
1889, j'avais franchi cet 
échelon, et une fois 
obtenu ce que je cher- 
chais, le travail me de- 
vint facile. Mais en 1892, 
c'est un effort vraiment 
extraordinaire que je dus 
taire pour sortir complè- 
tement de ce que ("avais 
lait précédemment. Je tra- 
vaillai sans relâche, des- 
tinant, modelant, faisant des études et des essaie techniques 
de tous genres, sans interruption, avec la volonté d'arriver à 
un résultat nouveau et de créer quelque chose qu'on n'au- 
rait pas encore vu. Ce fut une époque de surmenage qui 
me fatigua beaucoup, mais qui aboutit aux Salofis de l%5 5 
1 Sqô et aux suivants. » 

En i8q3, il prit part à un concours organisé par l'Union 




PENDANT D K C O U . 

[-'cm me eti agate sculptée, chevelure d or t 
iris émail lés, par Lâfiqûe. 
(Salon de l Bù8, 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



Centrale des Arts Décoratifs, dont le sujet était un vase à 
boire. Le premier prix, de 
i,5oo francs, fut attribué à 
\L Mouchon, qui avait choisi 
pour son œuvre une forme de 
gobelet, et le second prixpoo ir. \ 
il Lalique. Le rapporteur du 
concours. M. de Fourcaud, 
s'exprime ainsi à son sujet : 
« deuxième prix à l'auteur d'un 
calice assez élevé, reposant sur 
un pied carré dont les arêtes 
tendent à s'infléchir en spirales, 
a lin de racheter le plan qua- 
drangulaire. et se cerclent d'un 
anneau sans ornement qui sert 
de nœud. Le passage à la forme 
ronde est ménagé à merveille, 
à ceci près que la bague parait 
grêle et sèche dans un ensemble 
très nourri. Tout le thème orne- 
mental s'emprunte au chardon : 
des feuilles déchiquetées tapis- 
sent la partie inférieure, des 
têtes épineuses l'ont <aillic au- 
tour de la courbe, parmi des 
entrelacs rubannés. Ce vase, 
d'un type religieux, atteste, en 
son ingénieux décor, en sa fac- 
ture libre et nette, un talent sur 
de soi 1 ». 

Lalique a beaucoup travaillé 
le verre. Il fit aussi un peu de 
céramique, mais la terre émaillée était « moins prenante » 
pour lui. 11 avait une installation complète de verrier dans 

i t Les Arts du métal, p, 228. 




R R Ëj T S Jï K G tl A I 4 N K É M A 11 , I . É S 

par Lûlique. {Satun dv 1808,] 



7 it LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 



son local de la rue Thérèse et pendant trois ans il se livra, 
en véritable alchimiste, a des études suivies qui l'intéres- 
sèrent au plus haut point. Encouragé par tous ceux qui 




u H OCH H 
par Lûlique (i8gf$|, 



s'occupaient des arts du feu et en particulier par MM. Jules 
Henri vaux, directeur de la manufacture de SaïnfcGobaia, 
et Léon Appert, auxquels il avait montré ses essais, il 
continua ses recherches avec une passion toujours crois- 




H R A C K L ii T C 1 « A U <■' K - S ( J [ / Ét 1 S K M Ail. M L li t; , K T O 1 I . \ . S l. X U I A M A fiTS 

par Ltkliquc (1698). 



santé, se relevant la nuit pour surveiller ce qui se passait 
dans les fours, examinant avec anxiété s'il y avait lieu 
d'augmenter ou de diminuer la chaleur pour obtenir cer- 
tains résultats. 

Nous avons vu des pièces très curieuses exécutées par 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



7*3 



Laliquc pendant cette période (1890 à 1S92) : une petite tete 




P E T G N E EN C O H N K A ÛKC Q It D 1 O M BKLLES 

p;ir Indique ( 1 8t>K). 

de saint Jean-Baptiste décapite, pleine d'expression : des 
panneaux décoratifs fondus ù cire perdue, représentant un 



7 i4 LÀ BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



centaure, et une centauresse ; des vases en verre diverse- 
ment coloré, un gobelet à décor de houblon, etc. Malgré la 
grande variété de ses essais. Lalique ne les a pas tous appli- 
qués. Les premiers objets en verre qu'il exposa figurèrent 
au Salon de 1 8 y 5 ; on y vit entre autres une sorte de grand 
camée ovale, dont l'exécution remontait à i8()3 et qui repré- 
sentait une femme nue, debout, se eoillant. Cette pièce peu 
importante, en verre de plusieurs tons simplement moulé 
sans retouche, permettait cependant de se rendre compte 




it ( » u C l E m: r.His % u r e 



que Lalîque connaissait déjà bien son métier, et était maître 
de son procédé : il l'utilisa ensuite dans ses bijoux. Vers 1896. 
il fit un ornement de corsage en verre, grande broche repré- 
sentant V Hiver, avec des cristallisations sur des arbres nei- 
geux d'une grande finesse de coloration; l'invention était 
vraiment originale. Celte parure avait été commandée pour 
la Russie. 

De 1 89 1 a 1894, Lalique composa et exécuta deux impor- 
tantes séries de bijoux pour rôles de Sarah Bernhardt 
dans Jseyl et dans Gismonda. Il déplore de ne pas avoir été 
mis au courant du scénario de Gismonda. parce que ses 




UNE PARISIENNE EN 



7i6 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



créations auraient été plus appropriées au caractère de 
l'œuvre, tandisque se souvenant des recommandations qui 
lui avaient été faîtes pour Iseyl, d'être très sobre dans les 
ornementations et d'éviter le clinquant, il fut amené à com- 
poser des bijoux du même genre qui étaient trop fins, trop 
atténués pour un rôle tel que celui de Gismonda. 

Il prit une brillante revanche au moment où la grande 




B R 0 C II B 

pyr L&ljqutE i i H 



tragédienne reprit à la Porte Saint-Martin le rôle deThéo- 
dora, qu'elle y avait créé dix ans auparavant. Ces parures, 
de grande dimension, diadèmes, colliers, ceintures, etc., 
destinés à être vus à une certaine distance et sur une vaste 
scène, étaient conçus dans un sentiment très décoratif et 
somptueux. Ils furent très admirés. Dans le même ordre 
d'idées, il exécuta plus tard, en 1899, pour M mc Bartet dans 
le rôle de Bérénice, un très grand diadème avec des figures 
d'Isis aux ailes jointes, des fleurs de lotus et cinq scènes de 
la vie des Courtisanes sculptées en bas-reliefs d'ivoire. Cette 




PAR UH H ù i: C O R S A <; K . 
Tète êo agate sculptée, dievdnre en or repercé, ornée de fleurs en diamants, p;ir Lalique. 

i Salon de i8qb'.) 



7 iB LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



pièce, naturellement composée dans le goût antique, ornait 
toute la tête. Bien que d'un travail fort délicat et d'un poids 
minime pour son importance (il était en aluminium), on 
trouva ce diadème généralement trop volumineux, mais la 
comédienne Taxait voulu ainsi. Toutefois. Lalique n'était 
que médiocrement séduit parle bijou de théâtre qui. disait- 
il, tenait le milieu entre le bibelot et le bijou. 



une médaille commémorative ; mais, pour une raison que 
nous ignorons, il ne l'exécuta pas. Klle fut remplacée au 
dernier moment par des réductions du portrait fait par 
Lalique, qui donnèrent de charmantes plaquettes. 

C'est en 1894. au Salon de la Société des Artistes fran- 
çais, au Palais de l'Industrie, que Lalique exposa pour la 
première fois sous son nom, non plus des dessins comme il 
Pavait fait précédemment, mais des objets terminés. Il avait 
envové dans la section de sculpture, une couverture de 
carton à musique représentant les Walkyries^ bas-reliel en 




B O t T ! \ ï U ET K W G N T » H i : N K M A I L 
par Lalique. (Musée des An* IK-irorutino 



Lalique lit par la suite 
un gtfàîid nombre de bijoux 
de ville pour Sara h, dont il 
avait fait la connaissance 
par l'entremise du peintre 
Glairin, son ami. 11 put 
donner libre cours à son 
imagination et à sa fantaisie 
et créa alors des objets d'une 
rare originalité. Ln 1890, 
Lalique. qui peut tout oser, 
avait modelé un portrait de 
Sara h Bernhard de profil, 
et de grandeur naturelle. 
Plus tard, en 1894, croyons- 
nous, lors de la fête qui fut 
offerte à la grande tragé- 
dienne par ses admirateurs, 
on avait commandé a Uotv 



la troisikmk répUélique 



ivoire obtenu par le procédé du tour à réduire. Depuis un 
an déjà il utilisait, 
pour ses bijoux et pour 
l'ivoire, le tour à ré- 
duire qui jusqu'alors 
n 'avait été employé 
que par les graveurs 
en médailles. II pou- 
vait ainsi faire son 
modèle en cire ou en 
plâtre d'une assez 
grande dimension, en 
établir commodément 
le modelé et les détails, 
lesquels, à la réduc- 
tion, devenaient d'une 
délicatesse extrême et 
paraissaient ciselés 
par des ouvriers pro- 
digieusement habiles. 
On établissait ensuite 
un poinçon et une 
matrice que l'on por- 
tait tout simplement 
chez 1 estampeur. Là- 
lique préférait ce 
moyen à tout autre, 
parce que. dit-il, 
« ayant modelé le bi- 
jou, j'étais sûr d'avoir 
la traduction la plus 
fidèle des effets que 
j'avais cherchés, sans 
passer par 1 intermédiaire d'ouvriers ciseleurs ou autres ». 

Les bijoux et objets qu'il produisit de cette façon éton- 
nèrent tout d'abord et déconcertèrent par la finesse de leur 




im-;igni-: p L VOIRE, 

JUIRLANDES DIÎ FMiUKS KN ÛR T ÉMAIL 

par Lafiqut: (j-Sgty}, 



/I UT AMANT S 



7 20 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



exécution. On se demanda par quel prodige il obtenait un 
pareil résultat. Mais lorsqu'on eut découvert le «. truc », 
son exemple fut vile suivi, si bien que Janvier, qui avait un 




PENDANT DE COU. 

Bas-relief en chrysopnme, pommes de pin en *'mail vert s'IiEirmonisiiiit avec J"or du bijou, 
pi» r Lalique (1900). — I! auteur : îor inillini. 

vaste atelier et un outillage perfectionné pour ce genre de 
réductions mathématiques, usité pour les médailles, lut 
débordé par les commandes des bijoutiers et dut agrandir 
son établissement. Il fallait parfois attendre longtemps avant 
d'avoir une machine disponible. Les premiers bijoux ainsi 
faits par Lalique, en i8c>3, furent des broches; il étendit 



722 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



ensuite ce procédé à la fabrication de toutes sortes d'objets : 
bagues, peignes, bracelets, etc. obtenant, quand il était 
nécessaire, un très haut relief* Il s'en servit également pour 
rivoirc et pour la corne employés, soit dans des parures, 

soit dans Je grandes 
pièces d Orfèvrerie : 
coupes, calices, cof- 
frets, etc. 

I /année suivante, 
en i8()5, — date à 
retenir — la Société 
des Artistes français 
adjoignait pour la 
première fois une 
section d'Art déco- 
ratif au Salon et y 
admettait les Arts 
industriels, les Arts 
mineurs, qui avaient 
été tenus à 1" écart 
jusqu'alors, Lalique 
y envoya une série 
d'œuvres qui. tout 
de suite, retinrent 
l'attention . «J'ai 
résolu d'envoyer au 
Salon, nous dit-iL 
parce que. lorsque 
je présentais mes bi- 
joux nouveaux dans 
les magasins les plus importants, j étais agacé de nVentcndrc 
dire avec un sourire : « Très joli, charmant. Oh ! cela nous 
plaît beaucoup, mais cela ne plaira pas à notre clientèle ». 
Il semblait qu'on ne souhaitait pas nVencourager dans cette 
voie, c'est pourquoi j ai voulu être jugé directement par le 
public. » Lalique obtint une troisième médaille pour des 




PENDANT 1> E COU 

par Lalique <kjoo|, 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



7 i3 



bijoux d'un goût vraiment délicat et charmants en tous 
points. Il v avait entre aunes, dans sa vitrine, une ravissante 




Ornkmj:nt r>£ cor^aob j. i i: a l 1. 1 l k , km aux t r a\s lucides 
par Laliquc. (Exposition de 1900.) — Largeur : o ,n 26. 



libellule aux ailes tachées d'améthystes et de saphirs jaunes, 
qui était une pièce parfaite. 

Un bijou, curieux à plus d'un titre, Mourait également 
a ce Salon de ]8cp. C'était une grande broche ou agrafe, 
de style Renaissance, avec améthystes calibrées, rehaussée 
d'émail et de quelques petits diamants aux scintillements 



7 2 4 LA BIJOUTERIE KRANÇAISE AU XIX<= SIÈCLE 



discrets. Ali milieu du rinceau principal se tenait, ciselée 
dans boi\ une femme debout entièrement nue (voir p. 7o3)« 
Lalique, admirateur réfléchi des beautés de la femme, de 
ses lignes si harmonieuses et si souples, rêvait depuis long- 
temps d"en orner ses bijoux. C'est pour la composition de 
cette agrafe, exécutée entre et 1N1J4. qu'il entra pour 

la première fois dans cette voie: il la suivit longtemps, 
faisant de ta femme, nue ou drapée, le sujet principal de 




H ROC II Z Û M Al LL L* K 

par Lalique fi^qt>), (Musée des Ans décoratifs*) 



bon nombre de ses œuvres. Un peu plus tard, il employa la 
tète seule et se servit de la chevelure pour composer d'ingé- 
nieuses ornementations. 

Naturellement, cette tentative suscita de nombreuses 
polémiques. Certains la considéraient comme un trait de 
génie : d'autres, s'appuyanl sur l'opinion de Charles Blanc 
(quelque peu délaissée aujourd'hui), s'insurgèrent contre 
Tintroductioii de toute ligure humaine dans le bijou et 
n'hésitèrent pas à la trouver déplacée et « malséante 
inconvenante même. 



LA TROISIÈME RKPUBLIQUK 



D'aucuns allèrent jusqu'à reprouver la représentation des 
animaux, n'admettant J exception que pour quelques 
oiseaux et de rares insectes, déterminés à l'avance ; hiron- 
delles, papillons, libellules, etc. 

Que Ton veuille bien nous permettre de ne pas partager 




O RNEMEN T D K 1 K T K \ 
ri O o l H S A N I l> A N S S < i N Fi f£ C U S f, R O S DIAMANT 

par Lîiliquc*. (Exposiiinn de - Réduction d'un quart. 



cet avis et Je considérer comme une erreur de vouloir écarter 
a priori tels ou tels sujets; tous les thèmes nous paraissent 
bons, tous les matériaux nous semblent admissibles pour qui 
sait s'en servir avec adresse et avec goût. 

D'ailleurs, en cette circonstance, Lalique ne faisait que 
reprendre les traditions îles maîtres Je la Renaissance qui, 
dans leurs joyaux, n'hésitaient pas à donner une place sou- 
vent importante ù la figure humaine: les sujets sacrés ou 



7 2t1 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



profanes, les scènes mythologiques parfois très décolletées, 
comprenaient fréquemment plusieurs personnages. Dans 
Pagrafe de Lalique. cette femme aux bras tronqués est bien 

la continuation de certaines 
œuvres d'Kticnne Delaune ou 
de IXieereeau. Cette ressem- 
blance, manifeste bien qu'invo- 
lontaire, prouve qifon peut tout 
interpréter à nouveau, tout 
rajeunir et. qu'en réalité, se 
complaire dan> les pasliches 
équivaut à un aveu d'impuis- 
sance. 

L'exemple de Lalique ne 
tarda pas a être sui\ i . et bientôt 
les bijoutiers de tous les pays, 
même de ceux réputés pour la 
rigidité de leurs principes, firent 
intervenir le corps féminin, 
souvent à peine drapé, en de 
charmantes iantai>ies qui con- 
tribuèrent à la parure des 
femmes, très heureuses dac- 
cueillir ces gracieuses images 
de leur beauté. 

Au Salon de 1896, l'exposi- 
tion de Lalique fut plus impor- 
tante encore et lui valut une 
deuxième médaille. Plusieurs 
pièces d'orfèvrerie v figuraient, 
dont une potiche à manche pour le grand-duc Alexis, un 
vase a boire pour M. Germain Bapst, et un grand colfret 
qui fut très critiqué; ce dernier représentait, autant qu'il 
nous en souvient, le char de la Fortune ou le Triomphé de 
la Richesse; les poignées étaient formées de personnages, 
hommes et femmes, en bronze très en relief, etc. Mais la 




PliNti.\NT D R CDU K N f) Il 

|&f Lui iq ut (î<)00}. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



7*7 



grande particularité de cette exposition fut la première 
apparition de la corne employée dans le bijou sous la forme 
d'un bracelet. A cette époque, il n'existait pas de corne pré- 
parée spécialement pour les bijoutiers ou pour les sculp- 
teurs; Lalique, qui avait été séduit depuis longtemps par 
cette belle matière d'une couleur semi-transparente, avait 




V. P I N û L K A C II A t* 15 A tJ , 

(îuepes d émaJ sur un fruit d'opale, par Lalique liuao). 



acheté aux abattoirs, pensant l'utiliser un jour, une grande 
corne blanche qu'il avait posée en rentrant chez lui à coté 
de sa table de travail et qui attirait ainsi fréquemment ses 
regards. Bien que ne sachant pas encore travailler cette 
matière, il se décida à en découper une tranche assez large 
pour faire un bracelet qu'il décora d'applications d'argent. 
Ce fut son premier bijou en corne. Enhardi par cet essai. 
Lalîque envoyait Tannée suivante à son quatrième Salon une 
vitrine complète de peignes en corne et en ivoire, qui eurent 



728 I.A BIJOUTERIE FRANÇAISE AU X1X« SIÈCLE 




Ci fi A N D 0 H N G II E NT DE C O R S A G li , 

Serpents êthà>Uè$ ei perlea, 
pur [.clique (1900). — 1 1 auteur : 5o. 



sable parvenait à satisfaire s 
ses ateliers devenaient insi 



beaucoup de succès. La Ville 
de Paris en acheta deux ( î n te— 
rossants comme indication de 
date, mais qui ne sont pas ses 
meilleures œuvres), Fun à 
décor de capucines, l'autre à 
décor d'ombelles; ils se trou- 
vent, croyons-nous, au musée 
Galliera. Le musée du Luxem- 
bourg lit aussi l'acquisition 
d'un i^rand pavot, superbe de 
torme et de mouvement, dont 
les quatre pétales, supérieure- 
ment traités, sont d'or ajouré 
aux interstices remplis par un 
émail translucide du plus heu- 
reux effet, Lne médaille de 
première classe tut. attribuée 
à l'artiste qui, la même année, 
avait envoyé, dans la section 
de joaillerie à rKxposition uni- 
verselle de Bruxelles, quelques 
beaux bijoux qui lui valurent 
un grand prix et la croix de 
Chevalier de la Lésion d'hon- 
neur. 

Ce n'était que justice, car 
jamais peut-être rénovateur 
n'avait causé un émoi aussi 
subit, n'avait bouleversé aussi 
profondément la routine et 
rajeuni les vieilles traditions. 
Sa vogue allait toujours gran- 
dissant et sa fécondité inlas- 
*s nombreux admirateurs: mais 
ilïisants : rien que pour ciseler 




ORNBUKNT DR CORSAGE l S lï It l J II N "1 S l'i II A I fc I E : : S 
par Laliquc. (Kxposilion de \uuo*\ - Hiiuleur : o 2 1 . 



7 3o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 



ï 



■ ■ ■ 




B A G T.J a 

p.ir Unique h f oin 



ses pièces, le maître ciseleur De rai s me, dont Thiénot était 
alors chef cTateliei\ employait vingt ouvriers de choix. 

Chacun des envois de Italique aux Salons 
prenait les proportions d'un événement ar- 
tistique ; les critiques d'art célébraient son 
talent, son génie même et le comparaient 
aux plus grands artistes de tous les temps) 
sa renommée augmentait chaque jour et 
une évolution, soudaine ou lente, mais 
incontestable, se faisait dans les idées des 
dessinateurs industriels, des artisans et du 
publie. 

Nous avons déjà dit ailleurs 1 notre sincère admiration 
pour Laliqilè, bien qu'à notre avis il ail parfois dépassé la 
note juste et risqué des choses bien 
audacieuses; quelques citations rap- 
pelleront ici avec quel enthousiasme 
furent saluées ses œuvres. Jean Lor- 
rain, sous la signature de Raitîf de 
la Bretonne ", rend compte en ces 
termes de sa vitrine au Salon du 
Champ-de-Mars : 

s Sous la pluie battante, dans le 
jour écru des toiles tendues comme 
des hamacs au-dessus des vitrines, 
cueilli un peu de songe devant l'émer- 
veillante exposition de Lalique. Il y 
a là des chaînes de cou, où l'orient 
de grosses perles et l'eau verte de 
péridots aboutissent a des pendentifs 
d'une imagination inouïe : l'un d'entre 

eux s'épanouit dans une nudité de femme, taillée à même 




FLACON 

par LaKquô. 



i. Vuir dans Art et Décoration : les Bijoux ai/ a* Salons de ï&qSj p, 169 
et suiv. 

>. Le Journal, 22 mai 1S14S, sous k titre : An Chanip-de-Mars, galerie 
des Machines, section des objets d'art. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



7 3i 



je ne sais quelle pierre inconnue, une pierre transparente et 
rose comme de la chair, et cela au milieu d une floraison 
d'hiératiques iris feuillagés d or vert et fleuronnés d'opale... 
Aux pieds de la ligure nue larme et roule une grosse perle. 
D'ailleurs, la plupart des pièces sont vendues tant dans le 



monde du dernier Etnpire 




COLLtER NOISKTTES 

pur Liilî^ue, {Musée des Arts décorât! fs.) 



M l,e Pierson et un curieux diadème, hossué de larges 
opales, appartenant à M nic de Béarn ; mai> c 1 é$t à la vitrine 
des peignes que s"est surpassé Lalique. 

» Neuf peignes énormes, invraisemblables de dimensions 
et qu'on voit mal dans une chevelurede femme, mais que se 
disputeront demain tous les amateurs de Londres et de 
Saint-Pétersbourg, huit d'écaillé ou de corne et un d'ivoire. 
Trois surtout me requièrent, le peigne aux paons, le peigne 



7 3$ LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE 



au poisson et le peigné aux trois Grâces; un vrai motif dê 
ba>-relict pompéien, trois figurines, on dirait en bronze 
vert, intercalées dans les arabesques en vieil or d'un peigne 
d'impératrice. 

» Dans le peigne aux paons, les queues ocellées de deux 
oiseaux de .limon s'irradient et s éploicnl. l'une en émail bleu 
et l'autre en or vert sur une rosace en lazulite ; les deux 
oiseaux sont de profil et leurs queues métallisées traînent en 





mci:ë El H li 0 C II K 

relief sur l'ambre clair du peigne. Dans le peigne au poisson 
tout en corne. c"est une découpure de la matière même qui 
fournit le motif d'ornementation; ce sont, soulignées par 
des laques et des ors de tonalités exquises, les larges na- 
geoires et la tête aux béantes ouïes d'une espèce de dauphin, 
dont le corps contourné m'est déjà apparu dans les estampes 
japonaises... L'animal se cambre et se tord dans la transpa- 
rence blonde de la corne que les laques vitrifient. 

y> C'est, par le sujet même de l'ornementation, toute la vie 
glauque de beau figée dans la matière d'un peigne. 

)> Malheureusement, en quittant les vitrines du maître 



LA TR01SIK.MK \< K F L M I. [ g V K 



7 33 



joaillier, on ne peut plus s'arrêter ailleurs, tout paraît lourd, 
commun ou bêtement prétentieux, d'un précieux tarabiscoté 
et vulgaire. » 




PKIl. N ES 

par Laljque^ 



Il est impossible de faire un choix parmi tant d'articles 
consacrés à Lalique dans les nombreuses revues d'art de 
tous les pays. On pourra les y relire et se rendre compte Je 



;1>4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



son influence extraordinaire et de la manière dont tut appré- 
ciée, chaque année, l'apparition de ses œuvres nouvelles, 
11 est presque superflu de rappeler ici le succès remporté 
par Laliq ue lors de Œx position de iqoo : la décoration même 
de ses vitrines tranchait sur les installations des autres expo- 
sants ; conçue dans une gamme claire, elle présentait un 




Et ItOC El E > 

rigurc* cil ivoire, serpenis ^mailles, p:3r Lulique (1000). 



caractère très personnel, bien fait pour attirer et retenir les 
visiteurs, 

Nous transcrivons ici, sans y rien changer, les notes 
hâtives prises par nous au moment même où Lalique inailglira 
sa vitrine : « Ses bijoux, où l'émail domine, sont présentés 
sur du verre dépoli reposant sur de la moire blanche* L'ar- 
rière-plan de son étalage est limité par une sorte de grille 
ornementale en fer forgé, avec de jolies statuettes de femmes 
en bronze patiné, du plus heureux effet. Cette grille se détache 
sur une gaze claire, plisséc, qui forme rideau de lond. Des 
lambrequins de nuance grise, sur lesquels se jouent des 






LA VITRINE Uîi LÀLlQÛS A L'EXPOSITION U I f) 0 O . 



7 3C LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



chauves-souris en velours applique, décorent le haut des 
glaces. A l'intérieur, le tapis, les tentures sont également de 
nuance grise. Sur le mur, un grand panneau peint par 
Georges Picard, représente des sylphes enfants qui s'ébattent 
au clair de lune, parmi les arbres, au bord d'un lac encerclé 
de roseaux. C'est d'une harmonie extrêmement distinguée. 
Une psyché-miroir, formée d'une glace étroite et haute. 



encadrée par deux serpents de bronze de la grosseur du 
poignet, complète un ensemble original et raffiné, 

» Et que de belles choses exposées : ici vingt peignes en 
corne, avec émaux, chrysoprases, améthystes et opales, 
dune variété extrême, des colliers, des diadème-: la des 
serpents enlacés, sur lesquels L'émail se joue, vomissent de 
leurs gueules menaçantes des cascades de perles baroques 
et donnent l'impression d'une tète de Gorgone. On en éprouve 
comme un frisson, mais Boileau n'a-t-il pas dit : 

Il n'est pas de serpent, ni de monstre odieux. 
Qui, par l'art imite, ne puisse plaire aux yeux. 

)> Partout, une profusion de gemmes, heureusement et 




îï R O C H E P AON j'i M A I L I, K 



par Lalique (l'^blj. (Musée 4 m Art> décoratifs.) 



7 3S LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



habilement agencées et taillées, disposées avec un goût par- 
fait g des plaques de cou, des bracelets, mille autres objets 
divers. On croit rêver en présence de ces jolies choses, qui ne 
plaisent pas toutes également sans doute, mais qui sont si 
imprévues, si réussies : ce coq tenant fièrement dans son bec 
un endorme diamant jaune; cette grande libellule au corps 
féminin, aux ailes diaphanes ; ces paysages d'émail où SCin- 




Noiscttes d'opales ii involuerts d'or, feuilles d'aryen:, liges d email violet, 
par Laliquc {1902). 

tille une rosée de diamants; ces ornements empruntés aux 
pommes de pin, que sais-je encore! Il y a là des choses 
d'inspiration et d'habileté japonaises et qui sont cependant de 
sentiment bien français. Cet homme est un grand artiste, un 
chef d*école ? dont l'exposition nous rend tout joyeux et fait 
briller au premier rang^ sans conteste, la bijouterie française, » 
Laliquc remporta un triomphe sans égal ; une foule 
avide et serrée se pressait pour voir ses œuvres, dont on 
parlait partout. Il y eut entre leurs admirateurs et leurs 
détracteurs des discussions violentes, des exagérations de 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



part et d'autre; cependant, nous l'avons dit, bien rares 
furent les critiques d'art hostiles au ^enre nouveau dont 
Lalique était le créateur, et beaucoup se montrèrent absolu- 
ment enthousiastes. En tous cas, ces œuvres ne trouvèrent 




PENDANT DE COU 1 V O l H E f AMETHYSTES, EMAIL 

par Lalique (1902). 



pas d'indifférents et forcèrent même l'attention des plus 
récalcitrants. C'est donc en maître que Lalique fut salué, 
acclamé, et il n'est pas douteux que l'impulsion donnée 
par lui, l'influence eon-îdérable exercée par ses produc- 
tions amenèrent une évolution complète dans la bijouterie 
de la iin du xix c siècle. Non seulement il a produit des 
œuvres excellentes et ouvert a ses confrères une voie féconde 



740 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



que quelques-uns d'entre eux n'ont que trop servilement 
suivie, mais où ci autres ont su conserver leur personnalité, 
il eut aussi le mérite, peut-être plus important encore, de 
violenter, oserai-je dire, le public jusqu'alors rebelle aux 
tentatives de nouveauté et de ramener a admettre que le 
bijou pouvait, par la beauté du travail, par la recherche 
artistique de la forme et de la composition, prendre une 
valeur souvent supérieure à celle des matériaux précieux 
employés par la joaillerie. Grâce à lui, le bijou est redevenu 

un objet d art alliant, par 
un travail parlait, la 
recherche délicate et gra- 
cieuse â la richesse, et 
rivalisant par ses attraits 
insoupçonnés, avec la joail- 
lerie proprement dite. Il a 
reconquis une faveur qui 
s'est maintenue toujours 
croissant depuis eette 
époque > bien qu'elle eut 
semblé avoir atteint son 

D'il OC H B BOURDON. apOgCC 

Cristal gravé et émail, par Latiquc (i$o5)> Un grand prix et la 

rosette d'officier de la Lé- 
gion d'honneur récompensèrent celui qui s'était consacré, 
avec une énergie et une persévérance inlassables, à la si 
heureuse rénovation de la parure féminine. 

Disons encore que ce n'est pas seulement dans la bijou- 
terie et la joaillerie que Lalique fut un artiste hors ligne et 
un novateur; il avait montré depuis longtemps ce qu'on 
pouvait attendre de lui comme orfèvre. Dès 1887, il avait 
établi pour Harvey des pièces d'orfèvrerie de toilette : 
miroirs, brosses, boîtes à poudre et à savon, flacons, etc., 
et depuis, il avait exécuté des œuvres d'art de toutes sortes : 
coffrets, épées, coupes, vases, qui révélaient une fécondité 
et une aptitude vraiment surprenantes. Il eut même un 




LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



74 1 



moment la pensée de faire une orfèvrerie de table entière- 
ment nouvelle : surtouts, soupières, légumiers, couverts, etc. ; 




PEIGNE ft PENSÉE PANÉE EN CORNE SCULPTEE ET OR 

par Lalique Uqoi). 



mais il hésita à se lancer dans cette voie, en raison du temps 
qu'il eût fallu consacrer à ce travail considérable, comme 
aussi de la nécessité où il se serait trouvé d'organiser de 
toutes pièces un atelier avec outillage complet et spécial, 



742 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Peut-être, au fond, rfa-t-il pas tout à fait abandonne ce 
projet ; il serait très intéressant d'en voir la réalisation. 

Laliquc, surchargé de travaux, ne pouvant plus suffire 
aux demandes qui lui étaient faites de tous côtés, dut s'ad- 
joindre de jeunes collaborateurs qui, sous sa direction, 
participaient à Yc x édition de ses dessins et sculptures. Il en 
est deux dont le nom mérite d'être cité. L'un, Hoffmann, 
fut un sculpteur d'une habileté extraordinaire et de grande 
imagination. Il mourut jeune, il y a peu d'années, L'autre. 




H ROCHE. 

Guipes et fruits émailtés, sur des panneaux de cristal appliqués sur fond d'or, 
par Laliquc (1904). 



Chardon, est un dessinateur adroit, lauréat des concours de 
la Chambre syndicale. 

En dehors de la bijouterie et de l'orfèvrerie, d'autres 
travaux étonnamment variés tentèrent au^si Lalique. et il 
les entreprit avec succès. Nous axons vu qu'il s'était occupé 
avec ardeur de céramique, d^émaih de verre ; il fit égale- 
ment des meubles, tables, chaises, vitrines, bahuts : de la 
peinture, de la gravure, des portraits au pastel, des broderies 
pour robes, des cols de manteaux pour rornementation 
desquels concouraient les matériaux les plus divers. 

En 1902, Lalique fit construire, cours la Reine, n'4o, un 
immeuble aux lignes sobres dont la décoration extérieure, 
dessinée par lui, est tout entière empruntée au pin. Les 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



743 



vantaux de la porte cochère, en verre moulé avec person- 
nages et branches de sapin, produisent un effet très imprévu; 




Cliché fteuUinger, 

M ILfl CÉCILE SOREL (igoC). 

Colliers et sautoirs de perks ; bracelets, broche, bagues avec perks* 



l'ensemble est aménagé avec tout le souci du confort et révèle 
le sentiment d'harmonieuse distinction que cet artiste apporte 



744 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE 



dans toutes ses créations. C'est là qu il a installé ses ateliers, 
ses bureaux et tous ses services. Enfin, en igo5, n'ayant pu 
trouver d'emplacement disponible rue de la Paix, il ouvrit, 
place Vendôme, n° 24, un magasin pour la vente de ses 
œuvres. 

Lalique a pris constamment une part très brillante aux 
différentes expositions de l'étranger : son succès y était tou- 




BROCHE POISSONS, EMAIL BLEU PALE 

par Lalique (igo5). — Longueur 12 cent. 



jours certain. C'est ainsi qu'il figura avec éclat à l'Exposition 
d'Art décoratif de Turin en 1902, à F Exposition de Saint- 
Louis en 1904. à celle de Lic^c en igoS, ou il fut chargé en 
outre de faire une frise décorative brodée en ficelle 1 , pour 
orner une des salles de la section française. A Londres, en 
igo3, une exposition spéciale lui tut consacrée ; elle eut lieu 
Crafton Gallery. Lalique en avait décoré les murs au pochoir 

1. C'est M m * Ory-Robin qui, la première, avait eu ridée de ce genre de 
travail, don: il existe des spécimens intéressants au Musée des Arts décoratifs. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



745 



cl indépendamment de ses objets précieux présentés dans 
des vitrines avec panneaux de fleurs en verre moulé dont îl 
était l'auteur, il avait joint trois cents de ses dessins. Le 
succès fut tel qu'une seconde exposition eut encore lieu à 
Londres, chez Agnew, en igo5. 




PEIGNE PAPILLONS EN CORNE ET ÉMAIL 

par Lalique f if>o5). 



Nous nous contenterons de rappeler les nombreuses 
commandes laites a Lalique, en diverses circonstances, par 
l'Etat, la Ville de Paris, des personnages officiels, et en 
particulier par le Président Félix Faure lors de la visite 
qu'il fit au Tzar et à la Tzarïne à Saint-Pétersbourg, ou ces 
spécimens d'un goût bien français furent très appréciés. Les 
demandes affluèrent de l'étranger: les Cours d'Angleterre, 



746 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



de Russie, d'Italie, d'Espagne, les principaux musées d'Art 
décoratif voulurent posséder du « Lalique », 

Nous ne parlerons pas de toutes les notabilités politiques 
ou mondaines qui s'adressèrent à lui et ne détaillerons pas 




PENDANT D K COU OR V E H 1 B T B MAIL 

par Lalique n^oii. 



les objets remarquables qu'il composa pour M 11 " WalJcck- 
Rousseau, pour la Comtesse de Béarn, pour Sarah Bernhardt 
et pour tant d'autres : toujours il fut à la hauteur de sa 
renommée. Un de ses admirateurs, M. Gulbênkian. banquier 
arménien, établi en Angleterre, et grand amateur de ses 
créations, en a collectionné, paraît-H, une centaine. 



LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 



747 



Travailleur infatigable, homme de goût merveilleuse- 
ment doué, René Lalique a produit un nombre considé- 
rable de pièces d'une distinction extrême, qui rehaussent 
magnifiquement l'éclat de TArt français. Dans les musées de 
l'avenir* ses oeuvres rachèteront, dans une certaine mesure. 




BROCHE POISSONS É Jl A [ L L h S 

pat LaKque (x£05j> — Longueur : rJ cent. 



la faiblesse des productions de l* époque, si triste au point 
de vue du bijou, qui commence vers la Restauration pour 
s'étendre jusqu'au milieu du second Empire. Ce ne sera pas 
là un de ses moindres titres de gloire. 



CONCLUSIONS 



Nous nous sommes efforcé, dans 
cette étude, de suivre l'une après l'autre 
les transformations du bijou français 
pendant le cours du xix c siècle. Ces 
variations étaient du reste intimement 
liées aux fluctuations de la mode elle- 
même, et il est naturel et logique que 
nous ayons retrouvé, dans les oeuvres 
de nos devanciers analysées par nous, 
la trace du style plus particulièrement 
en faveur à l'époque où elles ont été 
produites. 

Au début du siècle, le bijou, conçu 
à l'Antique sous l'influence prépondé- 
rante de David, abandonne la grâce 
délicate et souple qu'il avait eue au 
xvin 1 - siècle, pour devenir correct ci 
solennel, mais rigide et froid. A la fin 
de la Restauration et sous Louis-Phi- 
lippe, le Romantisme le ramène aux 
styles gothique et Renaissance, mais 
insuffisamment compris et superficiel- 
lement interprétés. Vers le milieu du Second Empire, le 
développement de la prospérité commerciale et financière 
du pays, le goût croissant pour le luxe et la dépense, préci- 
pitent les changements de la Mode. Il faut à tout prix trouver 
du nouveau, et pour cela s'adresser aux sources les plus 
variées, en suivant le courant toujours mobile de 1 actualité 
et du snobisme. C'est ainsi que nous avons vu te bijou 
devenir successivement égyptien, étrusque, néo-grec, anglais, 
sportif, etc. Nous avons aussi constaté un retour assez 




PENDENTIF 
par G. Le Turcq 



75o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU X1X<= SIÈCLE 



accentué au style Louis XVI et à Interprétation directe 
de la nature florale, plus particulièrement pour la joaillerie,, 
dont Massin est alors le protagoniste incontesté. 

D'autre part , 
l'a ce roi ssement 
considérable et 
rapide des fortu- 
nes privées, le be- 
s< lin de meubler et 
d'orner comme il 
convenait les de- 
meures luxueuses 
élevées le long des 
Voies nouvelles 
créées dans la ca- 
pitale par Hauss- 
mann , a vaien t 
ramené, ou plutôt 
propagé dans le 
public, la passion 
du bibelot et des 
objets d'art an- 
ciens. Paris devint 
Le lieu de rendez- 
vous des collec- 
tionneurs du 
monde entier atti- 
rés par les ventes 
sensatio n n elles 

qui se succédaient a l'Hôtel Drouot. Cet engouement pour 
les choses du Passé eut une inllucnce marquée, mais non 
favorable, sur la production des industries d'art à cette 
époque. La recherche et l'initiative personnelles, déjà peu 
développées, tirent place à l'érudition : tout devint rétro- 
spectif. Les mieux doués de nos décorateurs industriels 
bornèrent leur ambition et leurs efforts à parfaire des 




PENDANT DE COU OR VBRTj 
P li RI. E IS T BRILLANTS 

par Laîîtjue (1901). 



CONCLUSIONS 



imitations ou des reconstitutions d'oeuvres anciennes, Tous 
les styles catalogués misa contribution fournirent les cléments 
d'une foule d* œuvres, présentant parfois de grands mérites 
d'exécution^ mais manquant de spontanéité et ne révélant 
aucune émotion artistique chez leurs auteurs. 

Cette crise fut longue; heureusement, elle ne fut pas 
générale : en France comme à l'étranger, il se trouvait 
encore quelques hommes persévérants se refusant à croire 




BOUCLE DE CEINTURE 

par G, Le Turcq \ i yoi |. 



qu'un artiste vraiment digne de ce nom put se contenter 
d'un simple travail de compilation et d'arrangements plus 
ou moins ingénieux, au lieu de mettre sa fierté à devenir 
lui-même un créateur, dans la mesure de ses moyens. 

Nous avons déjà signalé, principalement dans les pages 
consacrées â Lalique, quels efforts furent tentés un peu 
avant 1900, dans toutes les industries relevant de Fart déco- 
ratif, pour s'affranchir des formules surannées et de la 
tyrannie de la routine. 

Cependant, l'importance de cette manifestation artis- 
tique fut telle, que nous croyons utile d'en exposer, au 



752 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



moins sommairement, les phases principales qui devaient 
aboutir à ce que l'on appela chez nous, improprement du 
reste, Y Art nouveau. 

Il est assez difficile de déterminer d'une manière précise 
les origines de ce mouvement auquel, d'ailleurs, plusieurs 

causes différentes et presque 
simultanées ont contribué. 
Le nom de Modem style, 
qui fut d'abord donné à 
l'ensemble de ses résultats, 
semblerait indiquer qu'il 
prit naissance en Angleterre, 
consécutivement à la propa- 
gande ardente entreprise 
par le littérateur-esthéticien 
John Ru ski n (i 8 19-1900) et 
â la faveur obtenue dans ce 
pays par le « Préraphaéli- 
tisme » ; et certainement, les 
peintures des adeptes de 
Botticelli, tels que D. -G. Ro- 
setti, puis Sir Edw; Dur ne- 
Jones (1 833- 1898), Invoca- 
teur de la vie légendaire et 
symboliste du Moyen-Age, 
et quelques autres encore 

PENDANT DE COU» A A 

vicieux en améthystes et brillants, curent une large part din- 
par p;iui ijénard (1904). f lu en ce dans les change- 

ments apportés alors à la 
décoration et à l'ameublement anglais, conçus avec une 
évidente préoccupation de simplicité dans les lignes. 

Des artistes convaincus, comme William Morris 1 (18^4- 
1S96), Waltcr Crâne (1845). puis, après r 889, R. Anning Bell, 
Charles Ricketts, Gaskin, Aubrey Beardsley ( 1872-1898;, etc., 

I. William Morris fonda en i863 une fabrique d'objets d'art et particuliè- 
rement de papiers à tenture, à laquelle il fournissait lui-même des dessins. 




G CONCLUSIONS 



7^3 



s'étaient engages résolument dans cette direction nouvelle, 
et, grâce à leurs persévérants efforts, avaient réussi a modi- 
fier dîme façon très intéressante l'ornementation du mobi- 

> 

lier, desétotles, des papiers peints, des livres. 

Mais il ne faut pas perdre de vue. qu'en France aussi, 




BROCHE ÉMAIL K T PERLES 

par Georges Fouquet HooiL 



parallèlement a ces tentatives anglaises, et même antérieu- 
rement, un mouvement analogue s'était déjà dessiné. Viollet- 
le-Duc (1814- 1879), avec une ferveur d'apôtre, avait préco- 
nisé à la fois l'étude du gothique et le retour, dans l'Art 
décoratif, aux saines traditions nationales; il ax ait démontré 
que si les Maîtres du Moven-Age sont parvenus à créer un 
style véritablement nouveau et magnifique, s'ils ont pu 
rajeunir l'ornementation romane, c'est parce qu'ils étaient 

48 



7 54 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 



revenus résolument à L'étude de la Nature, se contentant 
souvent d'agencer avec sagacité et avec goût, presque sans 
les modifier, les éléments décoratifs qu'elle fournit. 

Les idées émises par Viollet-le-Duc l'avaient désigné, 
dès 1 863, pour la chaire d'Esthétique et d'Histoire de TArt 




PENDANT l) B COU PERLES ET É M A 1 I. 

par Paul Liénard (1903). 

à l'Ecole des Beaux-Arts, mais comme elles étaient en oppo- 
sition avec les formules académiques alors en faveur, elles 
furent mal accueillies et le professeur incompris renonça 
bientôt à ses fonctions. Cependant, avec le temps, on finit 
par reconnaître la justesse de vues du célèbre architecte; 
aussi, lorsque plus tard un autre novateur, Eugène Grasset 
(i85o), s'appliqua à sortir des sentiers battus, trouva-t-il, 



CONCLUSIONS 



7 55 



sinon Le grand public, du moins le monde artiste, prépare 
déjà suffisamment à le comprendre. Plein d'ardeur et de foi. 




l'ElGNE! 0 il 11 K L L K S 

pur Lucien Gaillard. (SeiIoii du 

Grasset contribua grandement par ses œuvres et par son 
enseignement, très suivi et très fécond, à la transformation 
du style et à révolution décorative. Faiit-î] rappeler son 



7 56 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



admirable illustration de Y Histoire des Quatre fils Aymon, 
publiée en 1 883, alors que rien de semblable n'existait encore ? 

D'ailleurs, ce livre 
magnifique, en a va née 
sur son époque, ne fut 
apprécié que par une 
élite peu nombreuse. 
Depuis, il n'est pour 
ainsi dire aucune des 
branches de Fart déco- 
ratif dans laquelle 
Grasset ne se soit exercé 
et distingué : tentures, 
vitraux , ferronnerie ? 
c é r a m ïq u è , étoffes, 
meubles, bijoux, illus- 
tration, affiches, etc., 
il a tout abordé et tou- 
jours avec une réelle 
originalité et une réus- 
site justifiée. 

De son côté, Emile 
Gai lé ( 1 846- 1 904) pour- 
suivrai t également de- 
puis plusieurs an nui- 
ses recherches de nou- 
veauté, tant pour la 
forme de ses vases en 
verre coloré, que pour 
leur décor et leur ma- 
tière même. En i883 ? il 
installa aussi à Nancy, sa ville natale, un atelier d'ébénis- 
terie artistique, d'où sorti rem des meubles d une invention 
personnelle. On se souvient du grand succès qu'obtinrent à 
fKxposition de 1889, ses créations d'un aspect si imprévu 
et d'un goût tres délicat. 




liPINGLË DK C O [ F r U R li 

pur Paul Lîéftftrd (f^oS). 



CONCLUSIONS 



7h 



Tels sont, à notre avis, les artisans principaux ou tout 
au moins immédiats de la transformation qui devait, vers 
i8g5, devenir Y Art nouveau. 

Mais, selon nous, beaucoup de ces artistes, étrangers ou 
Français, avaient subi plus ou moins directement, plus un 





COLLIER AUX LIBELLULES, KM AUX TRANSLUCIDES HT JOAILLERIE 

par Georges Fouqtict fn.»°-l).— J-argeur Je la plaque : 10 cent. 

moins consciemment, l'influence des œuvres japonaises 
qui, jalousement conservées dans leur pays d'origine, étaient 
peu connues, mais purent enfin se répandre librement après 
la révolution de juin 1866, qui bouleversa de fond en comble 
les institutions politiques et les mœurs de l'Empire du 
Soleil Levant, et ouvrit largement au commerce extérieur 
ses portes, jusque-là fermées. Par la suite, les nombreuses 



7 .SS LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



Expositions d'Art japonais ancien 1 organisées en Europe, 
aidèrent sensiblement à révéler an public la maîtrise insoup- 
çonnée des artisans de l' Extrême-Orient, 

On a pu dire avec raison que, comme les Grecs dans 
l'Antiquité, les Japonais constituent la nation la plus artiste 
qui ait jamais existé. En etFet, aux diverses manifestations 
cl circonstances de leur vie, ils associent toujours l'Art, qui 
ne reste pas seulement le privilège d'une caste supérieure. 
Le bas peuple lui-même éprouve si vivement l'amour de la 
Nature et de ses beautés que Ton voit, à des dates fixes, la 




« I - 14 VOL D R LA PJ E fï R K » - 

li roc lie en cristal grave e| émail; saphir blanc : au centre, p;ir Lalicjue i'ukoi. 

population tout entière se transportera la campagne, uni- 
quement pour v admirer, soit les cerisiers, les iris OU les 
chrysanthèmes en fleurs, soit les érables rougis par l'au- 
tomne, soit encore un beau clair de lune dans un site 
d'élection. 

Les Japonais ont été de tons temps des artistes supé- 
rieurs, et leurs œuvres — nous ne parlons pas ici de l'article 
de bazar, spécialement fabriqué pour l'exportation, — 

i. I mposition des Arts du mêlai (1SS0), où figura la collection Ccrnuschi ; 
Exposition rétrospective de l'Art japonais r(a\ ri 1 r883), organisée chez Georges 
Petit, par M. Louis (jonse, et à la suite Je laquelle il lit paraître son Art 
japonais ; publication du Japon Artistique, par Bi'og (.T 888) 5 exposition de la 
Gravure japonaise à l'Kcolc des Hcaux-Arts J1S90); vente Philippe lîurty 
(1891), etc. 



CONCLUSIONS 



présentent cette particularité merveilleuse, que plus on les 
examine, plus elles donnent la sensation de la perfection- 
Toutefois, ce n'est pas comme modèles que ces œuvres nous 
ont été le plus réellement utiles; elles ont eu surtout pour 
nous le très précieux avantage de nous inciter à reprendre 




PEIGNE EN CORNE SCULPTEE ET TEINTE K 

par Laliqufc (igo5), 



le contact direct avec la Nature que, depuis le Moyen-Age, 
nous avions trop négligé de consulter. Il suffit de parcourir 
les nombreux albums des Japonais, de voir quelques-uns de 
leurs « pochoirs pour constater avec quel amour ils 

1. Ce sont les albums, principalement, qui firent le mieux connaître les 
éléments décoratifs japonais. Moins dispendieux que les objets de collection, 
ils se répandirent facilement dans les ateliers, 011 ils trouvaient des admirateurs 
enthousiastes. Nous avons déjà signalé l'influence qu'ils ont eue dès la fin du 



7 6o LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Tétudient, comment ils savent dessiner un insecte, une 
ïlcur ? un brin d herbe, les interprétant d une manière à la 
fois simple et précise, sans que les détails, toujours fidèle- 
ment rendus, empêchent 
d'apercevoir les grandes 
lignes. Mais leur habileté 
à reproduire la Nature 
n'est rien en comparaison 
du parti qu'ils savent en 
tirer pour la décoration 
dont ils ont, pour ainsi 
dire, le sens inné; Fingé- 
nïosité, la variété et le 
goût de leurs arrange- 
ments sont admirables. 
Aussi habiles à combiner 
les lignes qu "à associer les 
couleurs, ils ont évidem- 
ment beaucoup contri- 
bué, bien qu'indirecte- 
ment, à révolution de la 
décoration moderne, et il 
n'est pas téméraire de 
penserque* sans l'exemple 
de ces maîtres, les étolfes 
de Liberty, les papiers 
peints de Walter Crâne, 
les porcelaines de Copen- 
hague n'auraient proba- 
blement pas existé, 

Iji relations suivies 
avec les Japonais par le Pacifique, les Américains leur ont 




RU Ô Cfl'B'a EN CRISTAL GRAVE 

par Lalique figoGj. 



règne de Napoléon 1IJ, pour l'orfèvrerie et le bijou, les bronzes, les meubles 
et la céramique. 

Les « pochoirs » sont des modèles en papier découpé, qui servent à l'im- 
pression des étoffés. 



CONCLUSIONS 



761 



emprunté les premiers éléments de leur décoration, qu^ils 
se contentèrent d'abord de copier. On se souvient encore 
de l'orfèvrerie martelée de Tiffany vue en 1878, et des 
autres objets envoyés par lui à l'Exposition de 1889, et dont 




PENDANT CK COU JOAILLERIE ET SAPHIRS 

par Vever [igoô). 



il avait confié l'exécution à des ouvriers japonais, installés 
dans ses ateliers de New-York. Ixs tentatives postérieures 
de style moderne faites par les Américains au moment de 
l'Exposition de Chicago (1893), témoignaient certainement 
d une recherche intéressante et efficace de nouveauté, mais 
elles restaient cependant encore influencées, dans une 
mesure assez large, par 1 Inde et rKxlrême-Orient. 



762 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX e SIÈCLE 



Toutefois, maintenant que nous avons indiqué ce qui, 
scion nous, revient au Japon dans révolution artistique de 
la fin du xix e siècle, il est juste aussi de reconnaître que les 
artistes Européens auxquels nous avons fait allusion au cours 
de ces conclusions, de même que nos peintres impression- 
nistes, loin d'imiter plus ou 
moins servilement les Japo- 
nais, se sont inspirés seulement 
de leurs procédés généraux de 
composition et de mise en 
page, et conservent une part 
prépondérante d'invention et 
de mérite personnels. 

D'autres causes, d'ordre 
t ré s d i ffé re n t , fa v o r i s è re n t 
aussi, mais dans une moindre 
mesure, l'orientation nouvelle 
du style et du goût ; par exem- 
ple, la formation des cénacles 
artistiques de Montmartre et 
du Chat Noir en particulier. 

C'est en i 88 1 que Rodolphe 
Salis fonda son fameux caba- 
ret, très en vogue jusqu'en 
ï8c)5 et qui tut le berceau de 
tant d'illustrations parisiennes, 
C est là que se forma toute 
une pléiade de littérateurs et 
d'artistes aux conceptions et aux idées ultra-modernes : 
poètes, chansonniers, auteurs dramatiques {dont quelques- 
uns portent aujourd'hui l'habit à palmes vertes) ; dessinateurs 
détalent, tels que Willette, Canin d'Ache, Henri Rivière. 
Georges Auriol. Steinlen, Forain, etc., qui répandaient dans 
des périodiques illustrés un art humoristique et aimable 
bien français, ou composaient pour le théâtre des Ombres, 
des décors pleins de fantaisie et de charme. Puis, vers 1886, 




PENDANT DE COU 
OPALES ET BRILLANTS 

par Henri Tfterger Uya;)* 



CONCLUSIONS 



763 



commencèrent à paraître de claires affiches « jetant sur les 
murailles l'éclat llambovant des diaprures » A leur tour, 
les programmes, les prospectus, les couvertures et les 
illustrations de livres propagèrent le mouvement, et TArt 
décoratif, de plus en plus libéré des anciennes formules, 
parvint insensiblement à une transformation complète. 




BRACELETS SOUPLES ÉM AILLÉS 

par K. Fciiillatre. 



Dès 1891, la Société Nationale des Beaux-Arts admit à 
son Exposition annuelle du Champ-dc-Mars des œuvres 
d'Art industriel qui formèrent un groupe particulier, A son 
tour, en i8q5. la Société des Artistes français, jusque-là 
réfractaire, se voyait contrainte de céder à la pression de 
l'opinion publique, et organisait à son Salon des Champs- 
Elysées une section spéciale aux objets d'art, dans laquelle 

r . H 0 g e r M a r x , les M a it res 'de l affi ch e , 



764 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE 



Lalique exposa pour la première fois avec un succès si 
régulièrement confirmé dans la suite* 

Cependant, les adeptes des tendances artistiques nou- 
velles éprouvaient le besoin d'avoir une publication spéciale 
qui pût leur servir de trait d'union, en même temps que de 
tribune. Aussi le Studio, créé à Londres en i8g3, fut-il 
accueilli avec une grande faveur; il servit de point de départ 
aux nombreuses revues analogues, parues ultérieurement 
en France et à l'Etranger 1 , et contribua avec elles aux pro- 
grès du mouvement naissant. 

Aux artistes dont nous avons déjà parlé, vinrent s'en 
adjoindre successivement d'autres, de talents divers : en 
1894, Alphonse Mucha, patronné par Sara h Bernhardt ; puis 
Carlos Sch^vabe, cl plus lard. Ci cordes de Feure. pour ne 
citer que les principaux ; chacun d'eux apportant sa pierre 
ù Pédifice qui s'élevait de jour en jour plus solide* 

En 1895, révolution parut assez complète pour que 
M. S. Bing, japonisant émérite et homme d'un i^out raffiné, 
crût le moment venu de lancer une invitation « aux artistes 
et artisans », et de réunir, en une exposition permanente et 
internationale, intitulée Salon de l'Art nouveau, « toutes 
productions artistiques, arts du décor, du mobilier et de 
l'objet utile, qui manifesteraient une conception personnelle, 
en accord avec l'esprit moderne ». 

En même temps, il chargea l'architecte Louis Bonnier, 
de transformer dans ce but l'hôtel de la rue G ha u chat, où il 
avait abrité jusqu'alors les plus délicats spécimens de l'art 
japonais ancien. 

L'appel fut entendu, et les artistes accoururent en foule, 

Indépendamment de peintres et de sculpteurs, parmi 
lesquels figuraient Bcsnard et Rodin, de nombreux « arti- 
sans » firent des envois très intéressants: Lalique. Kmile 
Galle, Grasset, DampL Carlos Schwabe, Henri Rivière, 
George Auriol, P,-A. Isaac, Alexandre Charpentier, Waiter 

1. Art et Décoration, janvier 1S97; die Dekorative Kunst, lê§8 } etc. Rap- 
pelons cependant que la Revue des Arts Décoratifs remonte à 1880. 




> a 

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- Q 

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2 < 

£ 3 

< iî 



CONCLUSIONS 



Crâne, Brangwyn, Henri Van de Velde, Louis-C. Tifîàny 
de verrier, lils de l'orfèvre américain), Benson, Vallgren et 
cent autres. Presque toutes les industries d'art lîguraient 
dans cette exposition : bijoux, orfèvreries, papiers peints, 
reliures, appareils d'éclairage, étoiles, vitraux, gravures, 
meubles, affiches, broderies, vases, ustensiles de toutes 




fBNDANT DE COU. 

Épis d'avoine un joaillerie, centre rubis moulure pliiliin-, par Vovir ( i ^07.1. 

sortes, panneaux décoratifs, etc., témoignant d'un effort 
vraiment extraordinaire* 

Le succès de cette tentative lut considérable; il eut été 
complet sans doute, si tous ces objets, dont chacun sépa- 
rément offrait un intérêt incontestable, n'avaient formé un 
ensemble un peu disparate et manquant d'unité, dans lequel 
au^si l'élément étranger, peu conforme a notre tempérament 
et à nos goûts, était peut-être trop largement représenté. 

Quoi qu'il en lût, il y avait, dans l'empressement même 



767 



768 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



témoigné par les artistes « et artisans )>, une preuve irrécu- 
sable des changements survenus dans les tendances décora- 
tives et aussi de l'existence d'un style nouveau. 

Dès lors, le mouvement ne lit que s accentuer; chaque 
année, les deux Salons, sans parler d'une foule d'expositions 
de moindre importance, semaient dans l'esprit public la 
bonne graine, hélas! trop souvent mélangée d'ivraie, et la 
grandiose manifestation de 1900 acheva et consacra V œuvre 




BROCHE EN JOAILLERIE 
par Vever (1907). — Largeur : 14 cent. 



commencée* La cause était gagnée, et ceux qui résistaient 
ou hésitaient encore formaient une minorité intime et 
quelque peu disqualifiée, passant pour rétrograde ou dénuée 
de toute espèce de goût. Tout le monde voulut faire ou 
posséder de F « Art nouveau ». et l'engouement fut presque 
général* 

Nous pouvons noter en passant, et non sans quelque 
fierté, que ce fut certainement dans les objets de bijouterie 
que le nouveau style fut interprété de la façon la plus satis- 
faisante et qu'il trouva ses manifestations les plus réussies 
et les moins contestées. 




CONCLUSIONS 



7% 



Cependant, son triomphe ne fut pas aussi définitif qu'on 
aurait pu le croire. Si les amateurs délicats, capables de 
faire par eux-mêmes la distinction entre le bon et le mau- 
vais, n'ont jamais cessé d'apprécier et d'acquérir les œuvres 
nouvelles présentant un véritable mérite, il n'en est pas 
moins vrai que le public, dans son ensemble, sentit refroidir 



é% 1 





P B N D A S T D lv COL P A I' J L L O S S E M E H A L" D li C A R O C II O N y 
J O A 1 L L B H I K B 1 K MAIL BLEU PALE. 

par Vever (1907). 



son enthousiasme que le snobisme ne surchauffait plus, et se 
désintéressa progressivement des recherches de nouveauté. 
Il faut dire, a sa décharge, que ce revirement n'était pas du 
à un simple caprice de sa part, mais à des causes sulïisam- 
ment sérieuses, dont voici, selon nous, les principales. 

Tandis que les apôtres conv aincus de la première heure, 
entraînés déjà par un long travail, poursuivaient leur tâche 
avec le même zèle consciencieux , et continuaient à produire 

49 



7/0 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 




des œuvres excellentes, on vit surgir à côté d'eux des nuées 
d'inconnus qui, tout à coup convertis à la Réforme artis- 
tique en voyant que la faveur du public et des critiques 
inlluents lui était acquise, se mirent fiévreusement à la 

besogne . produisant hâti- 
vement et copieusement 
des ouvrages mal étudiés. 
Parmi ceux-là, les moins 
sûrs d'eux-mêmes, et aussi 
les plus avisés, se conten- 
tèrent de pasticher les 
œuvres marquantes des 
bons artistes, mais en les 
répétant à l'excès, et en les 
défigurant par une accen- 
tuation exagérée de ce 
qu ils croyaient être les 
traits les plus caractéris- 
tiques d'une formule nou- 
velle. 

G o m m e les maître s 
réputés avaient tire un 
parti agréable des courbes 
sinueuses employées seules 
ou en combinaison avec la 
figure humaine, on ne vit 





PENDANT DE COU 
EN JOAILLERIE PLATINE 

par Vevcr ( 1 907). 



bientôt plus dans les déco- 
rations que des lignes én 
paraphe, en lanière, en 
coup de fouet; des femmes 
grêles aux chevelure* interminables et ondoyantes. Parce 
que de charmantes compositions avaient emprunté leurs 
motifs à certains éléments de la flore ou de la faune, on 
s empressa de les reproduire à profusion et presque exclusi- 
vement. Ce fut une véritable invasion d'iris, de gui. de 
pins, d'ombelles, de paons, de cygnes voguant parmi les 



CONCLUSIONS 



771 



nénuphars, etc., qui engendra bientôt la satiété. D'autre 
part, en présence des excellents résultats que les vrais maîtres 
de 1 art décoratif avaient obtenus grâce au principe de la 
stylisation, un grand nombre des nouveaux venus s'étaient 
empressés de 
1 ' a p p 1 i q u e r . 
mais >ans ta- 
lent ni mesure, 
et. par esprit 
de surenchère, 
en étaient arri- 
vés bientôt à 
des formes sè- 
ches, dépouil- 
lées de tout 
charme, et 
n'ayant pour 
ainsi dire plus 
rien de com- 
mun avec les 
éléments natu- 
re 1 s qui leur 
axaient servi 
de point de dé- 
part. 

11 s'était 
trouvé aussi 
des peintres et 
des sculpteurs, 

dont les envois aux Salons n'avaient pu jusque-là forcer 
1 attention du public, et qui pensèrent être plus heureux en 
faisant du bijou ou de la décoration industrielle, slmaginant 
de bonne foi que réunir dans cet art mineur serait un jeu 
pour eux déjà rompus au Grand Art. Sans préparation 
d'aucune sorte, sans la moindre notion du métier qu'ils 
adoptaient subitement, ils se lancèrent dans des composi- 




BROCHE A PLEURS DE CRISTAL K MAIL ET PERLES 

par Paul Lténafd. (Salon de 1908*} 



772 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



tions inexécutables ou mal appropriées aux exigences et aux 
procédés spéciaux de fabrication dont ils ne savaient pas le 
premier mot. Encore ceux-là avaient-ils plus ou moins 
pratiqué le dessin! Mais combien, qui l'ignoraient complè- 
tement, ne s'en crurent pas moins appelés, eux aussi, à 
jouer un grand rôle dans révolution en cours, malgré, ou 

peut-être grâce à cette 
ignorance même qui 
les garantissait de 
toute attache avec te 
Passé, Que pouvaient- 
ils produire, sinon des 
objets bizarres, ne re- 
levant le plus souvent 
que de l'excentricité : 
Leur maladresse pres- 
que enfantine, n'était 
égalée que par la bonne 
opinion qu'ils avaient 
d'eux-mêmes. 

Convaincus de leur 
talent, ils avaient cru 
devoir se distinguer 
du commun en se dé- 
cernant préalable- 
ment la qualité d'ar- 
tiste. Ce fut alors 
c o m m c u n c é p i d é m i e : 
ouvriers d"Art. meubles d'Art, reliures d'Art, broderies 
d'Art, jusqu'à cordonnier d'Art et potiches d'Art, tout y 
passa. Il n'y eut si mince bibelot, si insignifiant objet qui ne 
fût « d'Art » avec un grand A, et ne portât d'une façon osten- 
sible et quelque peu prétentieuse la signature de son auteur. 

Quel contraste avec la modestie des admirables sculp- 
teurs de nos cathédrales gothiques, de ces <c imagiers » du 
Moyen-Age, débordant de toi, qui ont créé tant de chels- 




>ENDAKT DE COU B QURDONS j Ù R C I S Ji t li 

par Vcver (jooS). 



CONCLUSIONS 



77 3 



d'œuvre sans penser un instant à nous révéler leurs noms ! 

A notre avis, les étrangers ont aussi une lourde pan de 
responsabilité dans la défaveur assez marquée qui a succédé, 




PENDANT D l£ COU K R A B L B „ 
ÉMAIL, DIAMANTS, Ë M B lî A U D l J . S ET PB8I. K 

par Georges Fouquet (1906). 



pour TArt moderne, à l'engouement des premiers temps. 
Nous ne parlons pas ici des Anglais qui, ayant contribué 
dès l'origine à ce mouvement artistique, se trouvèrent très 
bien placés pour le suivre quand le succès lui fut acquis, et 
furent d'autant mieux en mesure de produire des œuvres 



774 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



intéressantes, qu'ils avaient dépassé la période toujours assez, 
longue et ingrate des tâtonnements» 

Mais d'autres, et en particulier nos voisins du Nord et 
de l'Est, furent pris au dépourvu; désirant cependant 




BROCHA LIB K LL U LES âïf A 1 LL I-: B S 

par Pàul Liénard. (Salon de jeps.) 



profiter de la vogue considérable obtenue par le nouveau 
style, ils se mirent fiévreusement à faire — on pourrait dire 
à contrefaire — dans leurs ateliers, ou plutôt dans leurs 
usines, de Bruxelles, Genève, Munich, Berlin, Pforzheim, 
des quantités innombrables de produits d'une exécution très 
inférieure, établis commercialement, sans aucune préoccu- 
pation artistique, et avec le seul souci du gain à réaliser par 




lî R O C H E Ë AI A I L ET PERLES BLANCHES ET NÛ1RKS 

par Paul Liénard. (Salon de 1908.) 



leur vente. Pour abaisser le prix de revient de leurs articles, 
ils arrivèrent bientôt a simplifier, à réduire ou même à 
supprimer complètement les jolis détails qui donnent tant 
de charme aux compositions bien comprises, et se bornèrent, 
pour tout ornement, aux grandes lignes de construction 
faciles à interpréter économiquement. Il est vrai que, pour 



CONCLUSIONS 



assurer à celles-ci un aspect moderne incontestable (condi- 
tion alors essentielle pour la vente), ils les tourmentèrent 
avec exagération et mauvais goût, produisant ces combi- 
nais ms de courbes bizarres dont on a pu dire que, par 
leurs sinuosités, elles rappelaient le macaroni. Cest ainsi 
que, pour le bijou en particulier, les Belges, les Suisses, 
et surtout les Allemands, inondèrent le monde entier de 
déplorable « Art nouveau », n avant pris du style naissant 




GRANDE BROCHE PLUME DE PAON, ÉMAIL BLANC 

par Lucien Gaillard (1906).— Longueur : tti cent. 



que les défauts, et renouvelèrent ainsi Terreur artistique 
commise par leurs ancêtres sous Louis XV, lorsqu'ils défi- 
gurèrent notre charmant style rocaille pour en faire leur 
massif et compliqué « rococo »*. 

Un autre motif de désalfcction pour le style nouveau 
peut être trouvé dans l'emploi abusif et peu logique qu'en 

Îï II est curieux de constater que ce style rocaille est désigne dans les 
documents du temps par les mots : dans le goût moderne », Sans doute, lors 
de son apparition, plus encore que notre « Art nouveau », îl sembla audacieux 
aux contemporains ; de même que, plus tard, le contraste dut être saisissant 
lorsqu'on face de ses formes mouvementées, de ses coquilles et de ses chicorées 
on vit surgir le Louis XVI aux lignes simples et calmes. 



LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE 



firent trop souvent l'architecture et îe mobilier. Sans doute, 
il a été exécuté des ameublements et des décorations inté- 
rieures tout a fait agréables, de même que plusieurs des 
constructions récentes, sagement comprises, sont dignes 
d'éloges : niais combien d'autres. dc>ordonnécs. inquiétantes 
furent élevées, dans lesquelles la substitution systématique 
des courbes aux horizontales et aux verticales (comme si la 
direction de la pesanteur avait subitement changé!) nuit à 
Timpression nécessaire d'équilibre et de stabilité. On peut 
admettre une grande liberté dans la composition et le choix 




BROC II E EN JO AILLI-IUE ET PERLES 

par Paul Liiinard, (Salon de ifjoS.) 



des lignes pour une étoffe de robe, un bijou, ou tout autre 
objet de petite dimension destiné à être vu indifféremment 
dans plusieurs positions et qu'on peut en tout cas cesser de 
regarder à volonté ; mais il ne saurait en élre de même pour 
la décoration d'une habitation, ou pour les tentures et les 
gros meubles destinés à la garnir, qui s'imposent aux yeux 
d'une façon permanente. Dans ce cas, l'absence préméditée 
des lignes verticales et horizontales qu'on pourrait appeler 
« reposantes », produit un sentiment incontestable d'inco- 
hérence et de malaise. 

Qui ne se rappelle l'avoir éprouvé, dans les Impositions, 
en présence de certaines décorations intérieures évoquant 
des idées de cauchemar, ou encore devant ces meubles 



CONCLUSIONS 



777 



tourmentes, d'aspect menaçant, qui semblaient destinés à 
figurer dans une salle de tortures de l'Inquisition plutôt qu'à 
garnir confortablement et agréablement quelque « home » 
moderne } 

Toutes les raisons que nous venons d'indiquer justifient 
dans une large mesure Téloignement momentané du public 




CIGALES OR RT K M A I L 

pur Lnlique [tgofti — Largeur : 17 cent* 



pour 1" « Art nouveau » et expliquent comment il s'est laissé 
ramener docilement aux styles d'antan, auxquels d'ailleurs 
le poussaient énergiquement ceux qui, sentant leur incapa- 
cité à créer de l'inédit, étaient trop heureux de pouvoir 
reprendre les copies ou les faciles arrangements qui leur 
avaient si bien réussi autrefois. Dans la plupart des indus- 
tries, et dans ta bijouterie en particulier, les impuissants 
revinrent donc au style Empire et au sempiternel Louis XVI, 
En réalité, ce fut un bienfait, puisque ainsi ils ne continuèrent 



778 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE 



plus de discréditer l'Art moderne par des compositions 
mal venues et sans goût, et laissèrent désormais le champ 
libre aux chercheurs convaincus qui n'avaient jamais cessé 




BROCHE GUEPES K M AILLE K S , 
AILES TRANSPARENTES) 1 L E U R S BLEU CLAIR 

par Lalique. (Salon de 1908.) 



de préférer aux banales redites, l'effort, mais aussi la joie 
et l'honneur des trouvailles personnelles. C'est à ces vail- 
lants et à ces persévérants que, selon nous, l'avenir appar- 
tiendra. Ils ont eu déjà une action indirecte, mais trùs 
sensible, même sur ceux de leurs concurrents qui les décrient 
et ne suivent pas leur voie. Il suffit, pour s'en convaincre. 



CONCLUSIONS 



779 



de se reporter à ce qu'était le bijou avant révolution récente 
et de le comparer au bijou actuel : on constate, jusque dans 




FMiIGNE HIRONDELLES EN COItNK SCULPTEE ET TEÎNTÉE 

par Lalique/ (Salon de 1908,) — Largeur : 20 cent. 

les pastiches de l'ancien interprété aujourd'hui différem- 
ment, un progrés marqué dû incontestablement aux ensei- 
gnements et aux exemples des champions de l'Art moderne. 

D'autre part, après l'effervescence inexpérimentée des 
premiers temps, beaucoup, parmi les fervents de cet art, se 



780 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



sont assagis et savent à présent donner a leurs ouvrages 
non seulement le charme de l'imprévu, mais aussi les qualités 
d'équilibre et d'harmonie qui font le mérite des œuvres 
classiques. Ils continuent ainsi la véritable tradition des 
vieux Maîtres qui, à aucun moment, ne songèrent à recom- 
mencer ce qu'avaient fait leurs prédécesseurs, mais, au 
contraire, eurent toujours l'intention et la conviction de 
créer de l'inédit, sagement, il est vrai, sans lièvre, avec la 
lenteur nécessaire et surtout en respectant les lois essen- 
tielles, immuables, qui sont indispensables à toute bonne 
composition. 

Il ne faut pas perdre de vue que nous ne connaissons 
guère des stvles anciens que les meilleurs spécimens, le 
temps ayant balayé les mauvais et les médiocres (car il y en 
eut certainement à toutes les époques); n'oublions pas non 
plus, qu'avant de devenir classiques et indiscutés, ces styles 
lurent tous tenus, par la majorité des contemporains, pour 
extravagants et révolutionnaires, et qu'ils ne comptèrent 
d'abord qu'un nombre restreint de partisans éclairés, dont 
on ne reconnut que plus tard la perspicacité et le bon goût. 

Nous avons la ferme conviction qu'il en sera de même 
pour l'Art moderne. Aujourd'hui débarrassé des incapables, 
des excentriques et des plagiaires du début, il n'est heureu- 
sement plus guère pratiqué que par des artistes conscien- 
cieux et de conviction robuste, véritables créateurs, dont les 
productions, justement recherchées dès maintenant par des 
amateurs de plus en plus nombreux, prouveront victorieu- 
sement dans l'avenir la puissance et l'originalité d'invention 
de nos maîtres contemporains et feront le plus grand hon- 
neur à la Bijouterie française de notre époque. 



INDEX ALPHABETIQUE 

DIS NOMS CIIKS DANS LKS TOMKS II K T III 



Les noms précédés d'un astérisque sont déjà cités dans le tome 



Àgttâdo (M m *}, p. n>4. 
Aguero (Mw), p. 104. 
Alckan frères, bijoutiers, p. 6^3 
Ancelot, bijoutier, p. 643. 
André, bijoutier-joaillier, p. 397. 
André (M me Edouard), p, 104. 
Angenot, bijoutier, p. 644. 
Annîng-Bell (Robert), dessinateur 

anglais, p. 7.^2. 
Appert (Léon , p. 712. 
Arfvidson (Charles), bijoutier, p. 335, 

644, %ê. 

* Aucoc aîné (Casimir), orfèvre, p. 295. 
Aucoc fils (Louis), bijoutier, p. ?tjfi* 

; i t S-6oo, Ô14, G 20, 672, 693-694. 

* Aucoc aîné (Louis), bijoutier,p. 1 18. 
Aucoc (André), orfèvre -joaillier ? 

p. 5 7 i. 

AuJwmne. joaillier, p. "4 ; . 

* Audouard (Louis et Philibert;, cise- 
leurs, p. 1 19, 124. 

Auger (Alphonse), bijoutier), p. 362, 
5 7 3. 

Auger Ce orges), bijoutier, p. 574. 
Aurïol (George), dessinateur et litté- 
rateur, p. 762, 764. 
Auxenfants, fondeur, p. 49^. 

Babel, joaillier, p, 219. 
I iachclet, p. 2? 1 , 2 3 2, 
Bâltafd, architecte, p. 128, 284. 
Banneville, dessinateur, p. 696, 

* Bapst, joaillier, p. ?o, i r3.j, [35, 
i3<\, i3S, 141, 142, 145, 216, 219, 
!?45. (Voir Bapst ut 1- alizé.) 

B;ipsï Alfred . joaillier, p. 1 3 4, i3ô, 
498. 



Bapst Armand), joaillier, p. 1^4. 

* Bapst Charles f, joaillier, p. 1^4. 

" Bapst (Constant), joaillier, p. 1^4. 
Bapst (Frédéric), joaillier, p. i30. 

* Bapst (Germain), orfèvre, joaillier, 
écrivain, p, 40, 134,498, 5oo 3 514, 
720. 

Bapst (Jules), joaillier, p. 134. 

* Bapst (Paul), joaillier, p. 134, 1 38, 
Bapst et neveu, joailliers, p. L>4, 

* Bapst et Falizc, joailliers, p. -04, 
52i. Voir Bapst,) 

* Barhedienne, fabricant de bronzes, 
p. i5p, 10, 49 2 - 

Barberel :J.), contremaître, p. 672. 
Barré, ciseleur-orfèvre, p, 296,49^. 
Barrias, statuaire, p* 504, 
Bartet (M**), artiste dramatique, 

p. 71Ô, 721. 
Baruccï (La), p. 108. 

* Barye, sculpteur et ciseleur, p. 120- 
Bassano ! Duc et Duchesse de), p. 97, 

129. 

Basset, dessinateur et joaillier, p. 426, 
448, G45. (Voir Moreau.) 

* Bassot iLéon), bijoutier, p. 546. 

* Baucheron (Louis), bijoutier, p* 296, 

3o2, 307, 362, 454, 4^8, 526, ^27. 

(Voir Guillain.) 
Baudrier (André), bijoutier, p. 5o6. 

(Voir Fontana.) 
Baudry (Paul), peintre» p. 344. 
Baugrand (Gustave), joaillier, p, 40, 

120, l33, l39, l82, 228, 2^2, 2>ij, 

202, 276, 277, 298, 3oô a. 307, 314, 
33rî, 342, 446, 667 j 7o3. (Voir Mar- 
ret et Baugrand.) 



782 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



* Baugrand père (Victor), joaillier, 
p. 3 00, 

Beardsley (Aubrey-Vincent), dessina- 
teur anglais, p. yS'i. 

Béarn (M me la Comtesse de), p. 731, 
746. 

Beaumont, bijoutier, p. 322. 

Becker (Edouard), sculpteur, p. 434, 

435? 4^ D » 4*56, 598, 
Belleau, bijoutier, p. 582. 
Bellery - Desfontaines , dessinateur , 

p. 649. 

Bellcttc, bijoutier, p, gfj. 
Beltète, ouvrier joaillier, p. 23 i. 
Bel ville (Eugène), dessinateur, p, 649, 
Bénédite (Léonce), critique d'art, 
p. 684. 

Bénier, bijoutier, p. 336, 35j, 36o. 
Benoist (Louis), bijoutier, p. 454. 
Bensé, joaillier, p. 045. 
Benson, appareils d'éclairage anglais, 
p. 767. 

Béranger, émailleur, p. 379. 
Bertrand, bijoutier, p. 3o. 
Besnard (Albert), peintre, p. 764. 
Betouille, bijoutier, p. 122. 
Bing (Marcel), dessinateur, p. 645. 
Bing père (S.), négociant, p. 635, 758. 
764, 

Bingen, fondeur, p. 504. 
Bismarck (Prince de), p. 344. 
Bissinger, caméiste, p, 290, 307. 
Blanc (Charles), écrivain, p. 391, 724. 

* Bled (Georges), bijoutier-joaillier, 
p. 53S, 

Boéck, joaillier à Londres, p. 219. 
Bognard (John), t^nueur. p. 3 4 à 3*. 
Boin (Georges), orfèvre, p. 614, 
Boïvin (René), joaillier, p* (>23. 
Bonnet, orfèvre, p. 296, 
Bonnier (Louis), architecte, p. 704, 
Bonvallet, dessinateur, p. 649, 
Bordas, émailleur, p. 19Ô. 
Bordînck\ , diamantaire - lapidaire , 
p. 420. 

Bossard, orfèvre de Lucernc, p + 5 18. 

Bottée (Louis), sculpteur, orfèvre, gra- 
veur en médailles, p, 562, 6o& $ 665; 

Bottentuit et Plisson, bijoutiers, 
p. 563. 



Boucher de Perthes, archéologue, p* S. 

* Boucheron, joaillier-orfèvre, p, 168, 

184, 18G, 240, 277, 294 à 298, 3o2, 
3o6, 3^4, 341, 346, 34S, 333, 3o2, 
395 à 442, 446, 448, 45 ij 452, 434, 
4S6 à 460, 4G2, 463, 466, 467, 504, 
522, 5i6, 592, 6ï 2, 614, 675, 689^ 
707, 708. 
Bouchon, contremaître, p. 504. 

* Bouchot (Henri), écrivain, p. ta8« 
Boucicauf iM m,i ),p i 475, 
Bouclier, p. 252. 

Bouguereau, peintre, p*525. 

Bouilhet (André), orfèvre, p, 6§0> 

Bouîlhet père ( M enrb, orfèvre, p. 588, 

BourJ ier, bi ioutïcr, p, 3 1 4, \ 2 \ . 

Bouret et Ferré, bijoutiers, p. 23 1. 

Bourgeois, bijoutier, p. 55p. 

Boussard, graveur incrusteur, p, 4<>o< 

Boutetde Monvel (Charles), bijoutier, 
p, 636* 

Boutry, ciseleur, p. 2o3. 

Brangwyn (Frank), peintre décora- 
teur, p. 767* 

Branieka ((Comtesse), p, 104, 

Brard, ciseleur, p. 383, 469, 49Ç; 

Brasseur (André), joaillier, p. 610. 

* Brateau Jules), ciseleur, p. 280, 
410, 11470, 41*6, 656, 

* Bréguet, horloger, p. 604. 
Briançon, contremaître, p. 706. 
Bricteux, bijoutier, p. 638, 044, 65o 
Brïet, émailleur, p. 107, 418. 
Brocard (Eugène), bijoutier, p. 3to. 

* Bruneau, bijoutier, p, 24. 

Brunct (Georges,, bijoutier, p. 642, 
040, G47. 

Bugnîot(Auguste), dessinateur, p. 44S, 
45o. 

Burdy, graveur sur pierres dures, 

p, 4^4, 460, 
Burne-Jones (Edward), peintre an- 

glais, p. 752. 

* Burty (Philippe), critique d'art, 
p. ? 58, 

Bury, joaillier, p. 14. 

Cabanel (A.), peintre, p. 96. 
Cabasson, peintre, p. 674. 
Cadet-Picard, bijoutier, p. 309, 314. 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



7 83 



Caen (Kdouard), bijoutier, p. 3u), 3^2, 
534. 

Caillot (Jacques), bijoutier, p. 190, 
191. 

" Caillot (Pierre), bijoutier, p. i5o, 

iSSj 189, 190, 193, 195. 
Caillot-Peck, joailliers, p. 191, 192, 

iq3, 198, 372, J48. 
Calle, bijoutier, p, 190, 549. 
Calliat (Armand), orfèvre, p. 5R8. 
Calliet, orfèvre, p. 2o3. 
Calmus, dessinateur-bijoutier, p. 442, 

443, 4^4. 

Cameré (Henri), dessinateur, p. r2#, 
356, 586. 

Campana, antiquaire, p. 144, 145, i5o, 
i52, i5j, 176, 252, 272, 3iS8, 490, 
iSo. 

(Capitaine, joaillier, p. 240. 

Caran d'Ache, peintre, p. 762. 

Cardeilhac, orfèvre, p. 649. 

Carlier (Émîle), sculpteur, dessina- 
teur, p. 126, 296, 496, 504, 

Carnot, Président de la République, 
p. 5i 7 . 

Caron (Alexandre), sculpteur en 

ivoire, p. 434, 609. 
Carrier-Belleuse, sculpteur, page 382, 

389, 495. 

Cartier (Alfred), bijoutier-joaillier, 

p. 591, 592, 694. 
Cartier père Louis-François), bijou- 

tier-joaillier, p. 252, 591. 
Cartier (Louis i, joaillier, p, 592, 
Cartier (Pierre , joaillier, p. 592. 
De Cassiti, Marquise de Carcano, p. 

104. 

Castellani, bijoutier, p. i5oà 1 52, i55, 
i58, i58. 

Castiglione Comtesse de), p. 107, 
219. 

Cauvain, dessinateur-joaillier, p. 646. 
Cellini 1 ttenvenuto}, orfèvre, p. i5i, 

418,419. 
Cernuschi, collectionneur, p. 758* 
Chabaud, peintre-émailleur, p. 122. 
Chabrolli, bijoutier, p, 570. 
Chadel (Jules), dessinateur, p. 648. 
* Chaise Jules}, bijoutier, p. 74, 277, 

3 74j 375, 395, 452, 



Chalon ( Louis), sculpteur, p. 645. 
Chalvet, ouvrier bijoutier, p. 186, 

341, 348, 400, 45 L. 
Chambin, bijoutier, p. Go 5, 614, 646, 
Chambord (Comte de), p. 34. 
Cha mpier ( Victor^, publiciste, p. 2, 1 79, 

608. 

Chapu, statuaire, p. 504, 
Chapus (M inc et (ils), bijoutiers, p. 643. 
Chardon, contre - maître bijoutier, 
p. 49G. 

Chardon, dessinateur, p. G49, 742. 
Chariot, émailleur, p. 65o. 
Charpentier (Alexandre), sculpteur, 
P- 764- 

* Chartres (Duchesse de), p. 3. 

* Chaumet (J.), joaillier, p. 600 à 604, 
Chaveton, bijoutier-joaillier, p. 614, 

644. 

Chédeville, sculpteur, p. 496. 
Chenaux frères, dessinateurs, sculp- 
teurs, p. 204. 
Chéret (Jules), peintre, p. 556, 557. 
Chevalier, chaîniste, p. 322. 

* Christofle, orfèvre, p. 23, 118, 200, 
287, 3i 2, 492, 399. 

Clairin (Jules), peintre, p, 718. 

Clément, bijoutier, p. 644* 

Closson (Félix), dessinateur et joail- 
lier, p. 293, 294, 3 7 5, 

Coche, ouvrier joaillier, p. 3o2, 

CofTignon, bijoutier, p. 192. 

Colombier (Marie), p. no. 

Colonna (Kd.), dessinateur, p. 635, 
G45, 65o, 65 1. 

Combier, bijoutier, p, 296, 4S8. 

Cora Pearl, p* 106, 270, 277, 309. 

Cordonnier, sculpteur, p, 504. 

Corplet, émailleur, p. 65o« 

Corroyer, architecte, p. 464. 

Cossart, dessinateur, p. 649. 

Cosson, ciseleur, p. 388, 470. 

Coster (Martin), diamantaire, p. r 18, 
119. 

Coulon (Léon), joaillier -bijoutier, 
p. 438,592, 594 a 597,615, 

Courcy (de), émailleur, p. 65o. 

Couty (Fdme), dessinateur, p. 64$, 

Crâne (W al ter), peintre anglais, p. 752, 
760, 767. 



7 8 4 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE 



* Crosville, orfèvre, p. 522. 
Crouzet père, bijoutier, p. ïS3 à t%j 

3o;, 399, 542. 
Crouzet iïls, bijoutier, p. 184, 344, 
399. 

Crozatïer, ciseleur, p. 46% 470. 

* Dafriquc, bijoutier, p. 20, 120. 
Dampt (J.), sculpteur, p. 556, 7G4, 

* Daras, joaillier, p. i83. 

Darcel (Alfred), archéologue, p. 49^ 

* Daux, joaillier, p. 397, 436, 440, 
454. 

David, caméiste, p. 58fi. 

Debacq, joaillier, p. ^43. 

Debain, orfèvre, p. 614. 

Deberghe, dessinateur- bijoutier, p. 

64Ï. 

Début (Jules), dessinateur et joaillier, 
p. 294, 296, 341,398, 400 a 403, 40 5, 
41 3, 415, 428, 436 à 441) 44*% 45'2f 
5i>2, 594, SgS, 

De leurc (Georges), dessinateur, 
p. ô 4 8, 704. 

Dcjazet, comédienne, p. 27. 

Delaplanche, statuaire, p. 496, 504. 

Deraisme, ciseleur, p, 470, f$m 

Derouen, bijoutier, p. 55o. 

Désandré (Richard), ciseleur, p. 496* 

Desbazeille (Germain), bijoutier, p. 
?5i à 558. 

Pesbazeille (Louisi, bijoutier, p* 55o 
à 554, 

* Deschamps, bi joutier-joaillier, p. 3c>*> 

à 398, 5 26. 
Descomps jJoë), sculpteur et ciseleur, 

p + 470, 554, 622, 645. 
Des Fontaines (Jules), joaillier, p. 3*)/» 
Deshayes (Ku^ène), joaillier, p. &gg, 

386, 433, 643. 
Dcsmarquet, orfèvre, p. 576, 578. 
Desplantes, bijoutier, p. 450. 
Desprès Félix), joaillier, p. 610 à 6 14. 
Desroziers, dessinateur, p. 024, 629* 
Destape (Alexandre , graveur, p. 700. 
Destape Jules), joaillier, p. Sù% 408, 

^94, joO) 701, 701». 
Deverdun, joaillier, p. 5»j4, 
Devin, ouvrier joaillier, p. 21^, -n^. 
Devine, contre-maître, p. 55o. 

* Diéterle, décorateur^ p, 243. 



Diomède (Gui Hem in), ciseleur, p. 467. 
Doche (M lle ), artiste dramatique p. \ <j. 
Douv-Pascault , dessinateur, p. 534, 
648. 

Dreux, bijoutier, p. 38. 
Dubret (Henri), bijoutier, p. 637, 
f M4- 

Dubufe père (Edouard), peintre, p. 96, 
160. 

Duché, bijoutier, p. 644. 
Du fat, orfèvre, p. 614. 
Du faux, ém a illeur, p, 
Dufet, bijoutier, p. 3&o. 
Du fou g, dessinateur, p. 673. 
Dufrène ( Maurice), décorateur, p. h \ 2, 
644. 

Dugue, ouvrier joaillier, p. 217, 
Dumas fils (Alexandre), p. 106. 
Dumouza, dessinateur, p. SôO, 
Duplcssis, bijoutier, p. 53j> 

* Duponchel 1 Charles-Edmond), or- 
fèvre-joaillier, architecte, directeur 
de l'Opéra, p. liS, 208, 272, 277, 
?22. {Voir Mort;! et Dupondicl. 

Dupont, chaîniste, p. 3 10, 3jo. 

* Dupré, graveur en médailles, p. 470, 
Dupuy et Chaud é, bijoutiers, p. $78, 

620. 

Durbecj bijoutier, p. 44S, 45 t. 

* Duron pere (Charles), orfèvre-lujou- 
tier, p. 118, 164, 102, 196, 25 1, 177, 
278, 3o 7 . 

Dutreih, bijoutier, p. i5$, 160. 
Dutroy, horloger bijoutier, p. 442. 
Duval (Félix , bijoutier, p. 20*4, 20;, 

2 Ô8, 2(Hj. 

Duval (Julien), bijoutier, p. 558 à 56o, 
562 } ûi3. 

Duval et Le Turcq, bijoutiers, p. 558. 

55o, i6>< 
Duvelleroy, éventailliste, p. 2 53, 

Erazzu (M lk de), p. 104. 

Frhart (Ferdinand), bijoulïer-orfèvre, 

Esslïng (Princesse à% p. [>/. 
Etex, sculpteur, p. Û74. 

Fabre frères, bijoutiers à Buenos- 
Ayres, p. 3&8. 



ÏNDKX ALPHABÉTIQUE 



785 



Falguières (G/, bijoutier, p. 574, 614, 
6 1 5, 644, 646; 

* Falîze père (Alexis), orfèvre-joaillier, 
p. 60 à St ? 240, 2961 3 t 3, 3a2, 327, 
320, 347 à 349, 486, 535, 536, 5 3 S, 

Falîze (André), orfèvre -joaillier, 

p. 5 18, 519. 
Falîze (Guillaume), bijoutier, p. 61, 

66, 

Falize Hyacinthe), bijoutier, p.. 6l, 
66. 

Falize (Jean), orfèvre-joaillier, p. 520, 

* Falize (Lucien), orfèvre-joaillier, 
écrivain, p. 84, 88, 134, 296, 3-4, 
390, 416, 4?o } 484 à 524, 526, 528, 
53 1. 532, 334, 584, Si 5. (Voir Bapst 
et Falize.) 

Foiize(Pierrei, orfèvre-joaillier-émail- 
leur, peintre, p. 520. 
l' alizé frères, orfèvres - joailliers , 
p. 5o6 â 52 1. 

* Fannière (Auguste), orfèvre, p. 198, 
199, 207. 

Fannière (Joseph;, orfèvre, p, 198, 

190, 207, 
Fannière fils 'Joseph), p. 207. 

* Fannière Les frères), orfèvres, p. 41 , 
128, i3i, 198, 199, 200, 201, 2o3j 
204, 208, 376, 377. 

* Fauconnier, orfèvre, p. 198, 199, 204. 
Faure 1 Félix), Président de la Répu- 
blique, p. «17, 5 7 2, 5 7 3, 745. 

Faure (jSJfc Lucie), p. 731. 
Fauré (P.), dessinateur, p. 3oo. 
Férin (Auguste), orfèvre, p. 586, 
Férîn (Léoix), orfèvre, p, 586* 
Ferlct, ciseleur, p. 470, 
Ferni (Auguste), ouvrier bijoutier, 
p, 585. 

Fester (Théodore), joaillier, p, 40, 
88, 91, 117, 214, 28 1. 
Feuillâtre i Fugène), érnailleur, p. 640, 
641, 65o, 763, 

Filard, joaillier, p. 296, 644. 
Firmin, érnailleur, p, 256. 
Mandrin ( l ï ippolyte), peintre, p. 128. 
Foisil, médailleur, p. 562. 

Fonsèque, bijoutier, p. 532. Voir 

Fonsèque et Olive. 



* Fonsèque et Olive, bijoutiers-joail- 
liers, p. 529, 532, 533, 557. 

* Fontana, bijoutier-joaillier, p. 307, 
3 12, 3 1 3, 564, 565, 566, §67. 

Fontana (Charles), bijoutier, p. 564, 
566, 567, 620. 

Fontana (Oiacomo), bijoutier-joail- 
lier, p. 566. 

Fontana (Henri , notaire, p. S64 

Fontana (Joseph |, bijoutier, p. 565, 
566, 5 07. 

Fontana (Pierre), joaillier, p, 567. 

Fontana (Thomas), bijoutier, p. 564, 
566. 

Fontenay (Eugène), bijoutier, p. 85, 
147a 181, 18S, 228, 240, 263, 27?, 
288, 322, 342, 355, 356, 365, 368, 

hh 3 9 3 > 44*. 
Fontenay 1 Prosper , bijoutier, p. 1 58. 
Forain (Jean-Louis), peintre, p, y6z. é 
Fossey (Jules), dessinateur, p, 3oo. 

* Fossin père Jean-Baptiste), joail- 
lier, orfèvre, peintre et sculpteur, 
p. 182. 

l'os si n fils Jules k joaillier, p 42, 44, 
118, 182. i83, 184, 187, 219, 272, 
2j6 a 298, 6o3< 

* Foullé (Henry), bijoutier, p. 180, 
326. 

Fouquet père (Alphonseï, bijoutier, 
p. 66, 240, 365 à 3q5, 623, 700, 702. 

Fouquet (Georges), bijoutier, p. 623 à 
629, 753, j? 7y 773. 

Fourcaud (de), critique d'art, p. 71 1. 

Fournier (F. de), miniaturiste, p, 5. 

Foy René), bijoutier, p. 64?. 

Fray, orfèvre, p. 522. 

Frémiet, statuaire, p. 496. 

Frey André}, dessinateur, p. 584. 

Frey Paul), bijoutier, p. 58o, 582, 
583, 

Friedman, bijoutier allemand, p, 525. 
Froidefon, bijoutier, p. 644. 

* Froment (François), orfèvre, p. 66. 

* Froment-Meurice (Ëmile), orfèvre- 

joaillier, p. 34, 122 à i3i, 211, 277, 
278 à 280, 283, 284, 356, 440, 446, 
484, 522, 584 à 590, 61 S. 
Froment- M eu ri ce (François), conseil- 
ler municipal, p. 585, 

5o 



7.8(5 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX< SIÈCLE 



* Fromcnt-Meurice père Francois-Dé- 
siré), orfèvre- joaillier, p. 8, 21, 27, 

f't', 1 1 8, 12 1, 122, 124, 125, fSi, 

164, 200, 208, 278, 55o* 
Froment-Meurice( Jacques), sculpteur, 
p. 585. 

Froment- Meuricc (Marc), explora- 
teur, p. 585. 
Fromont, bijoutier, p, 384. 

Gabriel, bijoutier, p. 578, 620, 
Gagneré, émaîlleur, p. 496, 
Gaillard iAmédée), bijoutier, p. $lf), 
Gaillard (Auguste), bijoutier, p. Û16, 
Gaillard (Ernest , bijoutier et orfèvre, 

p, 020, 028, (>3<> à 034, 
Gaillard ( Lucien), bijoutier et orfèvre. 

p. 63q, 632, 6"33, 636 à 643, 755, 77?. 
Gaime, joaillier, p, 3ôo. (Voir Marret.) 
Galbrunner, lapidaire, p. 2S4. 
Galland (P.-V,\, décorateur, p. 548. 
Galle (Kmileî, maître verrier, p. 517. 

75f>, 764, 

Gallois, ouvrier joaillier, p. 422-423, 
Gambetta, p. 340. 

Gariod 4 Léon'!, bijoutier, p. 017, ôiS, 

G armer, émail leur, p. 504, fï5o, 
Gartner (Charles), architecte, p. 149. 
Garnier (Jean), ciseleur, p. 470. 
Gaskin, dessinateur anglais, p. fStj 
Gaucher, bijoutier, p . « '» 1 7 , 
Gautrait, ciseleur-modeleur, p. 618. 
Gautruche, doreur, p. 504. 
Gay et Morgan, bijoutiers, p. 342. 
Germain, orfèvre, p, 844. 
Gérome, peintre, p. 1 38, 074. 
*Giacomellj, peintre et dessinateur 

en bijoux, p. 
Gif, joaillier, p. 373, 646, 
Gillion, bijoutier, p. Sgu 
Giraldon (Adolphe), dessinateur, 

p. 049, 

Giraudon, ciseleur, p. 401,469. 

* (ii roux, articles de Paris, p. 200, 248. 
G lâchant, orfèvre, p. 4 i >b, 5 04, 522, 

Gloria, bijoutier, p. 3o2, 358, 35^. 

* Goèsîn (E.), dessinateur, p. 53. 
Gonse (Louis), écrivain, p 758. 



G rail, bijoutier, p. 53g. 
Grandhomme (Paul), émail leur, p, 80, 

382, 38<jj 4[ijy 504, $$ô m 
Grandjean, bijoutier, p. 36a. 
Granger, bijoux de théâtre, p. 142. 
Grasset (Eugène), peintre, p. oôx m',,,. 

(>7o, 754, 755, 750, 7<>4, 
Gross, bijoutier, p. 644. 
Guéret, bijoutier, p. 574. (Voir Auger.) 
Guétary (Jean), publiciste, p. 342. 
* Gueudct, bijoutier, p. 444, 
Gueyton (Alexandre), bijoutier, p, 21 

à 34, 120, 572, 

Gueyton (Camille), bijoutier, p. 35, 

572 à 577, 7<|3. 
Gueyton (M arc], bijoutier, p. 35, 572. 
Guillain, bijoutier, p. 20^, 3b2, ^7, 

.p8, 526. [Voir Mancheron.) 
Guillaume (Eugène), statuaire, p. 356, 

''74- 

Guillemin jAugustej, joaillier, p. 192- 
193. 

Guillemin frères, bijoutiers-joailliL ts, 

p. 198, 372. 
Guillemin (Hippolyte), p. 192. 
Guillemin Jean , bijoutier, p. 192. 
Guimond (Esther), p. 1 10. 
Gulbenkian, banquier, p. 746. 

Hagneaux, joaillier, p. 643. 
ilallet, joaillier, p. 672. 
Mallingre, bijoutier, p. 578, 620. 
Halphen (Auguste), bijoutier, p. 204, 
26S, 5So> 

Halphen 1 Joseph , joaillier-dîaman- 
taire, p. 119,, 174, iShS 7 ^33^ -^4, 
25 1, 2t53, 204, 3o2. 

Hamelin (Paul , joaillier, p. 182, 549, 
582, 647, 694, 

Marel M*^ Augustin , p. 104. 

Hartz, bijoutier, p. 563, {Voir Plisson 
et 1 lartz. 

liarvev, tablenier-orfèvre, p. 740. 

Haussmann (Baron), p. 129, 332, 75n. 

Ilenckel de Donner smark, p. uni, 
344^ 3*& 

llenf: 1 Vietoi . dessinateur. p< 3i 3, 3 14. 
Hénin, orfèvre, p. G14. 
Henrivaux (Jules*, directeur de Saint- 
Gobain, p, 712. 




INDEX ALPHABETIQUE 



?8? 



Herlemont, ciseleur, 470. 

Hersant, bijoutier, p. 644. 

Hirtz (Lucien), émailleur et dessina- 
teur, p. 44s, 450, 504, 

Hittorf, architecte, p, 128. 

Hoilmann, sculpteur p. 742. 

"Honoré Bourdonclel, ciseleur, 
p. 210, 270, a86j 496^ 38 g, 430, 450, 
4.6a j 460, 467, 40« '. 

Horn (Baron de), p + 54< 

Houïllon CL.)» émailleur, p, 41 X, 491% 
504, 637, o5o. 

Hubert (Léopold , orfèvre-ciseleur, 

p. 211,4)0, 

Hue, graveur sur pierres, p. 400. 

Ingres, peintre, p. 120. 
[saac l* .-A. } } peintre, £64. 
Iselin, sculpteur, p t 284. 

Jacobî, chimiste, p. 23. 

* Jacquemart, sculpteur, p. 128. 
Jacquet, bijoutier, p. 5q3. 
Jacquin, perles fausses, p. 

* Jacta j Eugène, père), bijoutier, p. 542, 

546, ^47, 

Jacta (Georges), bijoutier, p. 544, 

546 à 550j ^14, f>94. 
Janin, bijoutier, p. J04, 482, 522. 

* Janisset (M n » c } T bijoutière, p, 72, 74, 

70, 78^44. 
Janvier, tour â réduire, p. 720. 
Jaquet, estampeur, 463. 
Jarry ( Eugène 1, bijoutier, p. 3 5 8, 3$0, 

(Voir M arrêt.) 
Jarry aine (Gabriel, dit Jarry-Callej, 

p. 118, 358, 5 48, 549, 55o. 
Jarry GtiStstvé)j bijoutier, p. 358. 

(Voir Marret.) 
Jean (Charles , émailleur, p. ô5o. 
Joindy, sculpteur -ciseleur , p. 496, 

5r">2. 

Joly (Gabriel), dessinateur, p. 448. 

Jordan (chimiste), p. 23. 

Julienne (Eugène}, dessinateur, p. 239, 

241, 243 à 2 5 3, 'i5ô, 2Ôr>, 20 j, 3 12, 

375, 444. 
Jurawicz (M mû ), p # 104, 

* Justin sculpteur-modeleur), p v 27. 



Knmper, bijoutier, p. 043, 
Kees, éventa illiste, p. 253. 
Khalil-Bey, p, 1 10, 112. 

* Klagmann (Jules), sculpteur, p. 243. 
Kramer, joaillier, p. 40, 117, î83, 

i85, 187, 188, 3o 7 , 3 4 ii, 
EÇraiitz Camille, député), p. 080. 
Kuyl, bijoutier, p. 452. 

LabartC, archéologue, p. 490, 
"Laborde Comte Léon de , p. 1 1 , 490. 
Labouriau, joaillier, p. M4, *»q3. 
Lac haussée, ciseleur, p. 3SS. 
Lacroix A. t ouvrier joaillier, p. 3oy, 
Laffitte (Gaston), bijoutier, p. 645^ 
("147. 

Laisne, dessinateur, p, 3i2. 

Lalîque (René), bijoutier- joaillier -, 

orfèvre, émailleur, p. 3ot, 042, (jNS, 

690 à 747, 750, 7 5 i T 7 58, 759, $60; 

j64i jS&'i 777* 77^> 77f- 
Lamargot, bijoutier, p. 578, 58o. 
Lambert Th.), architecte, p.019 à 621. 
Landois, dessinateur, p, 59s, 638, 648. 
Langlois, bijoutier, p. 264. 
Langoulant, bijoutier, p. Ci 5, 044, 
Lantéron, ciseleur, p. 470. 
Larchevèque, bijoutier-joaillier, p,ifj3, 

53o. 

Las M a ri s ma s (Marquise de ), p. 97. 

Lassus, architecte, p, 5o 

Latour- Maubourg 1 Marquise de . 

* Laurent, bijoutier, p. 55o. 
Laurcnt-Vcrdier, cari nés, p* 570. 

* Lavigne, orfèvre-ciseleur, p. 2o3. 
Leblanc (Léonide), p. 107, 3i3, 32S. 
Lebrun, orfèvre, p. 200, 

Leeas 1 Edmond), bijoutier, p t 539, 

540, 542, G46, 
Lechevrel, graveur-caméiste, p. 460. 
Leclerc, ouvrier joaillier, p. 426. 

* Le Cointe fils (Léon), orfèvre-bijou- 
tier, p. 1 1 8, 543, 544. 

Lerîngrc, bijoutier-orfèvre, p* 119, 
193. 

Lefebvre (Auguste , joaillier, p» .S48. 
Lefcbvre ((Charles), bijoutier, p 5*5$, 
Lefebvre (Kdmond), bijoutier, p* 57N, 

rÎ20. 



7 SS LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE 



Lefebvrc aîné (Eugène), bijoutier, 
p. 38ô, 574, 571», 6î5| 620. 

L e fe 3 ) v re fils Lu ge n e ) , o ri è v re-bi j o u - 
tiec, p. 5^6; 

Lefebvrc 1 François), horloger, p. ^74, 

Lefebvre (Jules), peintre, p. 5 20. 
Lefort (À«), bijoutier, p. 5$4, 64^ 

* Letournter, émailleur, p. 121, 124, 

164, tô5, 1,663 3u>. 

Lefranc, bijoutier, p. 442. 

Lefuel, architecte, p. 344, 

Legrand (Auguste), sculpteur, dessi- 
nateur, p. 440. 

Legrand (Joseph ;, graveur, p. 
440, 5-0. 

Legrand ;Pau1), dessinateur, p. 252, 
201 >, 3Ô2, 420, 42 7, 440 à 44s, 434, 

4.56i 4^ s , 4^9- 
Lehon (Comtesse Léopokl), p. 104, 
Lemeunier, joaillier, p. 045. 

* Le moi ne père, hijoutier, p. 5 7 3. (Voir 

Ouizille.) 

Lenumnier (G.), joaillier, p, 14 à 20, 
40 à 42, 4K, I [K, 2 1 f>, 220, 222, 314. 

* Lempereur, joaillier, p, 2 eu* 

* Lenglet, ciseleur, p. b2i. 

* Lepage, armurier, p. 440. 
Lepaçe, bijoutier, p. 547. 

Lepec (Charles), émaîlleur, p. %o, 277, 
200. 

Lequien père, dessinateur, p. 6ga, 
Lequien (ils, sculpteur, p. 6g5. 

* Leroy, ouvrier bijoutier, p. 186, 289. 
Le Sache (Emile), graveur en ta î Ile- 
douce, p. 524. 

Le Sache (Georges), bijoutier-joaillier, 
p. 40O, 524 a 528, 53o, 53i, o\>'>. 

Le Sache (Jean-Jacques), graveur en 
médailles, p. 524. 

Letessier (Caroline), p, 107. 

Le Turcq (Georges), bijoutier, p. 5?o, 

634, 6 4^ ( »4r> 749» 7 5ï - 
Levasseur, sculpteur, p, 504. 
Levillain, sculpteur modeleur, p, po. 
Lezay-Marnezia f V'icomi^" de), p, 
Lhomme, hijoutier, p, 40C 
Liberty (tissus anglais), p. 738. 
"Liênard, dessinateur, sculpteur, 

p. 2 4 1L 



Mânatd (Paul), dessinateur-bijoutier, 
P- 645, 752, 7 ?4, tSC, 771, 774, 776. 

Lièvre (Ldouard:, dessinateur, p. i5o. 

Lindeneher, sculpteur-orfèvre, p. iô3, 

' Linzeler, bijoutier, p. 507, 568, 570. 

Linzeler (Albert), bijoutier, p, 570. 

Linzeler (Charles), bijoutier, p, 

Linzeler [Ernest), bijoutier, p. 570. 

Linzeler père (Eugène), bijoutier, 
p, HSS; 570, ? 7 i. 

Linzeler fils (Lu^ène), bijoutier, p, 570. 

Linzeler I rédéric), bijoutier, p; bjo, 
5 7 2. 

Linzeler (Georges), bijoutier, p. 370. 
Linzeler (Robert;, orfèvre, p. 572. 
Lion (Auguste/, bijoutier-chaîniste, 

p, 3 14 à 322, 537, 644. 
Lobjois, bijoutier, p. 5 un. 
Lœbnitz (Jules), céramiste, p. $53. 
Lœulliard Octave), ouvrier joaillier, 

p. 400, 411, 412, 410, 4 rS, 4 5 1. 
Loew (A,), bijoutier-joaillier, p. 342. 
Loguet frères, bijoutiers, p. Ù72. 
Loir, bijoutier, p. 

Lolice (Frédéric), écrivain, p. ion, 
to8, 100. 

Lorrain Jean), littérateur, p. 730. 

Loubet (Emile , Président de la Répu- 
blique, p. 52t. 

I .ouchet, ciseleur, p. 444. 

Louvet, estampeur, p. 463, 

Louvrier de Lajollais, peintre, p. 53o. 

Loussei, bijoutier, p. 296, 454. 

Loyer, ouvrier joaillier, p, 302. 

4 Luynes Honoré, Duc de;, p* ït, 21, 
277. 

Lyon-Alemand, p. 386. 

Mackay (M ae ), p. 412. 

Mac-Mahon (Maréchal de), p, 210, 

21 1, 355. 
Magne, architecte, p. j3j, 208. 
Ma::nc Lucien , architecte, p, û^}. 
Maheu, bijoutier-joaillier, p. 16, 18,41. 
Maillet, sculpteur, p. 284. 
Mainfroy, bijoutier, p. 3 12. 
Main rot (Baronne de), p. 07. 
Mânes jM m<3 ), p. 104. 
Manteullel (Maréchal de), 347, 34$. 
Mantoux, bijoutier, p. 044. 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



7 Bg 



* Marchand aîné (Edouard), bijoutier, 

p. 72, 74, i5q, 160. 
Marest (Jules), bijoutier, p. 196, 61 5, 
Marie (Auguste), bijoutier, 579, 5So. 
Marie Charles, bijoutier-joaillier, 

p. 578, 579, 58o, 382, 638. 
Marïoton fClaudius 1 , ciseleur, p. 470. 

* Marrel ( Les frères j, bijoutiers, p. 20, 
74 

* Marret frères), joailliers, p. 356 à 

3 60, 362, 364, 440, 454, 588 à Sgâ, 
61 5. 

Marret (Alfred), bijoutier, p. 36ô, 
Marret Auguste) , orfèvre, p, 33n. 
Marret (Charles), joaillier, p. 3o2, 356, 

357, 35o, 5qo, 304, 
Marret Ernest , joaillier, p. 3 60, 362, 

Marret (Hippolyte , joaillier, p. 356 

à 358, 36o. 
Marret (Justin , fabricant d'ordres, 

p. 358, 36 o. 
Marret Pauli, joaillier, p, 3o2, 359, 

I6ô, 364* 

Marret ( Pierre), bijoutier, p. 35o, 36o, 
Marret et Baugrand, joailliers, p. 120, 

i5o, 3o2, 359. 
Marret et Jarry, joailliers, p. 120, 

100, 3i3, 358 à 363, 442, 4:4, 526, 

Martel Hippolyte', bijoutier, p. 1S2, 
3f>2, 388, 3%; 

* Martial-Bernard (Charles:, bijoutier, 

p. 414, 

* Martincourt, bijoutier, p. 3i2. 
Martin court (E.), bijoutier, p. 56 a. 
Martincourt (Henri), joaillier, p. 621. 
Marx (Roger , critique d'art, p. 763. 
'Massin |0.), joaillier, p, 3o, 85, 88, 

ûîj 96, 167, iSî, 212 à 243, 25 1 , 252, 

263, 296, 3oo à 3 08, 354, 416, 422, 
424, 471 à 490, 504, 5o5j 527, 614 
75o. 

Masson, sculpteur, p. 122, 

Mathilde 1 Princesse Bonaparte), p. 6 

44, 45, io3, t6o, 320, 496, 544. 
Mauboussin, bijoutier, p. 643. 
Maudotix, bijoutier, p. 66. 
Mauguin, architecte, p. 344. 
Meissonier 1 Ernest), peintre, p. 458. 



* Mellerio-Borgnis, joaillier, p. 573, 
Mellerio-Meller, joailliers, p. 40, 67 
à 74, 120, i5o, 180, 277, 287, âojRj 

326, 522. 

Membré (Ernest), émailleur, p. 664. 
Menu (Alfred), bijoutier, p. 362, 3<>7, 

442, 443, 440, 447, 4.-4, 4 56. 
Menu (Michel), bijoutier, p. 436, 

* Mercier, ciseleur -orfèvre , p. 296, 
496. 

Merson (Euc-Olivierj, peintre, p. 3 16, 

520. 

Metternîch (Princesse de), p. 104. 

* M eu ri ce, orfèvre, p. 66. (Voir Ero- 
mcnt-Meurice.) 

* Meurice (Paul), littérateur, p. 66. 
Meusnier (Henri bijoutier, p. 366. 
Meyer Alfred , émailleur, p. 80, 3o2, 

373, 496. 

* Meyer (Édouard), bijoutier, p. 458, 
Meyer-IIeine, bijoutier, p. 264. 
Michaut, ciseleur, p T 3S-2 T 460,496. 
Mîgnoiet et Baugrand, joailliers, 

p. 3 00. 

Millet Aimé , statuaire, p. 496, 674. 
Moche jJ.), bijoutier, p. 606, 61 5, 644. 
.Mol lard, bijoutier et émailleur, p. 418, 

419, 644. 
Molly, émailleur, p. 296. 
Montebello (Comtesse de), p. 97. 
Montezer, ouvrier joaillier, p. 16. 
Monthiers, bijoutier, p. 549. 
Monzer, ouvrier bijoutier, p. 260. 
Moreau, joaillier, p. 448, 64?. (Voir 

Basset.) 

Moreau- Vauthier, sculpteur, p, 502. 
" Morel ( Jean - Valêntin . bijoutier, 

joaillier, orfèvre, p. 110, 120, 122, 

164, 25 1 , 332. 

* Morel (Prosper), orfèvre, joaillier, 

p. 307, 600. 

* Morel (Valêntin), lapidaire, p. iS3. 

* Morel et Duponchel, orfèvres-joail- 
liers, p. 2^3. 

* Morel-I .adeuil Eéonard), p. 27. 
Moi^an Edgar , bijoutier, \-, 546, 
Morris (William), peintre anglais, 

p. p*. 

Mouchon, dessinateur, g; 711, 
Moue h y (Duchesse de), p. Î5, 104. 



790 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Mucha (Alphonse), dessinateur, p. 624 

à 627, 764. 
Murât (Charles), bijoutier, p. 374, 604» 
Mi isard (\P™), p. 106, 270. 
Mu/et, député, p. 700. 

Nadaud. sculpteur, p. 467. 

Nattan (Georges), joaillier, p, 252, 264. 

* Nattan (Hippolyte), joaillier, p. 263, 

2< '4, 401 . 

* Névillé, dessinateur, graveur, p k 243. 
Nieolau, bijoutier, p, 264. 

* Nitot (Etienne), joaillier, p. 20, 182, 
Go3. 

Nocq (Henry), sculpteur, bijoutier, 

pu M ici sic, p. 55ôj figSv 
NodiOt, ciseleur, p. 470. 
Noury, bijoutier* p, 643* 

Obiols, bijoutier, p. 645. 

* Obry (Hubert), ciseleur, p. 38. 

* Odiot, orfèvre, p. 128, 407, 
Ogez, bijoutier, p. 3 10* 

* Olive (Emile), p. 490, SfcS à 534. 
(Voir Fonsèque et Olive.) 

Oms, ciseleur, p. 49* >. 

* Orléans (Duc d')/p. 3. 
Orseni, ouvrier bijoutier, p. 496. 
Orv-Robin (M mc ), p. 744, 
Osterbertî, ouvrier joaillier, p, 479, 

482, 

Otero <Mi' -, p. jj£8* 56% 5 70. 
Ottcrbourg, bijoutier, p. 3 10, 53o. 

* Ouîzille et Lernoine, joailliers, p. 40, 
Owen-Jones, ornemaniste, p, 490. 

Pagerie (Duc et Duchesse de la », p. 1 <>.\ . 
Paget, négociant en diamants, p. 
Paillet, miniaturiste, p. 416. 
Païva (Comtesse de), p, 106, 342, 346. 
(Voir llenckel de Donnersmarek.) 

* Papegay, bijoutier, p, 440. 
Paris (Comtesse de'', p, 144. 
Patout, bijoutier et émaîlleur, p. &f4» 
Patti (Adelinai, cantatrice, p. 33o, 

* Paul frères, bijoutiers, p. 120. 
Paul (Eugène), bijoutier, statuaire, 

p. 2S6. 

Payen, bijoutier, p. 120, 122, 
Péconnet, bijoutier, p. 343. 



Peçk (Prosperl, bijoutier- joaillier , 

p. 190, Î9S. 
Peck -Olivier, fabricant d'ordres, 

p. 3ôo. 

Pelletier, joaillier, p, 296, 644, 

Petit fils (Auguste), bijoutier, p. 694. 

Petit (Jacques), bijoutier, p. t8o, 188, 

190, 25p f 271, 281. 
Petit et Wampllug, relieurs-doreurs, 

p. 2Q6. 

* Petiteau fils (Eugène,, p. 47, 94, 397. 
Peureux, orfèvre et ciseleur, p, 470. 
Péyre (Jules), dessinateur, p. 375, 
Philippe fils (Cari:, bijoutier, p. 197. 
Philippe (Emile), bijoutier, p. 21 1 , 52 2. 
Philippi (Frédéric), bijoutier, p. iu3 

à 198. 

Phillips, bijoutier de Londres, p. i5o. 
Picart, bijoutier, p* 180, |Q|> 
Picard (Georges), peintre, p, 7^6. 
Picot (Théophile), bijoutier, p» 296, 
456, 458. 

P ici, bijoutier en imitation, p. 347,612. 
Pierres (Baronne de), p. 97. 
Pierson (M 11 *), artiste dramatique, 
p. 7 3 c, 

Piétri, secrétaire de l'Impératrice, p. 4. 
Pinard, bijoutier, p h 372, 374. 
Plessïer (E.), ouvrier joaillier, p. 3t_>7. 
Plisson et Hartz, bijoutiers, p, 56ï, 

563, 564 k 566. 
Point, ciseleur, p. 496, 
Poisson (Baronne,, p. 104. 
Pommavrac (De), miniaturiste, p* 54» 

Popelin (Claudius), émailleur, p. 80, 
49<>- 

'Pouget, joaillier, p. 219. 
Pourée, bijoutier, p. 25 2, 044. 
Pourtalès (Comtesse de), p. 104, 3 2 S 
7-îi, 

* Poussielguc-Rusand, orfèvre, p. 32, 
*Pradier, statuaire, p. 22. 
Prêgnot, dessinateur, p. 548. 
Prévateau, ciseleur, p. 388, 
Prouvé (Victor), peintre et sculpteur, 

p, 556, 558, 
Provost- Blond cl, graveur, p. 648. 
'Prud'hon ( P.-P,|, peintre, p. 128, 
Pye, ciseleur, p* 496, 



INDEX ALPHA UKTlor K 



Quillot, lapidaire, p. 200, 
Uuinton, sculpteur, ciseleur, p. 304, 
586. 

Rahanît, orfèvre, p. 570. 
" Rambert, dessinateur-graveur, p. 286. 
Rambour, bijoutier, p. 608, 61 5, 646. 
Radius (Georges), joaillier, bijoutier, 
p, 402. 

Rault (Louis), ciseleur, p. 401, 459 à 

Ravaut (Ch.), joaillier, p. 700. 
Rced, p. 406, 40K, (V r oir Tilïany). 
Réfauvclet, bijoutier, p. 644. 

* Régent Le diamant te), p. i3S, 
Reiber (Th.), dessinateur, p. i5o, 
Reintjens (Charles), joaillier à Liège, 

p. 212. 

Reister, dessinateur et graveur d'orne- 
ment, p. 182. 

Renn, joaillier, p, 643, 694, 

Rey, bijoutier, p. 538. 

Richard (P.), ciseleur, p. 435, 490. 

Riehet, émailleur, p. \ j6. 

Ricketts(Charles),des$inateur anglais, 
p, 752. 

Rïtlault, émailleur, p. inS ? 204, 2oh, 

353, 4 is, 4 ir lt 
Rinzi, bijoutier, p. 
Riondelet, bijoutier, p. 356* 36o, 
Riou /M mû veuve), chaîniste, p. 322. 
Riquet, émailleur, p. 65o. 
Rivaud (Charles), bijoutier, p. 55ô, 

5 57, 55s. 

Rivet, graveur en médailles, p. 562. 
Rivière (Henri), peintre, p. 762, 764. 
Robert, ouvrier joaillier, p. 21*. 
Robert (Henri), joaillier, p. 622, 6i3; 
Robin (Alfred ;, bijoutier (Chabann gis), 
p. 444. 

* Robin (Aristide, dit Joureau), bijou- 
tier, p. 74, 7b, 78. 

Robin : Charles) (Gueudet), bijoux, 
camées, p. 444, 446. 

Robin (Kdouardj, bijoutier, p. 267. 
Robin père (Jean- Paul , bijoutier, 
p. 200, 24c, 248, 25 1 à 255, 257, 
259, 262, 267, 3 10, 538 à 540. 

Robin (Maurice), bijoutier, p. 645. 

* Robin fils Paul), bijoutier, p. J41, 



260, 267, 268, 35o, 357, 462, ~?22 
k 524. 

Roehefort ( Henri), p. 33i. 

Roda net, horloger, p. 606. 

Rodier, éventailliste, p. 253. 

Rodin (Auguste;, statuaire, p. 764, 

Rometin, bijoutier, p, 3 19, 643. 

Rosetti (Dante Gabriel), peintre an- 
glais, p. "52. 

" Rossïgneux (Charles), architecte or- 
nemaniste, p. i?o, 280, 404. 

Rotiembourg, bijoutier p. G44. 

Roty Oscar), graveur en médailles, 
P- 557, 558, 718. 

* Rouillard (P.), sculpteur, p. 270, bffy 
Routhier, émailleur, p. 504. 

* Rouvenat (Léon), bijoutier- joaillier, 
p. 20, 88, 120, 180, 214 à 216, 
25i, 2 88 à 298, 307, 3i2, 37?, 38o, 
38 1, 610. 

Rouzé (Louis), joaillier, p. 436, 5^2. 
Royer, bijoutier, p. 440. 
Rozet ( Renéi, sculpteur, p. 599, 666. 
' Rudolphi, bijoutier, p. 20, 27, 
i5o, 106. 

Ruprich- Robert, architecte - dceora- 

teur, p. 674. 
Ruskin (John), littérateur anglais, 

Saint-Yves, bijoutier, p. i">45. 
Sainte-Claire De ville, chimiste, p. 2K5- 
286. 

Salis i Rodolphe), p. 762. 

Salmson, sculpteur, p. 522. 

Samper, bi joutier- joaillier, p. 233, 5o2. 

Sandoz père (Gustave , horloger- 
bijoutier, p. 004 à 008. 

Sandoz fils \ Gustave- Roger), bijou- 
tier, p. 607 à 610. 

Sarah-Bernhardt, p. 41b, 624, 714, 

7 l8 > 74 r >, 

* Savard, bijoutier, p, 607. 
Schneider (Hortense), actrice, p. 106, 

33o, 335. 

* Schuenewerk, statuaire, p. 210,211* 
Schwabe (Carlos), peintre, p. 7* Ï4 b 
Séguin (Mrâe) 1 p, 104. 

Sellieres (Baron), p. 277. 
Serres, bijoutier, p. 252. 



2 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



* Sévin (Constant , décorateur, p. i5o. 
Silvano frères, bijoutiers, p. 322. 
Simart, sculpteur, p. 128, i3i. 
Simone! (Charles!, publiciste, p. 5 S, 

334, 

Smets (Henri}, bijoutier, p. 180. 
Smets fils Léon , bijoutier, p. 1S0. 
Smith, bijoutier à Londres, p, 262. 
Solîé, bijoutier, 645, 65 1. 

* Sollîer frères, cmailleurs, p, 3o2. 
Sorel [M^c Cécile:, artiste dramatique, 

* Souffiot père (François), joaillier, 

p, 621, 622. 
SoulHot (Henri), orfèvre, p. 623. 
Souihot fils (Pau]), bijoutier-joaillier, 

p, 364, 43 1, 5g5, 622, 623, 683. 

* Soulens 1 Eugène , p. 3 54, 534 a ; 4°- 
Soyer, émailleur, p. 65ô. 
Steinlen, peintre, p. 762. 

Stern, graveur, p. 32. 
Subinger, bijoutier, p. 3o. 

Tard, émailleur, p. 80, 3o2, 456,491, 
496. 

Templier ( Alexandre) > bijoutier, p. 565, 
620. (Voir Kontana.) 

* Templier (Charles), bijoutier, p. 6iS, 
620. 

Templier 'Eugène), p. 620. 
Templier (Henri), bijoutier-joaillier, 

p. 3 1 o, 578, 620. 
Templier (Hippolyte), éventailliste, 

p. 6 1 0. 

Templier (Joseph), joaillier, p. 620* 
Templier (Jules), bijoutier, p. 566, 

62,01, (Voir Fontana.) 
Templier Louis , bijoutier, p. 620. 
Templier 1 Paul , joaillier, p. 619 a 622. 
Tétcrger fils ; Henri), bijoutier, p. 0 1 6 , 
64.5, 762. 

'Téterger père (Hippolyte), bijoutier, 

p. 436, 64S. 
Thérésa, chanteuse, p* m, 112, 33 1. 
Thesmar (Lernand;, émailleur, p t 65u. 
Thiénot, ciseleur, p. 73o. 
Thiers, Président de la République, 

p . 355, 522. 
*Thomire, bronzier et ciseleur, 

p. 128. 



Tillany, orfèvre-joaillier, p. 220, 406, 

TilVany fils (Louîs-C), verrier, 
p. 767. 

Tïssot, graveur, damasquineur, p. 456, 

4 5 7 , 4 38. 
'Tixier, bijoutier-joaillier, p. 396, 
Tonnelier, bijoutier, p. 617. 
Topart, perles fausses, p. 1 36. 
Tottis, joaillier, p. 219, 220, 306,482, 
Touay (Hippolyte), joaillier, p, 3o4, 

4S2. 

Tourrettc, émailleur, p. 5 04, 65$, 
Touyon (Antoine), bijoutier, p. 58i. 
Touyon et Stensmaght, bijoutiers, 
p + 582. 

Traus, contremaître, p. 527. 
Trouvé, bijoux électriques, p. 309* 
Truchy, perles fausses, p. i36. 
Turquet, orfèvre, p. 522. 

Vacherot, bijoutier, p. 296, 434. 
Vaguer (Léom, joaillier, p. 644* 646. 
Vallgren (Victor), sculpteur-ciseleur, 
p. 767. 

Van de Velde (Henri), décorateur, 

Yarangoz, lapidaire, p. 504. 
Varcnne, dessinateur, p, 697, 698, 
700. 

Varlet, dessinateur, p. 1 15, 264. 
Vaubourzeix fils (Georges), joaillier, 
p. 1S2. 

Vaubourzeix (Hippolyte), bijoutier, 

p. 182, 296, 38(>. 
Vaudet, lapidaire, p. 552. 
"Vechte, orfèvre, ciseleur, p. 120. 
Verdier, cannes, p. 55o, 570. 
Verneuil (M. -P.), dessinateur, p. 649. 
Vernier, sculpteur et médailleur, 

p. 470, 496, 532, 556 à 559. 
Vernon, graveur en médailles, p. 558, 

56o, 5 02, T>23. 
Vever, bijoutier, joaillier, orfèvre, 

p. 3iS, 369, 373 t 374, 4G9, 470, 504, 

532, 562, 614, 652 a 689, 76 r, 767 

à 7% 77 2 - 
Vever (Ernest), bijoutier, joaillier, 
p. 3o3, 3 18, 652, 653, 654, 65g à 672, 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



Vever (Henri), joaillier, p. 072, 674, 

678* 68o T 682, 68g. 
Vever (Paul), joaillier, p. 664, G6<>, 

672^ (74, $78, 688, 689. 
Vever : Picrre-P. ), bijoutier, p. 102, 

* Viennot, joaillier, p. 20, 117, 214. 
Viette, joaillier, p. 40, 117. 120, 21 5, 

216, 218, 219. 
Villain, ciseleur, p. 2o3. 
Villain (Victor), sculpteur, p. 3o2. 
Viollct-lc-Duc, architecte, p* 5o, 490, 

753. 754. 
Voisin, éventail liste, p. 2 53, 
Vollet (Henry), dessinateur et peintre, 

p. 648, 662. 
Vuilleret, bijoutier, p. 604. 



* Wagner Charles), bijoutier-orfèvre, 
p. 27. 

Waldeck- Rousseau \ M**), p, 740. 
Walewska (Comtesse), p + 104. 
Waret (Samuel), dessinateur, p. 585. 
* Wièse père (Jules), ciseleur, p. itS, 

207, 21 Ij 2l3. 

Wièse fils (Louis), ciseleur, p. 211, 
470. 

Willemsens, p. 4^2. 

W illette A.), peintre, p. 7G2. 

Winterhalter, peintre, p. 9, 42, ?4, 96, 

97, 99, 209, 224, 261, 273. 
Wtihlcr, chimiste, p* 285. 
\\ oik, ouvrier joaillier, p. 482. 

Yencesse, graveur en médailles, 5(>2. 




par Ccimillc Gueyton. 



TABLE DES GRAVURES 



Pages 

0 La Force prime le Droit», médaillon > 1^71], par Paul Leijnmd . . . . 33- 

Broche à tllets d'émail, perles et brillants 338 

Bijoux « Alsace-Lorraine », avec emblèmes et devises pntrïotiqxies, . . . 33q 

1 Châtelaine en or repercé. Composition de J, Début, exécution de Chah et 

j mai son Boucheron) 341 

Médaillon avec émail peint, par F. Fontenay 342 

Mèdaiiloïi or mat, avec boutons de roses en perles roses, par Gay 

et Morgan 342 

.Modes de 1870 343 

Bracelet manchette, par Crouzet (maison Boucheron . 344 

Parure d émeraudes et brillants, par Bapst 1^72} 345 

Croix « Alsace- Lorraine » 34G 

Boucle d'oreille émaux cloisonnes, par Falize 347 

Médaillon émaux cloisonnés, par Falize 347 

Pendant d'oreille en or, genre ferrure, par Chalvet (maison Boucheron). 348 

Médaillon émaux cloisonnés, par Falize 348 

Pendant de cou joaillerie et or 1 maison 1 Jeshrtyes) 349 

Médaillon émaux cloisonnés, par Falize 349 

Médaillons, par Paul Robin (1873) 35o 

Modes de 1B72 35 1 

Chaînes « Léontines » à glands et médaillons (1875) 35a 

Collier et demi-parure, avec émaux translucides, par Piffault (maison 

Boucheron 353 

Pendant de cou or mat et grenat cabochon, par Soulens 354 

Pendant de cou coquille (vers 1875 354 

Châtelaine, par Fontenay (vers 1S74) 355 

Boucles d'oreilles étrusques, par E. Fontenay 356 

Bracelet, par Emile Froment-Meurice, Composition de IL Cameré (1S7V1. 365 

Bracelets serpents, par Paul Robin 357 

Médaillon brillants et perles (maison Marret frères et Jarry) $58 

Pendants de cou camées et perles maison Marret frères et Jarry) .... 359 

Pendants d'oreilles en joaillerie (maison Marret frères et Jarry) 3oi 

Pendant de cou saphirs et brillants {maison Marret frères et Jarry .... 3f>2 

Broche joaillerie (maison Marret frères et Jarry 3hi 

Bracelets joaillerie et or (maison Marret frères et Jarry 561 

Châtelaine joaillerie avec émaux (maison Marret frères) 304 

Collier « draperie » or et filigrane, par E. Fontenay [1875) 365 

M ltc Latour parée de ses bijoux 3o6 

Modes de 1874 367 

Châtelaine en or, par E. Fontenay (1^76} 3G8 

Bracelets de joaillerie antérieurs à 1880 (maison Vever) 3% 

Bracelets rigides, or mat et pierres 370 



796 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE 



Bracelets avec grenats cabochons 370 

M me Billy, en 1874 Î71 

Broche et pendants d'oreilles éventail (maison Caillot, Peck et Guillemin . 372 

Pendant de cou, émail d'Alfred Meyer (maison Vever) . 373 

Pendant de cou joaillerie et turquoise, par Gif 373 

Médaillon en émaux cloisonnés, par Lucien Falize $74 

Médaillon onyx et joaillerie (maison Vever) 374 

Collier d'or, par K. Fontenay 375 

Pendant de cou émeraudes, brillants et or émaillé, par les frères Fan- 

nière (1878) ■ * . • 376 

Bijoux, par les frères Fannière 377 

Grande châtelaine « Bianca Capello », par A. Fouquet (1878 . Kmaux de 

Béranger 379 

Bracelet coquille et dauphins, par A. Fouquet (1878) 38ô 

Diadème chimères en joaillerie, par A. Fouquet (1878) 38i 

Grande broche Renaissance. Composition d'A. Fouquet 1 1 878 . F ma il de 
Grandhomme, sculpture de Carrier-Belleuse, ciselure de Michaut 

(Musée des Arts décoratifs) 382 

Breloque sphinx en or ciselé, par A. Fouquet I1878 . Ciselure de Brard 

(Musée des Arts décoratifs) 3S3 

Modes de 187? 385 

Diadème, par A. Fouquet ( 1 883) $87 

Bracelet Diane, par A. Fouquet ( 1 885 ). Kmaux par Grandhomme, sculp- 
ture de Carrier-Belleuse, ciselure d'Honoré (Musée des Arts décoratifs). 3Kq 

Bracelet manchette, guipure de Venise, par A. Fouquet (1878) 3o,o 

M ll « Doinel 3<>i 

Diadème pompéien en joaillerie, par A. Fouquet (i883.) ., 3<>2 

Collier et demi-parure or et perles, par F. Fontenay (1878) 393 

Bracelet en joaillerie, par A. Fouquet 11889) 395 

Bracelet manchette en joaillerie 'maison Boucheron) 896 

Bracelet avec médaillon, par Menu (maison Boucheron 397 

Châtelaine. Composition de J. Début (1875), pour l'Empereur de Russie 

(maison Boucheron) 398 

Bracelet, joaillerie, perles et pierres. Genre deCrouzet maison Boucheron). BI99 

Boucle d'oreilles en or, travail à la pince par Chalvet (maison Boucheron). 400 

Médaillon, par J. Début maison Boucheron, 1878) 400 

Châtelaine or ciselé, dessin de J. Début (maison Boucheron, 1870-1886), 401 

Pendant de cou, par J. Début (maison Boucheron, 1878) 402 

Collier avec partie retombante, par J. Début (maison Boucheron, 1877). 403 

Pendant de cou scarabée en grenat (maison Boucheron) 404 

Collier, par J. Début (maison Boucheron) 40.S 

Pendant de cou grenat cabochon (maison Boucheron) 400 

Pendant de cou (maison Boucheron) 406 

Modes de 1876 407 

Diadème lotus. Composition de Destape (maison Boucheron, vers 1876). 408 

Rose épanouie, par Lœuiilard (maison Boucheron) 409 

Pendant de cou joaillerie et grenats (maison Boucheron) 410 

Bracelet en émail rouge translucide, vers 1875-1880 (maison Boucheron 1 . 410 
Branches de capillaire en joaillerie, par Octave Lœuiilard (maison 

Boucheron) »... 411 



TABLE DES GRAVURES 



797 



Feuille de bananier, par Lccuillard (maison Boucheron) 412 

Grand collier saphirs et brillants. Composition deJ. Début (maison Bou- 
cheron, Exposition de 1S7S) 4 f 3 

Bracelet joaillerie et cristal de roche maison Boucheron) r . 414 

Bracelets à motifs de joaillerie sur émail bleu (maison Boucheron). ... 414 
Collier de M mC Sarah Bernhardt, Composition de J, Début (maison Bou- 
cheron, 1878) 4i5 

Bracelet en émail « queue de paon w (maison Boucheron 416 

Bracelet pavé de diamants, avec décor d'émail (maison Boucheron) . . . 416 
Bracelet « les Quatre Saisons », miniatures sur ivoire de Paillet (maison 

Boucheron, vers 1S75-1SS0) 416 

Feuilles en joaillerie, par Lccuillard (maison Boucheron) 417 

Bracelet pâquerette en joaillerie, par Octave Lœuillart (maison Boucheron). 41 S 

Branche de fuschias (maison Boucheron) . 419 

Broches avec diamants gravés, par KL Bordinckx (3 fig,) (maison Bou- 
cheron) - , 420 

Diadème en joaillerie maison Boucheron 421 

Branche de mimosa (maison Boucheron) 422 

Grappe de raisin, par Gallois (maison Boucheron, Exposition de 1889) . 423 

Diadème rubans (maison Boucheron) 424 

Collier platane, avec tour de cou à ressort (maison Boucheron, i8S5) ♦ , 42? 
Couronnette à décor de trèfles. Composition de Basset (maison Bou- 
cheron y Exposition de 1889; 420" 

Couronnette en joaillerie. Composition de Paul Legrand (maison Bou- 
cheron, Exposition de 1889) 427 

Bijou de cou, Composition deJ. Début 42S 

Modes de 1878 ♦ 4^9 

Grand pendant joaillerie et perles 1 maison i-ïouchcron. Exposîtionde 19001. 43o 
Peigne en or ciselé, émaux et brillants (maison Boucheron, Exposition 

de 1900) 4^i 

Insecte à ailes d'émail translucide (maison Boucheron) 4^2 

Colliers en joaillerie (maison Deshayes, vers iSS5 ) ^33 

Boucle de ceinture (maison Boucheron, Exposition de 1900) ....... 434 

Châtelaine « le Lierre )>, par E. Becker. Ciselure de P. Richard 435 

Boîte d'allumettes en bois et or, par E. Becker (maison Boucheron, 

Exposition de 1900) 4-^ 

Ornement de cou. Composition de J. Début 437 

Broche avec diamant bleu et deux poires brillants blancs, valant 

950.000 francs (maison Boucheron, Exposition de 1900 438 

Modes de 1878 4-fy 

Pendant de cou, grenat cabochon en joaillerie (maison Marret frères . . 440 

Médaillon onyx et brillants (maison Marret frères, 1 440 

Collier de violettes en améthystes et joaillerie, composition de J, Début. 441 
Collier et bracelets à facettes en or lapidé, exécutés par Menu, pour 

Boucheron . , . . . 442 

Broches en or ciselé. Sujets tirés des Fables de la Fontaine de Gustave 

Dore (maison Menu) 44^ 

Epingles de chapeau en or ciselé (maison Menu) * . 444 

Bracelets souples en or ciselé (maison Menu) 443 

Hpindesde cravaté imaisuri Menu; -, . , . . . 44*3 



798 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



Broches Renaissance en or ciselé, avec pierreries (maison Menu) 447 

E ping] es à chapeaux en joaillerie (maison Durbec) 44^ 

Bracelets articulés en or, par Ë, Fonte nay (18S0) 440 

Epingles de coillurc, par Desplantes ...... 00 

Broches en or (maison Durbec) 4?i 

Boucle d'oreille or poli reperce, par Kuvl maison Boucheron 452 

Pendant de cou or repercé poli, par Kuyl maison Boucheron) 452 

Modes de 1879 453 

Boucle d'oreille or rouge poli à maillons souples, par Menu 4S4 

Châtelaine or poli à facettes, par Menu (maison Boucheron) 454 

Colliers en joaillerie (vers 1880) 455 

Médaillon en platine reperce sur émail bleu, par Tissot . . . 456 

Vase en acier incrusté d T or, par Tissot (maison Boucheron) 457 

Bracelet en acier incrusté d'or, par Tissot (maison Boucheron) 4^S 

Clowns en acier ciselé, par L. Rault (maison Boucheron) 459 

Epingle de cravate, par L. Rault (maison Boucheron) 0Q 

Arlequin en acier ciselé, par L. Rault (maison Boucheron^ | r >" 

Bijoux en or ciselé, par L. Rault > * 40 ï 

Boutons de manchettes « les Quatre Saisons», par L. Rault (maison 

Paul Robin) 462 

Le Clown au caniche (acier pris sur pièce), par L. Rault (maison 

Boucheron) . 46 3 

« Fantasia », par L, Rault. Sculpté dans l'or lin (iSn3; 464 

Modes de 1 88 2 465 

Bracelet manchette (2 fig.), par J. Brateau (maison Boucheron, Exposi- 
tion de 1878) 46^ 4*7 

Plat d'étain, avec décor de noisettes, par Jules Brateau 

Eventail en or repoussé, par Jules Brateau (maison Vever, (8%) (2 l!g.). 4<><) 

Étui à cigarettes, par J. Brateau (maison Vever, Exposition de 1880), . . 470 
Bracelet en joaillerie souple, dans le gout des broderies anglaises, par 

O. Massin (t-878) 471 

Bracelet articulé à palmes, genre persan, travail filigrane par 0* Massin 

(1878) , • 4/i 

Croissants et arcs, diadème en joaillerie, par O. Massin 472 

Broche serpent et perle grise de 14'^ grains, par OU Messin r%:8) .... 472 

La vitrine de O. Massin à l'Exposition de 1S78 . . 473 

Rose thé en joaillerie, par O, Massin (18/cS) 474 

Noeud de dentelle sur tulle en joaillerie, par O. Massin (1878) 475 

Eleur de narcisse, joaillerie filigranée, par O. Massin (1878) 476 

Modes de 1884 477 

Feuilles de chêne et glands perles, application du filigrane à la monture 

du diamant, par O. Massin (1878, * 478 

Bouquet de primevères. Travail en blanc, par O. Massin îS^gj 479 

Broche hibou, par O, Massin (1S7S). Perle noire de 14^ grains _|*o 

Les Dentelles de O* Massin à l'Exposition de 187& 4^1 

Diadème en joaillerie avec brillants poires, par O, Massin (Exposition 

de 187S) 4*2 

Collier serpent, perles noire et blanche, par O. Massin (ï;8§g) 4^3 

Ornement de coiffure, par O. Massin (1889) 484 

Branche de liserons, par O. Massin «$85 



TABLE DES GRAVURES 



Broche coquille et algue en joaillerie, avec perle noire, par O. iMassin 

1SS9) , 486 

Devant de corsage, perles et brillants, par O, Massin 487 

Ornement de corsage, par O. Massin (1889) 488 

.Modes de 188 5 489 

Bracelets souples en joaillerie, par O, Massin 490 

Médaillons en émaux cloisonnés d'or, genre japonais, par Lucien Ealize 

1 S 76), émail lés par Tard ♦ 401 

Bijoux en émaux cloisonnés d'or, genre japonais, par Lucien Falize 

(1874) f : ■ • 402 

Collier à double face, émaux cloisonnés sur paillons, par Lucien Falize 

(1S80). . . 4[)3 

Châtelaine, émaux cloisonnés d'or, style japonais, par Lucien l'alizé 

(1876} i / ' ' \ 4 ^ 4 

Diadème avec ferronnière, par Lucien Ealize 11880). 495 

Montre en or ciselé : « les Trois Parques », «Apollon et Diane», par 

Lucien Ealize (1S82), ciselure de Oms 406 

Parure d T or ciselé, par Lucien Ealize (i885 i, émaux de Grandhomme - - 497 

Bracelet or ciselé avec médailles antiques, par Lucien Falize 49S 

Bracelets à devises, émaux cloisonnés sur paillons, par L. Falize (1890;. 409 
Pendants de col Renaissance, or, émaux et pierreries, par Lucien Ealize 

(1886) 5oo 

Pendants de col, or, émaux et pierreries, par Lucien Falize (Exposition 

de 1889) i 5or 

Bracelets en or ciselé, par Lucien Ealize [1890) ?o2 

Collier de joaillerie et branche de mûrier sauvage, par L. Falize {1889) . 5o3 
Bracelet or ciselé, par Lucien Ealize, émaux de Grandhomme (1890) . . $04 
Pendant de col, « Saint Georges terrassant le dragon », or, émail et pier- 
reries, par Lucien Falize (1890) 5o5 

Boucle de ceinture a décnr de lis émaïllés, par Ealize frères (1900} . . . 5o6 

Btaceleîs souples (maison Falize frères, Exposition de 1889) 507 

Plaque de cou joaillerie et émail bleu (maison Falize frères, iqo3) . . . . ?oS 

Modes de 1886 $09 

Pendentif* Daphné » maison Ealize frères, 1900) 5 10 

Collier et bracelet souple en joaillerie, par Lucien Falize (1892) 5 1 1 

Tour de cou, ligure voilée (maison Falize frères, 1899) , . 5i2 

Chaîne à Heurs d'ancolie, par Lucien Ealize (1895) 5 1 3 

Peigne émail et opales maison Falize frères, Salon de 1902) S14 

Peigne gui (maison Falize frères, Salon de 1902) 5i? 

Pendentifs Sylphide» (maison Falize frères, 1903} 5x6 

Pendentif émaillé, par Lucien Falize 1*901. . . - . « ?iy 

Plaque de cou émail et joaillerie {maison Falize frères, kk>3) 5 18 

Modes de 1887 5ig 

Diadème en joaillerie (maison ÎUeMerio dits Mcller) 5*0 

Diadème souple en joaillerie (maison Mellerïo dits Meller) 5ao 

Bijoux en or ciselé et émaillé, genre Renaissance, par Louis VViesc ... 5&i 

Broche lézard, par Paul Robin >22 

Broche hibou, par Paul Robin «- 522 

Bijoux divers (maison Paul Robin) .^3 

Agrafes de ceinture (maison Paul Robin) . $34 



8oo LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XÏX" SIÈCLE 



Châtelaine en or ciselé, par G. Le Sache 52 5 

Broche en joaillerie, par Le Sache ?i6 

Châtelaine, par I .e Sache, ciselure de Bnitean "27 

Broche brillants et émeraudes cabochons, par G. Le Sache 5sS 

Broches en joaillerie. Composition de E. Olive (maison Fonscque et 

Olive) .529 

Face-à-main en joaillerie, par G. Le Saché 53o 

Liane de Pougy (1802) 53 1 

Broche grains de café (i8S5), broche raisin (1S89) (maison Fonscque et 

Olive) 53 2 

Bracelets souples en joaillerie. Composition d'Emile- Olive (maison Fon- 
scque et Olive) 533 

Bracelet aux crabes, par A. Lefort (1888) 5 3 4 

Bracelet souple « vannerie», par Edouard Caen (1882) 534 

Pendant de cou en acier bleui et brillants [maison Arfvidsonj . 535 

Groupe de treize fétiches, avec chaînettes . , 536" 

Colliers et bracelets, par Auguste Lion 537 

Broche brillants et saphir, par Georges Bled 538 

Diadème joaillerie et perles, par E. Lecas (1880) 53g 

Diadème rubans en joaillerie, par Edmond Lecas 540 

Modes de 1892 >4* 

Diadème en joaillerie, par E. Lecas (1889) 542 

Bagues « modem style » en joaillerie (maison Peconnct, 1898 à 1900) . , 543 

Pommes de cannes ciselées et émaillées (maison G. Jacta) 544 

Agrafes de manteau en argent ciselé, par Erhart (1890; ^45 

Petite trousse de dame, or émaïllé (maison G. Jacta; 540' 

Nécessaire de dame, or ciselé, gravé et émaïllé (maison G. Jacta) • . > . 547 

Étui à cigarettes en or ciselé, gravé et émaîllé (maison G. Jacta) 548 

Diadème (maison Paul Hamelin) 549 

Broche, par Henry Nocq (189S). 55o 

Chaînes d'hommes dites a Régence» (maison G. Desbazeille) 55 l 

Bagues d'hommes ( maison G. Desbazeille) 5 52 

Bijoux divers (maison G. Desbazeille. 553 

Pendentif druidesse, par Joe Descomps 554 

Bagues en or ciselé pour hommes 555 

Broche Diane, par Vernier {1886). Broche Parisienne, par Jules GJhiret. 

Broche Printemps, par Vernier 55ô 

Broche, par Victor Prouvé. Broche ronde, par Dampt et Rivatid (1898). 

Broche, par Victor Prouvé (1898) * 556 

Bracelet du Centenaire, par O, Uoty s>-<oi Ch. Ri vau J, éditeur j. . . . . ??y 

Les Quatre Arts. Composition de Vernier (maison G. Desbazeille). . . . 558 
La Nuit (180/1), Gallia (1807), l'Amour (1808). Médailles par F. Vernon. 

(J. Duval, éditeur) 558 

Bracelet Gaulois, par Duval et Le Turcq (1890) 55y 

Développement agrandi du dé de la Reine \\ ilhelmine. Composition de 

E. Vernon (1900), (Maison J, Duval) 56o 

De de la Reine Wïlhelmine. Id. . . . 5ôo 

Broches en joaillerie : Paniers et attributs Louis XVI (maison IMisson 

et Hartz) 5ôr 

La Vierge des catacombes, par Julien Duval (1891/. (Maison J. Duval et 



TABLE DES GRAVURES Soi 



Le Turcqï - ÏÏ6& 

Broche avec bas-relief d'ivoire» par Vernon . 56? 

Bracelet « Faust » (maison G. Le Turcq, 1S95) , . . 563 

Broches animaux en joaillerie et pierres de couleurs (maison Plisson et 

Hartz) 564 

Chaînes & Régences (maison Plisson et Hartz) 5€5 

Broches chimères en or ciselé (maison Plisson et Hartz) 566 

Ornement de corsage (maison Fontana frères, 1900) „ 56/ 

La Belle Otero parée de ses bijoux $58 

Devant de corsage en joaillerie de la Belle Otcro $0$ 

Bijou, émeraudes et brillants de la réelle Otero 5-0 

Devant de corsage, plumes de paon en joaillerie .maison A* Aucoc, 1900). 571 
Braeeïet en or repoussé et ciselé, offert par la ville du Havre à M me Félix 

Faure ( iSo5). Exécuté par Camille Gueyton (2 fig) . . . . 5*2, 50 

Sautoir aux singes, par Camille Gueyton 574 

Bijoux divers : boucles de ceinture, bagues, épingles, par C, Gueyton, , ?y? 

Broche chauve-souris, par Camille Gueyton fafj 

Diadème, boucles, broches, bracelet, par Camille Gueyton 377 

Broches couronnes en brillants (1890). Barrette de collier de chien (1S94) 

(maison Cru Marie) 3 78 

Colliers à ferrets, diamants et rubis calibrés 1 maison Ch. Marie) 570 

Bracelet, par Paul Frey {1895) 380 

Bracelet feuilles de lierre, or et brillants, par Paul Frey (189?) 58o 

Modes de 1894 38 1 

Ktui à cigarettes en or, par Paul Frey £82 

Aumônière hibou, cuir ciselé en or, par Paul Frey 583 

Broche Phénix, par E. Froment-Meurice 384 

Broche François I er , par E. Froment-Meurice 584 

Bracelet argent ciselé, par E. Froment-Meurice. Composition de Samuel 

Waret, exécution d'Auguste Ferni (vers 1900) 585 

Collier joaillerie et émail (maison Emile Froment-Meurice, Exposition 

de [900] 5g| 

Ornement de ceinture en or. Composition et ciselure de Quinton. Camée 

en jaspe sanguin, par David (maison Froment-Meurice, 1880; 58<j 

Pendant de col (maison Emile Froment-Meurice, 1000) 587 

Ornement de corsage [maison Marret frères, Exposition de 1900) .... 588 

Pendant de cou (maison Marret frères, Exposition de 1900} 58q 

Pendant de cou en joaillerie maison Marret frères, Exposition de igbo). 5ûo 
Ornement de coiffure en brillants (maison Marret frères, Exposition 

de 1900) s ( j r 

Broche en joaillerie maison Marret frères, Exposition de 11*00) b<fi 

Collier de chien, souple, plumes de paon (maison Coulon, Exposition 

de 1900) |q2 

Collier rubans joaillerie (maison Marret frères, Exposition de njoo). . . 5«j3 

Broche rose noire (maison L. Coulon, Exposition de rgoo) 5oi 

Ailes en joaillerie (maison Début et Coulon, Exposition de 1880) Sq5 

Ornement de corsage 'maison L. Coulon, 1900) 5^0 

Plume à tige flexible en diamants sertis sur aluminium ( maison L. Cou- 
lon, Exposition de igoo) 597 

Broche « enfants m. Bas-relief par E. Becker(i89o) (maison Louis Aucoc). 598 

5i 



802 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE 



Boucle de ceinture «art nouveau». Composition de Landois (maison 

Louis Aucoc, 1899) 5q8 

Broche jasmin (maison Louis Aucoc, 1899] 5gg 

Broche émaillée (maison Louis Aucoc, 1899) 5jJ9 

Broche bluets (maison Louis Aucoc, 1899) f>oo 

Broche joaillerie et pierres de couleur calibrées (maison L. Aucoc, 1900). 600 

Modes de 189? 601 

Diadème rubans en joaillerie (maison Chaumet, Imposition de 1900). . 602 

(Collier rubis et brillants (maison Chaumet, Imposition de 1900) 6o3 

Diadème navettes brillants et perles (maison Chaumet, Exposition de 1900). ùoj. 

Boucle de ceinture (maison Murât, 1900) 6.0S 

Boucle de ceinture maison Chambin) 6o5 

Réticule maison Moche, 1900) 606 

Boucle de ceinture : «Jeune fille aux iris » (maison Savard, 1900) .... 607 

Broche en joaillerie (maison Gustave-Roger Sandoz, 1900) 607 

Pendentif (maison Rambour, 1900) 608 

Pendant de cou « Ivre » (maison ( iustave- Roger Sandoz, 1900) 608 

W l * Demarsy (1897) 009 

Broche en joaillerie (maison Desprès, 1900) 610 

Pendant de cou (maison Desprès, 1900) 6x0 

Pendant (maison Desprès, 1900) <>i ( > 

Broches et pendants de cou en joaillerie maison Desprès, 1900). .... 611 

Broche (maison Desprès, 1900) O12 

Broche maison Piel, 1900) f>i2 

Broche, par Maurice Dufrène (~>12 

Collier avec améthystes, olivines calibrées et brillants (maison Bou- 
cheron, 1900) 61 3 

Plaque de cou Louis XVI, joaillerie sur platine, par G, F aiguières. ... 614 

Broche libellule, par G. Falguieres (1900) 61 5 

Bracelet danseuses (maison Henri Tétcrgcr, Exposition de 19001 616 

Pendentif égyptien, or ciselé et émaillé 1 maison Gariod. 1901) 617 

Pendant de cou : ivoire, émail, perles et brillants (maison Gariod, 1900). 6t8 
Bagues en or. Composition de Th. Lambert (Salon de 190 1, maison 

Paul Templier) 619 

Boucle de ceinture. Composition de Th. Lambert (Salon de 1901, 

maison Paul Templier) 620 

Broches. Composition de Th. Lambert (Salon de 1901, maison Paul 

Templier) 021 

Pendant de cou joaillerie, par Paul Templier (1901) 622 

Broche avec bas-relief ivoire, par Joé Descomps 622 

Broche en joaillerie, par Paul Soufflot (1900) 6a3 

Bourse ci le Rêve », par Vernon (maison .1. Duval) ûi3 

Chaîne avec fèrrets d'émaux et opales maison Georges Fouquet, l S i>9) ♦ 624 
Grande broche, émaux et pierres, avec breloques, par Georges Fouquet. 

Composition de A. Mucha (1900: 625 

Pendant de cou : opales, émaux, pierreries (maison G. Fouquet, iS<»< v . 626 

Intérieur du magasin de M. G. Fouquet. Décoration par Mucha 11901) . G27 

Pendant de cou (maison Georges I ouquet, 1900) 5i8 

Ornement de corsage joaillerie, email et perles Salon de 1901, maison 

Georges Fouquet) ^29 



TABLE DES GRAVURES 8o3 



Broche frelon. Composition de Desroziers (maison Georges Fouquet: - . 629 

Pommes de cannes et d'ombrelles (maison Lucien Gaillard, 1900) . . . . 63o 

Modes de 1898 63 1 

Plaque de cou en corne, avec émaux, ciselure, etc. (maison L, Gaillard ). 632 

Plaques de collier (maison Lucien Gaillard) 632 

Peigne fleur de pécher, peigne platane, peigne pavot (maison L. Gaillard), 633 

Boucle de ceinture « art nouveau », par G. Le Turcq 634 

Broches, flacon «art nouveau », par E. Colonna (10,00) (maison Bing) , . 635 

Pendant de cou, par Ch. Boutet de Monvel (Salon de igo3) 6$6 

Pendant de cou émaillé, par L. Houîllon . 637 

Plaque de cou sirène, par Henri Dubret 637 

Boucle de ceinture violettes. Composition de Landois (1S99') ! maison 

Bricteux) fi 638 

Plaque de cou se portant sur un velours (maison Ch. Marie, de iS$2 à 

1900) 63 8 

M ,Ju Luc y Gérard ( 189S1 , 639 

Pendant de cou, par E. Feuilhltre 640 

Spécimens de motifs émaïllés pour sautoirs, par E. Eeuilhïtre {1000) , . 641 

Boucle de ceinture, or ciselé (maison Georges Brunct) 642 

Modes de [900 643 

Broche joaillerie (maison Léon Vaguer) . 644 

Collier en ivoire, or et émaux, « plaisir champêtre », par René Foy 

(Exposition de 1900) 64 5 

Bagues, par Paul Liénard (ioo5) 645 

Plaques de cou glycines, par G. Falguières 646 

Bagues (maison G. Le Turcq, 1900) 646 

Plaque de cou, violettes émail, par Gaston Lai fine 647 

Bagues (maison G, Le Turcq, 1900 647 

Corsage boléro en joaillerie : émeraudes, rubis, perles, turquoises et 

diamants, exécuté pour M ,la Faguette (ic,oi) 64S 

M 11 * Trouwahowna (1904) 649 

Pendant de cou or et émeraudes, par E. Colonna (1900) 6S0 

Pendant de cou (maison Bricteux, ($99] SSq 

Pendant de cou en or, émail rouge et œil -de-chat, par E. Colonna 1900). 65 1 

Pendant de cou (maison Solié 65 1 

Breloques : psyché, lampe Carcel, huilier, par E. Vever (avant 1 85 5) . . 652 

Breloques en or et argent : canons, mortiers, etc., par E, Vever f 1K60) , 653 
Collier souple, franges perles et brillants maison Vever, Exposition 

de 1S78) 654 

Collier assyrien en or mat (maison Vever, Exposition de 1878) . . + . . , 6S5 

Monogramme or ciselé (maison Vever, 1891) 656 

Collier souple, perles et brillants 1 maison Vever) 656 

Branche de muguet en joaillerie (maison Vever, Exposition de 1889), . . 657 
Boucle de ceinture : glycine en améthystes sculptées et or émaillé 

(maison Vever, 1897) 6>s 

Bouquet de joaillerie (maison Vever, Exposition de 1889) SB$ 

Boucle de ceinture : iris, émaux translucides et émaux dépolis (maison 

Vever, 1897) 660 

Peigne iris en émaux translucides (maison Vever, 1897) 661 

Pendant de cou emaille. Composition de IL Vollet (maison Vever, 1899), 662 



804 LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE 



Boucle de ceinture ; jasmin d'Espagne émaux mats (maison Vever, 1S9S). 653 
Diadème * Monnaie-du-pape », opales et diamants (maison Vever, 

Exposition de 1900) 004 

Broches et pendants de cou, avec émaux mats. Médailles de L. Bottée 

(maison Vever, 1S9S) , 665 

Epingle à chapeau (maison Vever, i960) 660 

Pendant de cou «le Parfum». Composition de René Rozet 1 maison 

Vever, 1900) C66 

Pendant de cou joaillerie et émaux transparents sur or ciselé (maison 

Vever, Exposition de 1900) ( >'>7 

Pendant de cou « Poésie » : or, ivoire et émaux. Composition de 

E. Grasset (maison Vever, Musée des Arts décoratifs) tô#8 

Broche « apparitions » : or, ivoire, émaux, pierres cabochons. Composi- 
tion de E, Grasset (maison Vever, Musée du Luxembourg) Ctùtj 

Broche Marguerite. Composition de E, Grasset (maison Vever, Musée 

deTokio) , 

Boucle de ceinture paon, or et email, cornalines. Composition de 

E t Grasset (maison E. Vever, 1900) 

Peigne cyclamen : feuilles d'ivoires avec taches d T opales, Heurs en émail 

translucide (maison Vever, Exposition de 1900) , . . ; 671 

Pendant de cou : femme en ivoire, émaux et brillants (maison Vevcr^ 1900). 672 
Devant de corsage en joaillerie (maison Vever, Exposition de 1900) . . . 173 
Pendant de cou « Bretonne a : joaillerie, émaux, ivoire, corail (maison 

Vever, 19001 674 

Pendant de cou « Bretonne t> : opales sculptées, émaux, diamants 

(maison Vever, Exposition de 1900) s 675 

Pendentif « Sytviau : agate sculptée, diamants cl émail : maison Vever, t ■, 00 *~çû 
Boucle de ceinture 8 Syracuse y, or émaille (maison Vever, Exposition 

de 1900} u 77 

Diadème plume de paon, diamants et opales (maison Vever, Exposition 

de 1900) , - . * *>77 

Pendant de cou, émaux et perles longues (maison Vever, 1900) 07S 

Peigne feuilles de chardon, émaux translucides dépolis (maison Vever, 

Musée des Arts décoratifs de Breslau) 679 

Pendant de cou or émaillé (maison Vever, 1900; <>8o 

Pendant de cou : paon, émaux et opales (maison Vever, 1900) CSo 

Grand ornement de corsage libellules, diamants ui rubis .:n;ns<m Vcvcr, 

Exposition de 1900) 6Bi 

Pendant de cou «la Sirène et la Vague», émaux mats et translucides 

(maison Vever, 1900) 6§£ 

Pendant de cou « ancolics «Joaillerie et émail (maison Vever, Exposition 

de 1900} * r, S3 

Pendant de cou opale, émaux et joaillerie (maison Vever, 190 i l Û84 

Plauuc de cou pommes de pin., or ciselé et émaillé (maison Vever, 1902 6§2> 

Plaque de cou en joaillerie (maison Vever, 1901) 685 

Pendant de cou Louis XVI, diamants et saphirs (maison Vever) 686 

Pendant de cou, émaux transparents (maison Vever, 687 

Pendant de cou « oxalis », émaux transparents (maison Vever) 687 

Pendant de cou, émaux dépolis et perle longue (maison Vever) 

Broche émeraude et brillants (maison Vever) < s 9 



TABLE DES GRAVURES 8o5 



Broches or mat et joaillerie. Dessin de Lalique (18S2) Ù90 

Pendant de cou en joaillerie. Dessin de Lalique (i883) ùqq 

Broches de fantaisie, or mat et joaillerie. Dessin de Lalique ( 1 883). , s 4 fïgi 

Branche d'églantier. Dessin original de Lalique (i883) . , . Ô92 

Marguerite en joaillerie. Dessin de Lalique (1SS4). gkg 

Branche de géranium. Dessin de Lalique (1884) §04 

Araignée en joaillerie. Dessin de Lalique (1884) Qg$ 

Bracelet souple en joaillerie, broche sauterelle. Dessin de Lalique (1884). Qg$ 

Epi de blé en joaillerie. Dessin de Lalique ( 1 SS5) gnÇ 

Broches en or ciselé, par Lalique (1888) Qg* 

Broche nœud de tulle or mat, bordé de joaillerie, par Lalique (1889), . . 697 

Oiseaux chanteurs, par Lalique (18S9) gg| 

Dessin de bracelet, par Lalique (1891) goS 

Bouquet de joaillerie, par Lalique (1890,1 fthg 

Broches, par Lalique (tBq3) (3 fig.l -00 

Broche chardon, or et émeraudes cabochons, par Lalique (1894) 701 

Broche mimosa en joaillerie, par Lalique 11892) t - n[ 

Collier » éclaboussures » en joaillerie, par Lalique ( 1894) 702 

Broche Renaissance, par Lnlique : joaillerie, améthystes, opales iSalon 

de i8q5) . 7 o3 

Pendant de cou en joaillerie, genre Renaissance, par Lalique ([895). . . 704 
Peigne en corne, paons sur rosace d'opales, par Lalique {1898) (Musée 

des Arts décoratifs ? j 0 5 

Boucle iris émuilles, par Lalique (Salon de 1897) 706 

Bracelet iris : émaux mauves et violets nuancés sur fonds d'opales, par 

Lalique (Salon de 1897) -07 

Plaque de collier émail et joaillerie, par Lalique (1898) (Musée du 

Luxembourg) j Q y 

Pendant de cou, par Lalique (Salon de 1898) 70S 

Pendant de cou : paons émail blanc et émeraudes, par Lalique (Salon 

de 1898) 708 

Devant de corsage, par Lalique (Exposition de 1900) 709 

Pendant de cou : femme en agate sculptée, chevelure d'or, iris émaillés, 

par Lalique (Salon de 1898) 710 

Eerrets de chaîne émaillés, par Lalique (Salon de 1808 711 

Broche, par Lalique (189S) 7 I2 

Bracelet chauve-souris émail bleu, étoiles en diamants, par Lalique (1898), 712 

Peigne en corne à décor d'ombelles, par Lalique (1898) 713 

Boucle de ceinture, par Lalique *Î4 

Une Parisienne en 1900 715 

Broche, par Lalique (1899) ^ifj 

Parure de corsage : téte en agate sculptée, chevelure en or repercé, 

ornée de Heurs en diamants, par Lalique Salon de 1 Sr>S) 717 

Boîtier de montre en émail, par Lalique \ Musée des Arts décoratifs). . . 718 
Peigne d'ivoire, guirlandes de fleurs en or, émail et diamants, par 

Lalique (1898) 710 

Pendant de cou : bas-relief en chrysoprase, pommes de pin en émail 

vert s'harmonîsant avec l'or du bijou, par Lalique (1900} 720 

Grand diadème en aluminium, avec bas-relief en ivoire. Exécuté en ÏÈqq 

par Lalique pour M**-' Bartet (rôle de Bérénice 721 



Sofï LA BIJOUTERIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE 



2.> 



Pendant de cou, par Lalique (1900) 

Ornement de corsage libellule, émaux translucides, par Lalique ("Expo 

sition de 1900) 

Broche émaillée, par Lalique (1899) (Musée des Arts décoratifs) 724 

Ornement de tete : coq tenant dans son bec un gros diamant, par 

Lalique (Exposition de 1900) 72? 

Pendant de cou en or, par Lalique U900) 720 

Épingle à chapeau : guêpes d'émail sur un fruit d'opale, par Lalique tooo , 727 

Grand ornement de corsage : serpents émaillés et perles, par Lalique (1900). 728 

Ornement de corsage : serpents émaillés, par Lalique (Exposition de 1900), 729 

Bague, par Lalique (1900) 730 

Flacon, par Lalique 730 

Collier noisettes, par Lalique (Musée des Arts décoratifs) ... a 701 

Bague et broche, par Lalique 732 

Peigne, par Lalique 7^3 

Broche: figures en ivoire, serpents émaillés, par Lalique (1900) ..... 7^4 

La vitrine de Lalique à l'Exposition de 1900 7^ 3 

Broche paon émaillé, par Lalique (1901) (Musée des Arts décoratifs). . . j?3'<S 

hague en corne de rhinocéros sculptée, par Lalique (1901). ....... 7^7 

Bracelet : noisettes d'opales à involucres d'or, feuilles d'argent, tiges 

d'émail violet, par Lalique (4902) 738 

Pendant de cou ivoire, améthystes, émail, par Lalique (1902) 739 

Broche bourdon : cristal gravé et émail, par Lalique (1905) 740 

Peigne « pensée fanée », en corne sculptée et or, par Lalique (1901) . . , 741 
Broche : guêpes et fruits émaillés, sur des panneaux de cristal appliqués 

sur fond d'or, par Lalique (1904) 742 

M»« Cécile Sorel 11906) 7 q3 

Broche poissons, émail bleu pâle, par Lalique (if)o5) 744 

Peigne papillons en corne et émail, par Lalique non?) 74? 

Pendant de cou or vert et émail, par Lnlique ( tooi) 740 

Broche poissons émaillés, par Lalique ( 1 00?) . 747 

Pendentif, par G. Le Turçq (1902) 749 

Pendant de cou or vert, perles et brillants, par Lalique (1901) . . . . . . 750 

Boucle de ceinture, par (L 1-e Tureq 1901) 7?! 

Pendant de cou : violettes en améthystes et brillants, par l\ Liénard (19041. 7^2 

Broche émail et perles, par Georges Fouquet (1901) 753 

Pendant de cou perles et émail, par Paul Liénard [ujo3) -?.\ 

Peigne ombelles, par Lucien Gaillard (Salon de 1904) 755 

Epingle de coiffure, par Paul I liénard 11 90 5) 756 

Collier aux libellules, émaux translucides et joaillerie, par G. Kouquet 

(1904)' - ■ - - ^. ............. ■ f?- 

f Le Vol de la pierre » : broche en cristal gravé et émail, saphir blanc au 

centre, par Lalique (1904) 758 

Peigne en corne sculptée et teintée, par Lalique (1905) 759 

Broche avec cristal gravé, par Lalique (1906) 700 

Pendant de cou joaillerie et saphirs, par Vever j roofi) , . 70 1 

Pendant de cou opales et brillants, par Henri Tétergçr (1907; . 7O2 

Bracelets souples émaillés, par E, Feuillatre - , , . . 7^3 

Broche aux libellules, or émaillé, bas-relief en verre 11903); broche à 

feuillage d'émail et fruits de cristal mat (tgo3) t par Lalique 70 j 



TA M L K DKS GRAV I KKS 



Pendant de cou : épis d'avoine en joaillerie, centre rubis, monture 

platine, par Vever (1007) 7' 7 

Broche en joaillerie, par Vever (1007] 7^8 

Pendant de cou papillons : émeraude cabochon, joaillerie et émail bleu, 

par Vever (1907) 76g 

Pendant de cou en joaillerie platine, par Vever (1907) 770 

Broche à lleurs de cristal email et perles, par P. Liénard 1 Salon de 190S . 771 

Pendant de cou bourdons, or ciselé, par Vever (1908) 772 

Pendant de cou érable, émail, diamants, émeraudes et perle, par Georges 

Fouquet (1006 773 

Broche libellules émaillées, par Paul Liénard (Salon de 190S) 774 

Broche émail, perles blanches et noires, par Paul Liénard (Salon 

de 1908) 774 

Grande broche plumes de paon émail blanc, par Lucien Gaillard (1906)* 77? 

Broche en joaillerie et perles, par Paul Liénard jSalon de 190S) 776 

Cigales or et émail, par Lalique ( 1907) 777 

Broche guêpes émaillées, par Lalique 1 Salon de 1908) 778 

Peigne hirondelles encorne sculptée, par Lalique {Salon de igé8). ■ « . 77 Ni 

Boucle de ceinture, par Camille Gueyton 7^3 



TABLE DES MATIERES 



LA TROISIEME REPUBLIQUE 



Pages 



Lâ guerre et la Commune. — Plus de parures, plus de numéraire* — 
Les bijoux personnels de l'Impératrice et la Païva , comtesse de 
Donnersmarck . — Bijoux patriotiques; un défi de Manteuflel. — 
Vitalité de la France ; les étrangers reviennent à Paris .... 33j à 35o 

Apparition des diamants du Cap ; la transformation de la joaillerie. — 
Quelques joailliers : les M arrêt ; Alphonse Fouquet ; scènes de la vie 
d'atelier 3 do à 3ç>5 

Boucheron et ses collaborateurs : les dessinateurs Jules Début, Paul 
Legrand, Lucien Hirtz. — Lomlliart, — Menu. — Tissot . . à 4G1 

Les maîtres ciseleurs : Louis kault, Jules Brateau 461 à 470 

Massin et la joaillerie aux Expositions de 1K78 et de . . . . 470 à 4S4 

Lucien P alizé. — Ses préférences pour rémail et la ciselure. — 11 s'asso- 
cie avec Germain Bapst. — Les frères Falize. — Quelques collabora- 
teurs de Falize : Le Saché ; Olive 484 à 534 

Soulens : Jacta ; Jarry; Desbazeille. — La médaille remplace le camée 
dans les bijoux. — Duval et Le Turcq. — Les graveurs en médailles : 
Vernon, Vernier, Bottée, etc 334 à 5 G 3 

Plîssonet Hartz; le bijou fantaisie.— Les Fontana.— Les Linzeler, 563 à 5ji 

Quelques bijoutiers : Gueyton, Auger, les Lefebvre, Marie, Frey. 572 à 584 

Emile Froment-Meurice. — Cartier. — Début et Coulon. — Louis 
Aucoc 584 à 5<K) 

C h au m et. — Sandoz. — Després. — Un toast fantaisiste 5 00 à h:5 

Georges Fouquet et Alphonse Mucha 622 à 626 

Ernest Gaillard. — Lucien Gaillard 62G à 643 

.Maisons anciennes et nouvelles; impossibilité de mentionner toutes 
celles qui le méritent. — Quelques dessinateurs et émailleurs 643 à 65i 

Vever à Metz, puis à Paris après 1870 65 1 à G89 

Lalique. — Ses débuts. — 11 reprend la maison Destape. — Son 
ardeur au travail. — Sa joaillerie. — Essais d'émail, de verre et 
de céramique. — Travaux pour Sarah Bernhardt. — Le Salon de i8o5. 
— Le tour à réduire. — La corne, les perles ba roques, l'opale, les 
pierres secondaires. — La figure humaine employée dans les bijoux. — 
Succès de Lalique à l'Exposition de n>oo ; sa vitrine. — Influence de 
Lalique sur la bijouterie de notre époque. — Ses imitateurs. 689 a 747 



TABLK DES MATII-R ES 



CONCLUSIONS 

Copie des styles anciens. — Tentatives faites pour rénover l'Art déco- 
ratif, — Le « Modem Style» et Y «Art Nouveau». — Leurs origines 
et leur évolution en Angleterre et en France ; les Préraphaélites. - 
Vïollet-le-Duc. — Eugène Grasset* — Emile Gallé. — Influences de 
l'art japonais, des cénacles de Montmartre, des affiches en couleurs. 

— Salon de T « Art Nouveau », chez Bing en 1895. — Apogée de la 
vogue du nouveau style lors de l'Exposition de 1900. — Tout le 
monde veut faire de Y a Art Nouveau «. — En France, et surtout à 
l'Etranger, les exagérations d'une foule d'artisans improvisés amènent 
une réaction ; beaucoup reviennent au style Empire et au Louis XVL 

— Cependant les vrais artistes persévèrent et progressent. — La créa- 
tion personnelle remportera sur le pastiche 747 à 7S0 




ACHEVE D'IMPRIMER 

LE TROIS OCTOBRE MIL NEUF CENT HUIT 

SUR LES PRESSES 

D E 

L'IMPRIMERIE GEORGES PETIT 

J L: Li: S AUf.RY, DIRECTEUR 

12, RUE GOUOT-DK-MAUROI, 12 
PARIS 



PHOTOGRAVURES 

I) K 1 . À 

MAISON CUEILLE & BOUCHÉ 



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